Raspoutine (Corto Maltese)

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Grigori Raspoutine, mystique et guérisseur russe qui inspira le personnage de Raspoutine

Raspoutine est un marin russe, personnage particulièrement récurrent de la série de bande dessinée Corto Maltese. Créé par Hugo Pratt, il est homonyme du moine Grigori Raspoutine, avec qui il partage sa nationalité et son apparence physique, bien que leurs similitudes s'arrêtent ici. Il est surnommé « Ras » ou « Raspa », bien que le seul à pouvoir l'appeler ainsi soit son meilleur ami, le marin maltais Corto Maltese. Il apparait dans la plupart des albums de la série, que ce soit dans le réel ou dans les songes de Corto[1].

Ignorant tout des règles sociales, il est surtout motivé par sa cupidité et sa libido exacerbées[2]. Ce "tueur né" est d'autant plus dangereux que son comportement est imprévisible[3].

L'épisode La Maison dorée de Samarkand le met particulièrement à l'honneur, avec de longs passages où il apparaît sans son ami, au point qu'Hugo Pratt considère que c'est lui le personnage principal de l'histoire. Ces passages, où il dit et fait des choses délirantes, sont l'occasion d'en apprendre plus sur sa personnalité. En tant qu'instructeur volontaire de l'armée de l'émir, il tient un discours auprès de soldats sur l'exercice du pouvoir. Pratt en profite pour mettre dans la bouche de son personnage des phrases de l'économiste John Kenneth Galbraith sur le conditionnement de masse. À ce propos, l'auteur achète parfois des livres de ce genre et y puise des phrases qu'il fait dire à Raspoutine. Lors d'un échange avec Enver Pacha, le Russe explique que sa « nationalité, c'est l'argent, tout le reste est sans importance ». Pendant un dialogue avec Chevket, il déclare son désintérêt pour la politique, se définissant comme un voleur[a].

Dans une histoire antérieure, Corto Maltese en Sibérie, il revendiquait même sa fierté de voler. Alors que Nino lui reprochait d'attaquer le train pour l'argent, il lui rétorqua qu'il est fier d'être un voleur et que ce qu'il vole, il le dépense, ce qui fait vivre du monde (« Il y a des tas de gens qui vivent grâce à ce que je dépense après un vol »).

Comme son ami, il est aussi motivé par l'aventure et le goût de la liberté. Au début de Corto Maltese en Sibérie, il lui explique « Dieu seul sait ce que c'est moche de vivre dans un monde sans aventures, sans fantaisie, sans joie », comme s'il se faisait l'écho des préoccupations personnelles de son créateur[3]. Il apprécie aussi se remémorer ses aventures passées, comme dans ce même épisode, où il reparle de celle avec le Moine (La Ballade de la mer salée) et celle à la recherche d'un trésor aux Caraïbes (Sous le signe du Capricorne : …Et nous reparlerons des gentilshommes de fortune).

Il peut se montrer cultivé, notamment dans l'album . Il tient par exemple au tout début de l'histoire, dans un texte introductif présent dans certaines éditions, une conversation érudite sur l'Atlantide avec le professeur Jeremiah Steiner. Plus tard, il parle en détail des templiers, puis fait allusion à Proust et à sa madeleine[2].

Rapports avec Corto Maltese

Il parle régulièrement de tuer Corto en lui lançant des menaces (« Un jour je te tuerai, Corto ! »), parfois atténuées (« Je pourrai te tuer »). Il arrive à celui-ci d'y répondre « Et moi je te tuerai un soir, Ras ! », ou de souligner sa lassitude à force d'entendre cette même rengaine, à laquelle il ne semble plus prêter attention (« Tu n'es pas fatigué de me dire toujours la même chose ? »). Ces menaces sont si fréquentes qu'elles sont devenues une plaisanterie pour Raspoutine, comme une private joke et un signe de reconnaissance entre les deux personnages[3]. Aussi, il affiche un grand plaisir à le voir en mauvaise posture (Les Helvétiques). Pourtant, il éprouve pour lui une grande amitié. Ceci s'explique sans doute par le fait que le Maltais lui ait sauvé la vie à plusieurs reprises[1]. Leur relation est plus complexe que celle unissant un héros classique et son faire-valoir. Certains commentateurs de la série la qualifie d'œdipienne. Le Russe alterne les phases de haine meurtrière et d'amitié sincère envers le Maltais. Dans une même réplique (Sous le signe du Capricorne : …Et nous reparlerons des gentilshommes de fortune), il lui dit « Je n'ai jamais eu de sympathie pour toi. », avant de rajouter « Malheureusement, j'ai le cœur tendre... Avec toi seulement... Et je n'oublie pas qu'une fois tu m'as sauvé la vie... C'est ça... Moi je n'oublie jamais... ». Tour-à-tour inquiétant puis désarmant comme un enfant, cruel autant que fragile, il oscille entre la violence pure et une quête éperdue d'affection et de reconnaissance. Dès le premier épisode où il apparaît (La Ballade de la mer salée), il avoue à Corto « Je voudrais des amis et je n'arrive pas à en avoir. Est-ce parce que je ne suis pas comme les autres ? »[3].

Raspoutine est une sorte de double inversé de Corto. Il n'hésite pas à se salir les mains en assumant des actes que son ami "gentilhomme de fortune" réprouve. Il permet donc à ce dernier de préserver son image romantique et sa bonne conscience[3]. Raspoutine élimine ainsi des ennemis de ses amis. Dans La Jeunesse de Corto Maltese, il tue un lieutenant japonais qui menaçait Jack London, jouissant même de son acte. Dans La Maison dorée de Samarkand, Corto ne peut rencontrer son sosie Chevket parce qu'il craint que rencontrer son double ne lui porte malheur. C'est donc Raspoutine qui le tue. C'est un peu comme s'il tuait Corto lui-même, permettant une sorte de défoulement. La différence entre Corto et Raspoutine est que le premier est immoral, tandis que le second est amoral. Cela signifie que le Russe est profondément méchant, mais ne s'en rend pas compte, comme le Maltais l'explique à une jeune arménienne, Sevan Vartkès, dans La Maison dorée de Samarkand[1].

En Perse (La Maison dorée de Samarkand), Corto évoque Raspoutine devant des Assassins, en le qualifiant de psychopathe et déclarant que "Personne ne sait mieux que lui détruire tout ce qui risquerait de prendre une tournure sentimentale". Ce trait de caractère permet au bédéiste de ramener Corto à la réalité lorsque, dans leurs aventures, celui-ci est sensibilisé par les choses de manière romantique[2].

Biographie du personnage

Notes et références

Bibliographie

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