Observatoire de l'immigration et de la démographie

think tank anti-immigration et nataliste From Wikipedia, the free encyclopedia

L'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID) est une association régie par la loi de 1901 créée en 2020 et un laboratoire d'idées français dirigé par Nicolas Pouvreau-Monti et financé par le fonds Périclès de Pierre-Édouard Stérin. Absent de la sphère académique mais très présent dans les médias, l’OID est parfois décrit comme une source de référence de statistiques publiques sur l'immigration. L'organisme affiche ses positions en faveur d'une diminution de l’immigration et d'une augmentation de la natalité.

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Observatoire de l'immigration et de la démographie
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Si les études de l'organisme sont souvent reprises dans le débat public et dans les travaux de la droite parlementaire, plusieurs médias soulignent une vision alarmiste de l'immigration partagée par l'extrême droite. Aussi, des journalistes, chercheurs et démographes ont dénoncé des biais de méthodologie et d'interprétations dans ses publications.

Histoire

Le laboratoire d'idées est créé en par six hauts fonctionnaires et entrepreneurs[1],[2]. Ces « trentenaires passionnés de démographie », parmi lesquels Maxime Hemery-Aymar et Nicolas Pouvreau-Monti[3], se lient d'amitié pendant leurs études en se croisant à Polytechnique, Sciences Po, l'ESSEC, et dans l'association souverainiste Critique de la raison européenne. Cette association est fondée par Alexandre Loubet, qui sera par la suite élu RN et deviendra conseiller spécial de Jordan Bardella[4]. Parmi les membres actifs de l'association, se trouve notamment Sarah Knafo, qui rejoindra plus tard Reconquête[1],[3].

Le , l'Observatoire participe comme intervenant au colloque la « France de 2050 » organisé par le ministère de l'Intérieur, dont le ministre Gérald Darmanin enverra ensuite une lettre de remerciement à l'OID[3],[5].

Fin 2023, plusieurs médias indiquent que les publications de l'Observatoire servent de « boîte à outils » à un nombre croissant de parlementaires français, et influencent le débat parlementaire, principalement à droite et au centre[1],[3]. Les travaux de l'Observatoire sont notamment utilisés lors des débats concernant la loi immigration. À cette occasion, l'Observatoire est en particulier cité par Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, qui estime que l'OID fait un « travail sérieux » ; les rapporteurs du Rassemblement national, Edwige Diaz et Yoann Gillet, auraient « échangé avec l'Observatoire pour peaufiner leurs exposés des motifs et amendements ». Charlie Hebdo note aussi qu'Edwige Diaz, Christelle d’Intorni et Alexandre Loubet travaillent régulièrement avec Nicolas Pouvreau-Monti[6]. Selon Le Point, certains chiffres de l'Observatoire auraient été cités par Jean-Pierre Chevènement lors d'une interview dans le JDD[1].

En 2024, Nicolas Pouvreau-Monti travaille encore « dans le conseil en stratégie » pour le ministère de l’Intérieur. Il fait un « premier passage média » dans Le Point en , et un mois plus tard à la télévision, au moment du débat sur la loi Darmanin[5]. En 2024, Arrêt sur Images indique, tout en s'en étonnant, que Nicolas Pouvreau-Monti est devenu l'un des intervenants préférés des médias sur le sujet de l'immigration, et le décrit comme étant « invité de toutes parts »[5]. Arrêt sur images indique avoir sollicité Public Sénat, qui avait invité le directeur de l'OID à un débat. La chaîne explique que Nicolas Pouvreau-Monti avait été « identifié comme interlocuteur défendant une lecture critique des politiques migratoires, venant contrebalancer l’expression des autres points de vue exprimés sur le plateau »[5].

En 2024, selon le magazine Paris Match, l'organisation aurait acquis une influence notable dans les milieux politiques de droite et du centre. Ses travaux influencent les députés lors des débats parlementaires liés au projet de loi « Asile et immigration »[5],[6]. Il publie des chiffres concernant l’augmentation du solde migratoire, les conséquences de l’accord franco-algérien de 1968 et l’hypothèse de la suppression de l’aide médicale d’État. Il « enchante » le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, Didier Leschi[3], selon lequel l'OID va à l'encontre de la pensée dominante qui « a tendance à moins mettre en avant certaines données plutôt que d'autres »[1]. Didier Leschi estime que « personne ne prend l'OID en défaut sur les données »»[1], ce que le professeur du collège de France François Héran dément dans Le Monde[4].

