Wikiwand AI

Pari Khan Khanum

princesse iranienne de la dynastie des Séfévides From Wikipedia, the free encyclopedia

Pari Khan Khanum (persan : پریخان خانم) est une princesse de la dynastie séfévide née en et morte le .

DynastieSéfévides
Naissance
Ahar
Décès (à 29 ans)
Qazvin
Faits en bref Biographie, Dynastie ...
Pari Khan Khanum
Image illustrative de l’article Pari Khan Khanum
Ce portrait d'une princesse assise réalisé entre 1574 et 1577 par Muhammad Haravi (en) représente vraisemblablement Pari Khan Khanum[1].

Biographie
Dynastie Séfévides
Naissance
Ahar
Décès (à 29 ans)
Qazvin
Père Tahmasp Ier
Mère Sultan-Agha Khanum
Conjoint Badi-al Zaman Mirza Safavi (en) (fiancé)
Fermer

Fille de Tahmasp Ier, le deuxième chah de l'Empire séfévide, et de son épouse circassienne Sultan-Agha Khanum, elle est la favorite de son père, qui l'autorise à participer aux affaires de la cour. Elle devient ainsi une figure importante qui attire l'attention des chefs des tribus kizilbaches.

Pari Khan joue un rôle crucial dans la crise de succession qui s'ouvre à la mort de Tahmasp Ier, en 1576. Elle déjoue la tentative de son frère Haydar Mirza (en) de prendre le pouvoir et permet à son autre frère Ismaïl Mirza de monter sur le trône sous le nom d'Ismaïl II. Celui-ci ne lui témoigne pas la gratitude qu'elle attendait : au contraire, il bride son autorité et la fait placer en résidence surveillée. Pari Khan pourrait avoir fomenté son assassinat en 1577. Elle soutient l'avènement de son frère aîné Mohammad Khodabandeh, qui est presque aveugle, dans l'idée d'exercer la réalité du pouvoir en son nom, mais elle est confrontée aux ambitions de l'épouse de Mohammad, Kheyr on-Nessa Beygom, qui la fait étrangler en 1578, alors qu'elle n'a pas trente ans.

En dépit des contraintes qui pèsent sur les femmes de la haute société séfévide, Pari Khan est en mesure d'exercer brièvement le pouvoir à la cour. Mécène de poètes, parmi lesquels Mohtasham Kashani, elle écrit elle-même des poèmes. Louée par ses contemporains pour son intelligence et ses aptitudes, Pari Khan apparaît comme un personnage plus négatif chez les chroniqueurs ultérieurs, qui l'accusent d'avoir fait tuer ses deux frères pour s'emparer elle-même du trône.

Biographie

Origines

Pari Khan Khanum est née près d'Ahar en [2]. Son père est Tahmasp Ier, le deuxième chah iranien de la dynastie des Séfévides, tandis que sa mère Sultan-Agha Khanum est la sœur de Shamkhal Sultan (en), un noble circassien du Daghestan[3]. Sultan-Agha Khanum et Tahmasp ont un autre enfant, un fils nommé Suleiman (en)[2]. Les chroniqueurs d'époque décrivent Pari Khan comme une jeune fille intelligente et astucieuse, ce qui attire l'attention de son père[4]. Ses tantes paternelles Pari Khan Khanum (en) et Mahinbanu Sultan (en) lui servent de modèles : elle cherche à accumuler autant d'influence politique qu'elles, voire davantage[5].

Elle s'intéresse beaucoup à la loi islamique, à la jurisprudence et à la poésie, autant de domaines dans lesquels elle excelle[4]. Tahmasp admire la manière dont elle s'intéresse à la politique impériale et elle devient sa fille préférée[6],[7]. À l'âge de dix ans, elle est fiancée à son cousin germain Badi-al Zaman Mirza (en), fils de Bahrâm Mîrzâ, frère cadet de Tahmasp, mais le chah refuse de laisser sa fille préférée partir pour Sistan, l'apanage de Badi-al Zaman, et préfère la garder auprès de lui à Qazvin[2]. Leurs fiançailles ne donnent jamais lieu à un mariage en bonne et due forme[4]. Tahmasp éprouve davantage d'affection pour sa fille que pour ses fils et il écoute davantage ses conseils que les leurs[7]. Les chefs des Kizilbaches, ensemble de tribus turcomanes qui forment le gros des armées séfévides, s'efforcent donc d'entrer dans les bonnes grâces de Pari Khan[2].

La succession de Tahmasp Ier

Tahmasp Ier vers 1575, à la fin de sa vie.

