Littérature chinoise ancienne
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La littérature chinoise ancienne désigne l’ensemble des textes produits depuis les origines de l’écriture jusqu’à l’unification de l’empire sous la dynastie Qin (221 av. J.-C.) et constitue l’une des traditions littéraires les plus anciennes et continues du monde[1]. Ses premières attestations se trouvent dans les inscriptions sur os oraculaires et carapaces de tortue de la dynastie Shang (XVIIIe–XIIe siècle av. J.-C.), liées à des pratiques divinatoires, qui témoignent d’un système graphique déjà élaboré et d’un lexique apte à exprimer des concepts rituels et politiques[1]. Au cours de la période de la dynastie Zhou (XIe–IIIe siècle av. J.-C.), la production écrite s’élargit et se diversifia, comprenant des hymnes, des chants et des poèmes réunis dans le Classique des Odes, ainsi que des textes historiques et rituels tels que le Classique des Documents[1]. Parallèlement se développèrent des écrits philosophiques qui posèrent les bases des principales écoles de pensée préimpériales, notamment le confucianisme et le taoïsme[1]. Avant la dynastie Qin, ces œuvres définissent les formes, les thèmes et les fonctions de la littérature chinoise et établissent des modèles linguistiques et culturels appelés à exercer une influence durable sur la tradition ultérieure[1], à commencer par la littérature chinoise classique (206 av. J.-C. – 1911).
La littérature chinoise s'enorgueillit d'une histoire millénaire qui plonge ses racines dans les premières formes d'expression écrite remontant au IIe millénaire av. J.-C. À cette époque, les inscriptions sur os oraculaires et sur bronzes rituels constituent les premiers témoignages d'écriture, utilisés principalement à des fins divinatoires et cérémonielles. Avec l'avènement de la dynastie Zhou (vers 1046-256 av. J.-C.), la production littéraire chinoise commence à se diversifier et à s'enrichir. Durant la Période des Printemps et Automnes (770-476 av. J.-C.) et la période suivante des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.), de nombreuses œuvres voient le jour et influenceront profondément la culture chinoise[1].
Parallèlement à la tradition confucéenne, des textes fondamentaux du taoïsme émergent, tels que le Tao Tö King (道德经) attribué à Lao Tseu, qui explore les thèmes liés à la Voie (Dao) et à la Vertu (De), offrant une vision philosophique alternative centrée sur l'harmonie avec la nature et le non-agir (wu wei). En outre, durant la période des Royaumes combattants, les « Cent écoles de pensée » (诸子百家, Zhūzǐ Bǎijiā) se développent. Cette époque de fervente activité intellectuelle voit la naissance d'œuvres philosophiques et politiques d'une importance majeure. Parmi celles-ci se distingue L'Art de la guerre (孙子兵法, Sūnzǐ Bīngfǎ) de Sun Tzu, un traité de stratégie militaire qui a influencé non seulement la tactique de guerre, mais aussi la gestion et le leadership dans divers domaines[1].
Liste de textes
Confucianisme
Le confucianisme est une tradition éthique, politique et de vie répandue en Chine depuis plus de deux millénaires, fondée sur les enseignements de Confucius (VI–V siècle av. J.-C.). C’est une vision du monde qui met l’accent sur « l’humanité » (ren), le respect des rituels (li), la loyauté et la piété filiale, intégrant normes sociales et vertus morales. Ce n’est pas une religion organisée, mais il inclut la vénération des ancêtres et un fort sens éthique. Il s’est enraciné dans la culture chinoise et a influencé les sociétés et gouvernements de Corée, Japon et Vietnam. Il s’est diffusé grâce à des disciples comme Mencius et au soutien de la dynastie Han. Les valeurs confucéennes ont façonné l’éducation, la famille, l’État et les relations sociales en Asie de l’Est[2].
- Les Entretiens (論語, 480 av. J.-C. - 350 av. J.-C.) sont un recueil de paroles et de conversations attribuées à Confucius et à ses disciples. Composé durant la période des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants, ce texte est l'un des piliers du confucianisme et constitue un guide pour la conduite morale et le gouvernement. Il met l'accent sur des concepts tels que la bienveillance (仁, rén), la droiture (義, yì) et la piété filiale (孝, xiào)[3].
- Mèngzǐ (孟子) – Le Livre de Mencius (av. J.-C.-av. J.-C.), œuvre attribuée au philosophe Mencius (Mengzi, av. J.-C.-av. J.-C.), disciple de l'école confucéenne. Le Mengzi approfondit les idées de Confucius, soutenant que la nature humaine est intrinsèquement bonne et que le gouvernement devrait se fonder sur la vertu et le bien-être du peuple. Il critique la tyrannie et promeut le concept de Mandat du Ciel (天命, tiānmìng)[4].
- Lǐjì (禮記) – Le Classique des rites, rassemble les normes cérémonielles et rituelles de la Chine ancienne, codifiant le comportement moral et les interactions sociales selon les principes confucéens. Attribué à des érudits de la dynastie Zhou, le texte inclut la « Grande Étude » (大學, Dàxué) et l'« Invariable Milieu » (中庸, Zhōngyōng), qui furent plus tard inclus dans les Quatre Livres[5].
- Xúnzǐ (荀子) – Le Livre de Xunzi, écrit par le philosophe Xunzi (荀子, v. av. J.-C.-av. J.-C.). Ce texte représente une variante de la pensée confucéenne, soutenant que la nature humaine est intrinsèquement égoïste et que l'éducation ainsi que les rites sont nécessaires pour la discipliner. Xunzi a influencé le Légisme et la théorie politique chinoise[6].
- Xiàojīng (孝經) – Le Classique de la Piété filiale est un court traité confucéen qui souligne l'importance de la dévotion envers les parents et les aînés comme fondement de la stabilité sociale et politique[7].
- Shuōyuàn (說苑) – Le Jardin des anecdotes, œuvre compilée par le lettré Liu Xiang (劉向, 77-6 av. J.-C.) sous la dynastie des Han occidentaux. Elle rassemble des récits et des histoires morales fondés sur les principes confucéens, taoïstes et légistes[8].
- Chūnqiū Fánlù (春秋繁露) – La Rosée luxuriante des Annales des Printemps et Automnes, texte attribué à Dong Zhongshu (董仲舒, 179-104 av. J.-C.), grand promoteur du confucianisme comme idéologie d'État sous les Han. L'ouvrage lie le confucianisme à la cosmologie Yin-Yang et à la théorie du « Mandat du Ciel »[9].
