Manifestations étudiantes de 1968-1969 au Japon

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PaysDrapeau du Japon Japon
CauseFrais universitaires
Participant(s)Zengakuren, Zenkyoto, Chūkaku-ha, Kakumaru-ha Police
Revendicationsanticapitalisme, opposition à la Guerre du Vietnam
Manifestations étudiantes de 1968-1969 au Japon
Image illustrative de l’article Manifestations étudiantes de 1968-1969 au Japon
Panneau à l'entrée de l'Université d'Éducation de Tokyo annonçant la grève illimitée

Pays Drapeau du Japon Japon
Cause Frais universitaires
Participant(s) Zengakuren, Zenkyoto, Chūkaku-ha, Kakumaru-ha Police
Revendications anticapitalisme, opposition à la Guerre du Vietnam
Fréquentation jusqu'a 131 campus concernés

En 1968 et 1969, des manifestations étudiantes dans de nombreuses universités japonaises conduisent à la fermeture des campus dans l'ensemble du Japon. Connues sous le nom de daigaku funsō (大学紛争?, litt. troubles universitaires)[1] ou daigaku tōsō (大学闘争?, litt. émeutes universitaires)[2], ces manifestations s'inscrivent dans les mouvements sociaux de 1968 dans le monde[3] ainsi que les autres manifestations de la fin des années 1960 au Japon, notamment les manifestations contre l'Anpo ou celles contre la construction de l'aéroport de Narita[4]. Les premières manifestations se concentrent sur des problèmes purement étudiants dans les universités mais les étudiants s'organisent à partir de mi-1968 et créent le Zenkyōtō. Le passage de la Loi de mesures provisoires concernant la gestion des universités en 1969 permet la dispersion des manifestations.

Au départ, les manifestants s'opposaient au stages non rémunérés de la faculté de médecine de l'Université de Tokyo. Profitant de leurs années d'expérience en manifestations et luttes étudiantes, les organisations de la Nouvelle Gauche commencèrent à occuper des bâtiments du campus. Le campus de l'Université Nihon est aussi le siège de nombreuses manifestations et occupations qui commencent par l'indignation des étudiants autour des soupçons de corruption de la direction. À l'université Nihon, les motivations étaient plus pragmatiques qu'idéologiques de par l'orientation plus conservatrice des étudiants. Le mouvement s'est étendu à d'autres campus, des violences éclatant autant sur les campus que dans la rue. Fin 1968, au plus fort du mouvement, des milliers d'étudiants investirent la gare de Shinjuku, plus grosse gare de Tokyo, et manifestèrent en opposition à la Guerre du Vietnam. Des guerres internes (内ゲバ, uchi geba?) étaient fréquentes entre les différentes factions du mouvement[5]. En , la police met le siège à l'université de Tokyo et met fin à l'occupation et aux manifestations, renouvelant par la même la motivation sur les autres campus. Cependant, le public commence à se désintéresser du sujet alors que la police intensifie ses actions conduit à la disparition du mouvement. L'adoption en 1969 de la Loi de mesures provisoires concernant la gestion des universités a donné à la police la base légale pour appliquer des mesures plus énergiques, bien que des groupes dissidents des mouvements de la Nouvelle Gauche, tels que l'Armée Rouge Unifiée, aient continué leurs actes de violence jusque dans les années 1970.

Les étudiants puisaient leur idéologie dans les travaux de théoriciens marxistes comme Karl Marx ou Léon Trotsky, de philosophes existentialistes comme Jean-Paul Sartre et Albert Camus ou ceux du philosophe japonais Takaaki Yoshimoto[4]. L'interprétation par Yoshimoto de « l'autonomie » (jiritsusei) et de la « subjectivité » (主体性, shutaisei?) était basée sur sa critique des interprétations libérales progressistes de ces idées par d'autres intellectuels japonais tels que Masao Maruyama, qu'il dénonçait comme hypocrites. Le dévouement des étudiants au shutaisei en particulier conduira finalement à la désintégration de leur mouvement, car ils se concentraient de plus en plus sur « l'auto-négation » (自己否定, jiko hitei?) et « l'autocritique » (反省, hansei?)[4].

