Khadijeh Achraf Al-Sadat Mortezaii(en persan: اشرفالسادات مرتضایی), née le à Téhéran et morte le à Neuilly-sur-Seine[1], plus connue sous le nom de Marzieh(en persan: مرضیه) est une chanteuse de musique folklorique persane, et de musique moderne iranienne.
Carrière en Iran
Marzieh est la fille d'un imam modéré; tandis que sa mère est issue d'une famille d'artistes et de musiciens. Ses parents l'encouragent à poursuivre une carrière musicale[2], notamment sa mère, elle-même joueuse de târ[3].
Marzieh commence sa carrière dans les années 1940 à Radio Téhéran, et travaille avec de grands paroliers et auteurs de chansons perses, comme Ali Tajvidi, Parviz Yahaghi, Homayoun Khorram, Rahim Moeini Kermanshahi et Bijan Taraghi. Marzieh a également chanté avec l'Orchestre Farabi, dirigé par Morteza Hannaneh, un pionnier de la musique polyphonique persane, dans les années 1960 et 1970[4]. Sa première grande représentation publique a eu lieu en 1942: bien qu'encore adolescente, elle joue le rôle principal de Chirine à l'opéra Jame'eh Barbod dans l'opérette persane Chirine et Farhad[4]. Elle chantera ensuite devant des personnes célèbres telles le chah d'Iran (à l'occasion de son mariage en 1959 avec Farah Diba[5]), la reine Élisabeth II, Konrad Adenauer[4] et Richard Nixon[2].
Après la révolution islamique de 1979, les représentations publiques et les diffusions d'albums de chanteuses sont totalement interdites pendant dix ans. L'ayatollah Khomeini décrète: «Les voix des femmes ne doivent pas être entendues par des hommes autres que les membres de leur propre famille.».
Marzieh déclarera que pour continuer sa pratique vocale, elle avait l'habitude de marcher la nuit de sa maison située dans les contreforts historiques du Niavaran, au nord de Téhéran, jusqu'à sa maison secondaire dans les montagnes, où elle chantait à côté d'une cascade rugissante: «J'allais à la campagne et je chantais pour les montagnes, les oiseaux, pour l'eau, pour les collines, juste pour éviter que ma voix n'atteigne un mollah.»[5].
Après la mort de Khomeini, les mollahs laissent entendre qu'elle pourrait continuer sa carrière, à condition qu'elle ne chante jamais pour les hommes. Elle refuse en déclarant: «J'ai toujours chanté pour tous les Iraniens.».
Elle donne plusieurs autres concerts, notamment au Pantages Theatre à Hollywood (Los Angeles)[5], et au Royal Albert Hall de Londres. Elle travaille avec différents musiciens, dont le compositeur parisien Mohammad Shams et le joueur de târ Hamid Reza Taherzadeh. Son dernier concert a lieu à l'Olympia en 2006[2].
France 3 compare la voix de Marzieh à celles des grandes chanteuses Édith Piaf et Maria Callas[7]. La presse européenne l'a également comparée à Vanessa Redgrave et Melina Mercouri, par sa volonté de faire passer ses convictions politiques et les droits de l'homme avant sa carrière, et même avant sa propre sécurité[4].
Vie privée
Elle a été mariée deux fois; avec son premier mari, elle a eu une fille, Hengameh Amini, et avec son second mari Malik Afzali, elle a eu un fils[4].
Marzieh décède d'un cancer le à Paris, à l'âge de 86 ans. Maryam Radjavi, co-dirigeante des moudjahiddines du peuple iranien, a prononcé son éloge funèbre. Elle a été inhumée le au cimetière d'Auvers-sur-Oise, près de Paris.
1234(en) Margalit Fox, «Marzieh, Iranian Singer and Voice of Dissent, Dies at 86», The New York Times, (lire en ligne, consulté le ).
12François Bensignor, «Marzieh, la «diva» iranienne contre le silence et l'oubli», Hommes et Migrations, nos1198-1199, , p.109-113 (lire en ligne, consulté le ).
12345(en) Trevor Mostyn, «Marzieh obituary», The Guardian, (lire en ligne, consulté le ).
123(en) Adam Bernstein, «Persian songstress a voice of Iranian political dissent», The Washington Post, (lire en ligne, consulté le ).
↑«Marzieh, la diva, l'exil et la liberté», Le Figaro, (lire en ligne, consulté le ).