Mustarjil
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mustarjil (arabe : مسترجل), ou mistarjila au féminin[1], est un terme arabe ainsi qu'une identité de genre chez les Arabes des marais (Ahwaris) du sud de l'Irak. Il signifie « devenir un homme » et s'applique aux femmes ayant adopté une expression de genre masculine par choix ou par nécessité économique[2],[3]. La vie des mustarjila est relatée par l'explorateur britannique Wilfred Thesiger, qui vit parmi les Ahwaris dans les années 1950 ; ses observations sont complétées par les travaux des anthropologues Sigrid Westphal-Hellbush et Heinz Westphal. Au XXIe siècle, le terme revêt une connotation misogyne. Dans la tradition islamique, la mustarjila (femme masculinisée) est condamnée ; elle est maudite selon les hadiths prophétiques et, de ce fait, exclue de la miséricorde divine.
Identité de genre ahwari
L'explorateur britannique Wilfred Thesiger[5] consigne certains aspects de la vie des mustarjil, ainsi que le cas d'une personne assignée homme à la naissance, mais vivant et travaillant ouvertement comme une femme, lors de son séjour chez les Ahwari dans les années 1950[6]. Dans son ouvrage The Marsh Arabs, récit de la vie dans les communautés ahwari, Thesiger décrit sa rencontre avec un homme cisgenre qui s'est battu contre une mustarjil et a été vaincu[7]. Il compare également ces femmes aux « Amazones de l'Antiquité »[7]. Certaines mustarjil se marient, mais n'accomplissent pas les tâches ménagères traditionnellement féminines[6]. Thesiger rapporte également une conversation où son compagnon masculin affirme que les mustarjil se marient et ont des relations sexuelles avec des femmes, selon ses propres termes, « comme nous »[7]. Il explique que, bien que nées dans un corps de femme, elles avaient « un cœur d'homme et vivaient donc comme des hommes »[7],[8]. Les personnes qui adoptent l'identité de genre ont les mêmes droits que les hommes, tant sur le plan social que militaire[6]. Celles qui combattent sont récompensées pour leurs services de la même manière que les hommes cisgenres[6].
Les anthropologues Sigrid Westphal-Hellbush et Heinz Westphal ont fait des observations similaires à celles de Thesiger concernant la vie des mustarjil[9]. Ils constatent que les jeunes femmes décident de vivre comme mustarjil peu après la puberté ; les mustarjil sont cependant, en matière d’héritage, toujours considérées comme des femmes. Si elles souhaitent avoir des enfants, elles doivent renoncer à leur apparence transmasculine et ne peuvent plus y revenir[9].
L’association des mustarjil avec la culture ahwari est également décrite par l’écrivain Marwan Kaabour (en), qui compare les mustarjil aux hijras et aux mukhannath, des personnes appartenant à un troisième genre[10]. L’auteur Eli Erlick décrit comment les mustarjil mènent une vie parallèle à celle des hommes trans au XXIe siècle[11].
Le chanteur folklorique Masoud El Amaratly, célèbre en Irak et dans les pays voisins de 1925 environ jusqu'à sa mort en 1944, est un mustarjil[12],[10].
Usage au XXIe siècle
Ce terme est employé dans de nombreux contextes de la culture populaire, des textes religieux et autres descriptions appliquées aux femmes présentant des traits masculins[13]. Quelles que soient les raisons de cette différence d'apparence chez les femmes, cette étiquette est apposée à toute personne perçue par la société comme possédant des caractéristiques masculines[13]. Cette description est souvent utilisée à des fins de moquerie, de critique ou comme moyen pour la société de dissuader les femmes de manifester de telles différences[13].
Dans la tradition islamique, la mustarjila (femme masculinisée) est condamnée ; elle est maudite selon les hadiths prophétiques et, de ce fait, exclue de la miséricorde divine[13],[14] car elle est considérée comme ayant tenté de modifier la création divine[13]. De plus, il est dit que Dieu ne la regardera pas au Jugement dernier, en guise de réprimande et de dissuasion[14]. Se couper les cheveux de manière à ressembler aux coiffures masculines est également considéré comme interdit par la loi islamique[14],[13]. Selon un article du journal jordanien Ad-Dustour (en), la société arabe en général, et la société musulmane en particulier, perçoit le terme mustarjila comme une insulte envers les femmes[15]. L’article ajoute que toute masculinisation des femmes arabes est due à l’influence occidentale[15].
Le terme mistarjila est utilisé pour désigner les femmes queer au Levant, mais il comporte des connotations misogynes selon The Queer Arab Glossary[1]. Le glossaire décrit le terme comme : « masculin ; garçon manqué ; suggérant qu’elle pourrait être lesbienne ; autrefois, le terme zanmardeh (homme-femme en persan) était également utilisé »[16].