Missions jésuites en Nouvelle-France

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Jésuites-emblème.

Les Missions jésuites en Nouvelle-France englobent une série de postes missionnaires établis par les Jésuites de 1634 à 1760 dans le but d'évangéliser les Amérindiens de la région et y promouvoir la religion catholique.

La Nouvelle-France était dominée par deux familles linguistiques amérindiennes : la famille algonquienne et la famille iroquoienne. Les missionnaires jésuites tentèrent de s’imposer dans la vie des groupes d’Amérindiens appartenant à ces deux familles, surtout entre 1632 et 1658, lorsque les Jésuites eurent le monopole missionnaire en Nouvelle-France[1]. Leur contact prolongé avec divers groupes d’indigènes permit aux Jésuites de devenir adeptes dans les traditions et la culture des Amérindiens[2].

Pour les Jésuites, la conversion ne se limita pas au baptême, mais fit partie d’un projet de développement qui chercha à transformer tous les aspects de la vie des Amérindiens. Ce programme de changement fondamental, que les jésuites appelaient metanoia, consistait en la transformation du païen et de son mode de vie barbare en un néophyte qui démontrait non seulement sa compréhension du catholicisme, mais aussi une capacité et un désir d’appliquer les instructions des Jésuites dans leur vie[3]. Ainsi, les Jésuites étaient convaincus que seule une transformation complète de la vie des Amérindiens eût pu offrir à ces derniers l’espoir du salut, et ils interprétèrent le processus de civilisation des Amérindiens comme étant la phase préalable à l’adoption du christianisme[4].

La Compagnie de Jésus

Jesuites Ignace et Xavier.

Fondé par le basque Ignace de Loyola avec un groupe d'amis dans le Seigneur', l’ordre des Jésuites vit le jour le , quand il fut approuvé par le pape Paul III. Les Jésuites étaient souvent caractérisés comme les soldats du Christ, particulièrement à cause de leur défense et de leur prosélytisme conquérant des décrets du concile de Trente. Bien que le Jésuites furent définitivement du côté de la Contre-Réforme, ils n'étaient pas aveugles à l’anachronisme qu'était devenue la religion catholique dans la société française, ni à la déformation et la négligence que le catholicisme eût subi en raison de l’ignorance de la population française en général[5]. Ainsi, les Jésuites croyaient que la religion catholique était en besoin de renouvellement et que c’était leur responsabilité d’éduquer et de réformer les ignorants afin d’inculquer dans la vie de ses gens les valeurs et les mœurs véritablement catholiques.

Le but primordial des Jésuites, à l’intérieur comme à l’extérieur de la France, était de contribuer à la réforme de l’Église catholique et ainsi contrer l'expansion de la Réforme protestante[6]. L’opportunité de transmettre cette mission outre-mer ne se présenta que vers la fin du règne de Henri IV, lorsque ce dernier tenta de centraliser le pouvoir royal à l’intérieur de la France et dans la colonie nord-américaine[7]. Les missions outre-mer s’ouvrent en deux directions, soit vers l’Amérique et vers le Levant[8]. En Nouvelle-France, les missionnaires jésuites se façonnèrent en martyres qui répandaient, par la parole et par l'exemple, un catholicisme réformé. En entreprenant leurs activités missionnaires, ils se rassuraient non seulement de sauver les âmes des ignorants, mais aussi de leur propre salut[9].

Les Relations des Jésuites

Les Jésuites entretenaient des liens avec la métropole à travers l’écriture de relations. Ces documents consistaient en des rapports annuels de leurs expériences à travers l’Amérique du Nord. Les relations sont divisées en deux types principaux : des récits personnels autour d’une chronique d'évènements, et des compilations en forme de catalogue encyclopédique traitant des coutumes et croyances des nouvelles cultures dont ils faisaient une étude ethnographique. Ces textes étaient lus par une audience fidèle composée de prêtres, sœurs, et de laïcs pieux vivant en France[10].

Stratégies missionnaires

Une fois établis en Nouvelle-France, les Jésuites ciblèrent d'abord les groupes Autochtones qui vivaient d’une manière semblable aux paysans français (qui étaient d'ailleurs l'objectif des missions jésuites en France à la même période)[11]. De fait, les Jésuites se dévouèrent principalement auprès des peuples de la famille iroquoienne, car ils étaient sédentaires et vivaient pour une bonne part de l'agriculture[12].

Les Jésuites dirigeaient leurs missions vers les Hurons entre 1634 et 1650 et vers les Iroquois à partir de 1654, après que ces derniers eurent décimé les Hurons en guerre[13]. Vraisemblablement, cet intérêt pour les peuples sédentarisés impliquerait l’exclusion des groupes appartenant à la famille algonquienne, qui étaient nomades et qui vivaient principalement de la chasse[14]. Pourtant, les Jésuites entreprirent également des missions en direction des groupes algonquiens, notamment les Montagnais, Algonquins et les Micmacs. Les Jésuites se persuadèrent que le danger, la primitivité, et la brutalité qui caractérisaient la vie de ces groupes nomades inciteraient ces peuples à se civiliser et, en conséquence, à se christianiser[15].

Les Jésuites mettaient beaucoup l'accent sur des techniques pédagogiques pour convertir les Amérindiens[4]. Dans les premières années de leur monopole, les Jésuites établirent des séminaires, qui étaient en fait des écoles pour éduquer les enfants Amérindiens[16]. L’objectif des séminaires était de couper les liens culturels et communautaires des enfants en les séparant de leurs familles et de les transformer en fervents chrétiens[17]. Effectivement, les Jésuites croyaient que les enfants étaient plus influençables que leurs parents, et ils s'attendaient à ce que les enfants, une fois de retour dans leur communauté d’origine, propageraient la foi chrétienne à leurs parents et à leurs aînés. En dépit des fortes espérances qu’engendrèrent les séminaires, les Jésuites se résignèrent à les abandonner, car ils s’avérèrent inefficaces et mal conçus pour les Amérindiens[18].

À la suite de l’échec des séminaires, les Jésuites entreprirent un deuxième projet de conversion qui s'avéra plus coercitif que le premier : les réductions. Inspirées des reducciones du Paraguay, les réductions étaient des enclaves qui isolaient les néophytes des Amérindiens non-convertis[19]. Contrairement aux séminaires, les réductions visaient les Amérindiens adultes[20]. Entre 1638 et 1676, les Jésuites créèrent cinq réductions pour cinq groupes Amérindiens au Canada. Celles à Sillery, près de Québec, et à la Conception, à proximité de Trois-Rivières, regroupaient des Montagnais et des Algonquins. La réduction à Notre-Dame-de-la-Foye puis à Lorette était peuplée par des Hurons, et celle à La Prairie de la Magdeleine et ensuite au Sault Saint-Louis, par des Iroquois. Enfin, des Abénaquis (appartenant à la famille algonquienne) s’installèrent dans la réduction de Sillery et par la suite au Sault de la Chaudière[21]. En établissant les réductions, les Jésuites n’avaient pas l’intention de reproduire les coutumes et les mœurs européennes dans les communautés de néophytes. Plutôt, les Jésuites jugeaient que les Européens, en Amérique comme en Europe, avaient dévié du mode de vie chrétien. Pour cette raison, la réduction était conçue comme un projet pour construire des communautés catholiques nouvelles et meilleures en Nouvelle-France[22].

Missions

Notes et références

Annexes

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