La même année, l'OID donne une conférence dans la salle René-Monory du palais du Luxembourg avec l'intervention d'un ancien ambassadeur de France, Xavier Driencourt, l'ancien ministre de l’Immigration grec, Dimitris Kairidis, le directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), Didier Leschi et le fondateur de l’OID, Nicolas Pouvreau-Monti[6].

En 2025, Judith Waintraub écrit dans Le Figaro Magazine que l’OID « est devenu une référence en matière de données statistiques dans un domaine où l’opacité était entretenue à dessein »[2]. La même année, Le Monde analyse que l'OID jouit d'une « confortable exposition médiatique », avec des tribunes reprises dans la presse écrite et des invitations chez CNews, Europe1, Franceinfo ou Arte. Le journal indique que les experts sont « déroutés » par « l’audience et la respectabilité » obtenues par l’OID : notamment, certains chercheurs estiment que l’OID est confondu avec un organe scientifique, sans en être un[4].

Organisation et financement

Fondateurs et équipe

Nicolas Pouvreau-Monti et Maxime Hemery-Aymar font partie des six cofondateurs du laboratoire d'idées[3]. En 2024, le « conseil d'orientation scientifique »[1] est composé de l’avocat Thibault de Montbrial, de l'ancien préfet Michel Aubouin, de l’ancien recteur de l’académie de Nice et démographe Gérard-François Dumont, de l’ex-directeur de la DGSE Pierre Brochand et de l’ancien ambassadeur français à Alger Xavier Driencourt[3],[1].

Paris Match indique en que l’Observatoire compte quatre permanents, tandis qu’Arrêt sur images, évoque en octobre seulement deux employés à temps plein[3],[5].

Financements

À sa création, l'observatoire est financé par ses fondateurs[1] et se présente comme une « structure d'étude et d'information ». Avant 2021, l'organisation publie peu et ne communique pas sur l'identité de ses membres[7]. Dans les trois années suivantes, l'Observatoire publie sur son site internet une cinquantaine de notes, dont certains éléments sont, d'après Le Point, « largement repris dans le débat public »[1].

À partir de 2023, l'Observatoire bénéficie du soutien de « mécènes privés jalousement gardés secrets », selon Le Point[1]. Il s'agit notamment de Périclès, le plan de financement et laboratoire d'idées de Pierre-Édouard Stérin, dont l'objectif est de pousser les idées conservatrices et nationalistes[8],[9],[4],[10],[11].

Positionnement

Selon son fondateur, l'OID a pour mission de « nourrir le débat grâce à des données vérifiables mais, aussi, proposer des solutions pour reprendre le contrôle de notre politique migratoire »[2]. Aussi, le site de l'OID affiche qu'il souhaite diminuer l’immigration et augmenter la natalité[12].

L'OID a pour directeur des études l'ancien collaborateur d'élu Les Républicains Grégoire Daubigny. Par ailleurs, son conseil scientifique a pour membres Xavier Driencourt (qui préside aussi le comité stratégique du magazine d’extrême droite Frontières), Thibault de Montbrial (conseiller sécurité de Valérie Pécresse et également lié au média Frontières), Pierre Brochand (ancien de la DGSE, proche d'Éric Zemmour)[13],[14], Gérard-François Dumont (directeur de la revue nataliste Population et Avenir), et Michel Aubouin (contributeur du magazine d’extrême droite Causeur)[4].

En , Politis relève que l'OID a organisé deux conférences au Parlement, dont l'une avec le Wilfried Martens Centre, think tank du Parti populaire européen, qui regroupe des partis européens de droite et du centre. L'autre a été lancée à l'initiative d'Éric Pauget, député de la Droite républicaine, et certains invités ont des liens avec l’extrême droite, comme les diplomates Pierre Brochand et Xavier Driencourt. Le média parle aussi de la présence de Fabrice Leggeri, mais celle-ci est contestée par l'OID dans le droit de réponse publié par Politis. Parmi ceux qui s'expriment se trouve également le haut fonctionnaire Didier Leschi et le chercheur démographe à l'université d'Oxford David Coleman[15]. Hélène Thiollet, du CNRS, estime que les discours sont idéologiques et conservateurs, et que l'OID n'est « absolument pas une institution scientifique »[16].

