Reliefs mithriaques de Jort
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Calcaire |
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Sculpture |
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Les reliefs mithriaques de Jort sont des sculptures en bas-relief trouvées en 2011 dans la commune éponyme, département du Calvados, région Normandie, en France. La découverte a lieu de manière fortuite lors de travaux publics d'assainissement et les bas-reliefs sont depuis lors conservés dans la mairie de la commune.
Les cultes dits orientaux se sont développés de manière importante dans l'Empire romain à différentes périodes mais essentiellement au début de l'ère chrétienne. Mithra est initialement une divinité indo-iranienne, fils d'Anahita. Son culte connaît un important développement dans l'Empire aux IIe et IIIe siècles, avant d'être interdit tout à la fin du IVe siècle par l'empereur romain Théodose Ier.
En dépit du caractère fragmentaire des bas-reliefs, et de l'aspect naïf des représentations, ils constituent un très rare exemple d'identification de vestiges liés au culte voué à Mithra dans le nord-ouest de la France actuelle.
Histoire antique du site
Jort est à l'époque romaine « une grosse bourgade »[1], un vicus gallo-romain situé sur le Chemin Haussé, voie romaine reliant Vieux à Exmes.
Jort est un point de passage installé à la frontière entre les Lexoviens et les Viducasses, sur la voie Lisieux-Avranches qui croise la voie reliant Vieux/Bayeux à Chartres, et un carrefour situé à un lieu de franchissement de la Dives[B 1]. Les blocs sont retrouvés sur l'ancienne route qui mène à Exmes puis Sées[B 1].
Avec la mise en place du système de défense du litus saxonicum, des troupes et des cultes orientaux arrivent dans la région[2] au IIIe siècle.
Au plan micro-toponymique, un champ situé dans la partie orientale de la commune s'appelait au XIXe siècle « La Ville »[B 2].
- Carte des cités et capitales des cités de la future Normandie au Haut Empire romain.
- Carte des cités et des capitales au Bas-Empire romain.
- Chemin Haussé dans la plaine de Caen.
Histoire de la découverte

| Images externes | |
| Photographie prise lors des fouilles. | |
| Photographie prise peu après les fouilles | |
Des premières trouvailles ont lieu au XIXe siècle. Un mémoire est réalisé dès le début du second quart du XIXe siècle, aux fins de réaliser la statistique monumentale écrite par Galeron. En 1834, la réalisation d'une route aboutit à d'autres trouvailles, bientôt suivies de « nombreuses fouilles […] dans les jardins »[B 3]. Les blocs sont retrouvés plus récemment dans le même secteur « riche en découvertes archéologiques antiques »[B 4].
Les bas-reliefs sont découverts de manière fortuite lors de travaux d'assainissement collectif dans la petite commune, dans la rue Albert-Guillain, ancien « Chemin du haut »[B 1] le [1]. L'inventeur des blocs est le maître d’œuvre du chantier, un ancien archéologue du conseil général du Calvados. Les blocs sont succinctement nettoyés et la municipalité ainsi que les services de l’État sont informés. Aucun autre bloc n'a été retrouvé[B 5] alors que le pelleteur dit avoir vu d'autres blocs et maçonneries[B 6]. Même si les témoignages indiquent une découverte des blocs dans de la terre située sous une chaussée de pierre, le contexte archéologique est seulement partiellement connu mais « dans un contexte riche en découvertes archéologiques antiques »[B 7]. Le contexte stratigraphique interdit d'y voir une création d'un faussaire[B 8].
Des fouilles sont réalisées sur le site dans une propriété privée « vaste et cossue » de la rue et sont alors identifiés des vestiges d'une habitation romaine datés du Ier au IIIe siècle[1].
Le relief est depuis lors conservé à la mairie de la commune[2],[C 1]. Il est intégré à l'exposition Vous avez dit barbares ? au musée de Normandie à Caen en 2018-2019.
Description
Les bas-reliefs sont en pierre de Caen, matériau qui sous-entend une réalisation locale[B 6]. Ils présentent des traces de destruction anciennes mais aussi plus récentes, liées à la découverte des vestiges à l'aide d'engins de chantier[B 9].
Deux plaques de calcaire[B 10] sont retrouvées[1]. Le premier bloc est parvenu jusqu'à nous « incomplet et altéré »[B 11]. Les plaques sculptées, des « figurations naïves »[2], ont d'abord servi au début de l'ère commune de corniche[1].
Bloc no 1
L'étude de la modénature du bas-relief a permis de proposer une identification à une corniche ou toute autre partie architecturale datable du Haut-Empire romain[B 12]. Le relief n'a pas subi les intempéries. Ce premier relief a été retravaillé dans un second temps en « bas-relief à figuration anthropomorphe »[B 13].
Le bloc provient sans doute d'un monument funéraire[C 2] et la sculpture est donc réalisée sur un bloc en remploi[B 11].
Le bas-relief mesure initialement 1,20 m sur 0,685 m et présente le sacrifice d'un taureau ; il est désormais « très incomplet »[B 13] car seule en subsiste la partie gauche[C 3], irrégulière car mesurant 0,684 m sur 0,386 sur un côté et de 0,524 m sur 0,23 m[B 12]. Seul un tiers de la sculpture est conservé[B 11].
Les vestiges permettent une identification : un buste dans un médaillon de 0,198 m de diamètre comporte une tête aux traits grossiers et radiée, munie de six pointes. Ce relief est très naïf[B 14]. Un personnage debout est présent, haut de 0,306 m sur le côté gauche du relief ; il porte une sorte de perche dont la partie supérieure est perdue[B 15]. Les jambes sont croisées. Le personnage porte une tunique ainsi qu'une cape attachée sur l'épaule au moyen d'une fibule. Ce personnage est considéré comme juvénile, en dépit des déprédations subies par le bloc rendant difficile l'interprétation. Sa tête est entourée d'une auréole interprétée par les spécialistes de la sculpture antique comme simplement liée au processus de taille et non un attribut indiquant la sainteté [B 16].
- Vue générale du bloc no 1.
- Détail du bloc no 1, Sol.
- Détail du bloc no 1, le dadophore.
Bloc no 2

Ce bloc porte une représentation humaine et il n'est également conservé que partiellement. Il en subsiste un fragment de 0,39 m sur 0,274 m pour une épaisseur de 0,12 m[B 17]. Le relief a également été sculpté dans un bloc en remploi scié en deux parties au moment de sa réutilisation comportant une rosace à cinq branches et des rais-de-cœur[B 18]. Un des côtés est difficile à décrire du fait d'une exposition aux intempéries[B 19]. Le premier usage est difficile à dater car le motif à rais-de-cœur est connu dans la région dès le Ier siècle, ce qui n'est pas le cas de la rosace[B 19].
Le second bloc, dans sa réutilisation, est plus complexe que le premier car on n'en trouve pas d'équivalent. Il représente une « figure anthropomorphe ». Le bloc est mal conservé puisque abîmé par l'engin de chantier[B 19]. Il figure un homme portant un bonnet et levant un anneau. Le nez du personnage est peu épaté, avec une « bouche inexpressive » et les « yeux […] sur-creusés »[B 20]. Le bonnet ressemble au bonnet représenté sur l'autre bloc sans être semblable[B 19]. Le personnage est peut-être présenté nu, il tend un anneau qui est « une couronne ou […] un autre objet »[B 21].
La représentation n'est pas seulement partielle, elle est aussi très naïve[B 21],[B 22].




