Nora Bussigny
journaliste et autrice française
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Nora Bussigny, née le à Clermont-Ferrand, est une journaliste d'investigation et autrice franco-marocaine qui se fait connaître dans les années 2020 par ses enquêtes en immersion dans les milieux de l'intersectionnalité et de l'extrême gauche en France, qu'elle décrit comme un foyer du nouvel antisémitisme.
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Le Point (depuis ), Marianne (depuis ), Franc-Tireur (depuis ), Causeur (- |
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Biographie
Origines et formation
Nora Bussigny est franco-marocaine[1]. Elle est née le à Clermont-Ferrand[2], d'un père français et d'une mère marocaine[2],[3],[4], tous deux issus de la classe moyenne des banlieues[5]. Elle poursuit des études de lettres modernes à la Sorbonne[2],[4].
Carrière
Après ses études, Nora Bussigny débute dans le journalisme. En , à l'âge de 21 ans, elle publie dans le magazine Le Point une série de chroniques hebdomadaires relatant son expérience comme assistante d'éducation dans le réseau d'éducation prioritaire (REP) de la région parisienne[6],[2]. Ces chroniques constituent la matière de son premier ouvrage, Survaillante. Journal d'une pionne de banlieue, publié en [4]. Elle publie ensuite son premier roman, Mille Yeux en [2],[6],[7].
Parallèlement à ses publications, Nora Bussigny travaille comme journaliste indépendante pour le magazine Marianne[5]. Elle rejoint la rédaction de Factuel[8] et l'hebdomadaire Le Point[2]. Elle collabore également à la revue Écran de veille[9].
En , elle publie Les Nouveaux inquisiteurs, fruit d'une enquête d'un an au sein d'une communauté de militants intersectionnels. Pour mener son travail, elle modifie son apparence afin de se rapprocher des sujets étudiés. L'ouvrage décrit des comportements qu'elle estime intolérants ou dangereux dans certains milieux militants[2],[10],[11]. Son déguisement utilisé pendant l'enquête est moqué sur les réseaux sociaux et devient un mème[8].
En , elle fait paraître Les Nouveaux Antisémites, qui remporte le prix Edgar-Faure[2],[12], un ouvrage qu'elle présente en sous-titre comme le résultat d'une enquête d'une année sur le développement du « nouvel antisémitisme » parmi les militants pro-Palestiniens de la gauche radicale[13].
Dans le cadre de ce travail, Bussigny est auditionnée par une commission d'enquête parlementaire portée par Laurent Wauquiez sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et les organisations et réseaux soutenant l'action terroriste ou propageant l'idéologie islamiste[14],[15],[16],[17].
Plainte pour cyberharcèlement ()
En , Marianne rapporte que Nora Bussigny dépose plainte contre le député LFI Paul Vannier pour une campagne de cyberharcèlement, mise en danger de la vie d'autrui et menaces de crime relayée sur les réseaux sociaux. Selon la journaliste, le député a orchestré contre elle ce cyberharcèlement dans le cadre de la critique par LFI d'un article d'Écran de veille, dont elle n'est pas l'autrice[18],[19],[20]. La journaliste rapporte avoir reçu de nombreux messages injurieux, dont certains à caractère raciste, antisémite ou sexiste, entraînant des mesures de sécurité à son égard. Par ailleurs, une cinquantaine de députés du groupe Ensemble pour la République emmenée par Caroline Yadan réalisent un signalement auprès du procureur de la République[18],[19],[20]. Selon Nora Bussigny, la critique de l'article d'Écran de veille n'est qu'un prétexte pour Paul Vannier et LFI, après son témoignage la commission d’enquête de l'Assemblée nationale sur les rapports entre LFI et les islamistes, consécutivement à la parution de son livre sur les Nouveaux antisémites[18].
Réception critique
Les Nouveaux Inquisiteurs ()
Arrêt sur images remet en question le fait que N.Bussigny ait passé une année en immersion « chez les wokes », et estime que son livre est un « récit bourré d'amalgames, de simplifications et surtout dénué de toute tentative d'explications et de contextualisation » ; il conclut que la journaliste « est passée à côté de ce qui aurait pu être une brillante analyse de la pureté militante »[8].
À l'inverse, Ouest-France estime l'ouvrage globalement équilibré et y voit même, malgré un titre à visée polémique, un aspect humoristique ; le journal note l'efficacité de certaines scènes d'infiltration pour illustrer les dérives des milieux militants décrits[3]. Abnousse Shalmani, dans L'Express, considère que le livre « montre avec brio » une emprise idéologique préoccupante pour la démocratie sur certains milieux[21].