Le mouvement étudiant participa à l'émergence du mouvement féministe Woman Lib (ウーマン・リブ?) de Mitsu Tanaka. Bien que la plupart des conflits se soient effacés dans les années 1970 et que la plupart des étudiants aient réintégré la société japonaise, leurs idées sont entrées dans les milieux culturels, inspirant des auteurs comme Haruki Murakami ou Ryū Murakami. Les demandes des étudiants mirent l'éducation dans les priorité du gouvernement qui tenta d'y répondre par des organisations comme le Conseil central pour l'éducation (en). Ces manifestations continuent d'être traités par les médias actuels, comme le film United Red Army de Kōji Wakamatsu en 2007.

TL'occupation américaine du japon de la fin de la Seconde Guerre Mondiale à 1952 apporta de grands changements dans la politique japonaise. Les autorités d'occupation ont notamment abrogé les Lois de préservation de la paix notamment celle de 1925 qui ciblait les organisations de gauche (partis politiques, syndicats, groupes etc) et permettait l'arrestation de leurs membres. Les prisoniers de gauche incarcérés en vertu de ces lois ont été libérés[6],[7]. Le Parti Communiste Japonais (PCJ) et le Parti Socialiste Japonais (PSJ) furent légalisés et acquirent une influence considérable sur la scène politique. Le PCJ s'attacha a accroître son influence auprès des étudiants, ce qui contribua à les associer à l'activisme de gauche[7].La nouvelle constitution du Japon reconnaissait le droit d'exister aux organisations politiques et le droit de se syndiquer pour les travailleurs. Les groupes de gauche soutirent la constitution et les étudiants s'efforcèrent de la protéger et de se défendre contre les actions de l'État japonais qu'ils considéraient anticonstitutionnelles[7].

Les autorités d'occupation ont également restructuré le système éducatif japonais, en abrogeant le Rescrit impérial sur l'éducation et en introduisant le système scolaire américain : 6 ans d'école primaire, 3 de secondaire inférieur (collège), 3 de secondaire supérieur (lycée) et 4 années d'université[7],[8], rendant obligatoire au moins neuf années d'éducation[9]. L'admission en lycée restait rare et très sélective. La loi de 1949 sur la création de l'école publique a étendu le système d'enseignement supérieur, entraînant la fusion des établissements d'enseignement supérieur locaux en universités nationales et garantissant ainsi la présence d'universités publiques dans chacune des préfectures[10]. Cette standardisation a ensuite permis à un nombre croissant d'élèves à accèder au lycée, ce qui a conduit le ministère de l'Éducation à autoriser la création de plus de lycées privés. Dans les années 1960, 90% des élèves accédaient et terminaient des études secondaires, incitant les universités à se développer et les établissements du secondaire à proposer des formations supérieures[7].

Première convention du Zengakuren (1949)

La montée des sympathies de gauche parmi les étudiants aboutit à la création du Zengakuren en 1948, une organisation socialiste. Le Zengakuren est né de manifestations de 1947 et 1948 contre la hausse des frais d'inscriptions des universitaires, menée par des étudiants proches du PCJ. Avec le Zengakuren, les mouvements étudiants, alors dispersés, avaient une bannière sous laquelle se regrouper[11]. Dans les années 1950, des mouvements par la suite appelés Nouvelle Gauche, issus de Zengakuren et indépendants voire opposés au PCJ ont émergés au sein du mouvement étudiant. On peut citer par exemple, le Bund ou Ligue Communiste un groupe léniniste reprenant l'appellation allemande de Bund der Kommunisten de l'époque de Karl Marx. Les groupes suivant les théories trotskistes se sont réunis pour former la Ligue communiste révolutionnaire (Kakukyōdō) et les dirigeants du Zengakuren les moins radicaux au sein du Bund ont constitué la Ligue socialiste étudiante (Shakai gakusei dōmei ou shagakudō)[7]. Ces différentes factions ont arraché le contrôle du Zengakuren des mains du Parti Communiste au profit de la Nouvelle Gauche[12].