- Hánshī Wàizhuàn (韓詩外傳) – Commentaire extérieur des Odes de Han, œuvre proposant des interprétations confucéennes du Classique des vers (Shijing). Attribué à des lettrés de la dynastie Han, le texte analyse la valeur morale des poésies anciennes[10].
- Dà Dài Lǐjì (大戴禮記) – Grand Recueil des Rites de Dai, une alternative au Classique des rites, rédigée par Dai De (戴德) sous la dynastie des Han orientaux. Il détaille les rites, l'éthique et la politique selon la pensée confucéenne[11].
- Bái Hǔ Tōng Dé Lùn (白虎通德論) – Débats au Pavillon du Tigre blanc, compilé par l'historien Ban Gu (班固, 32-92 ap. J.-C.). Le Bai Hu Tong rassemble les discussions confucéennes sur les institutions politiques et sociales, affirmant la centralité de l'empereur[12].
- Xīnshū (新書) – Livre nouveau, écrit par Jia Yi (賈誼, 201-169 av. J.-C.), philosophe de la dynastie Han. Il analyse le rôle de la moralité en politique et la nécessité d'un gouvernement vertueux[13].
- Xīnxù (新序) – Nouvelles Narrations, recueil de contes moraux et philosophiques de Liu Xiang, destiné à éduquer les fonctionnaires Han sur les principes du confucianisme[14].
- Yángzǐ Fǎyán (揚子法言) – Maître Yang : Paroles pour guider, œuvre du philosophe Yang Xiong (揚雄, 53 av. J.-C. - 18 ap. J.-C.), qui reformule les idées confucéennes sous l'influence du taoïsme[15].
- Zhōnglùn (中論) – Discours du Juste Milieu, écrit par Xu Gan (徐幹, 170-217 ap. J.-C.), traite de politique, d'éthique et de société selon le confucianisme[16].
- Kǒngzǐ Jiāyǔ (孔子家語) – Entretiens familiers de Confucius, texte attribué à Confucius qui prolonge les Entretiens avec de nouvelles anecdotes et enseignements[17].
- Qiánfūlùn (潛夫論) – Propos d'un ermite, œuvre de Wang Fu (王符, 90-165 ap. J.-C.), critique envers la corruption politique et la décadence morale[18].
- Lunheng (論衡) – Discours pesés (ou Balances des discours), écrit par Wang Chong (王充, 27-97 ap. J.-C.). Il critique les superstitions et propose une approche rationnelle de la philosophie confucéenne[19].
- Tàixuánjīng (太玄經) – Classique du Grand Mystère, œuvre de Yang Xiong qui fusionne confucianisme et cosmologie taoïste[20].
- Fēngsú Tōngyì (風俗通義) – Signification générale des coutumes, analyse des traditions et usages de la Chine ancienne dans une perspective confucéenne[21].
- Kǒngcóngzǐ (孔叢子) – Recueil de Kong, dialogues philosophiques attribués aux descendants de Confucius[22].
- Shēnjiàn (申鑒) – Réflexions de Shen, traité de politique et de moralité écrit à la fin de la dynastie Han[23].
- Zhōngjīng (忠經) – Classique de la Loyauté, texte dédié à la loyauté (忠, zhōng) comme vertu cardinale del confucianisme[24].
- Sùshū (素書) – Livre de la Simplicité, manuel de sagesse politique et morale[25].
- Xīnyǔ (新語) – Nouveaux propos, traité politique confucéen de la dynastie Han[26].
- Dúdùan (獨斷) – Jugements souverains, œuvre d'interprétation politique confucéenne[27].
- Cài Zhōngláng Jí (蔡中郎集) – Recueil de Cai Yong, collection d'écrits de Cai Yong (蔡邕, 132-192 ap. J.-C.), analysant la littérature et la philosophie confucéenne[28].
Mohisme
Le moïsme (chinois : 墨家 ; pinyin : Mòjiā) est une école philosophique chinoise qui a exercé une influence majeure durant la Période des Printemps et des Automnes et celle des Royaumes combattants (environ 490 av. J.-C. - 221 av. J.-C.). Le fondateur de ce courant est Mozi (墨子, 490 av. J.-C. - 403 av. J.-C.), dont le nom personnel était Mo Di (墨翟). Mozi est célèbre pour sa doctrine qui s'opposait par de nombreux aspects aux traditions confucéennes de l'époque, en mettant l'accent sur la rationalité, l'efficacité sociale et une vision utilitariste de la morale[29],[30].
Parmi les principaux textes moïstes, on trouve :
- Mòzǐ (墨子) – Le Livre de Mozi est l'un des traités les plus importants de la Chine antique. Ses enseignements traitent de l'éthique, de la politique, de l'épistémologie, de la logique et de la stratégie militaire. Mozi s'est opposé au confucianisme en promouvant le concept d'« amour universel » (jian'ai), l'idée que chacun doit traiter autrui avec un soin et un respect égaux. Il a mis l'accent sur l'usage pratique de la raison et de la logique, soutenant l'importance d'un gouvernement juste et rationnel. Le moïsme a profondément influencé la pensée chinoise, particulièrement durant la période des Cent écoles de pensée[29].
- Lǔshèng Mòbiànzhùxù (魯勝墨辯注敘) – Il s'agit d'un commentaire écrit par Lu Sheng sous la dynastie Jin occidentale. Ce texte se concentre sur le Mozi, analysant et expliquant les principes et les enseignements du moïsme. En tant qu'érudit de la période Jin, Lu Sheng apporte des interprétations approfondies à la pensée de Mozi, rendant le texte accessible au public de son époque. Le commentaire se distingue par son attention portée à la logique et à la philosophie morale de Mozi, cherchant à préserver et à diffuser sa pensée à travers le langage intellectuel de la période Jin[30].
Taoïsme
Légisme
Le légisme est une école de pensée philosophique de la Chine ancienne, développée principalement durant la période des Printemps et Automnes et celle des Royaumes combattants (v. 475-221 av. J.-C.). Les légistes soutenaient qu'un système de lois strictes et une application rigoureuse de la justice étaient essentiels au maintien de l'ordre et de la stabilité sociale. Contrairement aux philosophies confucéenne et taoïste, qui mettent l'accent sur les vertus morales et l'harmonie naturelle, le légisme se concentre sur la centralité de l'État et le respect absolu des lois afin d'éviter le chaos et les conflits.Parmi les principaux textes légistes, on trouve :
- Hanfeizi (韓非子) : Le livre de Han Fei, l'un des philosophes les plus renommés du Légisme chinois. Son œuvre majeure, également intitulée « Hanfeizi » (vers 280-233 av. J.-C.), rassemble ses écrits et constitue un traité fondamental sur la pensée politique de l'époque. Han Fei a synthétisé les idées de ses prédécesseurs, tels que Shang Yang et Shen Buhai, en mettant l'accent sur la centralisation du pouvoir souverain et l'importance des lois comme instrument de régulation sociale. Sa pensée a profondément marqué la politique de la Dynastie Qin, sous laquelle ses théories furent appliquées avec une grande rigueur[31].