Nicolas Pouvreau-Monti qualifie l'OID de « réaliste » et « d'apartisan »[note 1], tout en reconnaissant l'existence d'un positionnement assumé. Il déclare : « Un think-tank par définition ça apporte des idées. Je ne sais pas qui peut prétendre à une objectivité absolue sur ces sujets. » L'Observatoire estime que la responsabilité des gouvernants français est de « rétablir une capacité de maîtrise politique des flux migratoires », et l'OID s'oppose à l'institut Convergences Migrations[note 2], qui, selon l'Observatoire, « voit dans l'accélération de l'immigration une fatalité inéluctable et en relativise le caractère inédit »[5]. Selon Le Point, les fondateurs de l'Observatoire voulaient créer un organisme qui se positionne entre ceux pour qui l'immigration ne présente aucune difficulté et ceux pour qui elle est une catastrophe, un organisme qui soit rigoureux, non idéologue et politiquement indépendant, un peu comme le serait le Migration Watch UK (en)[1].

Selon le quotidien L'Humanité, l'OID collaborerait « ponctuellement » avec l'« Institut des Français de l’étranger », un laboratoire d'idée financé par Périclès[18].

L'OID fait partie des membres fondateurs de l’International Network for Immigration Research[19],[20] et a signé sa charte[3],[21]. Les autres membres fondateurs sont le Migration Research Institute hongrois du Mathias Corvinus Collegium (MCC), le Center for Immigration Studies, NumbersUSA (en), et l'Israeli Immigration Policy Center (he)[22],[23]. L'ONG Global Project Against Hate and Extremism[24] décrit ces groupes comme anti-immigration[25]. Dans un article sur l'OID, l'Observatoire des multinationales rappelle que le MCC forme l’élite pro-Viktor Orbán, l'organisation NumbersUSA a été critiquée pour avoir diffusé des données manipulées, et le Center for Immigration Studies, lié à John Tanton, avait soutenu la décision de Donald Trump de séparer les enfants de leurs parents en situation irrégulière. Il conclut que l’OID et ses homologues américains sont « unis par les mêmes biais et les mêmes failles méthodologiques dans leurs études, qui n’ont d’autre objectif que de s’opposer à l’immigration »[13].

En 2025, le ministre de droite Bruno Retailleau affirme que le travail de l'OID était « absolument essentiel » pour « décrire le réel » et aborder sereinement le débat sur l'immigration[2].

La même année, un rapport publié par l'OID analyse la « remarquable trajectoire d’intégration » sociale et économique de la diaspora d’Asie du Sud-Est, en s'appuyant sur les chiffres liés à l'immigration issus du Vietnam, du Cambodge et du Laos[26],[18].

Caractéristiques

Selon Le Point et Paris Match, l'observatoire tire ses chiffres en croisant les données du ministère de l'Intérieur, de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), de l'OCDE et d'Eurostat[1],[3]. Le Point estime que ces chiffres sont, pour la plupart, inédits[1].

Le directeur de l'Observatoire estime que les chiffres que son laboratoire d'idée met à disposition sont difficilement accessibles, et, selon Le Point, cet avis est partagé par d'autres think tank, comme Fondapol. Dominique Reynié, directeur de Fondapol, a ainsi déclaré devant le Sénat en 2023 avoir « davantage d'informations statistiques sur la situation suédoise, danoise, britannique et même américaine que sur celle de notre propre pays ». Le Point estime que cela explique l'intérêt porté au travail de l'Observatoire par des « instances installées », notamment l'Ofii[1]. Son directeur Didier Leschi déclare consulter les travaux de l'ODI, et il estime que l'Observatoire utilise des données qui existent déjà, mais qu'il les présente de manière différente à ce qui se fait habituellement[1],[3].

Selon Le Point, le travail de l'Observatoire a provoqué l'intérêt de plusieurs « experts de renom » concernant le sujet migratoire. La démographe de l'INED et contributrice du Figaro Vox, Michèle Tribalat estime que l'Observatoire est fait de « jeunes gens fort sympathiques » qui rendent accessible au public des données de l'Insee en les mettant « en perspective »[1],[5].