Les Nouveaux Antisémites ()
Les Nouveaux Antisémites est une enquête immersive menée sous couverture pendant près d'un an, au cours de laquelle l'autrice dit avoir participé à des manifestations, réunions militantes et échanges en ligne, notamment sur des boucles Telegram[14],[22],[23],[24]. L'ouvrage développe également l'idée selon laquelle l'antisionisme constituerait un vecteur de « convergence des luttes » en particulier après les attaques du [14],[25]. Nora Bussigny indique se concentrer sur l'analyse de mécanismes d'entrisme et de manipulation au sein de certains milieux militants et décrire l'instrumentalisation politique d'une empathie, qu'elle juge légitime, pour les civils palestiniens par des acteurs radicaux à des fins idéologiques ou politiques. Elle précise avoir voulu distinguer les critiques de la politique du gouvernement israélien des discours qu'elle analyse comme relevant de l'antisémitisme[14],[24].
L'autrice affirme que ce sont certaines réactions relatives aux attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 - comme par exemple des « exaltations de joie » - qui l'ont conduite à reprendre une enquête dans les milieux militants déjà étudiés dans le cadre de son ouvrage Les Nouveaux Inquisiteurs[2],[22].
Pour l'émission Quotidien, le livre décrit l'influence de l'extrême gauche en France au sein des universités et des groupes parlementaires[26], que Le Figaro présente comme « gangrenés par l'antisémitisme » et en lien avec des personnalités considérées comme terroristes islamistes dans certains pays, notamment depuis les attaques du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023[14],.
Le New York Sun indique que le livre met en lumière la manière dont « l'antisémitisme est devenu la force unifiante de la gauche radicale française » (« antisemitism has become the unifying force of France's radical left »)[27]. Selon The Times of Israel, l’autrice décrit un antisémitisme et un antisionisme généralisés, devenus un dénominateur commun à des groupes divers, souvent en désaccord sur d’autres sujets[28].
Arrêt sur images reproche à l'autrice le manque de pluralisme dans ses sources, des raccourcis qualifiés de « malhonnêtes » et des amalgames liant des personnalités controversées directement à l'ultragauche[29]. Plusieurs personnes mises en cause y voient des propos diffamatoires et estiment subir une décontextualisation et une instrumentalisation de leur témoignage[29],[30],[31]. Libération relève des « longueurs » et, comme Arrêt sur images, juge contestable la méthode d'enquête undercover[2],[29]. Ouest-France regrette également les limites de sa méthode d'enquête en choisissant « de faire l'impasse » sur l'étude du collectif Tsedek !, le journal reproche à l'autrice de donner à penser « que tout antisioniste est un antisémite » et de comparer des dizaines de fois l'attaque terroriste du 7 octobre aux pogroms. L'autrice se justifie en indiquant ne pas vouloir traiter du conflit israélo-palestinien par méconnaissance du sujet. Le quotidien régional doute que son manque d'explications parvienne à convaincre le lecteur[3].
Le quotidien Les Échos salue une enquête « qu'il faut lire » en raison du constat sévère dressé sur les dérives antisémites de certains milieux d'ultra-gauche[13]. Selon la revue culturelle Transfuge, « Nora Bussigny montre avec brio (...), la force d'attraction de l'antisémitisme, agent mobilisateur des mouvements d'extrême gauche propalestiniens »[25]. Emmanuel Razavi sur Atlantico salue le travail d'infiltration au sein de milieux d’ultra-gauche ainsi que les révélations avancées sur certains responsables politiques et présente le livre comme un cri d'alarme d’utilité publique et un travail journalistique majeur[32].
Les Nouveaux Antisémites se voit co-attribuer le prix Edgar-Faure de littérature politique récompensant « un ouvrage politique marquant » avec le sénateur Jean Hingray[33] et figure parmi les meilleures ventes de l'automne , avec 25 000 exemplaires vendus à la mi-[2],[12].
Position politique et engagement
En , le quotidien Libération indique que « certains, à gauche » situeraient Nora Bussigny à l'extrême droite en raison des lignes éditoriales des journaux avec lesquels elle collabore et de ses centres d'intérêt - ce qu'elle conteste[2], se décrivant elle-même comme une progressiste, centriste ou de centre droit[1],[2],[4]. Elle se déclare défavorable au port du voile mais dit aussi s'opposer à son interdiction et le tolérer « tant que celui-ci est porté de plein gré par les pratiquantes »[3].
Publications
- Survaillante : journal d'une pionne de banlieue, Lausanne, Favre, , 161 p. (ISBN 978-2-8289-1679-4 et 978-2-8289-1706-7, lire en ligne
). - Mille Yeux (roman), Ambérieu-en-Bugey, Rémanence, coll. « Le labo », , 372 p. (ISBN 978-2-37870-014-0 et 978-2-37870-015-7, lire en ligne
). - Les Nouveaux Inquisiteurs : l'enquête d'une infiltrée en terres wokes, Paris, Albin Michel, , 240 p. (ISBN 978-2-226-47695-1 et 978-2-226-48750-6, lire en ligne
). - Les Nouveaux Antisémites : enquête d'une infiltrée dans les rangs de l'ultra-gauche, Paris, Albin Michel, , 256 p. (ISBN 978-2-226-49773-4 et 978-2-226-50531-6, lire en ligne
).