Les Crottes
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| Les Crottes | |
Église de la Vierge Marie et Saint-Mina, sur la Place Emmanuelli | |
| Administration | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Provence-Alpes-Côte d'Azur |
| Ville | Marseille |
| Arrondissement municipal | 15e |
| Démographie | |
| Population | 3 686 hab. (2022) |
| Géographie | |
| Coordonnées | 43° 19′ 27″ nord, 5° 22′ 04″ est |
| Transport | |
| Métro | |
| Tramway | |
| Bus | |
| Localisation | |
| modifier |
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Le quartier des Crottes constitue la pointe sud du 15e arrondissement de Marseille. Du milieu du XIXe siècle aux années / la quasi-totalité de l’espace y est occupé par l'industrie. Après une longue période de déclin et de friches, le renouvellement urbain de ce territoire est confié en à l’Opération d’Intérêt National Euroméditerranée.
Selon Frédéric Mistral, le quartier aurait été « ainsi nommé à cause des auberges voûtées qu'il y avait autrefois » et il était un cadre du proverbe local « bouono croto fa bouon vin »[1]
Le fait est que le nom vient du grec κρυπτη, voûte souterraine, cachée, grotte, que l'on retrouve en latin classique, crypta, passage souterrain, galerie couverte servant de passage, tunnel[2] et c'est ainsi que l'on désigne le cloître vouté entourant la cour des villae romaines et servant de cellier, de lieu où entreposer des provisions[3]. Il devient cròta ou croto en occitan provençal, puis en français crote, crotte, crots[4], avec la même signification comme en témoigne le Compoix (cadastre) de Valleraugue (Gard, 1625) « leur maison d’habitation contenant de maison crotte deux cannes un pan compris le passage qui est sur la crotte et au chef de la maison de Pierre Liron »[3].
Géographie
Limites du quartier
Le quartier administratif des Crottes, au sens du décret no 46-2285 du qui a délimité les 111 quartiers de Marseille, est limitrophe de plusieurs quartiers des 15e, 14e, 3e et 2e arrondissements : La Cabucelle et Les Arnavaux au nord, Le Canet à l'est, Saint-Mauront au sud, et Arenc à l'ouest[5],[6].
Voies de communication
Dessertes principales
L’axe historique principal du quartier des Crottes, orienté nord-sud, est l’ancien Grand chemin d’Aix devenu route nationale 8 puis renommée rue de Lyon et avenue d’Arenc (avenue Roger Salengro). Deux axes majeurs est-ouest relient le quartier au système autoroutier : l'avenue du Cap-Pinède (de l'A7 à l'A55) et le boulevard Ferdinand de Lesseps (de l'A7 à l'A557).
Passerelles piétonnes
La passerelle Eugène Gauchet relie à l’est les quartiers des Crottes et du Canet au-dessus de la gare de fret de Marseille-Canet. À l’ouest une autre passerelle franchit le voies de la gare maritime d’Arenc, elle est empruntée par le sentier de randonnée du GR 2013.
Transports en commun
Le quartier est desservi par deux stations de la ligne M2 du métro : la station Bougainville, ancien terminus de la ligne de à , et le pôle d'échanges multimodal Capitaine Gèze terminus du métro depuis . Ce pôle d'échanges comprend une gare de bus, un parking relais et, depuis le , la station Gèze terminus du tramway T3 située à proximité rue de Lyon. Outre ce terminus le quartier dispose de deux autres stations : Salengro Bachas et Salengro Cougit. La ligne de tramway doit en principe ensuite être prolongé jusqu’à la cité de la Castellane via le lycée Saint-Exupéry[7].
Le quartier est également traversé par les lignes de bus 36, 36B et 526 de la Régie des transports métropolitains.
Histoire
L'ancien quartier rural des Crottes
Vers le secteur des Crottes fait encore partie du terroir rural de Marseille, dans les années 1870 il est devenu l'un des quartiers industriels de la ville.
Les frontières du quartier sont alors fluctuantes. Sous l’Ancien Régime la circonscription territoriale et paroissiale des Crottes est bien plus étendue que le quartier du même nom issu du découpage administratif de la ville en [6]. Elle commence à se réduire avec le développement urbain et la création de nouvelles paroisses : Saint-Lazare au sud en , et Saint-Trophine au nord en dans le quartier de La Cabucelle. À la fin du XIXe siècle la circonscription paroissiale des Crottes s’étend encore du hameau Petites Crottes à Arenc[8].
