Opération Teardrop

From Wikipedia, the free encyclopedia

L’opération Teardrop est une opération de la Marine des États-Unis (United States Navy) menée en avril et mai 1945 lors de la Seconde Guerre mondiale pour couler des sous-marins allemands supposés se rapprocher de la côte est américaine, armés de bombes volantes V1 selon les services de renseignement alliés. Après la guerre, il a été montré que les sous-marins ne contenaient rien de cela.

L'opération Teardrop est planifiée à la fin de 1944 en réponse à des rapports de renseignement qui indiquent que l'Allemagne prépare une force de sous-marins armés de missiles. Deux task forces de l'U.S Navy, spécialisées dans la lutte anti-sous-marine, sont alors mises en place. Le plan est exécuté en avril 1945 après que plusieurs sous-marins de type IX aient été mis en mer depuis la Norvège à destination de l'Amérique du Nord. Bien que les conditions météorologiques sévères dans l'océan Atlantique Nord réduisent considérablement l'efficacité des quatre Porte-avions d'escorte de la marine américaine impliqués, de longues patrouilles de destroyers d'escorte détectent et engagent la plupart des sous-marins allemands, soutenus par des avions de la Royal Canadian Air Force.

À la fin de 1944, les Alliés ont reçu des rapports de renseignement suggérant que la Kriegsmarine allemande prévoyait d'utiliser des bombes volantes V1 lancées à partir de sous-marins pour attaquer des villes sur la côte est des États-Unis. En septembre de la même année, Oskar Mantel, un espion capturé par la marine américaine lorsque le sous-marin (U-1229) le transportant vers le Maine a été coulé, a déclaré au FBI que plusieurs sous-marins équipés de missiles étaient en construction. Les analystes de la dixième flotte des États-Unis ont ensuite examiné des photos de montages inhabituels sur des sous-marins positionnés dans des bases en Norvège, et ont conclu qu'il s'agissait de rails en bois utilisés pour charger des torpilles. D'autres rumeurs quant à des sous-marins armés de missiles sont apparues plus tard cette année-là, dont une depuis la Suède transmise par le Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force. L'Amirauté britannique a écarté ces rapports et a estimé que les V1 pouvaient potentiellement être montés sur des sous-marins de type IX, mais qu'il était peu probable que les Allemands consacrent peu de ressources à un tel projet[2].

Malgré les évaluations de la Dixième flotte et de l'Amirauté, l'armée et le gouvernement américain sont restés préoccupés par le fait que l'Allemagne pourrait mener des attaques contre les villes de la côte Est. Début , sur la frontière maritime de l'Est une recherche intensive de sous-marins à moins de 250 miles (400 km) de la ville de New York a été lancée[3]. À la fin du mois de , les espions William Curtis Colepaugh (en) et Erich Gimpel (en), qui avaient été capturés à New York après avoir été débarqués par le U-1230 dans le Maine, ont déclaré durant un interrogatoire que l'Allemagne préparait un groupe de sous-marins équipés de fusées. Le , le maire de New York, Fiorello La Guardia, a publiquement averti que l'Allemagne envisageait une attaque contre New York avec des roquettes à longue portée. L'avertissement de La Guardia et les affirmations faites par les espions capturés ont reçu une couverture médiatique considérable[4]. Malgré cela, le département de la Guerre majoritairement composé par l'armée des États-Unis, a indiqué au président Franklin D. Roosevelt le que la menace d'attaque de missiles était si faible qu'elle ne justifiait pas le détournement des ressources d'autres tâches. Cette évaluation n'a pas été soutenue par la marine américaine[3].

Un V1 au Imperial War Museum Duxford.

En réponse à la menace perçue, la U.S. Atlantic Fleet a préparé un plan pour défendre la côte Est des attaques aériennes et de missiles. Ce plan était à l'origine nommé Operation Bumblebee, puis rebaptisé Operation Teardrop. Achevé le , le plan impliquait des forces anti-sous-marines de la marine ainsi que des forces aériennes de l'armée des États-Unis et des unités de l'armée, qui étaient responsables de la défense anti-aérienne. La pièce maîtresse du plan était la formation de deux grandes task forces navales capables d'opérer dans le centre de l'Atlantique comme barrière contre les sous-marins s'approchant de la côte Est. Ces forces opérationnelles ont été formées à partir de plusieurs groupes de porte-avions d'escorte existants et ont utilisé la base navale d'Argentia, à Terre-Neuve. En plus de se prémunir contre les attaques de missiles, ces forces étaient chargées de contrer les nouveaux sous-marins de type XXI à haute performance, s'ils commençaient à opérer dans le centre de l'Atlantique. Le commandant de la flotte de l'Atlantique, le vice-amiral Jonas H. Ingram, a donné une conférence de presse le au cours de laquelle il a averti qu'il y avait une menace d'attaque de missiles et a annoncé qu'une force militaire importante avait été réunie pour contrer les lanceurs de missiles en mer[5].

