Lucien Hubert (homme politique)
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| Lucien Hubert | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Vice-président du conseil et Garde des Sceaux, ministre de la Justice | |
| – (3 mois et 18 jours) |
|
| Président | Gaston Doumergue |
| Gouvernement | Tardieu I |
| Prédécesseur | Louis Barthou |
| Successeur | Paul Reynaud |
| Sénateur français | |
| – (26 ans et 7 jours) |
|
| Circonscription | Ardennes |
| Député français | |
| – (14 ans, 9 mois et 8 jours) |
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| Élection | |
| Réélection | 8 mai 1898 27 avril 1902 6 mai 1906 24 avril 1910 |
| Circonscription | Ardennes |
| Législature | VIe, VIIe, VIIIe, IXe et Xe (Troisième République) |
| Groupe politique | Gauche radicale |
| Prédécesseur | Edmé Bourgoin |
| Successeur | Maurice Bosquette |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Lucien Hubert |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Le Chesne (Ardennes) |
| Date de décès | (à 69 ans) |
| Lieu de décès | Charleville (Ardennes) |
| Sépulture | Cimetière du Chesne à Bairon-et-ses-Environs (Ardennes) |
| Nationalité | Française |
| Parti politique | RRRS |
| Profession | Homme de lettres |
| modifier |
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Lucien Hubert, né le au Chesne (Ardennes) et mort le à Charleville (Ardennes), est un homme de lettres et homme politique français.
L'homme politique, député des Ardennes puis sénateur du même département, se montre très actif dans le domaine des Affaires Étrangères, mettant son esprit caustique au service de ses idées. Républicain, radical, il reste attaché à l'Empire colonial français et à une conception traditionnelle d'une Europe « civilisatrice », même s'il se montre soucieux d'améliorer la situation des populations indigènes et de lutter contre les abus. Au-delà de l'action militaire et administrative dans les colonies, il met l'accent sur la diffusion de la langue et de la culture française. Pacifiste, il consacre beaucoup de son temps à l'Europe et à l'Allemagne.
Il est délégué de la France à la Société des Nations puis ministre de la Justice pendant quelques mois, en 1929-1930.
Naissance et jeunesse
Joseph Antoine Lucien Hubert est le fils de Nicolas Théodore Hubert et d'Alexandrine Virginie Carpentier[1]. Il suit des études à Paris, à l’École coloniale, 2, avenue de l'Observatoire[2].
Écrivain, chansonnier, journaliste
Cet étudiant parisien a une vie de bohème et fréquente le milieu littéraire et artistique, dont Paul Verlaine, Frédéric-Auguste Cazals et Gustave Le Rouge[3].
Il est aussi chansonnier pendant ses jeunes années, se commettant notamment dans la convivialité du Caveau Latin, rue Gay-Lussac, et au Caveau du Soleil d'or, aux fameuses soirées de la Plume avec Jean Moréas et Léon Deschamps[4]. Puis, continuant à tirer parti de ses talents littéraires, de son humour et de son esprit caustique, il devient journaliste, activité peut-être plus lucrative.
Député des Ardennes
En 1897, nouveau tournant, il se présente à des élections législatives anticipées, dans sa région d'origine, à la suite du décès d'un député républicain, Edmé Bourgoin. Il est élu.
Âgé de moins de trente ans, il commence une longue carrière politique. Il restera député des Ardennes jusqu'en 1912. Il est en effet réélu en , en , en puis en [5].
Il se marie le avec une jeune ardennaise de dix ans sa cadette, Berthe Constance Honorine Delbeck, fille du maire d'Autruche.
Républicain radical, il s'inscrit en 1905 au groupe de l'Union démocratique. Spécialiste des affaires étrangères et des colonies, il est à plusieurs reprises rapporteur à la Chambre sur des questions, des projets et des budgets relatifs à ces territoires, à l'agriculture, mais aussi aux poudres et salpêtres, et aux établissements d'artillerie. Il est chargé de quelques missions à Londres, Bruxelles, Berlin.
En 1905 toujours, bien qu'attaché à l'Empire colonial français et resté dans une vision très traditionnelle des rapports entre l'Europe «civilisatrice» et les peuples colonisés[6], il apporte son soutien, avec Paul Viollet, Francis de Pressensé, Gustave Rouanet et Georges Clemenceau, à un comité de protection et de défense des indigènes, réagissant contre des pratiques illégales et des abus au Congo[7].
Militant au sein de la Mission laïque française, il met l'accent sur l'importance de la diffusion de la culture française dans les territoires d'outre-mer[8],[9], dans un contexte de concurrence coloniale avec l'Allemagne, et à un moment où le géographe Onésime Reclus invente le concept de francophonie.
