Restitution
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La restitution correspond au processus de retour de biens culturels et de dépouilles humaines dans leurs régions ou à leurs propriéaires d'origine. Mise en place dès les annés 1940 pour les œuvres d'art spoliées sous le Troisième Reich, des demandes apparaissent dans les années 1960 pour qu'elle s'étende à la restitution des objets et biens culturels emportés d'Afrique lors de la colonisation du continent.

Conscientisation
La conscientisation de la restitution des biens pillés par les puissances coloniales commence avec le processus de décolonisation, dès les années 1960[1]. Après quelques articles dans la presse congolaise et belge, Paulin Joachim publie en 1965 dans la revue Bingo un grand plaidoyer pour la restitution des arts africains pillés par l'Europe[1].
Dans cet article, il dénonce le paternalisme derrière l'idée que l'Europe serait une meilleure gardienne de l'art africain que l'Afrique elle-même ainsi que les conditions de conservation de ces vastes collections[1]. Il avance aussi que la question des restitutions n'est pas uniquement un enjeu de justice, mais aussi de construction de l'avenir des nations africaines[1]. Il souligne aussi le paradoxe d'organiser le FESMAN, prévu en 1966 à Dakar, pour célébrer l'art africain, avec des pièces destinées à 90% à ensuite repartir dans des musées occidentaux[1].
Ces revendications, dont l'UNESCO se fait l'écho en interne dès 1968, provoquent une réaction de rejet de la part des organisations muséales en Europe ; l'opinion publique occidentale, quant à elle, ne s'empare par de ces questions[1].
Consciences populaires et montées des opinions publiques au 21ème siècle
L'opinion publique se mêle de plus en plus de la question de la présence des œuvres emportées d'Afrique et conservées dans les musées occidentaux. La restitution n'est plus une affaire réservée à quelques privilégiés. Internet favorisant la communication, des messages échangés sur des plates-formes de réseaux sociaux, des films, documentaires, chansons... abondent en Afrique et dans ses diasporas[2]. De l'autre côté, un lobby anti-restitution s'est mis en place pour maintenir la situation actuelle des collections inchangée[3].
Achille Mbembe estime dans Les nouvelles relations Afrique - France en octobre 2021 que :
« Les demandes en faveur d’un accès universel aux chefs-d’œuvre de l’humanité et du retour des biens culturels dans leur pays d’origine ne cesseront de se multiplier dans les années qui viennent. Ces demandes et revendications porteront sur les œuvres et objets dont l’acquisition s’est faite d’une manière qui, du point de vue éthique, n’est défendable ni hier, ni aujourd’hui. Leur dimension internationale ira croissante. Il n’est pas certain que sur le plan international, les mécanismes juridiques existants suffisent à les prendre en charge, encore moins à y apporter satisfaction ou à concilier les attentes contradictoires que suscitent ces demandes. »
Des initiatives telles celles du CRAN, de Alter Natives, de Kwame Opuku ou encore du prince Kuma Dumbè à travers l'association AfricAvenir[4], militent pour la restitution[5]. En 2017, la Documenta, grand rendez-vous de l'art contemporain à Cassel en Allemagne, a donné une place clé au thème de la restitution[6].
Sous la pression de l'opinion, des musées à Berlin ont reconnu qu'une partie de leurs collections provenait de pillages militaires[7][réf. souhaitée].
Au Bénin, la fondation de Marie-Cécile Zinsou se mobilise pour la restitution via les jeunes et les réseaux sociaux. À Berlin, l'association No Humboldt 21 fédère les personnes qui réclament la restitution des restes humains et biens culturels africains. À l'université de Cambridge, un groupe de jeunes s'engagent pour la restitution des œuvres faisant partie du patrimoine culturel africain[8]. La demande de restitution des biens pillés[Quand ?] à Magdala en Éthiopie a permis le retour[Quand ?] de 10 œuvres mais 468 autres objets sont encore réclamés par l'Afromet.
À l'inauguration de l'AfricaMuséum à Bruxelles[9], le , le président de la RDC déclare :
« C'est une chose de demander la restitution des objets, c'en est une autre de les conserver correctement. L'idée est donc là, mais il faut le faire progressivement. C'est un héritage congolais, donc un jour il faudra bien qu'il nous revienne, mais il faut que cela se fasse de manière organisée[9] »
Pour Boris Wastiau, la cause est d'ailleurs entendue :
« Dans les années qui viennent, se posera de plus en plus la question de la propriété des biens culturels. Par exemple, des représentants des peuples amérindiens viendront tôt ou tard nous demander de restituer certains objets issus des collections du Musée d'ethnographie de Genève et nous collaborerons ouvertement avec eux. Dans cette perspective, je considère les musées comme les détenteurs provisoires de leurs collections[10]. »
— Boris Wastiau, directeur du Musée d'ethnographie de Genève.
Sur plusieurs médias, en réaction aux déclarations d'Emmanuel Macron, le président du musée du quai Branly souligne que :
« — [on ne] peut avoir un continent privé à ce point des témoignages de son passé et de son génie plastique
— [la situation] n’a pas vocation à durer
— le destin de ces pièces passera certainement par le retour d’une partie d’entre elles[11],[Sarr/Savoy 1]. »
— Stéphane Martin, président du musée du quai Branly
Histoire
Verrouillage légal au moment de la décolonisation
Au début du processus de décolonisation de l'Afrique, de nombreuses institutions culturelles de Belgique, de France et du Royaume-Uni prennent conscience du risque pour elles de perdre leurs collections coloniales et décident de changer le cadre légal afin de s'assurer que les œuvres restent en Europe[1].