- Shāngjūnshū (商君書) – Le Livre du Prince de Shang, également connu sous le nom de Livre de Shang Yang, est un traité attribué à Shang Yang (v. 390-338 av. J.-C.), réformateur et homme d'État de la période des Royaumes combattants. Œuvre majeure du courant légiste, ce texte prône une série de réformes visant à consolider l'autorité du souverain et à centraliser le pouvoir. En tant que ministre influent de l'État de Qin, Shang Yang y a instauré des lois et des réformes structurelles pour moderniser l'administration, favorisant ainsi l'émergence d'un système étatique rigoureux e centralisé[32].
- Shēn Bù Hài (申不害) – Maître Shen Buhai était un philosophe majeur du Légisme ayant vécu durant la Période des Printemps et des Automnes (vers 400 av. J.-C.). Son œuvre principale, bien que partiellement perdue, fut l'une des premières à traiter de l'administration et de l'art de gouverner en tant qu'outils de contrôle social. Shen Buhai a théorisé la gestion de la gouvernabilité, mettant en avant l'importance d'un appareil bureaucratique efficace, l'autonomie de l'État et la centralisation du pouvoir. Son influence repose principalement sur son analyse rigoureuse de la structure et de l'efficacité du système de gouvernement[33].
- Shènzǐ (慎子) – Le Livre de Shen, également attribué à Shen Dao (慎到), un philosophe majeur du courant légiste durant la période des Royaumes combattants. Son œuvre, le Shenzi, expose une vision particulièrement radicale du Légisme, affirmant que la loi doit impérativement prévaloir sur tout principe moral ou éthique. Shenzi soutenait que l'ordre et la stabilité ne pouvaient être garantis que par l'application stricte des lois, sans égard pour la bonté ou la justice morale. Sa philosophie met en avant l'importance du gouvernement en tant qu'instrument de pouvoir absolu, au sein duquel le souverain exerce sa domination de manière pragmatique, s'affranchissant des contraintes de la morale traditionnelle[34].
- Jiànzhúkèshū , ou Mémorial sur l'expulsion des conseillers étrangers, est un texte fondamental attribué à Li Si, éminent homme d'État et ministre sous le règne de Qin Shi Huang. Composé vers 237 av. J.-C., durant la période des Royaumes combattants, cet ouvrage est un plaidoyer politique adressé au souverain pour contester le décret d'expulsion des dignitaires étrangers de la cour. À travers ce texte, Li Si démontre l'efficacité du Légisme pour renforcer la puissance de l'État de Qin et jeter les bases de l'unification impériale sous une autorité unique[35].
- Guanzi est une compilation de textes attribués à Guan Zhong (管仲), célèbre ministre de la période des Printemps et Automnes (720-645 av. J.-C.) sous le règne du duc Huan de l'État de Qi. Bien que l'œuvre ne puisse être intégralement attribuée à Guan Zhong lui-même, elle expose des théories politiques et économiques qui préfigurent les principes du Légisme. Le Guanzi examine divers aspects de la gouvernance et de la gestion du pouvoir ; tout en étant parfois perçu comme une synthèse de courants taoïstes et légistes, l'influence de ces derniers est manifeste à travers l'importance accordée à la centralisation de l'autorité et à la force de l'appareil d'État[36].
École des Noms
L'École des Noms, également connue sous le nom d'« École des Logiciens », était une école philosophique chinoise apparue durant la période des Cent écoles de pensée (Ve-IIIe siècle av. J.-C.), plus précisément pendant les périodes des Printemps et Automnes (770-476 av. J.-C.) et des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.). Cette école se concentrait principalement sur l'analyse du langage, des dénominations et de leur rapport à la réalité. Sa préoccupation majeure portait sur la définition et l'application des noms (termes, concepts) vis-à-vis de la réalité physique et métaphysique. Les philosophes de l'École des Noms cherchaient à explorer la manière dont les termes linguistiques peuvent être utilisés avec précision afin d'éviter les contradictions et les malentendus. Ils posaient, par exemple, des questions telles que : « Un nom n'est-il qu'un symbole pour une chose, ou peut-il représenter une réalité effective ? » et « Que se passe-t-il si un nom est utilisé de manière incorrecte ? »[37].
Gongsun Longzi est l'un des plus célèbres représentants de l'École des Noms (Mingjia). Il vécut durant la Période des Royaumes combattants, vers le IIIe siècle, une époque marquée par les divisions politiques et les luttes de pouvoir en Chine. Gongsun Long est principalement reconnu pour son traité philosophique, le Gongsun Longzi, qui explore les thématiques du langage, de la logique et de la métaphysique, constituant ainsi l'un des témoignages les plus précieux de son courant de pensée. Un concept clé de son œuvre réside dans le célèbre paradoxe de la « pierre blanche », une argumentation interrogeant la distinction et la définition des termes. Il soutenait qu'une pierre blanche n'est pas simplement « blanche », mais plutôt une pierre qui possède la qualité de blancheur, mettant en exergue l'importance de la précision conceptuelle. Une autre de ses thèses suggère que nous ne percevons la réalité qu'à travers le prisme du langage, les termes étant toujours relatifs à la perception humaine et aux cadres définitionnels[38].
École de la Guerre
Le terme Bīngjiā ((zh)), que l'on traduit généralement par « École de la stratégie » ou « École militaire », fait référence à un corpus de textes et de doctrines de la Chine ancienne consacrés à l'art militaire. Ces traités exposent les principes fondamentaux de la conduite de la guerre, de la stratégie, de la tactique et du commandement. L'École de la guerre occupe une place centrale dans la tradition culturelle chinoise. Ses enseignements ont été étudiés et mis en pratique à travers les siècles, dépassant largement le cadre strictement militaire pour influencer les domaines de la politique et de l'économie. Les sections suivantes présentent les œuvres majeures rattachées à cette école[39].