Publications notables

Détournement du rapport de France Stratégie (2021)

En , l'OID signe dans le magazine d'extrême droite Causeur[27] un article s'appuyant sur des données liées à une étude publiée un an auparavant par France Stratégie[28] concernant la ségrégation résidentielle (la répartition plus ou moins inégale des différentes catégories de population entre quartiers, mesurée à partir de plusieurs critères d’analyse[29],[30]). L'OID utilise pour son analyse l'outil de datavisualisation de France Stratégie, qui propose des cartes permettant « de suivre l’évolution, entre 1968 et 2017, de la composition sociodémographique des différents quartiers des 55 unités urbaines de plus de 100 000 habitants »[28]. L’analyse de l’OID évoque un possible « basculement démographique historique »[7],[28],[31].

Selon Le Monde, cette étude comporte plusieurs biais. Le quotidien indique que l'OID constate un « basculement » à La Courneuve ainsi que dans d'autres quartiers à Rennes et Limoges. Le Monde note que l'OID se focalise excessivement sur certains départements, alors que la situation nationale est moins « sensationnelle »[28]. Le quotidien catholique La Croix indique également que les statistiques sont moins « spectaculaires » si on « élargit le spectre »[31]. Le Monde observe que l'OID cite des chiffres qui ne tiennent pas compte du métissage, qui implique qu'un enfant comptabilisé par l'OID peut avoir l'un de ses deux parents qui est immigré et l'autre qui ne l'est pas. Selon Le Monde, l'article a été largement relayé par l’extrême droite et la droite. Marine Le Pen affirme que les cartes révèlent « l’installation exponentielle d’immigrés extra-européens » et « doivent être connues et comprises par tous les Français ». Louis Aliot parle d'un « grand basculement » dans certains quartiers. Éric Zemmour l'utilise pour appuyer sa théorie du grand remplacement. L'article de l'OID est également mentionné « à droite », notamment par Valérie Boyer et Julien Aubert. Eric Ciotti utilise aussi les chiffres de France Stratégie comme une preuve que « la population change »[28].

Réponse à l'Institut Montaigne sur l'immigration et la natalité (2023)

En , dans Marianne[32], l'OID répond à une note de l'Institut Montaigne qui estime que seule une augmentation de l'immigration peut combler le déclin démographique national[33]. L'OID qualifie la note de « fatalisme aveugle » et déplore que la politique familiale de François Hollande ait divisé par cinq le solde naturel de la France (la différence entre les naissances et les décès) entre et [12].

Selon Regards, le point de comparaison en (qui correspond au plus haut solde naturel enregistré depuis 1973) a probablement été choisi par l'OID pour obtenir la plus large variation possible sur la période considérée, et que François Hollande ne saurait être tenu responsable d'une quelconque évolution entre et l'année de son élection en . Selon le mensuel, l'OID omet aussi d'expliquer que la variation du solde naturel est due aux nombreux décès de la génération du baby-boom, alors que les naissances sont plutôt stables[12].

Coût de l'immigration (2024)

En , dans un article publié sur Le Point, Nicolas Pouvreau-Monti évalue le coût annuel net de l’immigration à 40 milliards d’euros[34]. L'OID se base sur deux études, l'une de 2018 du CEPII, un centre de recherche lié au Premier ministre français, et l'autre de 2021 de l'OCDE[35]. La Fondation Jean-Jaurès, organisation liée au parti socialiste, indique que ce coût annoncé par l'OID laisse penser qu’une réduction du nombre d’immigrés présents en France permettrait de réduire significativement le déficit public, mais la Fondation estime que le calcul de ce coût comporte de multiples erreurs[36].

L'AFP rapporte que les économistes ayant dirigé les deux études utilisées par l'OID sont en désaccord avec le chiffre avancé par Nicolas Pouvreau-Monti. L'un d'entre eux reproche à l'OID une méthode non « valide scientifiquement », celle d'avoir appliqué des pourcentages des années précédentes au PIB de l’année la plus récente : ainsi, tirant de l'étude du CEPII une contribution de l'immigration au déficit de 1,64% du PIB en 2011, l'OID applique ce même taux au PIB de 2019. Ce dernier étant de 2 639 milliards d'euros, l'Observatoire parvient à un déficit annuel de 38,85 milliards d’euros[35]. Le même économiste reproche à l'Observatoire d'utiliser comme chiffres ceux des « personnes nées à l'étranger », une catégorie qui n'inclut pas que des immigrés et des étrangers mais aussi des Français nés à l'étranger et des personnes nées dans l’Union européenne, et de prendre en compte dans le coût des immigrés des dépenses publiques qui ne dépendent pas de la taille de la population[35]. La Fondation Jean-Jaurès rapporte que l’OCDE a calculé que la contribution budgétaire nette totale des immigrés variait selon les pays entre -1 % et +1 % du PIB, et le CEPII a calculé qu'en 2022 l’impact budgétaire de l’immigration était proche de zéro. Pour la Fondation Jean-Jaurès, une fin de l’immigration entraînerait même une récession économique, notamment car certains secteurs comme le BTP ou la restauration seraient à l'arrêt sans travailleurs étrangers[36].

