Restitution des biens culturels du Bénin par la France

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Type de traité loi no 2020-1673
Signature
Lieu de signature Paris
Entrée en vigueur
Restitution des biens culturels du Bénin par la France
Type de traité loi no 2020-1673
Signature
Lieu de signature Paris
Entrée en vigueur
Condition Construction d'un musée d'accueil au Bénin
Signataires Autorités du Bénin et de la France

La restitution des biens culturels du Bénin par la France est un processus démarré par la demande officielle effectuée en par le président béninois Patrice Talon au sujet des biens saisis au Bénin lors du sac effectué par les soldats français à Abomey en 1892[a].

Initialement refusée par le gouvernement français sous la présidence de François Hollande[1], la demande est acceptée sous la présidence d'Emmanuel Macron sous la forme d'une loi qui reste limitée à 26 œuvres — ce que conteste le gouvernement béninois. Dans ce contexte, le Bénin aménage un musée pour accueillir ces 26 œuvres, qui lui sont restituées le 10 novembre 2021.

La France entame la colonisation de l'Afrique subsaharienne dans les années 1880-1890, en même temps que d'autres puissances européennes comme l'Allemagne et la Belgique.

Le royaume du Dahomey (actuel Bénin) est d'abord placé sous protectorat en 1882, avant qu'une seconde guerre n'éclate entre 1892 et 1894. Les troupes françaises sont menées par le colonel Alfred Dodds, tandis que les Dahoméens sont sous l'autorité du roi d'alors, Béhanzin[2]. Dodds et son armée pillent les trésors du palais royal, lors du sac de la capitale Abomey en 1892. Ce sont ces derniers qui sont réclamés par les autorités béninoises actuelles[3].

Historiquement, en France, l’acquisition, les « modes d’appropriations » du patrimoine culturel africain sont très variés. L’importation des objets en France et leur exposition par les musées « s’échelonnent sur une période relativement longue, du dernier tiers du XIXe siècle à la seconde moitié du XXe siècle[4]. » Les objets exposés au musée du Quai Branly - Jacques-Chirac « sont entrés au sein des collections nationales dans le cadre de dons ou dations s’échelonnant de la fin du XIXe siècle à l’année 2003[5]. »

Dans le cadre de la déclaration du président Emmanuel Macron de vouloir « restituer le patrimoine africain à l’Afrique » (discours de Ouagadougou, 2017), Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, auteurs du « Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain : vers une nouvelle éthique relationnelle » en 2018, affirment que cela « exige une connaissance précise des collections africaines conservées en France (où sont-elles et que sont-elles ?) ; une clarté totale sur les contextes historiques et scientifiques à la faveur desquels les objets sont arrivés dans les collections qui les conservent aujourd’hui[4]. »

Processus de restitution

Déroulement du processus

Situation en 2023-2025

Les 26 objets du trésor béninois restitués ont séjourné au palais de la Marina du 19 février au 22 mai 2022, à l'occasion de l'exposition temporaire « Art du Bénin d'hier à aujourd'hui »[31]. Ils accompagnent 106 œuvres réalisées par 34 artistes béninois contemporains. Cette exposition a pour but de retracer l'histoire de l'art au Bénin[32].

À terme, les œuvres rejoindront le futur Musée des Rois et Amazones du Danhomè (MuRAD), le processus de restitution étant conditionné par la France à la réalisation d'un musée par la partie béninoise[33].

Les travaux du MuRAD, débutés en 2023[34], devraient se terminer en décembre 2025[35]..

Les œuvres concernées

Il existe un désaccord entre les deux pays sur le nombre et les objets qui ont été pillés au Bénin par Alfred Dodds et plus largement par les soldats du corps expéditionnaire français. Le gouvernement béninois, à travers Alain Gonodou, directeur de l'Agence nationale béninoise de promotion des patrimoines et de développement du tourisme, a exprimé que la liste des 26 œuvres retenue par le grand public a été établie unilatéralement par la France et sans concertation avec les instances béninoises[36],[37],[38].

Le trésor de Béhanzin

Il s'agit de 26 œuvres dont la statue anthropomorphe du roi Ghézo, la porte du palais royal d'Abomey, la statue anthropomorphe du roi Béhanzin et de plusieurs autres œuvres[39],[40],[41],[42], toutes conservées dans le musée du Quai Branly-Jacques Chirac en France[43]. Ces objets ont été pillés lors de la prise de la capitale du royaume du Dahomey par les troupes françaises dirigées par Alfred Dodds[44].

