Le site de l’actuelle Maghnia était d'abord un établissement phénicien, puis il apparaît dans les sources antiques sous le nom de Numerus Syrorum. Ce toponyme désignait à l’origine une unité auxiliaire de l’armée romaine composée de recrues venues de Syrie et qui avait déjà servi en Dacie avant d’être cantonnée dans cette région. Les Romains établirent pour elle un camp militaire fortifié : un castellum entouré d’un fossé profond, flanqué de tours carrées et accessible par quatre portes monumentales. Situé à l’extrémité occidentale de la Maurétanie Césarienne, ce poste constituait le point avancé de la nova praetentura, dispositif défensif développé sous les Sévères[4].
Les fouilles et découvertes archéologiques — bornes milliaires, inscriptions votives, tumuli et couches de cendres mêlées à des charbons et débris — attestent de l’importance de ce camp et de sa destruction par un incendie. Ses remparts subsistèrent néanmoins longtemps, au point que la population locale en garda le souvenir sous le nom de Sour (« rempart »), qu’il ne faut pas confondre avec l’abréviation latine Syr[4].
Après le retrait romain, la région continua de jouer un rôle d’échanges. Sa position, au cœur du couloir reliant Tlemcen à Fès, en fit un lieu de rencontre entre nomades, montagnards et habitants du littoral. Des marchés réguliers se tenaient autour de l’ancien camp, où les tribus des plaines arabisées, tournées vers l’élevage, côtoyaient les Berbères montagnards, plus attachés à l’agriculture et à l’arboriculture[4].
Avec la conquête musulmane du Maghreb, le site prit le nom de Lalla Maghnia, en hommage à une sainte musulmane vénérée dans la région et au-delà, notamment par les tribus marocaines voisines des Ahl Angad. Son mausolée, élevé à la fin du XVIIIe siècle, subsiste encore aujourd’hui et reste un lieu de pèlerinage local[4].
En 1836, lors de la première expédition française sur Tlemcen, les ruines du camp romain furent signalées aux officiers. Leur étude fut approfondie en novembre 1843 par le général Alphonse Bedeau[4].