Tahmasp Ier ne nomme aucun de ses fils comme devant lui succéder. S'il est lui-même le fils aîné de son prédécesseur Ismaïl Ier, le fondateur de l'Empire séfévide, son propre fils aîné Mohammad Khodabandeh est quasiment aveugle, ce qui le rend inapte à régner[8]. Les tribus kizilbaches et la cour sont partagées entre deux factions qui soutiennent chacune un des fils du chah. Haydar Mirza (en) est soutenu par la tribu des Ustalju, par les Géorgiens (il est le fils d'une Géorgienne, Sultanzadeh Khanum) et par deux princes séfévides, son frère cadet Mustafa Mirza et son cousin Ibrahim Mirza, tandis qu'Ismaïl Mirza est soutenu par les autres tribus kizilbaches, par les Circassiens et par sa sœur Pari Khan[9],[10]. Ismaïl, deuxième fils de Tahmasp, est incarcéré au château de Qahqaheh depuis 1557[11]. Haydar n'est quant à lui que le cinquième fils du chah, mais celui-ci lui accorde toute sa confiance et se repose sur lui pour l'administration de l'empire[2].

Les Circassiens et les Géorgiens constituent deux factions rivales à la cour et dans le harem du chah[2]. Les Kizilbaches craignent que l'avènement de Haydar n'entraîne un afflux de recrues géorgiennes dans l'armée séfévide et par contrecoup un affaiblissement de leur influence[12]. C'est aussi une des raisons possibles du soutien de Pari Khan à Ismaïl[13]. Elle pense peut-être aussi avoir davantage de chances de préserver sa propre position à la cour avec lui sur le trône[14]. À la demande de Pari Khan, sa mère Sultan-Agha Khanum s'efforce d'influencer Tahmasp en dépeignant Haydar comme un traître et les partisans d'Ismaïl comme des sujets fidèles et loyaux[15].

Tahmasp tombe gravement malade le et reste indisposé pendant deux mois[2]. L'historien séfévide Iskandar Beg Munshi rapporte que Pari Khan prend soin de lui et reste à son chevet durant cette période[7]. L'absence du chah fait croître les tensions entre les deux factions, ce qui incite les partisans de Haydar à le surveiller plus étroitement[16]. Ils conspirent aussi avec le gouverneur du château de Qahqaheh pour éliminer Ismaïl, mais leurs plans sont déjoués par Pari Khan : elle en informe son père, qui envoie un détachement de mousquetaires afchars pour protéger Ismaïl[2].

Tahmasp meurt le avec Sultanzadeh Khanum et Pari Khan à son chevet[16]. Haydar, qui est également présent au palais, se proclame aussitôt chah, mais il est piégé : ce soir-là, la garde du palais se compose entièrement de membres des tribus kizilbaches favorables à Ismaïl[2],[17]. Par mesure de sécurité, Haydar se saisit de Pari Khan, qui feint de se rallier à lui en lui embrassant les pieds avant de jurer sur le Coran qu'elle peut lui apporter le soutien de son oncle maternel Shamkhal Sultan et de son frère Suleiman Mirza s'il la laisse sortir du palais[2]. Haydar accepte, mais dès qu'elle est libre, elle remet les clefs du palais à son oncle et aux partisans d'Ismaïl qui investissent les lieux. Les sources d'époque rapportent que Haydar se cache dans le harem, déguisé en femme, pour échapper à ses ennemis, mais Pari Khan le reconnaît et ordonne son exécution[18],[2]. Elle fait ensuite envoyer un messager à Qahqaheh pour que son frère Ismaïl soit libéré et conduit à la capitale[17].

Sous Ismaïl II

Ismaïl II dans le Kholāsat al-tavārikh (en) d'Ahmad Monshi Qomi (en).

Pari Khan dirige de fait l'empire jusqu'à l'arrivée d'Ismaïl à Qazvin[2]. Elle ordonne au juge sunnite Makhdum Sharifi Shirazi de délivrer la khutba au nom d'Ismaïl lors de la prière du vendredi le en présence des principaux chefs kizilbaches afin de confirmer l'avènement de son frère[2]. Elle s'entoure d'une véritable cour composée de Circassiens, avec pour vizir le calligraphe Khwaja Majid al-Din Ibrahimi Shirazi[19], devant laquelle les Kizilbaches se présentent chaque matin pour lui soumettre leurs requêtes[20],[2].

Ismaïl arrive dans la capitale le . La date étant jugée peu propice par les astrologues, il ne se rend pas directement au palais royal, mais réside d'abord un temps chez Hossein-Qoli Kholafa, le chef de la tribu des Rumlu (en)[2]. Il est sacré chah dans le palais de Tchehel Sotoun le [11]. Pari Khan s'attend à ce que son frère fasse preuve de gratitude à son égard[21], mais la déférence des Kizilbaches à l'égard de sa sœur inquiète le nouveau chah[20]. Il leur interdit de lui rendre visite, réduit le nombre de gardes et de serviteurs qui lui sont affectés, confisque ses biens et se montre froid à son égard lorsqu'il finit par lui accorder une audience[2]. Il fait aussi circuler des rumeurs sur ses déviances sexuelles pour nuire à sa réputation[22] et pourrait même avoir envisagé de la faire assassiner[11]. Isolée et affaiblie, Pari Khan disparaît des chroniques pendant la durée du règne d'Ismaïl[23].

Deux mois après son avènement, Ismaïl commence à éliminer systématiquement tous les membres masculins de sa famille, parmi lesquels le fiancé de Pari Khan, Badi-al Zaman Mirza, et son frère Suleiman Mirza[11]. Les seuls qui échappent à cette purge sont Mohammad Khodabandeh et ses trois jeunes fils[11]. Le règne de terreur d'Ismaïl prend fin avec sa mort prématurée, le . Les médecins de la cour soupçonnent qu'il a été empoisonné[2]. Iskandar Beg Munshi est le premier à affirmer que Pari Khan est responsable de la mort d'Ismaïl, une idée reprise par d'autres chroniqueurs séfévides comme Sharafkhan Bidlisi, Hasan Beg Rumlu et Sayyid Hassan Hussaini Astarabadi[24]. En revanche, le Kholāsat al-tavārikh (en) d'Ahmad Monshi Qomi (en) ne relie pas Pari Khan à la disparition du chah et les historiens modernes ne considèrent pas son implication comme prouvée[25]. La mort d'Ismaïl permet à Pari Khan de revenir sur le devant de la scène politique[2].

Sous Mohammad Khodabandeh

Mohammad Khodabandeh dans le Kholāsat al-tavārikh d'Ahmad Monshi Qomi.

D'après Natanzi, Pari Khan se serait vue offrir le trône après la mort d'Ismaïl, ce qu'elle aurait refusé[24]. Les deux seuls candidats à la succession aux yeux des Kizilbaches sont le frère aîné du chah défunt, Mohammad Khodabandeh, et son jeune fils, Shuja al-Din. Ce dernier étant jugé trop jeune pour régner, ils optent pour Mohammad Khodabandeh[2]. Le chroniqueur contemporain Hasan Beg Rumlu rapporte que Pari Khan désapprouve ce choix et tente de l'empêcher de venir à Qazvin[25]. À l'inverse, Iskandar Beg affirme qu'elle considère Mohammad comme la meilleure option, puisque son handicap lui permettrait de gouverner elle-même l'empire. Elle s'accorde avec les Kizilbaches pour que Mohammad ne soit chah qu'en nom[2].

L'Empire séfévide est ainsi gouverné de facto pour la seconde fois par Pari Khan du au [26],[2]. Elle libère les individus emprisonnés sous le règne de son frère et accorde sa protection à de nombreux notables ; c'est ainsi qu'elle fait sortir Makhdum Sharifi Shirazi de prison et l'aide à s'enfuir chez les Ottomans[26],[25]. Elle ordonne aux grands fonctionnaires d'attendre l'arrivée de Mohammad à Qazvin, mais l'ancien grand vizir d'Ismaïl, Mirza Salman Djaberi, lui désobéit et rejoint Mohammad à Chiraz[26]. Il prévient le nouveau chah et son épouse, l'ambitieuse Kheyr on-Nessa Beygom, de l'influence que détient Pari Khan[26]. Mohammad envoie des hommes pour surveiller le trésor impérial à Qazvin, ce qui donne lieu à des échauffourées avec les partisans de Pari Khan[26]. L'animosité entre les deux ne fait que croître lorsque Shamkhal Sultan augmente le nombre de gardes à la résidence de Pari Khan[27]. Pendant ce temps, de nombreux grands fonctionnaires quittent Qazvin pour rejoindre Mohammad à Chiraz[26].