Dans le hameau des Petites Crottes, à la jonction des actuels quartiers de la Cabucelle des Crottes et des Arnavaux une chapelle et un moulin alimenté par le ruisseau des Aygalades sont déjà attestés à la fin du XIIIe siècle. En le hameau comprend également au milieu de prairies quelques maisons dont une ancienne auberge près du Grand chemin d'Aix. La chapelle, connue aussi sous le nom de Notre-Dame de la Crote, est dédiée à Notre-Dame de Jérusalem par les Carmes implantés à proximité dans la grotte-ermitage des Aygalades. Fermée et vendue pendant la Révolution elle est rouverte en puis remplacée en par une nouvelle église paroissiale construite dans le faubourg ouvrier qui se développe plus au sud[8],[9]. Le cimetière adossé à la chapelle ne suffisant plus un nouveau est créé à proximité en , puis agrandi en et . Alors que le développement industriel des quartiers de la Cabucelle et des Crottes attire une importante main d’œuvre italienne, il prend le nom de "cimetière des Italiens". Il est fermé en , désaffecté en , puis utilisé comme dépotoir de déchets industriels[10].
Deux fouilles archéologiques ont été menées dans le secteur des Petites Crottes :
– le cimetière des Italiens situé sur l'emprise de la future station de métro Capitaine-Gèze a fait l’objet d’une opération d’archéologie préventive réalisée par l’INRAP en et [11],[12];
– une autre opération d’archéologie préventive est menée en par Mosaïques Archéologie sur le site du futur campus numérique Theodora[13], entre chemin et ruisseau des Aygalades. Elle met au jour les traces du moulin et de la chapelle des Petites Crottes, ainsi que celles d'une des unités — dénommée Theodora — de l'huilerie Rocca, Tassy & de Roux créée au début du XXe siècle[14],[15].
Une autre fouille archéologique, conduite par l'Inrap au dans le secteur du boulevard de Vintimille et de la rue Cazemajou à la limite sud-ouest du quartier des Crottes, a mis à jour les traces de vignobles datant de l'occupation grecque de Marseille, exploités durant quatre siècles à environ 2 km au nord des remparts de la cité[16].
Un siècle d’emprises industrielles
La mutation industrielle de cette banlieue voisine du nouveau port de commerce[17] commence dès le milieu du XIXe siècle. Entre le chemin de vicinal n°12 de la Madrague et la route impériale (puis nationale) n°8 de Paris à Toulon s’implantent dans les années /, ex nihilo dans la campagne, un chantier naval, une usine à gaz et une usine de distillation d’huiles minérales, puis en une usine d’engrais chimiques[18]. Toute la palette des industries marseillaises traditionnelles (huileries, savonneries, ateliers de chaudronneries, ...) va également se déployer dans le quartier et y occuper pendant plus d’un siècle la quasi-totalité de l’espace à l’ouest de le rue de Lyon. À l’est dans, dans le faubourg ouvrier qui se développe au niveau de la nouvelle église et le long de la Nationale habitations et usines sont fortement intriquées[19].
L’usine à gaz et l’usine électrique d’Arenc
L’usine à gaz est construite par la Société Jules Mirès et compagnie, qui devient en Société anonyme de l’éclairage au gaz et des hauts-fourneaux et fonderies de Marseille et des mines de Portes et Sénéchas, communément appelée Compagnie du gaz. Sa construction démarre en avant même l’obtention des autorisations. En la Ville de Marseille accorde à la compagnie le privilège exclusif de distribuer et vendre le gaz d'éclairage et de chauffage à Marseille pendant cinquante ans. Le contrat concerne aussi l’énergie électrique : alors que dans la plupart des villes de France l’électricité commence à se déployer dès les années les marseillais doivent en attendre l’échéance (hormis quelque expériences éphémères d’éclairage urbain dans le centre-ville)[20],[21].
Dès la fin de ce monopole la Ville accorde deux concessions pour la production et distribution de l’énergie électrique, l’une à la Compagnie du gaz, qui devient Société du Gaz et de l’Électricité de Marseille (SGEM), l’autre à la Compagnie d’électricité de Marseille (CEM) créée par la Compagnie générale d'électricité. Dès la SGEM met en chantier une centrale thermique à côté de son usine à gaz d’Arenc. Quant à la CEM, elle commence en la construction d'uneusine électrique au Cap Pinède, dont le premier groupe est mis en service dès . Après une période d’intense concurrence, les deux compagnies vont fusionner en sous le nom d’Électricité de Marseille. La centrale d’Arenc jugée moins performante que celle du Cap Pinède est arrêtée en , tout en restant opérationnelle jusqu’en [21],[20].
Lors de la fusion des deux compagnies l’usine à gaz passe sous tutelle de la Ville sous forme de régie intéressée, la SGEM en restant régisseur (en lors de la nationalisation de l’énergie la régie devient le Groupe Gazier Méditerranéen (GGM1)).
