Mégalithes de Bouar
site de la liste indicative du patrimoine mondial en République centrafricaine
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les mégalithes de Bouar, également appelés Tazunu (« pierre debout » en langue gbaya-kara), sont un ensemble de monuments mégalithiques situés dans la région de Bouar, au nord-ouest de la République centrafricaine. Répartis sur une surface d'environ 7 500 km2, ils constituent le patrimoine archéologique préhistorique le plus important d'Afrique centrale équatoriale, et l'un des rares ensembles mégalithiques connus dans cette zone géographique.
| Type | |
|---|---|
| Patrimonialité |
Liste indicative du patrimoine mondial (en) () |
| Localisation |
|---|
| Coordonnées |
|---|
Localisation
La région de Bouar est située dans la préfecture de la Nana-Mambéré, dans la nord-ouest de la République centrafricaine, à environ 450 km à l'ouest de Bangui[1]. Les monuments se trouvent sur la ligne de partage des eaux entre les bassins du lac Tchad (au nord) et du Congo (au sud). La zone mégalithique s'étend sur 130 km de long et 30 km de large, pour une superficie totale d'environ 7 500 km2. Les sites se concentrent principalement en trois zones : Moni, Ndio et Bouar, toutes situées à la lisière de la forêt secondaire[2.1].
Historique des recherches
Premiers signalements (1954-1960)
Les mégalithes de Bouar sont signalés pour la première fois dans la littérature scientifique en 1954 par le commandant Jean d'Arbaumont, qui en publie une description en 1957[2.2]. Avant cette date, les monuments étaient connus des seules populations locales Gbaya, qui leur attribuaient une origine surnaturelle : selon leur tradition, les tazunu auraient été « jetés là » par un être mythique nommé Sô, auquel ils offraient des sacrifices (mil, œufs, tabac)[3],[4.1].
Premières fouilles : Pierre Vidal (1961-1966)
C'est en 1961 que débutent les premiers travaux archéologiques systématiques, conduits par l'anthropologue et archéologue français Pierre Vidal de l'Université de Paris X (Nanterre). Ses résultats sont publiés en 1969 dans l'ouvrage de référence La civilisation mégalithique de Bouar. Prospection et fouilles 1962-1966[3],[2.2].
Vidal fouille au total sept monuments (Tazunu Beforo, Tazunu Gam, Tazunu Tia 1, Tia 2, Tia 3, Tazunu Zupaya et Tazunu Be Yolé) et identifie une centaine de gisements comprenant environ un millier de pierres levées[4.2].
Fouilles de Nicholas David (1975)
En 1975, l'archéologue Nicholas David de l'Université de Calgary (Canada) reprend les fouilles sur deux sites : Tazunu Bétumé et Tazunu Balimbé 1. Ses travaux précisent la stratigraphie des monuments et confirment leur datation au premier millénaire avant notre ère. Il publie ses résultats dans la revue Azania : Archaeological Research in Africa en 1982[5].
Travaux d'Étienne Zangato
Depuis 1986, l'archéologue Étienne Zangato mène des recherches approfondies dans le cadre d'une problématique sur le développement des économies de production dans les marges forestières d'Afrique centrale. Ses travaux combinent prospection systématique, fouilles archéologiques, analyse spatiale, ethnoarchéologie et datations au radiocarbone. Il recense au total 129 sites dans un secteur de 3 900 km2, dont 86 tazunus, 38 sites métallurgiques, 16 sites villageois et 6 sites funéraires non mégalithiques[2.2].
Ses principales publications sur le sujet incluent les Variantes architecturales des Tazunu du Nord-Ouest de la République Centrafricaine et évolution chrono-culturelle régionale[4], l'Étude du mégalithisme en République centrafricaine : nouvelles découvertes de monuments à chambre dans le secteur de Ndio[2] et les Datations radiocarbone et évolution chronoculturelle des sites archéologiques du nord-ouest de la République centrafricaine[6].
Description des monuments
Structure générale
Les tazunu sont des buttes anthropiques sur lesquelles de nombreux blocs taillés dans du granite ont été dressés. Le nombre de pierres dressées par monument varie de deux à plus de cent. Les buttes sont bordées, selon les cas, par des niches ou des coffres en pierres sèches. Dans leur structure externe, les pierres debout semblent être groupées et alignées sur l'ensemble du gisement, et leur profil est orienté dans 70% des cas du nord-est au nord-ouest[7],[4.2],[2.1].