- Sūnzǐ Bīngfǎ (孫子兵法) – L'Art de la guerre : L’un des textes les plus célèbres et les plus influents de la littérature chinoise, L'Art de la guerre est attribué au général Sun Wu, dit Sun Tzu, qui vécut durant la Période des Printemps et des Automnes (770-476 av. J.-C.). Ce traité, divisé en treize chapitres, propose une analyse approfondie de la stratégie, de la tactique et de la philosophie militaire. Sun Tzu y souligne l'importance de la préparation, de la ruse, de l'adaptation aux circonstances et de la connaissance de l'adversaire. Son célèbre précepte « Connais-toi toi-même et connais ton ennemi, et tu ne seras jamais en danger, même en cent batailles » demeure l'un des plus connus. L'ouvrage a exercé une influence durable bien au-delà du domaine militaire, marquant également le monde des affaires, la politique et la psychologie[40].
- Wuzi (chinois : 吳子 ; pinyin : Wúzǐ) : le Wuzi est un traité majeur de stratégie militaire rédigé par le général Wu Qi, un commandant au service de l'État de Chu durant la période des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.). Ce texte aborde divers aspects de la guerre, notamment la discipline et l'instruction des troupes. Contrairement à Sun Tzu, qui privilégie la flexibilité et la ruse, Wu Qi insiste sur l'importance de la rigueur militaire et de l'efficacité logistique. Sa pensée témoigne de l'évolution vers des guerres de longue durée où la préparation et la gestion des ressources devenaient cruciales[41].
- Le Liu Tao ((zh)), ou les Six Secrets (également connu sous le nom de Six Stratégies), est un ancien traité militaire attribué à Jiang Ziya, stratège légendaire de la dynastie Zhou. Rédigé durant la période des Royaumes combattants, cet ouvrage figure parmi les textes les plus influents de la pensée stratégique chinoise. Il se décompose en six sections traitant de sujets variés, allant de l'organisation politique de l'armée à la défense contre des forces supérieures. Le texte met l'accent sur des concepts clés tels que la compréhension de la psychologie de l'ennemi, l'importance de l'adaptation au terrain et l'art de l'attaque surprise. Le Liu Tao a marqué durablement l'évolution de la philosophie militaire en Chine[42].
- Sīmǎ Fǎ (司馬法) – Les Méthodes du Sima. Attribué à Sima Rangju, célèbre stratège des périodes des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants, ce traité examine en détail les techniques de combat et la gestion des ressources en temps de guerre. Bien que moins notoire que les écrits de Sun Tzu ou de Wu Qi, cet ouvrage demeure essentiel pour son analyse de la planification tactique et de la stratégie militaire. Le traité expose de nombreux principes concernant l'organisation des armées ainsi que des méthodes visant à maximiser l'efficacité logistique et l'exploitation des ressources[43].
- Wèi Liáozǐ (尉繚子) – Le Livre de Wei Liao est un traité militaire rédigé par Wei Liao, général et stratège de la période des Royaumes combattants. Cet ouvrage explore divers aspects de la guerre, notamment la discipline, l'entraînement des troupes et la gestion des ressources. À la différence d'autres œuvres, le Wei Liao Zi se concentre particulièrement sur l'étude des caractéristiques morales et psychologiques des commandants et des soldats, soulignant la nécessité d'un commandement rigoureux et d'une compréhension profonde des motivations humaines. L'œuvre traite également de l'importance de maintenir le contrôle sur de grandes forces militaires afin de prévenir les troubles internes[44].
- Le Sānlüè (三略), ou Les Trois Stratégies, est un traité de stratégie militaire datant de la période de la dynastie des Han occidentaux (206 av. J.-C. - 9 apr. J.-C.). L'ouvrage s'articule autour de trois principes fondamentaux : le renseignement, la gestion des troupes et l'allocation stratégique des ressources. Attribué à Jia Lin, un expert et théoricien militaire de l'époque, ce traité est moins notoire que d'autres classiques chinois. Il offre néanmoins un éclairage précieux sur les techniques de commandement sous les Han, une période caractérisée par des conflits d'envergure nécessitant une maîtrise fine de la géopolitique et de la logistique[45].
Mathématiques
Le terme Suànshū (算書) désigne de manière générale les traités mathématiques chinois, et renvoie spécifiquement aux textes fondateurs de la tradition scientifique impériale. Ces ouvrages traitent de disciplines variées telles que le calcul arithmétique, la géométrie et la résolution de problèmes appliqués à l'agriculture, à l'arpentage ou au génie civil. La tradition mathématique chinoise s'inscrit dans une continuité séculaire, fruit d'un développement fondé sur l'empirisme et les besoins administratifs de l'État[46].
- Hai Dao Suan Jing (海島算經) —Le Classique Mathématique de l'Île en Mer— est un ouvrage de mathématiques composé par Liu Hui vers 263 ap. J.-C., sous la période des Trois Royaumes. Ce traité se présente comme un manuel d'arpentage et de géodésie, principalement axé sur la mesure des distances et des reliefs côtiers. L'auteur y développe des procédures trigonométriques complexes, notamment la méthode de la « double différence », permettant de déterminer la hauteur d'objets ou la profondeur de vallées sans accès direct. Le texte illustre l'intégration des mathématiques appliquées dans la gestion administrative et militaire de la Chine ancienne[47].
- Jiuzhang suanshu (九章算術), ou Les Neuf Chapitres sur l'art mathématique, constitue l'un des textes fondamentaux de la tradition mathématique chinoise. Rédigé sous la dynastie des Han occidentaux (v. 120 av. J.-C. – 20 apr. J.-C.), cet ouvrage codifie les savoirs empiriques accumulés au cours des siècles précédents. Le traité est structuré en neuf sections, chacune dédiée à un domaine spécifique tel que l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie et la théorie des nombres[48]. Les chapitres traitent notamment du calcul de surfaces et de volumes, de la résolution de systèmes d'équations linéaires et de l'arithmétique fractionnaire. Les méthodes présentées privilégient une approche algorithmique, comme le mécanisme de la « fausse position » (une forme primitive d'algèbre). L'importance historique du texte repose sur la convergence entre les concepts abstraits et leurs applications concrètes en ingénierie et en astronomie. Référence pédagogique majeure en Asie orientale pendant des siècles, l'ouvrage contient des techniques dont les principes demeurent pertinents en mathématiques appliquées[48].