Manifestation contre l'Anpo devant la Diète japonaise en 1960

En 1960, une large coalition d'organisations de gauche, dont le PCJ, le PSJ, Zengakuren et la confédération syndicale Sōhyō, organisa des manifestations massives en opposition au renouvèlement du Traité de sécurité avec les États-Unis (Anpo)[4],[13]. Pour le Zengakuren, ces manifestations marquèrent un renouveau et un renforcement de son programme politique ainsi que le déclin de l'ancienne gauche[5]. Lors des manifestations de 1960 contre l'Anpo, une scission apparut entre deux figures intellectuelles majeures de gauche : Masao Maruyama et Takaaki Yoshimoto. Maruyama voyait dans la protestation une illustration de la mise en œuvre du concept de shutaisei (subjectivité) ou de l'idée d'autonomie de la société vis-à-vis de l'État et de l'individu et un phare des idéaux démocratiques. Yoshimoto, de son côté, percevait la protestation comme une réaction contre l'aliénation capitaliste et non comme un acte de défense de la démocratie. Yoshimoto accusa Maruyama et ses partisans de duplicité et d'hypocrisie, les accusant de s'opposer à la shutaisei en se berçant d'illusions quant à leur opposition à la guerre et aux précurseurs de la démocratie populaire[14],[15],[16]. La Nouvelle Gauche, et notamment le Bund, reprit les idées de Yoshimoto et sa critique de Maruyama et du progressisme japonais. Le Zengakuren s'attaqua au PCJ, aux progressistes et à tout ce qu'ils considéraient faisant partie de l'establishment, les qualifiant d'organisations menaçant la shutaisei par la destruction de l'autonomie individuelle et son remplacement par une avant-garde. Ce fut le tournant de la Nouvelle Gauche japonaise contre le progressisme dominant et le stalinisme orthodoxe[14],[17].

À la fin des années 1960, le nombre d'étudiants et d'universités atteignit un niveau record, avec 52 universités à Tokyo accueillant les radicaux de la Nouvelle Gauche. L'absence de censure dans les publications d'après-guerre[6], l'impression de textes marxistes à prix abordable et l'abondance de temps libre à l'université contribuèrent à la radicalisation d'un nombre croissant d'étudiants. La génération née du baby-boom d'après-guerre avait intégré l'université et les établissements s'étaient adaptées à ce changement en ouvrant des milliers de places supplémentaires. Les tensions restaient vives mais le mouvement étudiant était resté largement en sommeil depuis les manifestations contre l'Anpo[7],[18].

Premières échauffourées

L'agitation étudiante a ressurgi avec des manifestations à l'université Keio en 1965 et à l'université Waseda en 1966, s'opposant à l'augmentation des frais de scolarité et dénonçant les conditions de vie des étudiants[19],[20], cette dernière étant la première à utiliser le terme de Comité de lutte conjoint de tous les campus (全学共闘会議, zengaku kyōtō kaigi?, abbrégé en Zenkyōtō) pour désigner les organisations étudiantes coordonnant les manifestations[21]. Les émeutes de Waseda ont duré 150 jours, prenant fin avec le retour au calme du militantisme étudiant à l'échelle nationale[5].

L'auditorium Yasuda, bâtiment iconique du campus principal de l'Université de Tokyo.

Une réforme controversée adoptée par l'Université de Tokyo fin 1967 concernant la période d'internat en faculté de médecine et perçue comme six années de travail non rémunérées, conduit à un grève étudiante à l'université début 1968[22]. Une altercation survenue le entre un tuteur et des étudiants, déclenchée par la controverse sur la réforme, a entraîné la sanction de 17 étudiants et l'exclusion de quatre d'entre eux[11]. Ces sanctions ont fortement irrités les étdiants qui les trouvaient absurdes car l'un des étudiants sanctionnés était à Kyūshū, loin du campus, le jour de l'incident. L'intervention de la police anti-émeutes pour rétablir l'ordre lors des cérémonies de remise des diplômes perturbées par les étudiants est vue comme un affront, une attaque contre l'indépendance de l'université publique. Ceux-ci décident d'occuper l'auditorium Yasuda. L'université de Tokyo a alors décidé d'intervenir pour reprendre le bâtiment et démanteler les barricades. Cette décision a encore plus enflammé les étudiants qui ont réoccupé le bâtiment et lancé un appel à la grève générale, non limitée à la faculté de médecine[5].