Rapport sur le logement social (2024)

En , l'OID et la Fondapol produisent un rapport d’une soixantaine de pages rédigé par Michel Aubouin, un ancien préfet proche du RN[37],[38], intitulé « Les étrangers extra-européens et le logement social en France ». Le rapport est publié en exclusivité par Le Point, qui le qualifie d'« édifiant », et il est relayé par Le Figaro et CNews[37]. Le Figaro décrit le rapport comme un travail « fouillé » et « efficace »[39]. Il décrit un rapport démontrant comment le système français des logements sociaux a été détourné de sa mission initiale (offrir un logement provisoire aux plus démunis en attendant qu'ils puissent accéder à la propriété), et le rôle de l'immigration dans cette situation. D'une part, l'obligation d'un revenu minimal, afin de garantir le paiement des loyers, aurait écarté les plus démunis des HLM. Les plus démunis rencontreraient également des difficultés d'accès aux HLM en raison d'une faible rotation annuelle des locataires, inférieure à 7%, et la transmission fréquente des logements aux enfants. Les critères d'acceptation de dossier favoriseraient une catégorie de familles, celles monoparentales comportant de nombreux enfants, jugées éloignée de la « famille française traditionnelle », et les immigrés seraient avantagés à l'accession aux HLM par rapport aux non-immigrés. Une population venant d'Afrique sahélienne serait, à la seconde génération, encore plus présente en HLM que la première[39]. La journaliste Charlotte d’Ornellas résume le rapport sur le plateau de CNews en déclarant que les logements sociaux sont « financés par des Français qui n’en bénéficient pas »[37].

Le quotidien Mediapart note que le document d'être « largement relayé » par le RN et voit les HLM comme son « nouveau cheval de bataille ». Le quotidien décrit le rapport comme « truffé d’erreurs et de raccourcis » et indique que 80 % des locataires HLM sont des foyers dont le référent est français né en France. Sur les 20 % d’origine étrangère, beaucoup seraient par ailleurs français. Aussi Mediapart explique que le terme « immigré » n'est pas utilisé par les bailleurs sociaux qui ne distinguent que les Français, les étrangers et les étrangers extra-communautaires. La journaliste de Mediapart Lucie Delaporte relève que les critères d’attribution qui seraient prétendument favorables « aux étrangers extra-européens » ne sont pas décrits dans le rapport et n'existent pas : le logement social est attribué sur conditions de ressources, en aucun cas en fonction des origines, et la fédération des HLM indique que « les immigrés occupent des emplois en moyenne moins qualifiés et moins rémunérés »[37]. Pour Mediapart, le rapport contredirait les données de l'Insee en affirmant à tort qu'une raison de la surreprésentation des familles immigrées dans les logements sociaux serait que parmi les familles monoparentales, prioritaires, beaucoup seraient d'origine étrangère[37].

L'immigration dans les territoires (2024)

Dans le rapport « L'immigration dans les territoires », l'OID analyse des données de l'INSEE de 2006 à 2021. Il est relayé par le magazine Marianne qui, selon Arrêt sur Images, reprend les conclusions du rapport, sans les confronter à d'autres sources[5]. Marianne indique que l'Observatoire a mis en parallèle dans cette étude les données concernant l'immigration avec celles de l'inactivité et non avec celles de l'insécurité « comme beaucoup le font ». D'après l'Observatoire, l'assimilation des migrants dans le marché du travail français est facilitée parce qu'ils acceptent des conditions de travail difficiles et des petits salaires dans des entreprises comme celles de l'agroalimentaire, mais l'OID estime que cette assimilation est freinée car les migrants en France seraient moins diplômés que dans les autres pays de l'OCDE. Pour Marianne, l'« élément fort » de l'étude de l'OID est d'avoir mis en lumière de nouvelles régions françaises concernées par l'immigration, comme la Bretagne, la Normandie ou les Pays de la Loire. Par exemple, dans les petites communes en Bretagne, la part de population immigrée aurait été multipliée par plus de six en quinze ans, une augmentation qui, selon l'Observatoire, doit toutefois être interprétée avec prudence, certaines communes partant d’un niveau initial très faible[40].