- Sunzi Suanjing (Le Classique mathématique de Sunzi) : ouvrage de référence de la mathématique chinoise ancienne, attribué à Sunzi et datant probablement de la période des Dynasties du Nord et du Sud (420-581 apr. J.-C.). Le texte se distingue par son approche pragmatique de l'arithmétique, notamment à travers l'exposition de méthodes de résolution d'équations linéaires. L'apport majeur de ce traité réside dans l'énoncé du théorème des restes chinois, un algorithme permettant de résoudre un système de congruences, préfigurant des concepts clés de l'algèbre moderne et de la théorie des nombres. Malgré les incertitudes liées à sa transmission manuscrite, le Sunzi Suanjing demeure un jalon essentiel de la tradition scientifique chinoise[49].
- Zhou Bi Suan Jing ( Le Classique mathématique du Gnomon des Zhou) est un ouvrage de référence consacré principalement à l'astronomie et aux mathématiques appliquées. Rédigé sous la dynastie Han (entre 50 av. J.-C. et 100 apr. J.-C.), il figure parmi les plus anciens traités traitant de géométrie sphérique. Le texte est notoire pour son étude des orbites planétaires et des phénomènes célestes par le biais de méthodes géométriques et algébriques[50].L'intérêt majeur du Zhou Bi Suan Jing réside dans son approche de la trigonométrie, notamment pour le calcul des distances angulaires entre les corps célestes. Ses applications pratiques, allant de la gnomonique à la métrologie, ont permis de systématiser l'observation des lois astronomiques. Utilisé pendant plusieurs siècles comme manuel de référence par les savants chinois, ce traité demeure une source fondamentale pour l'histoire des sciences sous les Han[50].
École de l'Éclectisme
Le terme Zájiā (chinois simplifié : 杂家 ; chinois traditionnel : 雜家), traduit par « École de l'Éclectisme » ou « École des Divers (ou de la Miscellanée) », désigne un courant de pensée apparu durant la période des Cent écoles de pensée (v. 475-221 av. J.-C.), une ère de grande effervescence intellectuelle en Chine. Loin de constituer une doctrine monolithique, ces penseurs se distinguaient par leur volonté d'intégrer et de concilier des idées issues de multiples traditions, notamment le confucianisme, le taoïsme, le légisme ou encore le moïsme. L'approche de l'École de l'Éclectisme est avant tout pragmatique : elle vise à synthétiser les concepts et les méthodes de diverses théories afin d'en tirer une sagesse pratique pour la gouvernance, refusant ainsi l'adhésion dogmatique à une seule philosophie exclusive[51].Parmi les textes fondamentaux de ce courant, on trouve notamment :
- Huáinánzǐ (淮南子) – Intitulé Les Maîtres de Huainan, il s'agit d'une œuvre encyclopédique de la dynastie Han, attribuée à Liu An, prince de Huainan, et à son entourage d'érudits. Composé de 21 chapitres, ce texte est une vaste somme de connaissances traitant de sujets aussi divers que la philosophie, la politique, la cosmologie ou la médecine ; il constitue à ce titre un témoignage précieux de la vie intellectuelle sous les Han. L'ouvrage opère une synthèse entre le taoïsme, le confucianisme et le légisme, prônant une vision harmonieuse de l'univers où le souverain se doit d'agir en symbiose avec les principes naturels. Le Huainanzi explore également la théorie du wuwei (le non-agir) et son application tant dans l'art de gouverner que dans la conduite de la vie quotidienne[52].
- Lǚshì Chūnqiū (呂氏春秋) – Les Annales du printemps et de l'automne de Lü sont une œuvre philosophique majeure compilée sous la direction de Lü Buwei, Premier ministre de l'État de Qin à la fin de la période des Royaumes combattants. Véritable encyclopédie du savoir de l'époque, cet ouvrage opère une synthèse des principaux courants de pensée (les « Cent écoles de pensée »), notamment le confucianisme, le taoïsme, le légisme et le moïsme. Divisé en 26 chapitres, il propose une vision holistique de la gouvernance, prônant l'harmonie entre l'ordre politique, la société et les cycles naturels. Le Lüshi Chunqiu a exercé une influence durable sur la théorie politique chinoise en liant indissociablement la moralité du souverain à l'ordre cosmique[53].
- Guǐgǔzǐ ((zh)) : Le Livre du Maître de la Vallée des Démons est un ouvrage attribué à un mystérieux maître taoïste et stratège militaire éponyme. Ce traité porte sur la stratégie, la diplomatie et la gestion des conflits. Il est célèbre pour sa vision pragmatique, voire réaliste, de la politique et de la guerre, mettant l'accent sur la manipulation des affects et le recours à la dissimulation. Le texte souligne l'importance de l'analyse psychologique et de l'influence sur les motivations d'autrui, s'imposant comme l'un des premiers écrits chinois à explorer la psychologie appliquée au champ politique. La figure de Gui Gu Zi reste indissociable de la pensée militaire chinoise et son œuvre a profondément marqué la tradition des « Cinq chapitres militaires »[54].
- Yin Wenzi ((zh)) : Ouvrage philosophique s'inscrivant dans la tradition de la pensée confucéenne. Bien que moins notoire que d'autres classiques chinois, ce texte est traditionnellement attribué à Yin Wen, penseur de la période des Royaumes combattants. L'œuvre se concentre sur l'éthique et la moralité du prince, mettant particulièrement l'accent sur le perfectionnement du caractère et l'importance de l'éducation pour une gouvernance vertueuse. À travers une série de dialogues et de réflexions morales, le Yin Wenzi s'efforce de définir la voie la plus noble pour un souverain souhaitant gouverner avec justice et sagesse[55].
- Dèng Xīzǐ (Modèle:Chinois traditionnel) : Le Livre de Deng Xi est un ouvrage attribué au philosophe Deng Xi, l'un des précurseurs du Légisme et de l'École des Noms. Ce traité de philosophie politique met l'accent sur la loi en tant qu'outil fondamental pour le maintien de l'ordre et de la stabilité de la société. Deng Xi y soutient que la force de la loi doit primer sur la moralité individuelle ou l'éthique personnelle, préconisant que le souverain utilise le cadre législatif de manière rigoureuse pour garantir le contrôle social. Sa doctrine se distingue du confucianisme, qui privilégie la vertu morale de l'individu, en mettant l'accent sur la nécessité d'un système juridique centralisé et strict pour gouverner l'État[56].
Historiographie
L'historiographie chinoise constitue un corpus documentaire d'une densité exceptionnelle. Ces œuvres, regroupant chroniques dynastiques, annales et biographies, permettent une analyse rigoureuse des mécanismes politiques et des structures sociales de la Chine ancienne[57].