Les protestations des étudiants en médecine de l'université de Tokyo se sont étendues à d'autres universités. L'une des premières fut l'Université Nihon (aussi appelée Nichidai) où 10 000 de ses 86 000 étudiants manifestèrent en pour protester contre l'utilisation suspecte de 2 milliards de yens par le conseil d'administration de l'université[22]. Les étudiants accusaient le conseil d'administration de « faire du profit » dans une « université de production de masse »[23],[24]. Les deux universités avaient des sensibilités différentes, l'université de Tokyo était un établissement d'élite dont les étudiants avaient des sympathies de gauche alors que ceux de l'Université Nihon était plus conservateurs. Les protestations usèrent de méthodes similaires, telles que l'occupation de bâtiments universitaires important par les étudiants, ce qui permit par la suite au modèle des groupes Zenkyōtō de s'étendre à d'autres universités[25].

Zenkyōtō et élargissement du mouvement

En , l'Université de Tokyo met en place le Zenkyōtō (全学共闘会議, zen gaku kyōtō kaigi?, litt. Comité de lutte unie de tous les campus) pour coordonner les différentes manifestations sur les campus du pays. Yoshitaka Yamamoto, un étudiant hors-faction (ノンポリ, non pori?) est élu à sa tête[5]. Même si le principe du Zenkyōtō existait déjà auparavant, c'est l'organisation de l'université de Tokyo qui l'a popularisé et en a fait la norme[21]. L'organisation a mis en lumière et permis la participation des militants hors-faction, les étudiants qui ne suivaient aucune des factions révolutionnaires prédéfinies et qui n'étaient affiliées ni au Zengakuren, ni au Parti Communiste. Cette situation contrastait avec celle d'avant le Zenkyōtō où les militants étaient divisés en 39 factions affiliées au Zengakuren et opposées au PCJ, et une faction pro-PCJ. Le Zenkyōtō a permis d'élargir la base militante. Alors qu'en 1960, seuls les étudiants manifestaient contre l'Anpo, le Zenkyōtō a permis l'inclusion des doctorants et de certains membres du personnel[22]. À l'Université Nihon, il a aidé les étudiants à contrer l'influence conservatrice sur le mouvement[25].

En , le Zenkyōtō de l'université de Tokyo exigea la démission de tous les cadres de la faculté de médecine. Cette demande entraîna la démission du directeur de l'hôpital universitaire rattaché à l'Université de Tokyo et celle du doyen de la faculté de médecine le [26]. Ce même mois, les négociations échouent et les violences réapparaissent sur le campus. Le Zenkyōtō perdit progressivement le contrôle au profit des différentes factions. En novembre, des membres du Kakumaru-ha prirent neuf professeurs en otage, dont le doyen de la faculté de Lettres, Kentarō Hayashi. Évoquant les manifestations, Hayashi a décrit comment de nombreux professeurs comme lui avaient été interrogés sans ménagement pendant des jours et insultés par les étudiants[14]. Le Kaihō-ha, une autre organisation du Zengakuren, et le Minsei, faction du Zengakuren affiliée au Parti Communiste, sont intervenus. Ces factions ont semé la discorde sur le campus, provoquant des affrontements où les étudiants hors-faction intervenaient pour les séparer ou pour porter secours. Ce conflit interne tripartite se déroula principalement sur le campus de Komaba de l'Université de Tokyo. En décembre, une rixe entre le Kaihō-ha et le Kakumaru-ha à l'université de Waseda, déclenchée par une accusation de vol de documents, s'étendit à l'ensemble de l'université de Tokyo. Ce différend dura trois semaines et entraîna le retrait du Kakumaru-ha du Zenkyōtō[11]. Par la suite, les différentes factions ont occupés des bâtiments différents[5].

Dans le même temps, les manifestations se sont propagées dans de nombreuses universités japonaises, invoquant des raisons différentes suivant les campus. À l'Université Kwansei gakuin et à l'Université du Tōhoku, les étudiants protestaient contre la hausse des frais de scolarité. À l'Université de Kanagawa et celle de Beppu, ils réclamaient une démocratisation de l'université. À l'Université Dōshisha et à Waseda, le principal objectif des manifestations était de donner aux étudiants un rôle dans l'élection du recteur, tandis qu'à l'Université de Nagasaki et l'Université Hanazono (en), les étudiants visaient prendre le contrôle des bâtiments des associations étudiantes[26]. L'université Sophia ferma son campus pendant six mois. Un avion de chasse américain s'écrasa sur le centre informatique de l'Université de Kyūshū, déclenchant des manifestations anti-américaines visant à la fermeture de la base américaine de Brady (maintenant l'aéroport de Fukuoka)[11]. Fin 1968, les étudiants avaient pris le contrôle de 67 capus et des centaines d'autres étaient le théàtre d'importantes agitations étudiantes. Des manifestations ont également eu lieu en dehors des campus universitaires. Le (Journée internationale contre la guerre), des milliers d'étudiants ont pénétré dans la gare de Shinjuku et ont manifesté contre la livraison ferroviaire de carburant utilisé par l'armée américaine dans la Guerre du Vietnam[5]. L'ampleur des émeutes a provoqué une vive réaction de l'opinion publique, renforçant le soutien à la police et l'incitant à recourir davantage à la force lors des assauts contre les campus occupés. L'occupation de l'Université Sophia, par exemple, s'est effondrée à la suite d'un siège du campus par la police[27].

