Raoul Ier de Fougères
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Havoise de Clare (d) |
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Raoul Ier de Fougères est un seigneur de Fougères, cité d'environ 1064 à 1112/1113. Seigneur de Fougères en Bretagne, il est possessionné en Normandie et en Angleterre parce qu'intégré à la cour des rois d'Angleterre et ducs de Normandie, dont il épouse une lointaine parente. Si sa participation à la bataille d'Hastings est discutable, il semble avoir combattu à la celle de Tinchebray. Il fonde l'abbaye de Savigny en 1112/1113.
Famille
Raoul Ier de Fougères, est cité à partir d'environ 1064, dans un acte de son frère aîné Juhel. Dans cet acte, il est dit puer, c'est-à-dire enfant. Il ne figure pas dans les actes de son père[1]. Il est le troisième fils de Main II de Fougères et de son épouse Adélaïde[2],[3], peut-être fille du comte Éon Ier de Penthièvre[3].
Il a deux frères, Eudes (cité en 1040/1047)[3] et Juhel (cité de 1040/1047-v. 1060)[2],[3],[4] et une sœur, Godehilde (citée v. 1064/1076), épouse de Jean Ier de Dol-Combourg[2],[3]. Les noms de Raoul et de ses frères ne proviennent pas du patrimoine onomastique de la famille de Fougères, qui abandonne donc les noms de Main et d'Alfred pour ceux de Eudes, Raoul et Juhel, provenant probablement de la famille de leur mère, Adélaïde. Ce choix indique bien que leur père Main II a fait un mariage hypergamique[5].
Fidèle des ducs de Normandie
Comme son père Main II, Raoul Ier, seigneur de Fougères, porte le nom de son château principal, Fougères. Il est ainsi appelé en 1082, 1089 et 1092[6]. Selon plusieurs historiens dont Pierre Bouet, Raoul Ier combat dans les rangs normands à la bataille d'Hastings[7]. Julien Bachelier affirme que ce n'est pas possible, parce que Raoul est alors trop jeune[8]. Il épouse Avitia (ou Havoise), fille de Richard de Bienfaite, seigneur d'Orbec et de Bienfaite, de la famille de Clare, choisissant ainsi son épouse dans l'entourage du duc de Normandie et dans une famille qui est parente des Rollonides[3].
Raoul Ier est seigneur de Fougères en Bretagne mais possède aussi de nombreux biens en Normandie, dans l'Avranchin[9] et en Angleterre, dans le Surrey, le Berkshire, le Devon, le Buckinghamshire, le Norfolk et le Suffolk. Ces possessions anglaises sont indiquées dans le Domesday Book (1086)[10], mais il semble que Raoul n'est pas allé en Angleterre. Ses fils y arrivent ensuite[11].
Les biens de Raoul Ier en Normandie lui sont donnés par Guillaume le Conquérant. Selon Julien Bachelier, ses biens anglais ne peuvent provenir de dons lors de la conquête de l'Angleterre puisqu'il n'y a pas participé[12]. Ils sont plutôt la conséquence de son mariage avec Havoise de Clare, et de son intégration à la cour des ducs de Normandie et rois d'Angleterre. Dans la lutte entre les deux frères Henri Ier et Robert Courteheuse, Raoul Ier et son fils Robert Giffard soutiennent Henri Ier. Malgré son âge relativement avancé, Raoul combat probablement à la bataille de Tinchebray, le , victoire d'Henri Ier, et y capture Guillaume de Mortain et Gautier de Mayenne, ensuite prisonnier à Fougères[13].
Fondateur de monastères
Raoul fonde le prieuré de la Trinité de Fougères, dépendant de l'abbaye de Marmoutier, entre 1064 et 1076, vraisemblablement au début des années 1070. Ce prieuré est fondé à Fougères, dans un méandre du Nançon et Raoul autorise les moines à développer un bourg autour[14],[15],[16]. D'après la charte de fondation, Raoul choisit ainsi de protéger religieusement son château de Fougères et peut-être même vise-t-il la création d'une coseigneurie, castrale et monastique. Sa fondation imite celles de ses seigneurs, les comtes de Rennes, qui introduisent l'abbaye de Marmoutier en Haute-Bretagne[17]. Elle s'inscrit aussi dans la continuité de son père, Main II, qui a donné des biens à Marmoutier à Saint-Sauveur-des-Landes[16].
Dans un texte daté de vers 1113-1124, les moines développent une autre vision de cette fondation : selon eux il s'agit d'une action de grâce de la part d'Adélaïde, la mère de Raoul, pour remercier Dieu d'avoir sauvé de la maladie son fils Raoul. Comme elle est de la famille des comtes de Rennes, ce récit est aussi pour les moines un moyen de rappeler leur protection. Il passe volontairement sous silence les dissensions ultérieures entre les moines de la Trinité et Raoul, qui aboutissent à son excommunication provisoire[18]. En 1092, Raoul donne aux moines de Marmoutier les églises Sainte-Marie et Saint-Nicolas de Fougères. Ils contrôlent ainsi toutes les églises de Fougères, y compris celle de Saint-Supice[19]. Cependant, Raoul change d'avis et confie entre 1092 et 1096 l'église Sainte-Marie à l'abbaye Saint-Florent de Saumur, ce que les moines de Marmoutier refusent. Ils obtiennent le soutien du pape Pascal II et Raoul doit leur restituer l'église[19],[20].