- Shǐjì (史記) – Mémoires du Grand Historien : Œuvre séminale de Sima Qian, ce texte couvre l'histoire chinoise de l'ère mythique jusqu'à la dynastie Han. L'ouvrage est structuré en cinq catégories : annales fondamentales, tableaux chronologiques, traités, monographies des maisons héréditaires et biographies. Il a durablement défini les standards de l'écriture historique en Asie orientale[58].
- Chūnqiū Zuǒzhuàn (春秋左傳) – Commentaire de Zuo : Exégèse majeure des Annales des Printemps et des Automnes. Ce texte fournit un récit détaillé des enjeux diplomatiques et militaires du début de l'ère impériale, s'imposant comme le commentaire le plus ancien et le plus influent de la période[59].
- Yì Zhōushū (逸周書) – Livre perdu des Zhou : Recueil de textes fragmentaires rattachés à la dynastie Zhou. Traitant de stratégie, de rituels e d'organisation politique, il offre un éclairage précieux sur la pensée étatique de l'époque, malgré l'état lacunaire de certains chapitres[60].
- Guóyǔ (國語, Discours des États) : Recueil de discours attribués aux souverains et dignitaires de divers États pré-impériaux. Cet ouvrage constitue une source majeure pour l'analyse de la diplomatie et des relations inter-étatiques durant les périodes des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants[61].
- Yànzǐ Chūnqiū (晏子春秋, Annales de Yanzi) : Biographie et compilation d'anecdotes relatives à Yan Ying, ministre de l'État de Qi. L'œuvre traite de philosophie politique et de morale, mettant en exergue la prudence et l'habileté diplomatique du ministre[62].
- Wu Yue Chunqiu (吳越春秋, Annales de Wu et Yue) : Récit historiographique détaillant les conflits entre les royaumes de Wu et de Yue. Le texte se distingue par un mélange de faits historiques e de structures narratives centrées sur la stratégie militaire et les thématiques de la vengeance d'État[63].
- Yuè Juéshū (越絕書, Livre de la suprématie de Yue) : Monographie consacrée à l'histoire de l'État de Yue, axée sur ses affrontements avec le royaume de Wu. Elle documente notamment le règne de Goujian e l'influence de conseillers tels que Fan Li[64].
- Zhanguoce (戰國策, Stratégies des États combattants) : Recueil de récits et d'anecdotes portant sur les manœuvres diplomatiques et militaires de la période des États combattants. Cet ouvrage témoigne du développement de l'art de la persuasion et de la pensée stratégique dans la Chine ancienne[65].
- Yántièlùn (鹽鐵論, Disputes sur le sel et le fer) : Retranscription d'un débat séminal sous la dynastie Han concernant le monopole d'État sur le sel et le fer. L'œuvre met en lumière les tensions entre l'orthodoxie confucéenne et les impératifs du pragmatisme administratif[66].
- Liènǚ Zhuàn (列女傳, Biographies de femmes exemplaires) : Compilation biographique rédigée par Liu Xiang, présentant des figures féminines conformes aux préceptes confucéens. Elle illustre les modèles de moralité et le statut social des femmes à l'époque impériale[67].
- Chūnqiū Gǔliáng Zhuàn (春秋穀梁傳, Commentaire de Guliang sur les Annales des Printemps et des Automnes) : Exégèse classique qui propose une lecture moralisatrice et rigoureuse des événements historiques, en accord avec la doctrine confucéenne[68].
- Chūnqiū Gōngyáng Zhuàn (春秋公羊傳) – Commentaire de Gongyang sur les Annales des Printemps et des Automnes : Cet ouvrage propose une exégèse idéaliste de l'histoire, introduisant la notion de réforme politique par le prisme de l'éthique et de la moralité[69].
- Hanshu (漢書) – Livre des Han': Histoire officielle de la dynastie Han rédigée par Ban Gu. Elle constitue le prototype des histoires dynastiques ultérieures, se distinguant par son analyse rigoureuse des institutions, de l'économie et des notices biographiques[70].
- Qiánhànjì (前漢紀) – Annales de la dynastie Han antérieure' : Chronique couvrant la période des Han occidentaux. Son approche privilégie une structure narrative continue, par opposition à la forme thématique du Han Shu[71].
- Dōngguān Hànjì (東觀漢記) – Chroniques des Han du Pavillon oriental : Recueil de documents officiels compilés par les historiens de la cour, offrant des détails substantiels sur la politique intérieure et la vie impériale des Han orientaux[72].
- Hòu Hànshū (後漢書) – Livre des Han postérieurs : Histoire de la dynastie Han orientale rédigée par Fan Ye. Tout en respectant les modèles historiographiques de Sima Qian et de Ban Gu, l'auteur accorde une place centrale aux biographies[73].
- Zhúshū Jìnián (竹書紀年) : Chronologie historique rédigée sur lamelles de bambou, couvrant les événements jusqu'à la période des Royaumes combattants. Il s'agit de l'un des plus anciens documents historiographiques de la Chine ancienne[74].
- Mù Tiānzǐ Zhuàn (穆天子傳) – Récit du Fils du Ciel Mu : Chronique des pérégrinations du roi Mu des Zhou. L'ouvrage mêle faits historiques et topoi mythologiques, décrivant notamment des rencontres avec des divinités taoïstes[75].
- Gǔsānfén (古三墳) : Recueil de récits archaïques portant sur la genèse de la civilisation chinoise et les figures légendaires de la haute antiquité[76].
- Yàndānzǐ (燕丹子) – Le Prince Dan de Yan : Récit historique centré sur la tentative d'assassinat du roi de Qin par le prince Dan. Le texte offre une perspective sur les dilemmes politiques et les impératifs de vengeance de l'époque[77].
- Xījīng Zájì (西京雜記) – Notes diverses sur la Capitale occidentale : Compilation d'anecdotes, de légendes et de faits de cour relatifs à la vie à Chang'an sous la dynastie Han, documentant les mœurs et l'étiquette impériale[78].
Classiques anciens
Les « Classiques anciens » représentent un corpus de textes fondamentaux pour la culture et la pensée chinoise, ayant profondément influencé la philosophie, la politique et la littérature de l'empire. Ces écrits couvrent un large éventail de sujets, allant des rites et des lois aux poèmes et à la métaphysique. Leur importance est telle qu'ils ont fait l'objet d'études et de commentaires ininterrompus depuis des millénaires[79],[80].
