Les Carabiniers
From Wikipedia, the free encyclopedia
Patrice Moullet
Geneviève Galéa
Les Films Marceau
Rome Paris Films
Laetitia Film
| Réalisation | Jean-Luc Godard |
|---|---|
| Scénario |
Jean-Luc Godard Jean Gruault Roberto Rossellini |
| Acteurs principaux |
Marino Masé Patrice Moullet Geneviève Galéa |
| Sociétés de production |
Cocinor Les Films Marceau Rome Paris Films Laetitia Film |
| Pays de production |
|
| Genre | Comédie dramatique, guerre |
| Durée | 75 minutes |
| Sortie | 1963 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Les Carabiniers est un film franco-italien de Jean-Luc Godard sorti en 1963.
Le scénario, coécrit par Jean Gruault et Roberto Rossellini, est tiré d'une pièce originale de l'antifasciste Beniamino Joppolo, I soldati conquistatori, écrite en 1945.
Les Carabiniers raconte l'histoire de deux hommes pauvres appelés pour se battre à la guerre et qu'on trompe en leur promettant toutes les richesses du monde. La représentation idéaliste qu'ils se faisaient de la guerre partira en morceaux car ils reviendront toujours aussi pauvres, et passeront de bourreaux à victimes.
Deux frères (Ulysse et Michel-Ange) reçoivent, signées par le roi de leur pays, une lettre de mobilisation qui leur accorde une liberté complète tant qu'ils seront soldats : ils auront tout ce qu'ils désirent (piscines, voitures de sport, femmes, etc., le tout aux frais de l'ennemi).
Ils quittent alors leur mère (Cléopâtre) et leur soeur (Vénus) pour devenir des carabiniers. Traversant champs de bataille et villages, ils détruisent et pillent tout leur saoul, puis relatent leurs exploits aux deux femmes en leur envoyant des cartes postales rapportant les horreurs des batailles.
En Italie, ils s'en prennent à un homme âgé ainsi qu'à une jeune femme et sa petite fille. Ils vont dans le nord de la Silésie. Ils exécutent trois otages, deux hommes et une femme croisés dans la rue. Ils sont en Égypte. C’est le troisième printemps de la guerre. Ils sont à Rostov. Ils réquisitionnent un immeuble et tuent une concierge. Ils font descendre un homme de sa Cadillac et emmènent sa compagne, une Mexicaine (l'homme n'étant pas mexicain, cela inspire à Ulysse un jeu de mots : « je n’ai jamais vu un mec si con »). À Santa Cruz, Michel-Ange va au cinéma. Il est visiblement peu coutumier du grand écran : il est effrayé par l'entrée d'un train en gare, s'amuse d'un sketch où un homme lit Super Boy à son fils avant de se fâcher contre lui, et est vivement émoustillé par le troisième court-métrage, Le bain de la femme du monde, au point de marcher vers l’écran quand la femme du monde plonge nue dans la baignoire, et de déchirer l'écran en cherchant à la toucher.
Au cours d'une opération menée avec quelques hommes de la Légion Condor, ils déjouent une attaque de partisans et capturent une révolutionnaire, une jeune femme blonde. Attachée contre un mur face aux soldats qui la mettent en joue, elle cite Lénine puis récite un poème de Maïakovski. Après l’exécution, il faut encore lui donner plusieurs coups de grâce pour parvenir à l'achever.
Un jour, Ulysse veut obtenir une Maserati sans payer, mais la lettre du roi n'a aucune valeur aux yeux du concessionnaire ; il tente alors d'extorquer de l'argent auprès de deux femmes puis d'un passant qui s'apprête à monter dans sa voiture, avant de finalement poignarder un homme et de le dépouiller.
Après tous ces périples, ils rentrent à la maison. Ulysse est borgne mais heureux avec une petite valise remplie de cartes postales qui représentent des splendeurs du monde. Pour eux, ce sont autant de titres de propriété qu'ils pourront échanger une fois les combats terminés. Mais les responsables militaires les informent qu'ils devront attendre que la guerre soit terminée pour recevoir leur solde. Un jour, le ciel explose en feux d'artifice et ils se précipitent vers la ville, croyant que c'est la fin de la guerre. Mais ils apprennent par leurs supérieurs que le roi a été renversé et que les criminels de guerre doivent être châtiés. Ils sont alors fusillés pour leurs crimes.