En , le ministre allemand de l'armement et de la production de guerre, Albert Speer, a fait une émission de propagande dans laquelle il affirmait que les V1 et V2 « tomberaient sur New York d'ici le  », ce qui fit augmenter les inquiétude du gouvernement américain face à la menace d'une possible attaque[6]. Cependant, les Allemands n'avaient pas la capacité de tirer des missiles à partir de leurs sous-marins, car les deux tentatives de développer des fusées lancées par des sous-marins se sont soldées par un échec. En , l'U-511 a été utilisé pour tester de petites roquettes d'artillerie à courte portée qui pouvaient être tirées lorsqu'elles étaient immergées. Le développement de ce système s'est terminé au début de 1943, car il a été constaté qu'il diminuait la navigabilité des sous-marins[7]. L'armée allemande a également commencé le développement d'un moyen de lancement remorqué par un sous-marin, pour le missile balistique V2, en . Une fois terminés, ces moyens devaient être remorqués à une position au large de la côte est des États-Unis et utilisés pour attaquer New York. Vulkan Docks à Stettin a été contracté pour construire un prototype en mars ou avril 1945, mais peu de travaux ont eu lieu avant la capitulation de l'Allemagne. Il est peu probable que ce système aurait réussi s'il avait été achevé[8].

L'opération

Déploiements initiaux

Neuf sous-marins de type IX ont été envoyés de Norvège pour patrouiller au bord des côtes du Canada et des États-Unis en et attaquer les navires. Le but de ce déploiement était de détourner les forces anti-sous-marines alliées des eaux côtières du Royaume-Uni. Ces eaux étaient la principale zone opérationnelle des sous-marins allemands au début de , mais de lourdes pertes avaient forcé la marine allemande à mettre fin aux opérations à la fin du mois de mars[9]. Le , les U-518, U-546, U-805, U-858, U-880, U-881 et U-1235 ont été désignés « Gruppe Seewolf » et ont reçu l'ordre d'attaquer les navires partant de New York vers le sud. Les deux sous-marins restants, les U-530 et U-548, furent dirigés vers les eaux canadiennes[10].

L'USS Croatan ancré dans l'Hudson en octobre 1945.

Les Alliés étaient au courant du départ et de la destination de cette force grâce aux informations recueillies à partir des décryptages d'Enigma. Le vice-amiral Ingram et la Dixième flotte ont conclu que les bateaux du Groupe Seewolf transportaient des V1 et ont lancé l'opération Teardrop en réponse[11]. Les navires de la First Barrier Force, qui comprenaient les porte-avions d'escorte les USS Mission Bay et Croatan et vingt escortes de destroyers, sortis de Hampton Roads entre le 25 et le 27 mars, se sont rendus à Argentia pour faire le plein et se sont assemblés à l'est de cap Race le 11 avril. Douze des escortes de destroyers étaient déployés dans une ligne de 120 miles (190 km) de long tandis que les deux porte-avions, chacun protégé par quatre escortes de destroyers, naviguaient vers l'ouest de la ligne. Les opérations aériennes des porte-avions ont cependant été grandement entravées par l'agitation de la mer[12]. Le mauvais temps a également forcé l'annulation des services commémoratifs prévus pour le président Roosevelt après sa mort, survenue le 12 avril[13].

Alors qu'il naviguait vers l'ouest, le groupe Seewolf a reçu l'ordre du commandement des sous-marins d'attaquer l'expédition américaine. Les sous-marins cependant n'ont trouvé aucune cible, car les Alliés avaient déplacés leurs navires vers le sud pour éviter les sous-marins et les intempéries[11]. Les sous-marins allemands ont commencé à atteindre leurs stations initiales à l'est des Grand Bancs de Terre-Neuve le 8 avril. Le commandement des sous-marins a attribué au groupe Seewolf 12 lignes de reconnaissance différentes entre le 2 et le 19 avril. Les signaux radio dirigeant ces déploiements ont été décryptés par les Alliés, ce qui leur a fourni des informations précises sur l'endroit où les bateaux opéraient[14].

