Syndrome du Trianon

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Carte du traité de Trianon. En rouge figurent les communautés hongroises restées hors de Hongrie après la signature du traité.

Le syndrome de Trianon, également désigné sous le vocable de traumatisme de Trianon (en hongrois : Trianon-trauma)[1], est une manifestation sociétale principalement observable au sein de la société hongroise. Il se caractérise par un sentiment d'amertume persistant à l'endroit des stipulations du traité de Trianon, conclu en 1920, et par la conviction nostalgique d'une antérieure grandeur nationale. Ce traité de paix, instrument diplomatique scellant la participation du Royaume de Hongrie à la Première Guerre mondiale, entraîna la dépossession de plus des deux tiers de son territoire antérieur. Ces territoires furent annexés par plusieurs puissances adjacentes : l'Autriche, la Tchécoslovaquie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (ultérieurement désigné sous le nom de Yougoslavie), la Pologne et la Roumanie[1],[2],[3]. Une dimension complémentaire de ce syndrome peut également se manifester dans certains des États bénéficiaires de ces modifications territoriales, se traduisant par des appréhensions quant à un éventuel révisionnisme historique et politique émanant de la Hongrie[4].

Mémorial du Traité de Trianon à Békéscsaba, Hongrie.

Le syndrome de Trianon revêtit une importance considérable dans la vie politique et sociale hongroise de l’entre-deux-guerres, puis durant la Seconde Guerre mondiale. Son influence persista, bien que latente, après l’occupation du pays par l’Union soviétique et connaît une résurgence notable depuis la fin de l’hégémonie soviétique en 1990. La société hongroise contemporaine demeure scindée entre une frange perpétuant un ressentiment à l’endroit du traité de Trianon et une autre préconisant son dépassement mémoriel[2]. Ces dernières décennies, ce syndrome a été instrumentalisé par des formations politiques nationalistes et populistes, notamment par le Fidesz – parti au pouvoir – et son leader, Viktor Orbán, l’actuel Premier ministre. Cette exploitation s’est manifestée par l’instauration de commémorations officielles, l’organisation de rassemblements à caractère nationaliste et l’édification de monuments commémoratifs[1]. À titre d’exemple, depuis 2010, le 4 juin est érigé en « Journée de l’unité nationale », une commémoration instituée dans le dessein initial de resserrer les liens avec les communautés diasporiques hongroises[5].

Les médias hongrois ont pareillement avancé que le syndrome de Trianon se manifestait aussi en Roumanie, au sein de la classe politique et des intellectuels nationalistes. À l’approche du centenaire de la signature du traité, la presse roumaine a foisonné d’articles relatifs à cet événement historique. Par ailleurs, l’homme politique roumain Titus Corlățean a plaidé en faveur de l’instauration du 4 juin comme Journée du traité de Trianon en Roumanie, afin de commémorer l’annexion de la Transylvanie au royaume[6]. Cette proposition fut entérinée le 18 novembre 2020 par le président roumain d’alors, Klaus Iohannis[7].

La division territoriale administrative de la Slovaquie, considérée par certains observateurs comme défavorable à la minorité magyare, ainsi que le refus de la Roumanie et de la Slovaquie de reconnaître la déclaration d’indépendance du Kosovo, ont été interprétés par une frange de la presse hongroise comme des manifestations résiduelles du syndrome de Trianon[8].

Références

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