La violence s'est intensifiée à l'automne 1968. Jusque là, la police considérait les étudiants comme faisant partie du vaste mouvement anti-Parti Libéral Démocrate (PLD, le parti au pouvoir), qui regroupait des partis d'opposition et des syndicats. Cependant, la montée de la violence, qui a entraîné une baisse du soutien populaire envers les étudiants, a conduit la police à cibler les étudiants radicaux[7].

Déclin

Début 1969, les étudiants espéraient pouvoir continuer à faire face à la police. Face à la persistance des violences, le gouvernement annula les examens d'entrée à l'université du printemps 1969[28]. Sur le campus de l'Université de Tokyo, la situation était chaotique. Minsei prenait l'ascendant ce qui contraignit le Zenkyōtō à faire appel à des renforts étudiants des universités Nihon et Chuō. Désabusés, de nombreux étudiants votèrent pour mettre fin aux grèves à l'Université de Tokyo. Les radicaux, cependant, retranchés dans des bâtiments comme l'auditorium Yasuda, se préparaient à un siège.

Le , des milleirs de policiers investirent le campus de l'université de Tokyo. L'écrivain nationaliste Yukio Mishima, alarmé par le siège contacta la police pour l'exhorter à la prudence. Les conflits persistèrent entre les différentes factions du Zengakuren et du Zenkyōtō, malgré une influence considérablement réduite. Malgré la conviction des groupes retranchés dans l'auditorium Yasuda de remporter la victoire, le week-end s'acheva avec la police reprenant le contrôle du toit du bâtiment, dernier bastion du mouvement étudiant de l'Université de Tokyo[5]. Cet affrontement marqua un tournant pour le mouvement étudiant qui perdait là son symbole. Le nombre de campus universitaires occupés tomba à 33[28]. La diffusion télévisée des combats dans l'auditorium Yasuda ne fit qu'attiser la ferveur des militants étudiants restants ailleurs[25].

L'explosion de contestation étudiante qui a suivi le siège de l'auditorium Yasuda a fait exploser le nombre de campus occupés, passant de 33 à 77 en mars[25] et 111 en avril[22]. Cependant, le gouvernement a suivi de près les manifestations et la police a renforcé son attitude à leur égard[25]. En février, les barricades de l'Université Nihon étaient démantelées et l'université rouvrit ses portes. Les examens d'entrée se déroulèrent sous forte surveillance policière[11]. L'attention s'est portée sur l'Université de Kyoto, où le Zenkyōtō de Kyoto et la section locale du Minsei, soutenue par les autorités locales, s'affrontaient violemment. Après une rixe qui s'est terminée à l'Universitee Nihon, les étudiants du Zenkyōtō ont déclaré le centre de Kyoto « zone libérée » et les force anti-émeutes ont été appelées en renfort. Les examens d'entrée se sont déroulés en mars dans des centres d'urgences à Kyoto, sous protection policière, après quoi, les manifestations de l'Université de Kyoto se sont essouflées[11]. Le , Journée d'Okinawa[29], les étudiants ont affronté la police dans le centre de Tokyo, sur fond de manifestation plus large contre l'occupation américaine d'Okinawa. L'activité étudiante a de nouveau connu un pic en juin, les étudiants s'aliant à d'autres groupes de gauche comme le Beheiren, pour protester contre la guerre du Vietnam[5].