Il observe l'évolution de l'Allemagne, s’inquiète de sa puissance économique et de son influence accrue à l'international. Le passionné de littérature regrette aussi la disparition du mouvement romantique, porté au sommet par l'élite intellectuelle de ce pays durant le siècle précédent[10]. Dans sa conférence à Berlin à la Deutsche Kolonialgesellschaft, en , il plaide pour un rapprochement économique et financier, et une association d'intérêts entre les deux pays[11].
Sénateur et ministre de la Justice

En 1912, juste avant la première guerre mondiale, il opte pour la Chambre Haute et est élu effectivement sénateur des Ardennes[12]. Pendant la guerre de 1914-1918, il est désigné comme contrôleur aux armées pour l'artillerie et les munitions. Il est également membre des commissions de la défense nationale et des finances. Son épouse, membre très active du Comité Ardennais, s'efforce de venir en aide aux réfugiés ardennais en région parisienne et s'emploie auprès de pays neutres à apporter de l'aide aux populations restées sur place, dans les Ardennes, département entièrement occupé[13].
À la fin de la guerre, il découvre son département complètement dévasté et participe à l'effort de reconstruction. Le , il accueille Georges Clemenceau visitant le Vouzinois.
Réélu le puis le , il est rapporteur du budget des Affaires étrangères pendant sept ans de suite, ainsi que du budget des colonies.
En , Lucien Hubert, en tant que sénateur et président du Conseil général accueille, en compagnie de Maurice Bosquette, son successeur comme député de Vouziers, le maréchal Pétain à Buzancy pour l’inauguration de la nouvelle statue du général Chanzy. Il accueille le même mois le président du conseil, Raymond Poincaré, à Charleville, dans un déplacement qui fera la une des journaux nationaux et étrangers, en pleine occupation de la Ruhr[14].
En 1925, il devient président de la commission des affaires étrangères, des colonies, des régions libérées du Sénat, président du Conseil économique des colonies, et président du Comité France-Belgique.
En 1929, il écrit ce quatrain resté fameux au ministre de l'Agriculture qui voulait interdire une technique de chasse pratiquée en Ardennes, la tenderie aux grives [15]:
« Tu veux nous supprimer la tenderie aux grives
Ton idée, ô ministre, est loin d'être une perle
Car si de nos oiseaux préférés tu nous prives
C'est pour te consoler de n'être, hélas, qu'un merle! »
Il n'a donc pas oublié sa terre d'origine, les Ardennes, et cumule d'ailleurs ses mandats nationaux avec des mandats politiques plus locaux. Il est en particulier conseiller général du canton du Chesne de 1903 à 1938, et président du Conseil général des Ardennes de 1924 à 1938.
Il est aussi administrateur des colonies, et délégué de la France à la Société des Nations, conformément à ses convictions pacifistes[16] puis ministre de la Justice et Vice-président du Conseil du au dans le premier gouvernement de André Tardieu.
Il accepte à la même époque la vice-présidence de l'Association des Amis de Rimbaud, le président étant le poète Henri de Régnier, ce qui lui vaut dans le numéro 12 de la revue La Révolution surréaliste une lettre d'«Arthur Rimbaud à Monsieur Lucien Hubert, ministre de la Justice», illustrée d'une reproduction d'un tableau de Salvador Dalí, Les Plaisirs illustrés. On ne sait pas, par contre, qui tient le rôle d'Arthur Rimbaud pour écrire dans cette lettre (extrait) :
« À propos, qui est donc ce Monsieur Rénier, votre supérieur hiérarchique par rapport à mon amitié? Sans doute un gros bonnet caropolmerdis, comme vous. C'est inouï ce que je commence à être bien vu des épicemards du Lieu. Les sots que vous gardez ne vous avaient sans doute pas dit qui j'étais. Ministre, je ne suis pas un bronze à inaugurer. Je suis de la canaille[17] ».
Nul doute que Lucien Hubert ait apprécié l'ironie de la situation, lui, l'ancien poète devenu le notable caropolmerdis.
Réélu en 1931, toujours comme sénateur des Ardennes, il est désigné en 1933 premier vice-président du Sénat. Il siège au Sénat jusqu'à sa mort en 1938. Constatant la montée du nazisme en Allemagne, il participe au Comité national de secours aux réfugiés allemands victimes de l'antisémitisme[18]. Membre du parti colonial, il préside avant sa mort le Conseil supérieur de la France d'outre-mer.
Il décède en 1938 à Charleville.