Moccus
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Moccus ou Moccos est un dieu celtique mentionné dans une inscription de Langres datant du IIe ou IIIe siècle après J.-C., où il est identifié au dieu romain Mercure. Moccus est lié, pour des raisons étymologiques, aux porcs et aux sangliers. Le sanglier est un symbole puissant de la chasse et de la guerre, mais aussi de prospérité.

Langres et la cité des Lingons, une tribu gauloise. Les Lingons sont peut-être des adeptes de Moccus. Autre indice du culte du sanglier, la statue d'Euffigneix d'un dieu celtique avec un relief de sanglier sur sa poitrine, est retrouvée sur le territoire des Lingons.
Contexte
Les Lingons sont une tribu gauloise dont le territoire tribal est centré sur Andemantunnum, l'actuelle Langres. Les Lingons obtiennent la citoyenneté romaine à la fin du Ier siècle après J.-C.

Le sanglier est un symbole fort pour les Celtes. Dans l'iconographie celtique, ils sont dépeints comme particulièrement féroces, avec des soies dorsales exagérées et des oreilles allongées. Le sanglier est un symbole de guerre. Tacite nous apprend que les Aesti (une tribu germanique ou celtique) arborent des symboles de sanglier au combat. Concernant le chaudron de Gundestrup celtique, les soldats arborent des casques à crête de sanglier. La Legio XX Valeria Victrix romaine, disposée à Chester, adopte le sanglier comme emblème. Il s'agit également d'un symbole de chasse. Les dieux chasseurs celtiques représentés avec des images de sangliers abondent. Arduinna, la déesse de la forêt d'Ardenne, est souvent représentée comme une chasseuse chevauchant un sanglier[1],[2].
Le sanglier est également un symbole de prospérité. Les sangliers sont généralement chassés, et peut-être même sacrifiés, par les Celtes. Strabon nous apprend que les Celtes aiment le porc, et les preuves provenant des établissements de l'âge du fer, en particulier des tombes d'élite, le confirment amplement. Dans les fêtes surnaturelles de la mythologie irlandaise, les porcs sont quotidiennement tués, mangés, et alors ramenés à la vie par magie[1],[2].
Attestation et étymologie

Moccus n'est connu que par une unique inscription votive, à peine lisible, provenant de Langres. La tablette sur laquelle elle est inscrite a été découverte dans les fondations d'une rampe près du Grand Séminaire de Langres, en 1642 ou 1645. L'inscription est datée de la fin du IIe siècle ou du IIIe siècle apr. J.-C. L'inscription se lit comme suit :
| Latin | Français |
|---|---|
| In h(onorem) d(omus) d(ivinae) | En l'honneur de la maison divine, |
| deo Mercur(io) Mocco | à Mercure Moccus, |
| L(ucius) Mascl(ius?) Masculus et | Lucius Masclius Masculus et |
| Sedatia Blandula | Sedatia Blandula |
| mater ex voto | sa mère, [dédie ceci] ex-voto. |
Moccus est lié aux porcs et aux sangliers sur la base de ce théonyme, que l'on suppose dériver d'un mot racine gaulois reconstruit moccos, signifiant porc ou sanglier[2]. Ce mot n'est attesté nulle part ailleurs que dans des noms propres, tels que Moccius, Moccia, Mocus, Mocconius, Cato-mocus (littéralement, cochon de guerre, dans le même esprit que le nom propre Catu-mandus, cheval de guerre). Cependant, ce mot est attesté par des cognats celtiques, tels que le vieil irlandais mucc (cochon), le gallois moch (cochons) et le vieux cornique mehin (bacon)[3]. Les mots apparentés ne sont pas attestés dans d'autres branches indo-européennes ; il est donc probable que le mot soit entré dans le proto-celtique à partir d'un substrat non indo-européen[4].
En revanche, tous les érudits n'ont pas été convaincus de cette étymologie et de l'association de Moccus avec les sangliers. Joshua Whatmough suggère que le théonyme dérive d'un toponyme, peut-être celui de Moque ou Le Moche, un village voisin. Garrett Olmsted explique « Moccos » comme un k-réflexe de *makukuo-, proto-celtique pour enfant (et donc apparenté à l'irlandais macc et au gallois map)[5].
Connexions

Des érudits tels qu'Émile Thévenot et Philippe Jouët associent Moccus à la statue d'Euffigneix (parfois appelée le Dieu d'Euffigneix), une sculpture celtique trouvée à Euffigneix et datant du Ier siècle avant J.-C. (au début de l'occupation romaine de la Gaule)[6],[7]. La statue représente une figure portant un torque avec un grand sanglier sauvage dressé verticalement au-dessus de son torse. Ces images animales abstraites permettent d'identifier la statue comme une représentation d'un dieu[7]. Thévenot souligne qu'Euffigneix aurait été couché sur le territoire tribal des Lingons[8]. La statue d'Euffigneix est à son tour liée à l'iconographie d'une pièce de monnaie des Éburovices d'Évreux, dans laquelle un sanglier à l'envers apparaît sur le cou d'un homme portant un torque[1],[9].
Un autre dieu celtique associé à Mercure, le dieu ours Artaius, est mentionné grâce à une inscription à Beaucroissant, en Isère. La spécialiste des études celtiques Miranda Green suggère que les deux divinités sont liées à la chasse, peut-être protectrices de ceux qui chassent leurs animaux respectifs[2].
James MacKillop suggère que Moccus est lié au Mercure gaulois, une figure attestée dans les sources romaines et généralement identifiée au dieu celtique Lugus[10]. Jouët relie Moccus au mythe irlandais dans Oidheadh Chlainne Tuireann, dans lequel Lug obtient la peau de porc de Tuis, qui peut guérir n'importe quelle blessure[6]. Gwenaël Le Duc suggère que cette inscription et la statue d'Euffigneix témoignent toutes deux de Lugus.