Fin 1968, le Premier ministre Eisaku Satō nomma ministre de l'Éducation Michita Sakata (en), spécialiste de l'éducation qui avait réclamé une enquête spéciale sur les carences des universités en 1968. Chargé de répondre aux demandes d'intervention de l'État dans les universités, Sakata promulgua en la Loi de mesures provisoires concernant la gestion des universités[1]. Le gouvernement la fit adopter en urgence par la Diète et la mit en application en août[11]. La loi prévoyait la création du Conseil supplémentaire sur les conflits universitaires[11] et permettait aux autorités universitaires de faire appel à la police anti-émeute pour résoudre les conflits avec les étudiants[30]. Cette législation a porté un coup dur aux groupes d'étudiants déjà en déclin et a été l'un des facteurs clés de leur disparition[23].

Guerres intestines entre les membres de la Faction Armée Rouge (à droite) et les membres du Bund (à gauche), lors de la manifestation dans le parc Hibiya, le 5 septembre 1969.

Fin 1969, la résistance étudiante était brisée. De nombreuses barricades furent démantelées et les violences s'apaisèrent peu à peu[31]. Le Zenkyōtō national, fondé en 1969 et dont l'activité culmina en septembre avec un rassemblement au parc Hibiya[5], se fractura sous l'effet des luttes internes. Les mouvements s'isolèrent[5]. Malgré la destruction de toute unité entre les différents Zenkyōtō, les étudiants ont continué à se révolter dans les rues, leur attention étant davantage portée sur des préoccupations telles que la guerre du Vietnam et le renouvellement imminent du traité Anpo[5]. En 1970, la situation sur les campus était revenue à la normale[5].

Factions

Casque d'un membre du Zenkyōtō

Les manifestations étudiantes furent marquées par des conflits internes entre les groupes dit anti-Yoyogi (opposés au Parti Communiste Japonais qui avait son siège à Yoyogi), Minsei (en) et d'autres. Les factions Chūkaku-ha et Kakumaru-ha étaient les deux élements majeurs du mouvement, toutes deux issues du mouvement trotskiste de la Ligue communiste révolutionnaire[5]. Chūkaku-ha partageait l'avis du Bund et affirmait que l'université en tant qu'institution, autrefois libre, était maintenant assujettie au capitalisme, et que les manifestations exposaient les contradictions du système. De son côté, Kakumaru-ha estimait que, du fait de la nature impérialiste de l'université, les étudiants ne pourraient jamais influencer la société en intégrant son administration[11]. Toutes deux s'opposaient au Zenkyōtō, ayant combattu contre eux à Waseda fin 1969[5]. Bien que toutes les deux d'inspirations marxiste, elles s'opposaient également politiquement. Pour Kakumaru-ha, l'objectif était la création d'un parti anti-stalinien alors que Chūkaku-ha privilégiait la luttes des classes et la mobilisation du prolétariat. Le Chūkaku-ha accusait Kakumaru-ha d'être petit-bourgeois[5]. De son côté, le Kaihō-ha estimait que le problème de l'université résidait dans son idéologie éducative qui préparait les étudiants à être les esclaves de l'industrie.Le Bund était plus hiérarchisé que les autres groupes étudiants. Sur le plan idéologique, il privilégiait la défense de la démocratie japonaise contre le fascisme plutôt que la destruction de l'université[4]. Minsei, une faction plus réformiste alignée sur le Parti Communiste, croyait en la possibilité d'un compromis avec le corps professoral et considérait qu leur véritable adversaire était la force oppressive du Ministère de l'éducation. Minsei joua un rôle important dans la lutte contre Zenkyōtō, notamment en s'opposant à leurs occupations de campus.

Selon la chercheuse féministe Chizuko Ueno, le Zenkyōtō et ses soutiens représentaient environ 20% du corps étudiant, leurs opposants également 20% et le reste était constitué d'étudiants non alignés non pori[5].

Casques de différentes factions et organisations sur la ZAD de Sanrizuka. En haut au centre, un casque du Zenkyōtō

Les membres des factions et du Zengakuren étaient reconnaissables aux casques de chantier qu'ils portaient. Chaque faction était identifiable à la couleur et aux marquage sur ces casques. Avec ces casques, il étaient également équipés d'un bâton (ゲバ棒, geba-bō?), utilisé autant en défense que lors des confrontations avec la police ou lors des luttes internes[5],[32]. Leur nom dérive de l'allemand Gewalt (force, violence). Pour les étudiants, c'était un moyen légitimes d'atteindre leurs objectifs politiques.

Idéologies

Héritage

Notes et références

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