Macédoine unie

From Wikipedia, the free encyclopedia

La Macédoine unie (en macédonien : Обединета Македонија), également désignée sous le vocable de Grande Macédoine (Голема Македонија), est un concept géopolitique et irrédentiste présent parmi certains courants nationalistes macédoniens. Ce projet aspire à l’unification de l’ensemble de la région historique de Macédoine, partitionnée depuis le traité de Bucarest de 1913 qui mit fin à la deuxième guerre balkanique, en un unique État-nation sous hégémonie ethnique macédonienne. Les partisans de cette idée estiment que le partage territorial opéré en 1913 — entre la Grèce (Macédoine égéenne), la Serbie (Macédoine du Vardar) et la Bulgarie (Macédoine du Pirin) — est illégitime et contraire au principe d’intégrité nationale macédonienne. Ils revendiquent, par conséquent, la réunion de ces territoires en une entité politique souveraine. La capitale de cet État projeté serait Thessalonique (appelée Solun en macédonien et dans d’autres langues slaves), ville majeure de la Macédoine grecque actuelle et centre historique, culturel et économique de la région élargie.

Les origines de ce concept plongent leurs racines dans la Conférence socialiste balkanique inaugurale de 1910, laquelle envisageait cette solution comme une éventuelle résolution à l’épineuse question macédonienne. La Société macédonienne de sciences et lettres œuvrait alors à la fondation d’une Macédoine autonome, couvrant l’intégralité de son territoire géographique, tel que défini par ses propres cartographies[1]. En 1913[2], elle adressa un mémoire réclamant l’indépendance macédonienne aux Grandes Puissances, ainsi qu’un second aux États membres de la Ligue balkanique[3].

Carte de la Macédoine dessinée par Dimitrija Čupovski en 1913, publiée dans le journal Македонскій Голосъ, édité par la Société scientifique et littéraire macédonienne.

Dès 1915, le dirigeant communiste bulgare Georgi Dimitrov avança l’idée d’une Macédoine réunifiée au sein d’une « Fédération démocratique des Balkans », où elle jouirait de droits égaux[4]. Cette conception fédérative visait à intégrer les trois segments alors disjoints du territoire macédonien. En , des membres de l’aile gauche de l’ancienne Organisation révolutionnaire macédonienne interne (IMRO), notamment le groupe de Serres, publièrent une déclaration appelant à la reconstitution de la Macédoine dans ses limites géographiques historiques, présentée comme le fondement d’une future Fédération balkanique. Sur la base de ces principes, fut instituée en 1919 la Représentation temporaire de l’ancienne Organisation révolutionnaire interne unie. Celle-ci adressa un appel aux puissances réunies à la Conférence de la paix de Paris, sollicitant la reconnaissance des aspirations macédoniennes. En 1921, la création de l’Organisation fédérative macédonienne (MFO) formalisa cet objectif : établir une Macédoine indépendante, circonscrite à ses frontières géographiques et économiques, en vue de son adhésion à une fédération régionale. En 1924, la MFO, conjointement avec l’IMRO, le Parti communiste bulgare et le Komintern, formula le Manifeste de mai. Ce texte exigeait la réunion des fragments macédoniens en une entité politique autonome et souveraine, fondée sur des critères à la fois géographiques et ethnographiques. La même année, l’Internationale communiste invita les partis communistes balkaniques à endosser l’idéal d’une « Macédoine unie ». Toutefois, cette proposition fut rejetée par les sections bulgare et grecque. Sur les bases doctrinales du Manifeste, l’IMRO (Unie) vit le jour en . En 1934, le Komintern, en concertation avec cette dernière, publia un document politique officiel par lequel, pour la première fois, une instance internationale de premier plan reconnaissait l’existence d’une nation macédonienne distincte et d’une langue macédonienne spécifique.

Grande Yougoslavie avec la Macédoine unie comme partie intégrante.

Au lendemain du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en Macédoine yougoslave, les communistes locaux subirent l’influence prépondérante du Parti communiste bulgare (PCB), lequel soutenait alors l’idée d’une Macédoine unifiée et indépendante. En 1943, Svetozar Vukmanović fut dépêché par Tito afin de contrecarrer l’emprise du PCB sur les militants macédoniens et d’instituer, au sein du parti yougoslave, une organisation régionale favorable aux intérêts de la Yougoslavie. Il s’ensuivit la dissolution du Comité régional des communistes de Macédoine, inféodé au PCB, et son remplacement par un nouveau Parti communiste de Macédoine, intégralement affilié au Parti communiste yougoslave[5]. Toutefois, les dirigeants yougoslaves perçurent rapidement que, pour fédérer les efforts de résistance et rallier les nationalistes macédoniens, il leur fallait endosser l’objectif d’une unification des trois partitions de la Macédoine — yougoslave, grecque et bulgare — au sein d’un même ensemble yougoslave, étendu au-delà de ses frontières d’avant-guerre. Selon les mémoires de Vukmanović, ce slogan appelant à une Macédoine unie fut inscrit dans le manifeste du quartier général de l’Armée de libération nationale de Macédoine dès le début du mois d’. Parallèlement, les communistes yougoslaves reconnurent l’existence d’une nationalité macédonienne distincte, afin d’apaiser les craintes de la population slave quant à une perpétuation de la politique yougoslave antérieure de serbisation forcée. Ils rejetèrent délibérément l’idée que les Slaves macédoniens fussent bulgares — conception qui eût impliqué, dans les faits, le maintien de la région sous souveraineté bulgare après le conflit[6]. Au cours des opérations ultérieures de la guerre de libération nationale macédonienne, puis ultérieurement durant la guerre civile grecque après 1944..

L’accord de Bled (1947), conclu entre les dirigeants communistes Georgi Dimitrov et Josip Broz Tito, envisageait également l’unification de la Macédoine yougoslave et bulgare. Il marqua également la première reconnaissance par la Bulgarie de l’existence d’une nationalité macédonienne distincte et de la langue macédonienne. Toutefois, la rupture entre Tito et Staline en 1948, suivie du décès de Dimitrov en 1949 et de la défaite des communistes dans la guerre civile grecque la même année, entraînèrent l’abandon définitif de ce projet.

Après l'éclatement de la Yougoslavie

Voir aussi

Références

Related Articles

Wikiwand AI