Au fil du temps l’usine fait l’objet de multiples extensions et modernisations, qu’Henri Carvin[22] commente ainsi :
« Si l'on pouvait passer le film des transformations à très grande vitesse, l'on verrait se monter des structures hideuses, s'effondrer des ferrailles, se construire des bâtiments, démolis presque aussitôt (10 ou 20 ans après), et le terrain primitif des champs de blé et des vignes réapparaître dans sa nudité, avec deux bons mètres d'épaisseur de scories noires, témoignage de 120 années de labeur de 700 ouvriers. »
L’arrêt définitif de la production de gaz intervient en après l’arrivée du gaz naturel via le terminal méthanier de Fos-sur-Mer[23].
En le site historique créé par le baron Mirès conserve encore une partie de sa vocation dans le domaine de la distribution d’énergie. Le siège de la Direction du commerce d’EDF Méditerranée est inauguré en à l’emplacement des anciens gazomètres[24]; Enedis occupe l’ancienne usine électrique; les bureaux du gestionnaire de réseau GRT gaz sont aussi également présents le long de la rue Allar; subsistent aussi deux stations de distribution du gaz et de l’électricité[25].
Le chantier naval
Dès un chantier naval dit Ateliers Fraissinet est créé le long du chemin de la Madrague. Une voie en forte déclivité, la rampe du Cap Pinède (devenue après la seconde guerre mondiale rue Cargo-Rhin-Fidelity), le relie aux bassins du port. Il est fondé par Marc Constantin Fraissinet créateur en de la Compagnie marseillaise de navigation à vapeur, Fraissinet & Cie. En la famille Fraissinet crée un second chantier naval à Port-de-Bouc. Les Ateliers Fraissinet prennent alors, comme ceux de Port-de-Bouc, le nom de Chantiers et Ateliers de Provence (CAP). Le site marseillais se spécialise dans la fabrication de chaudières et des moteurs de bateaux. À la fin du XIXe siècle les CAP se classent au premier rang des établissements français du même type[26].
Les CAP ferment en dans un contexte de crise de la construction navale. Le site marseillais est alors repris par la société Alsthom, puis en par la Société Provençale de la Madrague qui y accueille le Marché aux Puces ainsi que le Centre commercial des Puces[27].
L’usine des pétroles
En une fabrique de pétrole lampant à partir d’huiles minérales importées de Pennsylvanie est créée aux Petites Crottes (selon un prospectus de l'époque[28]), en bordure de la route impériale, par la Compagnie des Huiles de Pétrole d'Amérique. L’établissement est repris dès par un groupement d’hommes d'affaires marseillais : Alphonse Baux, Alfred Fraissinet et jules Imer, puis Henri Leenhardt, Gustave Imer, Louis et Eugène Fraissinet qui fondent la Compagnie générale des pétroles pour l’éclairage et l’industrie (CGP). La société commercialise dans toute la France cette huile d’éclairage (ou huile de lampe) sous la marque IF&B (pour Imer, Fraissinet et Baux). À partir des années la CGP va être présente à tous les stades de la filière pétrolière : prospection, extraction, transport maritime, raffinage, distribution. En elle est une des neufs sociétés du cartel qui dominent le marché pétrolier français. En elle s’associe avec la Standard franco-américaine filiale de la Standard Oil Company fondée par Rockefeller. Elle est finalement absorbée en par la Standard française des pétroles, future société Esso France[29].
La GGP dispose d’installations de déchargement du pétrole brut sur le port de Marseille. Les réservoirs de stockage de l’« usine des pétroles » des Crottes[30], sont alimentés en huile brute directement depuis les navires déchargées au Bassin des Pétroles via un système de tuyaux[31],[32]. Le « terrain Esso » est ensuite subdivisé en plusieurs zones d’activité desservies par un nouvel axe transversal percé entre la rue Lyon et le chemin de la Madrague-Ville : la rue André Allar[19]. L’impasse du Pétrole qui donne sur la rue de Lyon au niveau du n°65 demeure la dernière trace de l’histoire pétrolière du site[31].
Désindustrialisation et renouvellement urbain
Dans les années / Marseille subit, selon l’expression de historiens, un « choc de désindustrialisation »[33]. Dans le quartier des Crottes les usines ferment. Les friches se multiplient. Certaines emprises industrielles sont reconverties : stockage de conteneurs, concessions automobiles, zone commerciale du Marché au Puces[19]. En le renouvellement urbain de ce territoire en déclin est confié à l'opération Euromed 2, deuxième phase de l’Opération d’Intérêt National Euroméditerranée[34].