La note est critiquée notamment par François Héran, qui explique dans Le Monde que « selon les données de l’OCDE ou de l’ONU, la France se situe au 35e rang dans le monde par la proportion d’immigrés et au 17e rang de l’Europe occidentale », ce qui dément l'idée que la France serait « débordée » par l’immigration[4].

Dérive du droit d’asile (2025)

En 2025, dans une note intitulée « L'asile, une voie d'immigration hors de contrôle », l'organisme documente la manière dont le droit d'asile a été détourné pour devenir un canal d'immigration. L'OID calcule que les règles du droit d'asile français permettent à 580 millions de personnes dans le monde d'être éligibles à celui-ci en France. Le droit ne serait en effet « soumis à aucune limite quantitative, ni globale, ni par pays, ni en flux, ni en stock ». L'OID préconise ainsi un retour au gouvernement de la compétence de déterminer la liste des pays tiers sûrs, le refus de toutes les demandes émanant de demandeurs ayant déjà essuyé un refus dans un autre État membre de l'Union européenne et la limite des aides financières aux demandeurs[41].

Coût de l'immigration (2025)

En 2025, une note de l’Observatoire dévoilée par Le Figaro estime que l’immigration aggrave les difficultés structurelles de l'économie française : si les immigrés avaient le même taux d'emploi que les natifs, le PIB français serait de 3,4% supérieur. Selon cette étude, le taux d’emploi des immigrés en France serait très faible (62,4 % contre 69,5 % pour les natifs), ils sont moins éduqués que le reste de la population et seuls 86 % des coûts générés par l’immigration sont couverts par les recettes fiscales associées, créant un « déficit budgétaire de l’immigration »[42],[43].

Les conclusions de l'OID vont à rebours de celles du think-tank proche du parti socialiste Terra-Nova selon lequel l'impasse démographique française nécessiterait de recourir à l'immigration de travail[42]. Elles vont aussi à rebours de celles du CEPII qui affirme que l’immigration n’a pas eu, récemment, d’impact significatif sur les finances publiques, de l’OCDE qui calcule que la contribution nette des immigrés est de + 1,02 % du PIB pour la France en 2018, et de France Stratégie qui estime l’effet de l’immigration sur les salaires et l’emploi des natifs « faible ou neutre »[44]. Selon 20 Minutes, la méthodologie utilisée n'est pas une méthodologie standard et validée qu'utilisent les instituts reconnus. Pour le quotidien, le problème avec les chiffres de l'OID serait qu'il ne fait pas de distinctions entre les différentes populations (enfants de migrants, immigrés, Français nés à l'étranger, immigration récente ou ancienne), ne prend pas en considération les obstacles à l'intégration (barrière de la langue, diplômes mal reconnus), et n'évalue pas les effets positifs de l'immigration à long terme[44]. Un économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales épingle également les « approximations » de l’OID sur son calcul de gain hypothétique de PIB, qu'il considère largement surestimé[4].

Étude sur l'immigration afghane (2025)

En , l'OID publie une étude pour le think tank Fondapol alertant sur un « phénomène migratoire » majeur autour de l'immigration afghane, et décrivant une « ruée afghane vers l’Europe »[4]. L'étude est rédigée par Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii). Selon le rapport, plus de 100 000 Afghans auraient immigré en France depuis 2015, et constitueraient l'une des plus importante communautés de réfugiés du pays. La note souligne les difficultés d'intégration et d'insertion, avec, dix-huit mois après la signature du contrat d'intégration et la fin des cours de français, 57 % des signataires déclarant être sans emploi, et la moitié ayant atteint le niveau A1 en français (niveau élémentaire)[45],[46],[47],[48].