En fait, il n'y a pas 26 objets historiques de la cour de Dahomey volés par les troupes françaises, mais au moins 27 comme l'a rappelé très vite Marie-Cécile Zinsou, la présidente de la fondation Zinsou, association béninoise consacrée à l’art contemporain : « Au départ, je ne comprenais pas pourquoi Emmanuel Macron parlait de rendre vingt-six œuvres, car je savais que vingt-sept pièces avaient été rapportées en France par Dodds. Mais alors, où se trouvait celle sur laquelle tout le monde faisait l’impasse ? »[45]. Marie-Cécile Zinsou fait part de ses interrogations auprès d'un journaliste de la RFi, Pierre Firtion, le jour du retour de ces biens du trésor royal du Bénin à Cotonou[45]. Ce journaliste, intrigué, mène une enquête[45]. Ses investigations confirment l'existence de ce 27e objet, inscrit dans les inventaires en ligne du Musée du quai Branly, où étaient exposés les trésors royaux avant leur restitution, mais y figure comme étant en « échange sortant » avec le Kulttuurien museo (« musée des cultures »), un département du Musée national de Finlande[45]. Il avait été prêté à l'institution finlandaise bien des années auparavant, en 1939, par Boris Vildé, à l'époque conservateur au Musée de l'Homme[45]. Il s'agit d’un kataklè, un tabouret en bois à trois pieds qui servait de trône d’intronisation pour les princes d’Abomey[45]. Oublié, il figure toujours, après vérification, dans les réserves du Kulttuurien museo, en Finlande, et à ce titre n'a pas pu faire partie de l'opération de restitution[45]. le sujet de la restitution de ce kataklè fait l'objet de discussion de la part de la diplomatie béninoise avec le ministère finlandais des affaires étrangères[45]. En mai 2025 la ministre finlandaise de la culture Mari-Leena Talvitie remet lors d'une cérémonie de restitution qui se tenait à Cotonou le 27e trésor du Royaume du Dahomey à son homologue Jean-Michel Abimbola[46].

Conséquences

La demande de restitution de biens culturels du Bénin par la France a eu des conséquences dans ces deux pays concernés, mais également dans d'autres pays[En quoi ?].

Au Bénin

Le Bénin a démarré la construction d'un musée pour accueillir les œuvres lors de leur restitution[47]. Sa réalisation plus longue que prévu a été l'une des causes d'un décalage de la date prévue de restitution[48],[49],[50]. Dans le même temps et pour accélérer les restitutions à l'échelle panafricaine, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest élabore un plan d'action régional 2019-2023[51].

Une fois la restitution effectuée, elle constitue pour le président du Bénin un moment majeur, à la fois pour l'histoire du Bénin et pour ses relations avec la France[29]. Dans son discours réalisé à l'occasion de la cérémonie de restitution, il évoque un retour de « l'identité », de « l'âme » des béninois[52]. Il entend aussi poursuivre ses efforts pour que d'autres objets et œuvres d'art soient restitués[53].

En France

Vingt-six pièces ont été restituées le 10 au Bénin[54]. Il s'agit des œuvres offertes par Alfred Dodds au musée du Trocadéro : huit objets en 1893  trois statues mi-homme, mi-animal, quatre portes du palais et un siège royal  et les autres en 1895  trois récades, six autels portatifs, des calebasses gravées, les trônes des rois Ghézo et Glélé, un repose-pieds, un fuseau, un métier à tisser, une tunique et un pantalon de soldat [54].

En , le musée du Quai du Branly a organisé une exposition de ces 26 œuvres des trésors royaux d’Abomey avant leur restitution[55]. Une cérémonie de restitution s'est tenue le au musée du Quai Branly en présence du président Emmanuel Macron et du ministre des Affaires étrangères béninois Aurélien Agbénonci[56].

Dans les autres pays africains anciennement colonisés

Lors des hommages solennels rendus lors de la cérémonie de restitution, le président du Bénin Patrice Talon s'est exprimé sur son incidence internationale. Il espère que cette première salve de restitution donnera suite à d'autres rétrocessions, non seulement au Bénin mais aussi à d'autres pays africains[29].

Initiatives privées de restitution

Notes et références

Annexes

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