- Shijing (詩經 - Classique des vers) : Le Classique des vers est l'un des Cinq Classiques (五經) de la Chine ancienne. Il regroupe 305 poèmes qui s'étendent de la poésie populaire à la poésie de cour la plus raffinée. L'œuvre est traditionnellement divisée en trois parties : les « Odes » (詩, shī), les « Chants » (風, fēng) et les « Hymnes » (雅, yǎ). Ses origines remontent aux dynasties Zhou occidentaux et orientaux (1046-256 av. J.-C.). Il s'agit de l'une des plus anciennes anthologies poétiques chinoises, témoignant de la vie quotidienne, des rituels et de la sensibilité de l'époque[81].
- Classique des documents (尚書 - Shang Shu / Livre des Actes) : Le Shang Shu est un recueil de documents historiques et de discours remontant aux époques des dynasties Xia, Shang et Zhou. Il se compose de récits historiques, de lois, de décrets impériaux et d'échanges entre les souverains et leurs sujets. Ces écrits sont d'une valeur historique majeure et témoignent des racines de la culture chinoise, de la philosophie politique et du concept de « Mandat du Ciel » qui légitimait le pouvoir des souverains[82].
- Classique des changements (周易 - Yi Jing / Yi King) : Classique incontournable de la philosophie chinoise, il est traditionnellement attribué au roi Wen de Zhou ainsi qu'au sage Confucius. Cet ouvrage pose les bases de l'interprétation des mutations cosmiques et humaines à travers un système de 64 hexagrammes, chacun formé d'une combinaison de traits pleins et de traits brisés. S'il est à l'origine un manuel de divination, il constitue également l'une des sources fondamentales de la pensée taoïste et confucéenne[83].
- Rites des Zhou (Zhou Li) : Cet ouvrage décrit le système politique et social de la dynastie Zhou. Composé d'un ensemble de rites et de règles régissant la vie civile, religieuse et politique, le texte est essentiel pour comprendre l'organisation de la bureaucratie, les lois et les pratiques rituelles de cette période. Le Zhou Li met l'accent sur la structure sociale et sur l'importance de l'exécution des rites pour préserver l'harmonie entre le cosmos et l'ordre politique[84].
- Chants de Chu (Chu Ci) : Il s'agit d'un recueil de poèmes ayant émergé durant la période des Royaumes combattants, plus précisément dans l'État de Chu. Cette œuvre est célèbre pour son expression lyrique intense et son influence majeure sur la poésie chinoise ultérieure. Les poèmes explorent les thèmes de l'amour, de la mort et de l'interaction entre l'homme et la nature. Son auteur le plus illustre est Qu Yuan, poète patriote dont l'héritage a profondément marqué la tradition littéraire du pays[85].
- Jiaoshi Yilin (焦氏易林 - Forêt des mutations de Jiao) : Le Jiaoshi Yilin est l'une des exégèses classiques du Livre des Mutations (Zhouyi). Compilé par Jiao Yanshou sous la dynastie Han (206 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.), ce texte propose des commentaires et des clefs d'interprétation pour les hexagrammes du Zhouyi, en mettant l'accent sur la dimension philosophique et divinatoire. Le travail de Jiao Yanshou est considéré comme essentiel à la pensée taoïste et confucéenne[86].
- Jingshi Yizhuan (京氏易傳 - Commentaire de Jing sur les Mutations) : Le Jingshi Yizhuan est une autre interprétation majeure du Zhouyi, rédigée par Jing Fang durant la dynastie Han. Jing Fang est célèbre pour avoir théorisé le Zhouyi en tant que système de pensée globale et outil de divination. Son interprétation a durablement marqué les écoles de pensée chinoises ultérieures, particulièrement dans les domaines de la métaphysique et de la cosmologie[87].
- Shi Shuo (詩說 - Commentaires sur la Poésie) : Le Shi Shuo est un recueil regroupant une série de commentaires sur les poèmes du Classique des vers (Shijing). Rédigé par divers auteurs durant les dynasties Zhou et Han, cet ouvrage explore le sens profond des textes poétiques, tout en proposant des réflexions sur leur structure, leur forme et leur influence sur la culture chinoise. Le Shi Shuo demeure une source précieuse pour l'étude de la poésie et de la littérature chinoise ancienne[88].
Étymologie
Le terme zìshū (字書) désigne un corpus d'ouvrages traitant de l'étymologie, de la sémantique et de l'évolution structurelle des caractères chinois. Ces textes constituent des instruments fondamentaux de la philologie chinoise, documentant l'origine des graphies ainsi que leurs mutations morphologiques et phonologiques à travers les époques dynastiques. L'approche étymologique chinoise permet une analyse rigoureuse de la langue en articulant les dimensions paléographiques et sémantiques du système d'écriture[89].
- Shuōwén Jiězì (說文解字) : Rédigé par Xu Shen sous la dynastie des Han orientaux, cet ouvrage est considéré comme le premier dictionnaire étymologique exhaustif de la langue chinoise. Organisé en 15 volumes, il recense environ 9 000 caractères. Xu Shen y introduit une classification systématique basée sur 540 radicaux (ou clés), une innovation méthodologique majeure pour la lexicographie orientale. Le texte analyse les caractères selon les six principes de composition (liùshū), distinguant notamment les pictogrammes des idéophonogrammes. Le Shuowen Jiezi demeure une source primaire indispensable pour l'étude de l'évolution du sens et de la forme des caractères anciens[90].
- Ěryǎ (爾雅) : Premier ouvrage lexicographique de la tradition chinoise, compilé entre la fin de l'époque des Royaumes combattants et le début de la dynastie Han. L'ouvrage se présente comme un recueil de glossaires systématiques visant à l'interprétation des textes antiques. Le Erya se distingue par sa structure thématique, classant le lexique en sections encyclopédiques (phénomènes naturels, faune, flore, institutions et parenté). Sa finalité était double : d'une part, fixer le sens des termes du corpus pré-impérial afin d'en réduire l'ambiguïté sémantique, et d'autre part, servir d'instrument de normalisation linguistique pour l'élite lettrée[91].
- Shìmíng (釋名; Explication des noms) – Traité lexicographique et étymologique rédigé par Liu Xi sous la dynastie des Han orientaux. L’ouvrage repose sur une approche paronymique, visant à expliciter l'origine des termes et des concepts à travers leurs homophonies. Au-delà de sa fonction de dictionnaire, le Shiming constitue une ressource précieuse pour la reconstruction de la phonétique du chinois archaïque. Son influence demeure majeure dans l'histoire de la linguistique chinoise, notamment par son analyse des rapports entre nomenclature et pensée philosophique[92].