Actions de la First Barrier Force

Juste avant minuit le 15 avril, l'USS Stanton a fait un contact radar avec le U-1235 à environ 500 miles (800 km) au nord de l'île de Flores. Il a immédiatement attaqué le sous-marin avec son mortier anti-sous-marin Hérisson, mais le sous-marin s'est immergé et s'est échappé. Assisté par l'USS Frost, le Stanton a rapidement eu un contact sonar avec le sous-marin et a fait trois autres attaques Hérisson. La troisième attaque, qui a été menée à 0 h 33 le 16 avril, a coulé le sous-marin avec la perte de tout son équipage. Peu de temps après, le Frost a détecté le U-880 par radar alors qu'il tentait de fuir la zone à la surface. Après avoir éclairé le sous-marin avec des obus lumineux et des projecteurs, l'escorte de destroyer a ouvert le feu sur lui avec des canons Bofors de 40 mm à une portée de 650 yards (590 m) à 2 h 9. L'U-880 a rapidement submergé, mais a été suivi par les opérateurs de sonar du Stanton et du Frost. Les deux navires américains ont fait plusieurs attaques Hérisson sur le sous-marin, le Stanton le coula sans survivants à 4 h 4[15]. Les deux sous-marins ont subi d'importants dommages après avoir été touchés par des projectiles Hérisson. Cela a encore motivé la crainte qu'ils transportaient des roquettes et a motivé la First Barrier Force à intensifier ses efforts pour détruire les sous-marins restants[16].

La First Barrier Force a manœuvré vers le sud-ouest après la destruction des U-1235 et U-880. Les B-24 équipés de Leigh Light provenant de l'unité VPB-114 ont repéré le U-805 à la surface durant la nuit du 18 au 19 avril. Le sous-marin n'était qu'à 50 milles marins (93 km) de Mission Bay et de ses escortes, mais n'a pas été attaqué car l'avion n'a pas pu confirmer s'il était hostile avant de plonger. Dans la nuit du 20 avril, le U-546 a tenté de torpiller une escorte de destroyer américain, mais a manqué son tir. La nuit suivante, le U-805 a été détecté par l'USS Mosley, mais s'est échappé après avoir été attaqué par ce navire ainsi que le USS Lowe et USS J.R.Y. Blakely pendant deux heures.

La First Barrier Force a remporté son dernier succès dans la nuit du 21 au 22 avril. Juste avant minuit, l'USS Carter Hall a détecté le U-518 au sonar. Le USS Neal A. Scott l'a rejoint et a fait une attaque initiale au Hérisson sur le sous-marin. Suite à cela, le Carter a fait sa propre attaque Hérisson, ce qui a coulé le U-518 sans survivants[17]. À ce moment-là, la First Barrier Force revenait à Argentia, après que la Seconde l'ait relevée[18].

Même si l'opération Teardrop a été entreprise dans la partie de l'Atlantique Nord pour laquelle le Canada avait la responsabilité principale, Ingram n'a pas demandé l'aide de la Royal Canadian Navy (RCN) à aucun stade de l'engagement. De plus, Ingram n'a fourni à l'armée canadienne un rapport de situation qu'après le naufrage du U-518. Cependant, des avions de la Royal Canadian Air Force (RCAF) ont effectué des patrouilles offensives en soutien à l'effort américain, et la RCN et la RCAF ont intensifié leurs patrouilles dans les eaux côtières autour d'Halifax[19].

Actions de la Second Barrier Force

La Second Barrier Force comprenait les porte-avions d'escorte USS Bogue et USS Core et 22 escortes de destroyers. Le Bogue et 10 escortes de destroyers avaient quitté Quonset le 16 avril, tandis que le Core et 12 escortes de destroyers ont navigué depuis les Bermudes et d'autres endroits[20]. La flotte était initialement stationnée le long du 45e méridien dans une ligne de patrouille de 105 miles (169 km) et a navigué vers l'est[18]. Cette ligne était composée de 14 escortes de destroyers naviguant à des intervalles de 5 miles (8 km), avec le Core et ses quatre escortes à son extrémité nord et le Bogue et ses quatre escortes à l'extrémité sud[20].

Dans la nuit du 22 au 23 avril, le commandement des sous-marins a dissous le groupe Seewolf et a ordonné aux trois sous-marins survivants de se séparer entre New York et Halifax. Peu de temps après, le U-881, et le U-889, qui opéraient séparément, ont également été ordonnés à des positions entre New York et le cap Hatteras. Les signaux radio dirigeant ces déploiements ont été décryptés par les décodeurs de code alliés et ont accrus les craintes américaines[18].