Catégories de monuments
Pierre Vidal, confirmé par les travaux ultérieurs, distingue deux catégories principales de tazunu : les monuments à alignements internes et les monuments à butte et caveaux extérieurs. Les premiers présentent un aménagement intérieur de petites pierres debout, d'environ un mètre, installées en alignement ou parfois en « couloirs ». Les monuments bordés de rangées de caveaux ouverts appartiennent à ce type comme les Tazunu Beforo et Gam ainsi que l'ensemble des Tazunu Tia (Tia 1, Tia 2 et Tia 3). Les seconds sont caractérisés par une butte de pierres sèches sur laquelle des pierres taillées dans du granite ont été dressées. La butte est bordée par des caveaux extérieurs. Appartiennent à ce type les Tazunu Zupaya et Be Yolé[3],[8],[9],[4.3],[2.3].
Stratigraphie interne
La stratigraphie, identique pour tous les monuments étudiés, comprend de haut en bas quatre couches : une couche humifère, une couche de pierraille, une couche correspondant à un horizon archéologique à la base du monument, et une couche latéritique avec présence d'éclats de quartz. Le matériel archéologique contenu dans les monuments est très peu abondant : fragments de céramique, quelques scories, objets lithiques, et rares objets en fer. L'absence d'ossements s'explique par l'acidité du sol, qui les a dissous[4.4],[3.1].
Chronologie
Les datations reposent sur 72 datations au radiocarbone effectuées sur des charbons de bois provenant de l'ensemble des catégories de sites (mégalithiques, villageois, métallurgiques), accumulées par Zangato jusqu'en 1994[2.1].
Période prémégalithique
Un ancien site villageois récemment découvert dans la région a fourni deux datations calibrées : vers 1 800–1 700 ans avant J.-C. et vers 790 ans avant J.-C.. Les vestiges archéologiques de cette période sont essentiellement des céramiques et des haches polies[2.1].
Valeur culturelle
Les mégalithes de Bouar se caractérisent par leur valeur culturelle. Constitués de rochers et de pierres, certains sont sacrés et vénérés dans toutes les unités politiques de Bouar où ils font partie du matériel rituel en tant que lieu de culte des ancêtres ou de repos de certaines divinités. A Bouar, l’homme, grâce à la religion et à l’art, s’est créé une image du monde qui lui permet de ne pas le subir, de le maîtriser, d’où la réalisation de multiples œuvres, comme les monuments mégalithiques. Les habitants ont construit un univers organisé où le surnaturel doit se plier à la hiérarchie et aux rites communautaires[10].
Tourisme
Les pierres dressées plus ou moins façonnées, de taille variable, sont les monuments mégalithiques les plus abondants, constituant presque l’essentiel du mégalithisme de Bouar. Elles sont principalement en basalte, mais aussi en quartz, en grès ou en granite. Elles peuvent être isolées, groupées par 2, 3, 4 et beaucoup plus, décorées, sculptées présentant alors parfois un aspect anthropomorphe , ou sous forme de monolithes, bruts, alignés, dessinant diverses formes géométriques (cercles, carrés) ou complexes, entrant dans de multiples combinaisons architecturales aux fonctions variées. Les monolithes isolés, le couple de monolithes et le trio de pierres dressées sont particulièrement répandus, intervenant dans maints cultes et cérémonies rituelles. Les pierres dressées peuvent être phalliques, cylindriques, plates, parallélépipédiques, tétraédriques et autres. La hauteur moyenne va de 1m50 à 2m50 au-dessus du sol (plus en général un tiers de la hauteur totale formant le socle enfoui).Certains monuments dépassent 3,50 m (les modèles de Bambalang et de Bamali ont plus de 5 m) au-dessus du sol, d’autres ont moins de 1 m en tout. Le poids des pierres varie d’une centaine de kilogrammes à près de 30 tonnes pour les plus grosses. Les pierres dressées sont parfois regroupées en nombres symboliques, aux significations variables[11].
Les mégalithes de Bouar ont gardé leurs caractéristiques originelles. Elles se distinguent du point de vue architectural, fonctionnel et géomorphologique par :
- Leur situation toujours à la source d'un cours d'eau,
- Leur orientation toujours vers l'est ou dans la direction du cours d'eau,
- Leur épaisseur à peu près identique,
- La présence des cistes à la périphérie du site,
- Leur caractère concentrique[12].