François Héran critique cette analyse, qui selon lui, comme la plupart des autres notes de l'OID, cite des chiffres sans jamais les rapporter à la population des pays d’accueil ; le professeur relativise notamment l'idée d'une « ruée » vers la France, en rappelant que « les demandes d’asile des Afghans cumulées entre 2014 et 2024 totalisent 21 personnes pour 10 000 habitants ». L'idée que la France serait le « pays de l’asile afghan » est également fausse, l'Allemagne ayant enregistré 39 % des demandeurs d'asile afghans dans l’Union européenne, contre 11 % pour la France[4].

Critiques

Critiques méthodologiques

En 2024, Charlie Hebdo cite Patrick Simon, chercheur spécialiste de l’immigration à l’Ined qui affirme que si, dans ses notes et tribunes, Nicolas Pouvreau-Monti est rigoureux et que chaque chiffre est issu de sources fiables, ces chiffres sont exagérés ou interprétés pour dire le contraire de ce qu'ils signifient. Aussi, les comparaisons par décennies seraient employées pour rendre plus impressionnants les chiffres[6].

Arrêt sur images indique que l'OID est présenté comme une source « exhaustive », mais qu'à ses yeux « cet organisme 0% scientifique se révèle pourtant avoir un agenda clairement anti-immigration ». Le média explique que si l'Observatoire publie des chiffres « justes », tirés de l'INSEE, ils ne sont « jamais recontextualisés ». Selon plusieurs professeurs et journalistes consultés par le média, les chiffres de l'Observatoire seraient en contradiction avec « tous les autres chiffres », et celui-ci ne serait pas fiable. La même source souligne que l'OID n'est ni un institut public (contrairement à l'observatoire des statistiques de l'immigration et de l'intégration), ni un institut de recherche, et la composition de son « équipe scientifique » ne comporte qu'un seul chercheur, Gérard-François Dumont[5].

Selon Politis, Nicolas Pouvreau-Monti affirme que la France serait le pays accueillant le plus en Europe, tandis que « toute la littérature scientifique montre le contraire »[16].

Dans un article du Monde, le démographe François Héran, qui a occupé la chaire Migrations du Collège de France, analyse des notes publiées par l'OID, en expliquant ses « biais de méthode, permettant de grossir les ordres de grandeur » et de marteler un message « tout sauf dépassionné »[4].

Toujours dans le Monde, une tribune publiée en réunissant un collectif d'universitaire spécialiste issus de l'Institut Convergence Migrations-CNRS alerte sur la méthodologie flou voire non mentionnée dans les travaux de l'Observatoire et pratique des sélections biaisées ou avancent des faits et chiffres via des ordres de valeurs incorrects[49].

Critiques politiques

Pour Alice Barbe, l'OID, financé par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin dans le cadre de son projet Périclès pour pousser l'extrême droite et l'Union des droites, vise à amplifier des messages, avec une volonté de faire monter certains sujets dont l'immigration et l'islam, et est « très biaisé »[18]. Pierre-Édouard Stérin est lui-même favorable au concept de « remigration »[18].[pertinence contestée]

En 2024, Mediapart note la contribution à l'OID de la démographe Michèle Tribalat dont il qualifie les positions d'« ultra-droitières et très controversées »[37].

En , le journal Le Monde présente Nicolas Pouvreau-Monti comme « proche de l’eurodéputée zemmouriste Sarah Knafo, comme révélé dans le livre-enquête L’Extrême Droite, nouvelle génération ». Dans un droit de réponse, celui-ci explique que ce lien avait été établi uniquement en raison d'une participation commune à une association étudiante en 2015 à Sciences Po[50].

En 2025, L'Observatoire des multinationales déclare retrouver dans l'OID « l’influence des conservateurs nativistes américains ». Selon eux, ils auraient pour point commun de mépriser les chiffres et la science[13]. La même année, Le Monde affirme que si l'OID ne triche pas sur les chiffres, il les mettrait « au service d’une vision alarmiste de l’immigration »[4].

Notes

  1. Sur son site internet, en 2024, l'Observatoire se présente lui-même en déclarant : « Nous apportons une vision rationnelle et dépassionnée, fondée sur la rigueur scientifique et l’indépendance politique. »[17]
  2. Cet institut est rattaché au CNRS et il est composé de plus de 1 000 chercheurs[5].

Références

Voir aussi

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