La Second Barrier Force a rencontré son premier sous-marin le 23 avril lorsqu'un Grumman TBF Avenger de l'unité VC-19 a aperçu le U-881 à environ 74 mille marins (137 km) au nord-ouest du Bogue juste après midi. L'avion a largué des charges, mais n'a pas gravement endommagé le sous-marin. C'était la première attaque faite par un avion pendant l'opération Teardrop[21].

Le Kapitänleutnant Just à bord du Bogue.

Le lendemain, le U-546 a aperçu le Core et a manœuvré pour attaquer le porte-avions d'escorte[22]. Il a tenté de passer la ligne de barrière, mais a été détecté par l'USS Frederick C. Davis à 8 h 30, qui s'est immédiatement préparé à attaquer le sous-marin[23]. Après avoir réalisé que son bateau avait été détecté, le commandant de l'U-546, le Kapitänleutnant Paul Just, a tiré une torpille acoustique T-5 sur l'escorte de destroyer à une distance de 650 yards (590 m). Le leurre Foxer du Frédéric C. Davis n'ayant pas été efficace, la torpille a frappé sa salle des machines à 8 h 35. Il a coulé cinq minutes plus tard entrainant la perte de 126 de ses 192 membres d'équipage[21],[24]. Huit escortes de destroyers américains ont ensuite chassé le U-546 pendant près de 10 heures, avant que l'USS Flaherty ne l'endommage gravement avec une salve de Hérissons. Le sous-marin a immédiatement fait surface, mais a coulé après que le Flaherty et trois ou quatre autres escortes de destroyers lui ont tiré dessus. Le Kapitänleutnant Just et 32 autres membres d'équipage ont survécu au naufrage et ont été faits prisonniers[22].

Des rescapés du Unterseeboot 546 au milieu d'une flotte de destroyers.

Certains des survivants du U-546 ont été sévèrement interrogés de manière à les forcer à divulguer si les sous-marins à destination de la côte Est des États-Unis transportaient ou non des missiles. Après de brèves entretiens à bord du Bogue, les survivants ont été transférés à la base américaine d'Argentia. À leur arrivée le 27 avril, les prisonniers ont été interrogés, avec huit spécialistes ayant été séparés des 25 autres survivants, qui ont ensuite été envoyés dans des camps de prisonniers de guerre. Les spécialistes ont été détenus en isolement cellulaire et soumis à des techniques d'« interrogatoire de choc », avec notamment des exercices physiques épuisants et des coups. Le 30 avril, le Kapitänleutnant Just a fourni de brèves informations sur la composition et la mission du groupe Seewolf à la suite d'un deuxième interrogatoire au cours duquel il s'est effondré, inconscient. Les informations fournies par Just et les autres spécialistes ne mentionnaient pas si les sous-marins étaient équipés de missiles. Les huit hommes ont été transférés à Fort Hunt, en Virginie, peu après le « jour de la Victoire », où ils ont continué à être traités durement jusqu'à ce que Just accepte d'écrire un compte rendu de l'histoire du U-546 le 12 mai[25]. L'historien Philip K. Lundeberg a écrit que le passage à tabac et la torture des survivants du U-546 étaient d'une « atrocité singulière », motivée par le besoin des autorités d'extraire rapidement des informations sur les attaques de missiles potentielles[22].

La Second Barrier Force s'est lentement déplacée vers le sud-ouest à partir du 24 avril, à la recherche des sous-marins restants. L'USS Swenning a eu un contact radar avec un sous-marin dans la nuit du 24 avril, mais celui-ci s'est échappé lors de la recherche qui en a résulté. Après une semaine de traque au sud des bancs de Terre-Neuve, la flotte a été divisée le 2 mai pour fournir une plus grande zone de chasse. Le groupe Mission Bay a renforcé la Second Barrier Force pendant cette période, apportant à sa force trois porte-avions d'escorte et 31 escortes de destroyers[26].

Le U-881 est devenu le cinquième et dernier sous-marin à être coulé pendant l'opération Teardrop le 5 mai. Le sous-marin a été détecté alors qu'il tentait de passer immergé à travers la ligne, par l'USS Farquhar peu avant l'aube. L'escorte du destroyer a immédiatement largué des charges, qui ont coulé le sous-marin sans survivants à 6 h 16. Le U-881 a été le dernier sous-marin allemand à être coulé par l'U.S. Navy pendant la Seconde Guerre mondiale[27].

La Second Barrier Force a établi sa dernière ligne de barrière le long du 60e méridien le 7 mai. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe ce jour-là, les navires de cette flotte ont accepté la reddition des U-234, U-805, U-858 et U-1228 en mer avant de retourner à leurs bases respectives sur la côte Est des États-Unis[28].

Conséquences

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI