Peter Sellers

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Nom de naissance Richard Henry Sellers
Nationalité britannique
Décès (à 54 ans)
Londres (Angleterre, Royaume-Uni)
Peter Sellers
Description de cette image, également commentée ci-après
Peter Sellers en 1973.
Nom de naissance Richard Henry Sellers
Naissance
Southsea, Portsmouth (Angleterre, Royaume-Uni)
Nationalité britannique
Décès (à 54 ans)
Londres (Angleterre, Royaume-Uni)
Profession acteur, chanteur
Films notables La Panthère rose
Lolita
Docteur Folamour
Casino Royale
The Party
Bienvenue, mister Chance
Site internet Site officiel

Richard Henry Sellers, dit Peter Sellers, né le dans le quartier de Southsea à Portsmouth et mort le à Londres, est un acteur britannique. Il s'est fait connaître pour la première fois en jouant dans la série radiophonique comique The Goon Show de la BBC. Il est l'auteur d'un certain nombre de chansons humoristiques à succès et s'est fait connaître à l'international grâce à ses nombreux rôles au cinéma, en particulier l'inspecteur Clouseau dans la populaire série de films La Panthère rose.

Originaire de Southsea, il fait ses débuts sur scène au Kings Theatre de sa ville (en) à l'âge de deux semaines. Il commence à accompagner ses parents dans un numéro de variétés qui fait une tournée dans les théâtres de province. Il travaille d'abord comme batteur et effectue des tournées à travers l'Angleterre en tant que membre de l'Entertainments National Service Association (en) (ENSA). Il développe ses capacités d'imitation et d'improvisation lors d'un passage dans la troupe de théâtre Gang Show (en) de Ralph Reader (en) en temps de guerre, qui effectue une tournée en Grande-Bretagne et en Extrême-Orient. Après la guerre, il fait ses débuts à la radio dans ShowTime et devient finalement un artiste régulier de diverses émissions de la BBC Radio. Au début des années 1950, Sellers, avec Spike Milligan, Harry Secombe et Michael Bentine (en), participe à la série radiophonique à succès The Goon Show, qui se termine en 1960.

Sellers commence sa carrière cinématographique dans les années 1950. Bien que la majeure partie de son travail soit comique, parodiant souvent des personnages d'autorité tels que des officiers militaires ou des policiers, il joue également dans d'autres genres et rôles cinématographiques. Les films démontrant sa gamme artistique incluent Après moi le déluge (1959), Lolita (1962) et Docteur Folamour (1964) de Stanley Kubrick, Quoi de neuf, Pussycat ? (1965), Casino Royale (1967), La Party (1968), Bienvenue, mister Chance (1979) et cinq films de la série des Panthère rose (1963-1978). La polyvalence de Sellers lui permet d'incarner un large éventail de personnages comiques en utilisant différents accents et maquillages, et il assume parfois plusieurs rôles dans le même film, souvent avec des tempéraments et des styles contrastés. La satire et l'humour noir sont des caractéristiques majeures de nombre de ses films comme de ses performances à la radio et en chanson, et elles auront une forte influence sur un certain nombre de comédiens ultérieurs.

Il est nommé trois fois aux Oscars, deux fois à l'Oscar du meilleur acteur, pour ses rôles dans Docteur Folamour et Bienvenue, mister Chance, et une fois à l'Oscar du meilleur court métrage pour The Running Jumping and Standing Still Film (1959). Il remporte deux fois le BAFTA du meilleur acteur, pour Après moi le déluge et le premier volet de la série des Panthère rose (1963), et est nommé trois fois comme meilleur acteur. En 1980, il remporte le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie pour son rôle dans Bienvenue, mister Chance, après avoir été nommé trois fois dans la même catégorie. La chaîne Turner Classic Movies qualifie Sellers de l'« un des acteurs comiques les plus accomplis de la fin du 20e siècle[1] ».

Dans sa vie personnelle, Sellers lutte contre la dépression et l'insécurité émotionnelle. Personnage énigmatique, il affirme souvent n’avoir aucune identité en dehors des rôles qu'il joue. Son comportement est souvent irrégulier et compulsif, et il se heurte fréquemment à ses collègues réalisateurs et acteurs, en particulier au milieu des années 1970, lorsque sa santé physique et mentale est au plus mal, situation aggravée par des problèmes d'alcool et de drogue. Il se marie quatre fois et a trois enfants issus de ses deux premiers mariages. Il meurt d'une crise cardiaque en 1980 à l'âge de 54 ans. Les frères Boulting (en), cinéastes anglais, l'ont décrit comme le « plus grand génie comique que ce pays ait produit depuis Charles Chaplin[2] ».

Enfance

La maison dans le quartier de Southsea à Portsmouth où est né Richard Henry Sellers en 1925.
Plaque signalant le lieu de naissance de Peter Sellers.

Né le à Portsmouth dans le Hampshire, Richard Henry Sellers vit dans une famille de comédiens. Il va dans une école catholique, bien que son père, Bill Sellers (1900-1962), soit protestant et sa mère Agnes Doreen 'Peg' Sellers, née Marks (1892-1967), soit juive d'origine portugaise.

Maison d'enfance de Peter Sellers (celle avec la plaque bleue).

Il était petit cousin lointain du boxeur britannique Daniel Mendoza (1764-1836). Selon le critique de cinéma Alexander Walker, Mendoza était l'ancêtre « le plus vénéré », et Sellers avait l'habitude de garder une gravure du boxeur dans son bureau. Plus tard il envisagea d'avoir l'image de Mendoza pour logo de sa société de production.

Ses parents ont pris l'habitude de l'appeler Peter en mémoire de leur fils aîné mort à la naissance, l’année précédente[3]. Sellers garda toute sa vie une relation étroite avec sa mère, relation que son ami Spike Milligan finit par considérer malsaine, pour un homme adulte. L'agent de Sellers, Dennis Selinger, se souvint de sa première rencontre avec Peter Sellers, à laquelle assista Peg, notant que « Sellers était un jeune homme extrêmement timide, facilement dominé par sa mère, mais qui n'en gardait ni ressentiment ni objection ». Enfant unique, il passe une enfance solitaire[4].

Selon son biographe Roger Lewis, Sellers a été intrigué par le catholicisme, mais peu après être entré à l'école catholique, il « découvrit qu'il avait des origines juives - il était quelqu'un en dehors des mystères de la foi ». Sellers affirme que les enseignants faisaient référence à lui comme « le Juif », ce qui a développé par la suite sa sensibilité aux sous-entendus antisémites. Il était un des meilleurs élèves de l'école et se rappelle que l'enseignant, un jour, réprimanda les autres garçons qui n'étudiaient pas suffisamment : « Le garçon juif sait son catéchisme mieux que le reste d'entre vous ! »

Plus tard dans sa vie, Sellers sera cité disant : « Mon père était un solide croyant de l'Église d'Angleterre, mais ma mère était une juive d'origine portugaise, et les juifs adoptent la foi de leur mère ». Le critique de cinéma Kenneth Tynan a noté, après son entrevue avec Sellers, que l'une des « forces motrices » principales de son ambition d'acteur était « sa haine de l'antisémitisme ».

En accompagnant sa famille sur le circuit des spectacles de variété, Sellers apprend la mise en scène, ce qui se révélera précieux plus tard. Il joue dès l'âge de cinq ans au théâtre burlesque du Windmill Theatre. Toutefois, il grandit avec les influences contradictoires de ses parents et développe des sentiments ambivalents à propos du show-business. Son père n'avait pas confiance dans ses capacités à jamais devenir quelqu'un dans le domaine du divertissement, suggérant même que les talents de son fils étaient juste suffisants pour devenir balayeur, tandis que la mère de Sellers l'a sans cesse encouragé.

Les débuts

Pendant la Seconde Guerre mondiale il s'enrôle. Sellers sert dans la Royal Air Force en tant que caporal, mais doit rester personnel au sol en raison de sa mauvaise vue. Il séjourna ainsi en Inde et en Birmanie. Il a également servi en Allemagne et en France après la guerre. Pour se distraire de la vie de sous-officier, Sellers rejoint l'Entertainments National Service Association (ENSA), où son père avait également été engagé plus tôt, lui permettant de parfaire son jeu. À la fin de la guerre, en 1945, plus de quatre artistes britanniques sur cinq avaient travaillé pour l'ENSA, dont l'objectif était de remonter le moral des soldats et des ouvriers d'usine.

Après la guerre il multiplie les métiers artistiques, tels que danseur ou musicien de jazz, avant de prêter sa voix à l'émission radiophonique de la BBC, le Goon Show, de 1951 à 1960. Son aptitude à parler avec des accents différents (par exemple, français, indien, américain, allemand, ou encore les accents régionaux britanniques) et son talent à dépeindre toute une gamme de personnages à effet comique ont contribué à son succès en tant que personnalité de la radio et l'écran.

Parallèlement il entame une carrière cinématographique principalement dans des comédies des studios Ealing, dont Tueurs de dames (1955) aux côtés de son idole Alec Guinness, son premier rôle dans un film à succès[4], et Après moi le déluge (1959).

Peter Sellers dans le rôle du président Merkin Muffley dans Docteur Folamour (1964).

Premiers succès d'ampleur

Début 1960, Sellers interprète le rôle de Dodger Lane dans la comédie Le Paradis des monte-en-l'Air qui a pour cadre l'univers carcéral. Plus tard dans l'année, il incarne un médecin indien, le Dr Ahmed el Kabir, dans la comédie romantique d'Anthony Asquith Les dessous de la millionnaire, adaptation de la pièce éponyme de George Bernard Shaw. Sellers n'était pas intéressé par le rôle jusqu'à ce qu'il apprenne que Sophia Loren serait sa partenaire. Interrogé sur Loren, il explique aux journalistes : « Je n'ai pas l'habitude de jouer avec des femmes romantiques et glamour… elle est très différente d'Harry Secombe. » Sellers et Loren développèrent lors du tournage une relation si étroite qu'il lui déclara son amour devant plusieurs témoins, dont sa femme Anna Howe, mère de ses deux enfants Sarah et Michael et avec laquelle il est marié depuis 1951. Il réveilla son fils une nuit pour lui demander s'il devait divorcer de sa mère. Cependant, la nature de leur relation reste incertaine : certains, comme Spike Milligan, y voient une liaison, tandis que d'autres, comme Graham Stark, ami de Sellers et son partenaire régulier des les Panthère Rose, pensent qu'il s'agissait simplement d'une forte amitié. L'épouse de Sellers de l'époque, Anne, déclara par la suite : « Je ne sais toujours pas s'il a eu une liaison avec elle. Personne ne le sait. »[5] Anne et Peter Sellers finissent par divorcer en 1961. Début février 1964, l'acteur rencontrera l'actrice suédoise Britt Ekland, qu'il épouse dix jours après leur première rencontre, le 19 février 1964[6].

Capucine et Peter Sellers dans la bande-annonce de la Panthère Rose (1963)

Dans les années suivantes, sa carrière culmine grâce à deux collaborations avec Stanley Kubrick, dans Lolita (1962), où il tient un rôle secondaire d'écrivain excentrique, mais surtout Docteur Folamour (1964) où il interprète trois rôles différents. Entre ces deux collaborations, il s'impose comme vedette comique grâce à La Panthère rose de Blake Edwards (1963), avec le personnage de l'inspecteur Clouseau qu'il interprètera dans six suites (plus un à titre posthume). Si la vedette originale du film est David Niven, ce dernier laisse Sellers lui voler la vedette, de l'avis de l'équipe du film. Pourtant, Edwards voulait originellement l'acteur Peter Ustinov, qui avait refusé le rôle, mais apprécia tant le jeu de Sellers qu'il le laissa imposer ses idées, et collaborera avec lui l'année suivante pour Quand l'inspecteur s'emmêle (1964), un comédie policière à laquelle est rajoutée le personnage de Clouseau, véritable personnage phare du film[7]. Il deviendra plus tard ami avec Niven, qu'il retrouve dans le film Casino Royale (1967), mettant en scène Niven dans le rôle de James Bond mais qui n'est pas rattaché à la série de films d'EON Productions, qui à l'époque produit plusieurs films avec Sean Connery. Il retrouve également Blake Edwards pour La Party (1968).

Le réalisateur Peter Hall déclarait : « Peter avait la capacité de s'identifier complètement à une autre personne, et de penser comme s'il était physiquement, mentalement et émotionnellement dans sa peau. D'où cela vient-il ? Je n'en ai aucune idée. Est-ce une malédiction ? »[réf. souhaitée]

Peter Sellers en 1966.

Peter Sellers fait aussi quelques albums de musique pendant les années 1960 et 1970, un notamment accompagné par Sophia Loren.

Période de tensions et traversée du désert

Si sa carrière semble à son sommet, Sellers doit faire face à partir du milieu des années 60 à plusieurs problèmes personnels. Après la mort de son père en 1962, il subit une grave crise cardiaque en 1964, puis perd sa mère, avec laquelle il avait une relation fusionnelle, en 1967, alors qu'il tourne Torero malgré lui (1968) avec son épouse, ce qui affecte beaucoup son humeur et son comportement[5]. Malgré la naissance de leur fille Victoria, Britt Ekland finit par quitter Peter Sellers en 1968, Sellers étant devenu très jaloux de son épouse dès lors qu'elle tournait avec des hommes qu'il jugeait trop attirants, le tout ayant aggravé son sentiment d'insécurité et sa paranoïa déjà assez prononcée[8]. Ekland dira plus tard que leurs disputes étaient violentes et fréquentes, et que son ex-mari était une âme très torturée[6].

En 1969, il joue dans le film The Magic Christian de Joseph McGrath avec entre autres l'ex-batteur des Beatles, Ringo Starr, ainsi que John Cleese, Richard Attenborough, Christopher Lee, Yul Brynner et Raquel Welch. La bande originale, The Magic Christian (Original SoundTrack) est parue avec des chansons du groupe Badfinger dont son succès Come and Get It écrite par Paul McCartney, la même année.

Cependant, au fil des années, sa carrière s'essoufle ; ses films rencontrent de moins en moins de succès[9], et il ne tient plus toujours la tête d'affiche. Il tourne beaucoup pour des publicités à la télévision, et s'essaie dans plusieurs productions passées inaperçues : en 1970, il joue un rôle mineur sous le pseudonyme d' « A.Queen » dans le film Un jour sur la plage (1970) de Simon Hesera, qui, finalement, ne sortit même pas au cinéma[10].

Il se remarie en 1970 avec le mannequin Miranda Quarry, âgée de 23 ans, employée au Dorchester Hotel de Londres dont il est un habitué. Cependant, comme avec Ekland, son comportement virera à la jalousie obsessionnelle et il suspectera vite sa jeune épouse d'avoir de nombreuses relations extra-conjugales[11]. Ils divorcent en 1974, et Quarry se remariera deux fois par la suite ; elle aura trois filles de son mariage suivant puis deviendra comtesse de Stockton par son troisième mariage.

Nouveaux succès

A court d'argent, Peter Sellers renoue en 1974 avec Blake Edwards, avec qui il était en froid depuis la fin des années 1960. Les deux hommes décident de donner une suite à la série des Panthère Rose, le dernier film de la franchise en date étant alors Quand l'Inspecteur s'emmêle (1964), un film qui avait laissé Sellers insatisfait[10]. Un nouvel opus, Le retour de la Panthère Rose (1975), est donc tourné, et c'est un succès, le public retrouvant Sellers dans le rôle de l'inspecteur Clouseau qui l'avait fait connaître. Sellers a comme co-stars Catherine Schell et Christopher Plummer, qui reprend le rôle du personnage de David Niven, présent dans le premier volet. Il retrouve également David Niven dans la comédie Un cadavre au dessert (1976), dans laquelle joue également Maggie Smith.

Sellers en 1971.

Si le tournage du retour de la Panthère Rose s'est bien passée, celui de l'opus suivant, Quand la Panthère Rose s'emmêle (1976) (premier film titré ainsi mais qui ne fasse pas intervenir le diamant éponyme) est plus chaotique. Vantant en 1969 les mérites de la marijuana[12], Sellers est depuis quelques années en proie à de graves problèmes de dépendances à la drogue et à l'alcool ; sa santé physique et psychique s'en ressent, ce qui dégrade grandement ses relations avec ses partenaires de jeu ainsi qu'avec Edwards. Ce dernier commentera plus tard l'état mental de l'acteur pendant le tournage du film : « Si vous alliez dans un asile et que vous décriviez le premier patient que vous voyiez, vous aviez une idée de ce que Peter était devenu. Il était fou à lier. »[13]

En mars 1976, Sellers commence à fréquenter l'actrice britannique Lynne Frederick, à qui il propose vite de l'épouser. L'actrice de 21 ans, sa cadette de presque trente ans, refuse dans un premier temps. Finalement, après l'avoir courtisé pendant près d'une année, Sellers épouse Frederick le 18 février 1977. Le biographe Roger Lewis indique que des quatre épouses de Sellers, Frederick fut la plus mal traitée ; Julian Upton compara leur relation à un match de boxe entre un poids lourd et un poids plume, une relation qui « oscillait entre l'ardeur et la haine, la réconciliation et le remords ». Pourtant, Frederick semblait avoir la capacité d'apaiser Sellers, et d'après Stephen Bach, Sellers lui-même semblait avoir besoin de sa compagnie apaisante, lui tenant presque en permanence la main ; malgré sa jeunesse, il émanait d'elle quelque chose de mature et de rassurant[5]. David Niven voyait Lynne Frederick comme une épouse amoureuse et dévouée[14]. Le 20 mars 1977, Peter Sellers fut victime d'une seconde crise cardiaque majeure lors d'un vol Paris-Londres ; il fut par la suite équipé d'un stimulateur cardiaque.

Il parvient cependant à achever le tournage de La Malédiction de la Panthère Rose (1978), premier film de la série à comporter son nom comme producteur associé avec Edwards[15]. Si les critiques sont bonnes et que le film est un succès, Sellers commence à se lasser du rôle de l'inspecteur Clouseau, et souhaite évoluer vers un registre plus sérieux[16].

En 1979, il concrétise l'adaptation au cinéma du roman La Présence de Jerzy Kosiński, un projet qui lui tenait à cœur depuis presque dix ans. Le roman raconte l'histoire d'un homme nommé Chance, un jardinier reclus et simple d'esprit, accro à la télévision, pris pour un oracle par les riches et les puissants après avoir été contraint de découvrir le monde extérieur[5]. Il est adapté sous le nom de Bienvenue, mister Chance (1979), et dirigé par Hal Ashby. Sellers y joue avec Shirley MacLaine, Melvyn Douglas et Jack Warden. Très investi dans le personnage, il décrit son expérience sur le film comme « si enrichissante, si puissante », et sa partenaire Shirley MacLaine dira que travailler avec lui était « un rêve ». La performance de Sellers fut unanimement saluée par la critique et est considérée par le critique Danny Smith comme le « couronnement de la remarquable carrière de Peter Sellers »[17].

Le film valut à Sellers de nombreuses récompenses : le prix du Meilleur Acteur lors de la 51e cérémonie des National Board of Review Awards[18], le Prix Spécial pour l'ensemble de sa carrière aux London Critics Circle Film Awards, le prix du Meilleur Acteur lors de la 45e cérémonie des New York Film Critics Circle Awards[19] et le prix du Meilleur Acteur – dans la catégorie Comédie ou Comédie Musicale – lors de la 37e cérémonie des Golden Globes[20]. De plus, Sellers fut nommé pour le prix du meilleur acteur lors de la 52e cérémonie des Oscars[21] et pour le prix du meilleur acteur dans un rôle principal lors de la 34e cérémonie des British Academy Film Awards[22].

Problèmes de santé et dernière année

En 1980, Sellers est un homme prématurément vieilli et affaibli. Déjà victime, en 1964, alors qu'il n'a que trente-huit ans, de plusieurs crises cardiaques et ayant préféré la chirurgie psychique au traitement médical, il a vu depuis sa maladie évoluer durant treize ans, jusqu'en 1977 où il est victime d'un nouvel infarctus et après lequel il doit porter un stimulateur cardiaque. Son addiction aux drogues usa grandement sa condition physique et eut d'importantes conséquences sur sa santé cardiaque[23].

En mars 1980, il se fâche avec ses filles au sujet de sa performance dans Bienvenue, mister Chance[24]. Puis il tourne son dernier film, Le Complot diabolique du docteur Fu Manchu (1980), où il joue, comme dans Docteur Folamour, plusieurs rôles (Fu Manchu et son rival Nayland Smith (en)), qui sortit après sa mort et sera un échec critique et commercial. Sellers lui-même, affaibli, trouve insatisfaisante sa prestation de Fu Manchu[25].

Il tourne à Dublin en avril 1980 une série de publicités pour la Barclays Bank, sa dernière prestation filmée, où il interprète un escroc juif, Monty Casino. Alors qu'il lui reste une publicité (sur quatre) à tourner, il s'effondre, à nouveau victime d'une crise cardiaque. Après deux jours d'hospitalisation – et contre l'avis de ses médecins – il se rend au Festival de Cannes, où Bienvenue, mister Chance est en compétition. Sellers tombe de nouveau malade à Cannes et se retire dans sa résidence de Gstaad pour travailler sur le scénario de son prochain projet, La Romance de la Panthère Rose, dont doit être absent Edwards, qui devait être le sixième et dernier film de la saga. À la demande de ses amis, il prend finalement rendez-vous pour une angiographie au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles pour le 30 juillet 1980 afin de de discuter de l'éventualité d'une opération à cœur ouvert. Au début de l'été, il se sépare de Lynne Frederick, puis cherche à reconstruire sa relation avec son fils Michael[26]. Lors de moments où son humeur était légère, Sellers plaisanta en disant que son épitaphe devrait être : « Star de la scène, du cinéma et des pensions alimentaires ».

Mort

L'entrée du Dorchester Hotel, ici en 2008, où était descendu Sellers lorsqu'il mourut.

Revenu à Londres depuis Genève le 21 juillet 1980, Peter Sellers visite le Golders Green Crematorium où reposent les cendres de ses parents, puis descend au Dorchester Hotel. Le 22, il planifie pour le lendemain soir un dîner avec ses anciens compagnons du Goon Show, Harry Secombe et Spike Milligan. Le 23, après avoir déjeuné dans sa suite, il est victime dans l'après-midi d'une nouvelle attaque cardiaque, provoquée, si l'on en croit les souvenirs de l'acteur Helmut Berger dans Autoportrait, par une surconsommation de cocaïne. Transporté au Middlesex Hospital de Londres, il y meurt le , peu après minuit.

Plaque commémorative de Sellers au Golders Green Crematorium

A la suite de l'annonce de son décès, Richard Attenborough déclara que Sellers « possédait un génie comparable à celui de Chaplin »[27]. Burt Kwouk, qui incarnait Cato dans les films de la Panthère rose, affirma que « Peter était un acteur très aimé en Grande-Bretagne… le jour de sa mort, le pays tout entier sembla s'arrêter. Partout où l'on allait, la disparition de Peter planait comme une ombre sur tout. » Blake Edwards déclara quand à lui que « Peter était brillant. Il avait un don extraordinaire pour valoriser des facettes vraiment inhabituelles et uniques des personnages qu'il interprétait. »[28] L'ami et collègue de Sellers au sein du Goon Show, Spike Milligan, était trop bouleversé pour parler à la presse au moment du décès de Sellers[29], tandis que son camarade Harry Secombe déclara : « Je suis anéanti. Peter était un artiste exceptionnel. Il avait un talent fou, qui émanait littéralement de lui. » Faisant référence au dîner manqué que les Goons avaient prévu le jour de sa mort, il trouva la force de plaisanter : « Il aura tout fait pour éviter d'avoir à payer le dîner. »[5]

Une cérémonie funéraire privée eut lieu au Golders Green Crematorium le 26 juillet, officiée par le chanoine John Hester, un vieil ami de Sellers. Une autre cérémonie, commémorative, eut lieu à St Martin-in-the-Fields le 8 septembre 1980, jour qui aurait marqué le 55e anniversaire de Sellers. Un de ses amis proches, Lord Snowdon, lut le psaume 23 de l'Ancien Testament, Harry Secombe chanta Bread of Heaven et l'éloge funèbre fut prononcé par David Niven[5].

Succession

Bien que Sellers ait vraisemblablement eu la volonté d'exclure Lynne Frederick de son testament une semaine avant son décès[30], elle était toujours sa femme au moment de sa mort et hérita de la quasi-totalité de sa fortune, estimée à 4,5 millions de livres sterling (22,2 millions d'euros en 2025), tandis que ses enfants reçurent chacun 800 livres sterling (3 446 euros en 2025). Spike Milligan intervint auprès d'elle au nom des trois enfants de Sellers, mais elle refusa de changer le montant des parts[5]. Le fils unique de Sellers, Michael, mourut d'une crise cardiaque à 52 ans lors d'une opération chirurgicale le , 26 ans jour pour jour après la mort de son père[31].

Après la mort de Peter Sellers, la Metro-Goldwyn-Mayer tenta de poursuivre l'adaptation de La Romance de la Panthère rose et proposa le rôle de Clouseau à Dudley Moore, qui le refusa. Le studio retourna ensuite vers Blake Edwards, qui refusa catégoriquement de remplacer l'acteur, persuadé que personne ne pourrait égaler Sellers. Edwars reprit cependant le projet : deux ans plus tard sortit À la recherche de la Panthère rose (1982), un film réutilisant des scènes coupées du film de 1976 où apparaissait Sellers, et construisant tout un scénario autour. Bien que Peter Sellers soit absent, on y retrouve tous les autres acteurs de la série : Herbet Lom, Burt Kwouk, David Niven, Capucine, André Maranne... Lynne Frederick, légalement veuve de Sellers, porta plainte, arguant que l'utilisation de ces extraits ne pouvait se faire sans son accord et portait atteinte à l'image de Sellers. Après un procès, le tribunal lui accorda 1 million de dollars (2,8 millions d'euros en 2025), ainsi que 3,15 % des bénéfices du film et 1,36 % de ses recettes brutes[32]. Frederick se remaria ensuite avec l'animateur David Frost, dont elle divorça avant d'épouser un cardiologue, le docteur Barry Unger. Elle eut de ce troisième mariage un enfant puis divorça à nouveau en 1991[33]. Elle mourut en 1994, des suites d'une dépendance aux drogues et à l'alcool, à l'âge de 39 ans[34].

Malgré le procès, Edwards mena à bout son projet de terminer la série des Panthère Rose par une intrigue sur deux films, et en 1983 sortit L'Héritier de la Panthère Rose (1983), qui voyait le remplacement du personnage de Clouseau par celui de Cliffton Sleigh, détective américain interprété par Ted Wass. Le personnage de Clouseau fait cependant un caméo dans le film, étant cette fois interprété par l'acteur Roger Moore, un ami de Peter Sellers.

Dix ans plus tard, en 1993, Blake Edwards réunit à nouveau les acteurs phares des Panthère Rose (Claudia Cardinale[35], Herbert Lom, Graham Stark, Burt Kwouk) pour un huitième film. Cette nouvelle production, Le Fils de la Panthère Rose (1993) a comme nouveau personnage principal le fils de Clouseau, le gendarme Jacques Gambrelli, interprété par Roberto Benigni. L'échec du film stoppa cependant les perspectives de relancer la série de films[36].

Vie privée

Peter Sellers s'est marié quatre fois.

Peter Sellers et Britt Ekland en 1964.

La vie privée de Sellers a été caractérisée par des troubles et des crises, et notamment par des problèmes émotionnels et de toxicomanie. Peter Sellers demeure un personnage énigmatique. Il a souvent affirmé ne pas avoir d'identité en dehors des rôles qu'il a joués.

Sa première épouse est Anne Howe (1951–1961), avec qui il a eu deux enfants :

Sa deuxième épouse est l'actrice suédoise Britt Ekland (1942–), avec qui il a eu une fille, Victoria Sellers (en). Le couple a partagé l'affiche dans trois films :

Sa troisième épouse est le mannequin australien Miranda Quarry (1970–1974), qui était la belle-fille de l'homme politique Stormont Mancroft (2e baron Mancroft) et qui se remaria en 1995 à Alexander Macmillan (2e comte de Stockton).

Sa quatrième épouse est Lynne Frederick, une actrice anglaise[37], avec laquelle il se marie en 1977.

Postérité

Roger Lewis a écrit la biographie de Peter Sellers : The Life and Death of Peter Sellers, publié en 1997. En 2004, la biographie a été adaptée au cinéma Moi, Peter Sellers (The Life and Death of Peter Sellers) de Stephen Hopkins avec Geoffrey Rush dans le rôle de Peter Sellers.

Filmographie

Discographie

  • 1958 : The Best Of Sellers
  • 1958 : Tom Thumb - Avec Terry-Thomas, Russ Tamblyn, Ian Bryce Wallace, etc.
  • 1959 : Songs For Swingin' Sellers
  • 1960 : Peter And Sophia - Avec Sophia Loren.
  • 1962 : Bridge On The River Wye - Avec Peter Cook, Spike Milligan, Patricia Ridgway, etc.
  • 1963 : Fool Britannia - Avec Joan Collins, Anthony Newley
  • 1964 : How To Win An Election (Or Not Lose By Much) - Avec Harry Secombe et Spike Milligan
  • 1969 : The Magic Christian - Avec Ringo Starr
  • 1974 : He's Innocent Of Watergate.... Or Dick's Last Stand - Avec Spike Milligan.
  • 1977 : Peter Sellers In The Pink Panther Strikes Again
  • 1979 : Sellers Market
  • 1980 : The Parkinson Interview
  • 1996 : Parkinson Interviews The Goons & Peter Sellers

Nominations et récompenses

  • BAFTA du meilleur acteur britannique en 1960 pour Après moi le déluge (I'm All Right Jack).
  • Prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Saint-Sébastien 1962 pour Les Femmes du général (Waltz of the Toreadors).
  • Nomination au BAFTA du meilleur acteur britannique en 1963 pour On n'y joue qu'à deux (Only Two Can Play).
  • Nomination à l'Oscar du meilleur acteur en 1965 pour Docteur Folamour (Doctor Strangelove).
  • Double nomination au BAFTA du meilleur acteur britannique en 1965 pour Docteur Folamour (Doctor Strangelove) et pour La Panthère Rose (The Pink Panther).
  • Nomination à l'Oscar du meilleur acteur en 1979 pour Bienvenue, Mister Chance.
  • Nomination au BAFTA du meilleur acteur en 1981 pour Bienvenue, Mister Chance (Being There).
  • Golden Globe Award : Meilleur acteur dans un film musical ou une comédie en 1980 pour Bienvenue, Mister Chance.

Voix françaises

Notes et références

Voir aussi

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