La domination de Pari Khan prend fin avec l'arrivée de Mohammad Khodabandeh et Kheyr on-Nessa à Qazvin, le . Elle les accueille sur une litière dorée, entourée de plusieurs centaines de gardes et de serviteurs. Kheyr on-Nessa dresse immédiatement des plans pour se débarrasser d'elle[2]. Après les cérémonies du sacre de Mohammad, Pari Khan rentre chez elle avec ses proches lorsqu'elle rencontre sur son chemin Khalil Khan Afchar, son ancien précepteur (lala), qui est passé au service de Mohammad et Kheyr on-Nessa. Celui-ci l'empêche de passer, ce qui donne lieu à une dispute. Elle finit par accepter qu'il l'accompagne chez lui, où elle est tuée par strangulation[28]. Don Juan de Persia (en), un voyageur iranien établi en Espagne, affirme dans son journal intime qu'elle a été décapitée et que sa tête a été fichée sur une pique aux portes de Qazvin, mais ce genre d'exécution n'est pas typique de la société séfévide de l'époque et constitue sans doute une fiction inspirée par les clichés sur la Perse ayant cour en Europe occidentale[29]. Shamkhal Sultan et Shuja al-Din sont exécutés le même jour que Pari Khan[30]. Celle-ci disposait à sa mort d'une fortune personnelle estimée entre 10 000 et 15 000 tomans, de quatre à cinq cents serviteurs et d'une résidence hors du quartier du harem à Qazvin[31].

Pari Khan et la poésie

Pari Khan est la mécène de plusieurs poètes et elle compose elle-même des vers[7]. Le Takmelat al-akhbar d'Abdi Beg Shirazi (en), qui lui est dédié, contient plusieurs poèmes qui lui sont attribués sous le nom de plume (takhallus) de Haghighi « honnête »[32]. L'iranologue Dick Davis considère cependant qu'un seul poème peut lui être attribué avec certitude[33].

Tahmasp Ier considère la poésie comme contraire à la piété et interdit aux poètes de fréquenter la cour[34]. Durant cette période, Pari Khan apporte son soutien aux meilleurs poètes iraniens, en particulier Mohtasham Kashani, un poète de Kachan à qui elle confère le titre de poète lauréat (malek al-sho'ara)[25]. Tous les poètes de Kachan ont l'ordre de présenter leurs œuvres à Mohatasham avant d'avoir le droit de les envoyer à la cour[35]. Mohatasham écrit un panégyrique pour Pari Khan[36] et son diwan (recueil de poèmes) comprend cinq éloges de la princesse, davantage que pour toute autre personne, y compris le chah[7]. La correspondance de Pari Khan avec les poètes comprend plusieurs requêtes de sa part : elle demande ainsi à Mohtasham de rédiger une réponse en 80 vers à un ghazal (ode) de Djami, l'un de ses poètes préférés[37],[35]. Cette réponse ne figure pas dans le diwan de Mohtasham, mais l'iranologue Paul E. Losensky a identifié 60 vers dont la métrique correspond à celle de Djami, ce qui confirme que le poète a accédé à la requête de la princesse[38].

Postérité

L'assassinat de Kheyr on-Nessa Beygom dans le Nusretname (en).

Pari Khan Khanum est l'une des femmes les plus puissantes de son époque[28],[39]. Bien qu'elle vive dans une société qui impose beaucoup plus de contraintes aux femmes des classes supérieures qu'à celles des classes moyennes et inférieures, elle est en mesure de s'entourer d'une cour digne d'une reine[40]. Ses contemporains la dépeignent comme une femme rusée et intelligente. Iskandar Beg qualifie sa mort de « martyre », tandis qu'Abdi Beg Shirazi la compare à Fatima Zahra, la fille du prophète Mahomet[41],[42]. Elle apparaît sous un jour plus négatif chez les chroniqueurs ultérieurs, qui l'accusent d'avoir assassiné deux de ses frères afin d'usurper le trône[43]. L'historien moderne Shohreh Gholsorkhi considère néanmoins qu'elle n'a jamais eu pour objectif de devenir reine, même si elle était convaincue d'être plus douée que les princes séfévides pour diriger l'empire[43],[29].

Après la disparition de Pari Khan, Kheyr on-Nessa prend à son tour les rênes du pouvoir et devient la dirigeante de facto de l'Empire séfévide jusqu'à son propre assassinat, en [29]. Les historiens du début du XXe siècle comme Hans Robert Roemer et Walther Hinz les considèrent comme les principales responsables de l'atmosphère prédatrice qui règne à la cour séfévide dans les années 1570-1580[44]. Leur présence suggère l'existence d'une influence féminine dans d'autres couches de la société[45] et leur implication dans la sphère politique était peut-être non seulement normale, mais acceptée[46]. On ne trouve cependant plus d'exemples de femmes influentes à la cour dans la suite de l'histoire séfévide, ce qui suggère une réduction de leur rôle politique et une plus grande isolation[47].

Références

Bibliographie

Liens externes

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks