En accaparant progressivement les diverses sources de pouvoir et en les transformant, Auguste acquiert un pouvoir absolu, sous une apparence républicaine. Trois domaines fondent ce pouvoir : l'imperium, la puissance tribunitienne et le pontificat suprême.
C'est en ce domaine que l'évolution est la plus marquante, bien que progressive. L'imperium du principat devient très différent de l'imperium républicain :
| Imperium républicain |
Imperium augustéen |
Imperium d’un magistrat (préteur, consul)
- Élection, annuel, collégial
- Civil : dans l'enceinte de Rome
- Militaire : hors les murs
- L’un exclut l’autre : en charge d’une armée, un consul ne peut pénétrer dans Rome
- Droit au triomphe
Imperium d’un promagistrat
- Annuel au départ, prolongeable par la suite
- Hors de Rome
- Limité strictement dans l’espace (la provincia)
- Civil et militaire
- Redditio au retour, devant le sénat = rapport financier détaillé de la promagistrature
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Imperium maius
- Approbation sénatoriale initiale, pour cinq ans au départ, sans précision par la suite
- Pour lui seul (non collégial)
- Civil et militaire, urbi et orbi
- Prééminent : lui seul a droit au cortège triomphal, les généraux, simples legati, ne bénéficient que des ornements triomphaux : comme l’empereur est le chef suprême de l'armée, toute victoire lui est imputée, fût-il absent du champ de bataille
Imperium proconsulaire
- S’exerce sur toutes les provinces directement sous son autorité (présence militaire). Des legati le représentent
- Droit de regard sur l’administration des provinces sénatoriales (démilitarisées)
- Derniers recours en droit : droit d’appel devant l’empereur
- Pas de rapport de gestion devant le Sénat
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La puissance tribunitienne est le pouvoir attribué aux tribuns de la plèbe. Elle était censée à l'origine protéger la plèbe contre l'arbitraire de l'aristocratie patricienne.
Par définition, cette magistrature, tribun de la plèbe, est inaccessible à tout patricien. Donc inaccessible à Octave et à ses successeurs, membres de deux illustres familles patriciennes. Auguste va donc s'arroger cette puissance, sans endosser la magistrature elle-même, qui décline d'ailleurs rapidement.
Elle lui est renouvelée chaque année, par les comices. Elle sert donc d'ordinaire de comput des règnes des empereurs, jusqu'à très tardivement.
Dans les faits, elle ne lui donne aucun pouvoir particulier, hormis l'interdiction de porter atteinte à sa personne (du fait du caractère sacro-saint, inviolable, du détenteur de cette puissance), et un rapprochement évident de l'empereur avec le peuple — cette puissance faisant de son détenteur le défenseur du peuple.
L'empereur détient enfin la fonction de Pontifex maximus, c'est-à-dire « Grand pontife ». C'est le plus haut sacerdoce dans l'organisation religieuse des Romains. Auguste attendit prudemment que son prédécesseur Lépide disparaisse pour s'en emparer, en -12. Les successeurs d'Auguste n'auront plus ce problème, la fonction étant par définition vacante à leur accession.
Certains empereurs se feront attribuer périodiquement la censoria potestas (« puissance censoriale ») afin de modifier la composition du Sénat. Domitien est nommé « Censeur perpétuel », et on prend par la suite l'habitude de considérer que l'empereur détient de facto cette puissance censoriale.
L'autre titre, avec celui de Princeps est celui d'Augustus. Sa connotation est nettement religieuse, et correspond plus à un surnom qu'à un titre. Auguste a par contre refusé la dictature revêtue à vie par son grand-oncle Jules César.