Narcisse (Le Caravage)

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Artiste
Caravage (attrib.)
Date
vers 1598-1599 ?
Technique
Narcisse
Artiste
Caravage (attrib.)
Date
vers 1598-1599 ?
Type
Technique
Dimensions (H × L)
113,3 × 94 cm
Mouvement
No d’inventaire
1569
Localisation

Narcisse est un tableau généralement attribué au peintre milanais Michelangelo Merisi, dit Caravage, et probablement peint vers 1598-1599, désormais conservé à la galerie nationale d'Art ancien de Rome, au palais Barberini. Il représente de manière très dépouillée le personnage mythologique de Narcisse, non pas traité à l'antique mais dans une tenue contemporaine, qui se mire dans l'eau et tombe amoureux de sa propre image.

La date précise de réalisation du tableau et son éventuel commanditaire sont autant de sujets de débats parmi les spécialistes de l'histoire de l'art. L'attribution elle-même, si elle n'est pas absolument certaine, pose toutefois de moins en moins de questions à mesure que la recherche progresse, puisque de nombreux indices font converger vers une réalisation par Caravage, probablement lors de sa période romaine.

Les analyses du tableau portent principalement sur le traitement du thème, mais aussi sur sa composition particulière : la position du personnage associée à son reflet dans l'eau mène à une organisation picturale circulaire peu commune, centrée autour d'un genou dénudé qui reçoit toute la lumière dans le tableau. Cette composition circulaire rappelle toutefois quelques autres traitements iconographiques propres à l'œuvre de Caravage.

La question de l'attribution

peinture d'un groupe d'hommes dans la nuit, où parmi des soldats en armes apparaît un civil qui éclaire la scène avec une lanterne.
Caravage est probablement l'auteur de Narcisse, bien que ce point ne soit pas absolument certain faute de preuves archivales d'époque.
Autoportrait présumé, détail de l'homme à la lanterne dans L'Arrestation du Christ de 1602 (galerie nationale d'Irlande, Dublin).

L'attribution de ce tableau au Caravage est débattue  bien que la recherche tende de plus en plus, au début du XXIe siècle, à estimer probable une réalisation par le maître milanais[1]. Certains chercheurs au cours du XXe siècle proposent à sa place une attribution à divers artistes comme Orazio Gentileschi, Bartolomeo Manfredi, voire lo Spadarino[2] ou d'autres contemporains[3], mais des experts reconnus comme Mina Gregori ou Denis Mahon y voient bel et bien une œuvre autographe de Caravage[4],[3].

C'est en réalité l'historien d'art Roberto Longhi qui postule le premier, dès 1914, qu'il s'agit d'une œuvre de Caravage[5], sans pourtant se fonder sur la moindre source ancienne mais en s'appuyant sur son analyse stylistique[6]. Toutefois, grâce aux travaux menés en archives puis publiés en 1974 par Maurizio Marini, une trace historique d'un possible Narcisse attribué à Caravage refait surface dans un document daté de 1645  soit près de 40 ans après la disparition du peintre  qui évoque son expédition en direction de Savone en Ligurie[7]. La résolution de ces débats est d'autant plus complexe que la toile est en état de conservation médiocre[8] ; néanmoins, les analyses techniques conduites notamment par la chercheuse Rossella Vodret à la suite du travail de restauration conduit dans les années 1990 contribuent à confirmer l'hypothèse d'une toile originale du maître[3].

Différents indices techniques dirigent vers le peintre milanais : la présence de repentirs tend à prouver qu'il s'agit bien d'une œuvre originale, et l'absence de dessin sous-jacent est caractéristique de la méthode de Caravage[3]. Par ailleurs, l'analyse stylistique est cohérente avec sa manière ténébriste et avec son usage courant d'un clair-obscur très marqué[9].

La date de création du tableau, et son éventuelle place dans l’œuvre de Caravage, font également l'objet de débats : une majorité d'auteurs estiment qu'une production tout à la fin du XVIe siècle est probable, vers 1598 ou 1599, mais certains comme John Spike optent pour une production très tardive (entre 1608 et 1610, année où meurt Merisi)[10].

Commanditaire éventuel

Aucun document d'époque n'a encore été retrouvé qui pourrait confirmer l'existence d'un commanditaire pour cette toile, et encore moins son identité ; la question est évidemment compliquée par l'absence de certitude quant à l'auteur de l'œuvre. Sa taille modeste (113,3 × 94 cm[11]) est compatible, toutefois, avec l'hypothèse d'une commande pour la galerie privée d'un collectionneur romain[12]. Si sa création s'effectue autour de l'année 1597, il est possible que cette œuvre fasse partie de celles réalisées pour le cardinal del Monte, principal mécène et protecteur de Caravage à Rome[13]. Le commanditaire peut aussi appartenir à l'entourage du marquis Giustiniani[14].

Parcours de la toile

Il est probable que la toile fasse partie de la collection d'une famille de banquiers florentins au XIXe siècle, avant de parvenir en possession d'un certain Paolo D’Ancona par le jeu d'un héritage en 1913[10]. Une fois que Roberto Longhi l'attribue à Caravage, elle quitte alors cette collection privée milanaise pour être achetée par un diplomate russe du nom de Khvoschinsky[15],[a] qui en fait don en 1916 à la galerie nationale de Rome[18],[10].

En 1990[3] puis 1995-1996, le tableau bénéficie d'une restauration qui permet de gagner en lisibilité malgré l'état globalement médiocre de la surface picturale[8], d'affiner l'analyse des experts et de confirmer (pour la majorité d'entre eux) l'attribution à Caravage[19].

Thème mythologique

Peinture représentant sur la droite un homme allongé et se mirant dans l'eau, tandis qu'à gauche une femme à demi nue le regarde.
Dans ce tableau de 1903, John W. Waterhouse met en scène Narcisse plongé dans la contemplation de son reflet, et ignorant complètement la malheureuse Écho.
Walker Art Gallery, Liverpool.

Le mythe de Narcisse est raconté dans le livre III des Métamorphoses d'Ovide[11]. Narcisse, superbe jeune homme très imbu de lui-même, est indifférent aux sentiments qu'il provoque autour de lui, et il rejette en particulier l'amour que lui porte sa malheureuse prétendante Écho, laquelle finit par en mourir. Ovide décrit ainsi l'événement qui mène ensuite Narcisse à sa perte, poussé par la déesse de la vengeance Némésis[20] :

« Un jour, après la chasse, le jeune homme veut se désaltérer à une source d'eau pure, et s'éprend de son propre reflet dans l'eau. Éperdument amoureux de l'être qu'il aperçoit, il tente désespérément de saisir sa propre image, incapable de s'arracher à sa propre contemplation. »

 Ovide, Métamorphoses, livre III (légendes thébaines)[21].

Une fois mort à cause de sa passion, Narcisse n'échappe pourtant pas à son terrible destin : même parvenu au royaume souterrain des morts, il continue à chercher son propre reflet dans les eaux du fleuve Styx[22].

Dès l'Antiquité, le thème de Narcisse est repris dans de nombreuses œuvres artistiques[11]. Il est donc connu du milieu artistique romain du XVIe siècle ; cependant, c'est une figure qui n'occupe que peu de place dans la peinture italienne de l'époque  ce qui offre d'autant plus d'intérêt à son interprétation par Caravage[23].

Description et analyse

Notes et références

Annexes

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