- Fangyan ((zh)) : Traité de linguistique séminal rédigé par Yang Xiong sous la dynastie des Han occidentaux. Cet ouvrage constitue la première étude systématique des topolectes chinois, documentant les divergences lexicales et sémantiques entre les diverses provinces de l'époque. En répertoriant les variations locales, l'auteur a posé les jalons de la dialectologie chinoise et de la philologie classique, offrant un témoignage précieux sur la morphologie des langues siniques anciennes[93].
- Jíjiùpiān (急就篇) – Traité d'écriture rapide datant de la dynastie des Han occidentaux. Son titre, que l'on peut traduire par « Chapitre pour un apprentissage rapide », désigne un manuel pédagogique destiné à l'initiation à la lecture et à l'écriture. L'ouvrage est constitué de phrases concises regroupant des caractères fondamentaux afin d'en faciliter la mémorisation et l'acquisition graphique. Le Jíjiùpiān a joué un rôle déterminant dans l'éducation classique en Chine et demeure un document de référence pour l'étude de la paléographie et de la didactique du chinois médiéval[94].
Médecine traditionnelle chinoise
La médecine traditionnelle chinoise (MTC ; Modèle:Cinese) est un système thérapeutique élaboré dans le bassin du Fleuve Jaune. Elle repose sur une tradition clinique de plus de 2 500 ans associant la phytothérapie, l'acupuncture, le massage (tuina), la pratique d'exercices (qi gong) et la diététique chinoise[95].
- Huángdì Nèijīng (黃帝內經) : Le Classique interne de l'Empereur Jaune constitue l'ouvrage de référence de la pensée médicale chinoise. Attribué à l'Empereur Jaune (Huangdi), figure mythologique, ce traité expose les concepts fondamentaux du Qi, de la théorie des Zang-fu (organes et entrailles), des méridiens ainsi que l'homéostasie entre l'individu et son environnement. L'œuvre se divise en deux parties distinctes : le Suwen (Questions élémentaires), traitant de la théorie médicale, et le Lingshu (Pivot spirituel), consacré à l'acupuncture et à la moxibustion. Ce texte a durablement structuré l'approche diagnostique et la compréhension des cycles biologiques dans le monde sinisé[96].
- Nánjīng (難經, Classique des difficultés) : Traité médical conçu comme une exégèse du Huangdi Neijing, visant à résoudre les ambiguïtés théoriques et cliniques de ce dernier. Composé de 81 chapitres, l'ouvrage approfondit l'étude des méridiens, de la circulation du Qi et des techniques de puncture. Il demeure une référence majeure pour la compréhension des pathologies complexes et le perfectionnement du diagnostic par le pouls[97].
- Shanghanlun (傷寒論, Traité des maladies du froid) : Rédigé par Zhang Zhongjing, cet ouvrage marque la naissance de la nosologie systématique en médecine chinoise. Il expose une classification des maladies fébriles en six stades d’évolution, associant à chaque étape des tableaux cliniques et des protocoles thérapeutiques spécifiques. Son influence sur la pharmacologie et le traitement des maladies infectieuses reste prépondérante dans la tradition médicale extrême-orientale[98].
- Jīnguì Yàolüè ((zh)), ou « Précis de la Chambre d'or », est un traité majeur de Zhang Zhongjing consacré à la médecine interne. Si le Shanghan Lun traite principalement des pathologies fébriles, le Jīnguì Yàolüè se concentre sur les affections chroniques et les dysfonctionnements organiques, notamment les troubles digestifs, respiratoires et gynécologiques. L'ouvrage adopte une structure clinique rigoureuse, articulée autour de l'étiologie, de la symptomatologie et de la pharmacopée, constituant ainsi une référence canonique pour la médecine interne chinoise[99].
- Shénnóng Běncǎo Jīng ((zh), « Classique de la matière médicale du Divin Laboureur ») – Premier ouvrage majeur de pharmacopée chinoise, traditionnellement attribué à l'empereur mythique Shénnóng. Datant probablement des Ier siècle au IIIe siècle siècle de notre ère, il répertorie 365 substances (herbes, minéraux et composants d'origine animale). Celles-ci sont classées en trois catégories : les produits supérieurs (toniques et adaptogènes), les intermédiaires (destinés aux traitements de longue durée) et les inférieurs (substances puissantes présentant une toxicité relative).
- Wushi'er Bingfang (五十二病方, Recettes pour cinquante-deux maladies) : L'un des plus anciens manuscrits médicaux chinois, découvert parmi les textes sur soie de Mawangdui (daté du IIe siècle av. J.-C.). Cet ouvrage recense des prescriptions destinées au traitement de cinquante-deux affections, s'appuyant principalement sur la pharmacopée végétale et des pratiques thérapeutiques ancestrales.
- Yaoxing Lun (藥性論, Traité sur la nature des substances médicinales) : Œuvre majeure de l'époque Tang (VIIe-IXe siècles) qui théorise les propriétés pharmacologiques des simples selon les principes du Yin-Yang et des Cinq Éléments (Wu Xing). Ce traité a durablement structuré le développement de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle chinoise.
Archéologie
Textes de Guodian
En 1993, la découverte de la tombe n° 1 de Guodian, près de Jingmen (province du Hubei), a mis au jour plus de 800 fiches de bambou portant des textes philosophiques remontant aux environs de 300 av. J.-C. Parmi cet ensemble figurent trois groupes de textes identifiés comme des versions primitives du Tao Tö King. Les manuscrits de Guodian constituent les plus anciens spécimens connus de ce classique taoïste ; ils se distinguent des versions ultérieures par des variantes textuelles et une sélection de chapitres spécifique. Rédigés sur des lamelles de bambou, ces écrits ne présentent pas l'intégralité de l'œuvre mais privilégient une approche pratique du Dao, moins empreinte de la métaphysique et de la cosmologie qui imprégneront les recensions postérieures[100].
Textes de Mawangdui
Lors des fouilles menées en 1973 dans la tombe n° 3 de Mawangdui, près de Changsha (Hunan), deux manuscrits sur soie, désignés par les sigles Mawangdui A et Mawangdui B, ont été exhumés. Ces documents sont datés avec précision de 168 av. J.-C. par un inventaire funéraire trouvé sur le site. Les textes de Mawangdui présentent une organisation structurelle singulière par rapport à la version reçue : la section consacrée au De y précède celle du Dao, soit un agencement inverse de celui adopté par la tradition canonique tardive[100].
Notes et références
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- ↑ (en) « Confucianism », Encyclopædia Britannica (consulté le )
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- 1 2 (en) « A comparison of the Guodian and Mawangdui Laozi texts »
Littérature chinoise ancienne (770 av. J.-C. – 206 av. J.-C.) |
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