Fiche technique
- Titre : Les Carabiniers
- Réalisation, adaptation, dialogues : Jean-Luc Godard
- Scénario : Jean-Luc Godard, Jean Gruault et Roberto Rossellini d'après la pièce Les Carabiniers de Beniamino Joppolo
- Musique : Philippe Arthuys
- Image : Raoul Coutard
- Montage : Agnès Guillemot
- Assistants réalisateur : Charles Bitsch et Jean-Paul Savignac
- Son : Jacques Maumont
- Décors : Jean-Jacques Fabre
- Pays de production :
France - Format : Noir et blanc
- Tournage : région parisienne de à
- Durée : 78 minutes
- Date de sortie : France -
Distribution
- Marino Masè : Ulysse
- Patrice Moullet (sous le nom d'« Albert Juross ») : Michel-Ange
- Geneviève Galéa : Vénus
- Catherine Ribeiro : Cléopâtre
- Jean Brassat et Gérard Poirot : les deux carabiniers qui apportent la lettre de mobilisation
- Jean-Louis Comolli : le carabinier à l'anguille
- Alvaro Gheri : un carabinier
- Jean Monsigny : un carabinier
- Gilbert Servien : un carabinier
- Odile Geoffroy : la révolutionnaire
- Wladimir Faters : un révolutionnaire
- Barbet Schroeder : le vendeur de voitures
- Jean Gruault : le père qui lit Super Boy à son fils
- Catherine Durante : la femme du monde qui prend un bain
- Roger Coggio et Pascale Audret : le couple dans une voiture
Production
Le scénario est tiré d'une pièce originale de l'antifasciste Beniamino Joppolo, I soldati conquistatori, écrite en 1945 ; Jean Gruault et Roberto Rossellini avaient résumé l'intrigue de la pièce de Beniamino Joppolo à Godard[1]. Gruault avait déjà travaillé avec Rossellini sur le scénario de Vanina Vanini, film tourné par Rossellini en 1961[1].
Le projet prend forme à la mi-, lors d'une des séances de discussion animées par Rossellini à l'hôtel Raphaël à Paris, auxquelles Godard participe parfois. L'idée serait de réaliser une double mise en scène du texte de Joppolo, rebaptisé I carabinieri à l'occasion de sa publication dans Filmcritica en 1959 : Godard pour le grand écran, Rossellini pour le théâtre au Festival dei due mondi à Spolète. Godard rencontre à plusieurs reprises à l'automne de la même année Beniamino Joppolo, qui vit à Paris (il y mourra l'année suivante)[2], mais ne lit jamais la pièce italienne originale. La pièce de Rossellini a été critiquée à Spolète, et même retirée du programme en raison des protestations véhémentes des Carabiniers italiens.
Le film est dédié à Jean Vigo. Les cartons écrits apparaissant au cours du film, qui nous donnent à lire le texte des cartes postales que les carabiniers envoient du front à Vénus et Cléopâtre, sont, selon Godard, recopiés « mot à mot » de véritables lettres de soldats de la campagne d'Espagne (1803-1813) et de la bataille de Stalingrad (1942-1943), ainsi que de circulaires du chef des SS durant le Troisième Reich, Heinrich Himmler[3].
Attribution des rôles
Godard qui voulait travailler avec Anna Karina, est déçu de constater qu'elle est prise sur un autre tournage, Dragées au poivre de Jacques Baratier. Il décide alors de n'engager que des acteurs peu ou pas connus, comme il le note « Pour Machiavel [futur Ulysse, joué par Marino Masè], le visage d'un échappé de Sing Sing, quelque chose d'à la fois vicieux et brutal ; Michel-Ange est plus jeune, et se présente comme un complet idiot avec de temps en temps des éclairs sournois sous les paupières »[4].
L'acteur qui interprète le rôle de Michel-Ange sous le nom d'« Albert Juross » est Patrice Moullet, frère du cinéaste Luc Moullet, pour qui il a aussi été acteur à deux reprises.
Catherine Ribeiro rencontre François Truffaut au cours d'art dramatique qu'elle suit à Paris ; c'est lui qui lui présente Godard, et d'une lettre qu'il lui adresse en , on déduit que la future chanteuse est devenue pendant le tournage la maîtresse de Godard, alors marié à Anna Karina[5]. Sur le tournage, Patrice Moullet rencontre Catherine Ribeiro, qui va devenir sa compagne pendant plusieurs années et avec qui il entame une longue collaboration dans le domaine musical[6].
L'actrice jouant Vénus, Geneviève Galéa (de son vrai nom Geneviève Guillery), mannequin et modèle d'origine italo-grecque, est la mère de l'actrice Emmanuelle Béart[7].
Tournage
Le tournage se déroule en quelques jours, du au , en région parisienne : dans le Val-de-Marne et près de l'aéroport d'Orly[8]. Les scènes de combat sont toutes reproduites avec des images d'archives (à l'instar de ce qu'avait fait François Truffaut dans Jules et Jim) : avions, bateaux, bombardements et bâtiments effondrés[1].
« Il n'y avait pas d'argent du tout, et toutes les anecdotes sur Les Carabiniers sont liées à cela. Sur ce film sont arrivées énormément d'aventures. Mais ce tournage aventureux avait été souhaité par Godard. Par exemple, c'est le seul film où il a décidé d'emblée que la caméra Cameflex serait entièrement tenue à la main, et nous n'avons même pas pris de pied chez le loueur de matériel »
— Charles Bitsch, assistant-réalisateur[9]