Vers 1112-1113, rompant avec l'abbaye de Marmoutier, Raoul fonde l'abbaye de Savigny[21],[14],[22],[23] pour l'ermite Vital, qui est déjà installé dans la forêt de Savigny et qui devient abbé du nouveau monastère[22],[23]. Il jette ainsi les bases de la nécropole familiale des seigneurs de Fougères[24].
Raoul Ier de Fougères meurt peu après la fondation de l'abbaye de Savigny, vers 1112-1113[3]. ou au cours de la décennie 1110[23]. Il est très probablement inhumé dans l'abbaye de Savigny, mais on n'en a pas la preuve, contrairement aux sépultures de ses descendants, attestées à Savigny[25].
Descendance
Raoul Ier et Avitia ou Havoise ont six enfants :
- Béatrix (citée en 1096)[3] ;
- Guillaume, mort avant 1112 sans postérité[3] ;
- Raoul, mort avant 1113 sans postérité[3] ;
- Main III[4] Fransgalo (cité en 1112/1113)[3], seigneur de Fougères[4] ;
- Henri de Fougères, seigneur de Fougères (cité vers 1112/1113-1150)[3],[4] ;
- Robert Giffard (cité vers 1112/1141/1150)[3].
Les prénoms Guillaume, Henri et Robert proviennent de leur parenté, par leur mère, avec les ducs de Normandie[3],[26]. Ce sont en effet les prénoms des trois fils de Guillaume le Conquérant, Guillaume le Roux, Henri Ier et Robert Courteheuse[26].
Notes et références
- ↑ Brand'honneur 2001, p. 116.
- 1 2 3 Brand'honneur 2001, p. 276.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Mazel 2006, p. 111.
- 1 2 3 4 Amiot 2010, § 20.
- ↑ Mazel 2006, p. 110.
- ↑ Mazel 2006, p. 112-113.
- ↑ Pierre Bouet, Hastings: 14 octobre 1066, Paris, Tallandier, coll. « L'histoire en batailles », , 186 p. (ISBN 978-2-84734-627-5), p. 60.
- ↑ Bachelier 2011, p. 447-450.
- ↑ Bachelier 2011, p. 455-464.
- ↑ Bachelier 2011, p. 467-475.
- ↑ Katharine S. B. Keats-Rohan, « Les Bretons en Angleterre au XIIe siècle », dans Joëlle Quaghebeur et Bernard Merdrignac (dir.), Bretons et Normands au Moyen Âge : Rivalités, malentendus, convergences, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 384 p. (ISBN 978-2-7535-3056-0 et 978-2-7535-0563-6, DOI 10.4000/books.pur.5678, lire en ligne), p. 263-279.
- ↑ Bachelier 2011, p. 476-478.
- ↑ Bachelier 2011, p. 479-480.
- 1 2 Mazel 2006, p. 115.
- ↑ Daniel Pichot, « Les prieurés bretons de Marmoutier (XIe – XIIe siècle) », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, nos 119-3, , p. 153–175 (ISSN 0399-0826, DOI 10.4000/abpo.2483, lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Bachelier 2011, p. 485-486.
- ↑ Mazel 2006, p. 116-117.
- ↑ Mazel 2006, p. 117-119.
- 1 2 Mazel 2006, p. 120-121.
- ↑ Bachelier 2011, p. 487-488.
- ↑ Brand'honneur 2001, p. 127.
- 1 2 Daniel Pichot, « Savigny : une abbaye entre Normandie, Bretagne et Maine », dans Joëlle Quaghebeur et Bernard Merdrignac (dir.), Bretons et Normands au Moyen Âge : Rivalités, malentendus, convergences, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 384 p. (ISBN 978-2-7535-3056-0 et 978-2-7535-0563-6, DOI 10.4000/books.pur.5678, lire en ligne), p. 241-257.
- 1 2 3 Bachelier 2011, p. 489-490.
- ↑ Bachelier 2011, p. 484.
- ↑ Bachelier 2011, p. 497-498.
- 1 2 Bachelier 2011, p. 479.
Voir aussi
Bibliographie
- Christophe Amiot, « Lignages et châteaux de la baillie de Rennes avant la guerre de Succession (XIe – XIVe siècles) », dans Sylvain Soleil et Joëlle Quaghebeur (dir.), Le pouvoir et la foi au Moyen Âge en Bretagne et dans l’Europe de l'Ouest : Mélanges en mémoire du Professeur Hubert Guillotel, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 750 p. (ISBN 978-2-7535-6739-9, DOI 10.4000/books.pur.141622, lire en ligne), p. 695–734.
- Julien Bachelier, « Une histoire en Marche : Fougères et la Normandie au Moyen Âge (début XIe siècle – milieu du XIVe siècle) », Revue de l’Avranchin et du Pays de Granville, vol. 88, , p. 423-529 (lire en ligne).
- Michel Brand'honneur, Manoirs et châteaux dans le comté de Rennes : Habitat à motte et société chevaleresque (XIe – XIIe siècles), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 317 p. (ISBN 978-2-86847-561-9 et 978-2-7535-2564-1, DOI 10.4000/books.pur.11260, lire en ligne).
- Florian Mazel, « Seigneurs, moines et chanoines : pouvoir local et enjeux ecclésiaux à Fougères à l’époque grégorienne », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, nos 113-3, , p. 105–135 (ISSN 0399-0826, DOI 10.4000/abpo.796, lire en ligne, consulté le ).