Ainsi, en France, le musée national des Arts d'Afrique et d'Océanie passe de la tutelle du ministère des Colonies à celui du ministère de la Culture. Par ce changement, ces collections acquièrent ainsi le principe d'inaliénabilité[1]. Juste après la signature des accords d'Évian, le gouvernement français ordonne le transfert sous le manteau de trois cent peintures du musée national des Beaux-Arts d'Alger vers la France hexagonale[1]. Celle-ci sont restituées, après de longues tractations, en 1969[1].
En Belgique, le directeur du ministère de la Culture fait un lobbying intensif pour que les œuvres congolaises soient explicitement exclues du processus de séparation économique entre la Belgique et la République démocratique du Congo[1]. Au Royaume-Uni, le parlement vote en 1963 un changement du British Museum Act, qui retire la possibilité à l'institution de donner ou vendre ses œuvres[1].
Années 1960 : Premières réclamations
De 1967 à 1969, le Musée royal de l'Afrique centrale organise une exposition itinérante de ses collections en Amérique du Nord, pour laquelle elle prête deux cent de ses pièces venues du Congo belge ; la République Démocratique du Congo réclame qu'à l'issu de cette exposition, les pièces lui soient restituées plutôt que de retourner en Belgique[1]. Le musée royal préfère participer à la conception du musée national de Kinshasa, dont le premier directeur est Lucien Cahen, ancien directeur du musée royal, considérant que le Congo n'a pas les institutions suffisantes pour récupérer ses œuvres[1].
1971 : Reconnaissance internationale de principe, refus en acte par les musées occidentaux
En 1971, l'archéologue nigérian Ekpo Eyo (ig) porte une mission de lobbying visant à ce que les musées occidentaux accordent des prêts permanents au Nigeria ; son travail aboutit à une résolution du conseil international des musées en septembre de la même année, dans laquelle les musées ayant de « larges collections étrangères » s'engagent, par tous les moyens (dons, prêts, dépôts, échanges, etc), au développement d'institutions culturelles dans les pays d'origine de ces collections[12].
Cette demande du Nigeria s'inscrit dans une politique de fierté et de cohésion nationale à travers les institutions culturelles du pays[13]. La demande que le Nigeria adresse à la fondation du patrimoine culturel prussien, pourtant au début bien accueillie par l'Allemagne de l'Ouest qui y voit un instrument de soft power et de diplomatie envers les nations nées de la décolonisation, reçoit un accueil très déforable de Hans-Georg Wormit (de) : celui-ci fait remonter la question aux autorités fédérales afin de faire traîner le dossier, avec de nombreux arguments contre les restitutions[13]. Il présente les musées de Berlin comme des victimes de la seconde guerre mondiale ne pouvant se permettre de perdre davantage de collections, affirme que les œuvres, pillées lors de l'expédition punitive britannique au royaume du Bénin, ont été légalement achetées par l'Allemagne à Londres et soutient que, dans un contexte de guerre froide, il est primordial que les musées de Berlin-Ouest soient d'envergure internationale et rivalisent avec ceux de Berlin-Est[13].
Chronologie au 21ème siècle
Des pays comme l'Éthiopie et le Nigeria réclament depuis le début du XXIe siècle le retour d'objets disparus pendant la colonisation. La plupart de ces réclamations sont passées sous silence en Occident[14].
- : Aurélien Agbénonci, le ministre béninois des Affaires étrangères et de la Coopération, demande, dans une lettre officielle, la restitution des statues et des insignes emportés lors du sac des palais d'Abomey en 1892 par le colonel français Alfred Amédée Dodds. Cette collection fût par la suite offerte au musée d’ethnographie du Trocadéro, et puis a intégré le musée du quai Branly. Le gouvernement français refuse la rétrocession le au nom du principe d’inaliénabilité[15].
- : le British Museum fait l'objet d'investigation de la part du gendarme de la Communication. Le musée aurait dissimulé des informations autour d’une dizaine de tablettes sacrées, pillées en Éthiopie, lors de la colonisation. L'Éthiopie réclame la restitution de ces objets d'arts[16].
- : le président français Emmanuel Macron s'engage à la restitution de trois crânes sakalava à l'État de Madagascar, jusqu’alors conservés au musée de l'Homme, à Paris, en France[17].
Restitutions
Processus de restitutions
Conditions et cadres juridiques
Sur le plan juridique, les pays qui possèdent ces biens protègent les collections de leurs musées par les principes d'inaliénabilité de propriété[18] et d'appartenance au patrimoine national[19]. La décision de restitution ne pouvant dès lors être prise que par les gouvernements où les parlements[15]. En 2021, seules quelques lois ont apporté des dérogations à ce principe et ouvert la voie à des restitutions[18]. En Belgique, il n'existe aucun cadre juridique pour la restitution. Des initiatives ont été prises et une commission parlementaire consacrée au passé colonial a été mise en place pour élaborer des critères mais des suites concrètes restent attendues[15]. Des lois sont élaborés dans certains pays (Suisse[20], etc.) et encadrent la restitution des biens[21].
Une convention de l'UNESCO sur « l’importation, l’exportation et le transfert illicites des biens culturels », adoptée en 1970, ouvre la voie à des restitutions d’objets mis récemment en circulation. Vers la fin des années 1970, l'UNESCO réalise un formulaire type de demandes de retour et de restitution[22].
Il y a alors deux options :
- Les prêts à long terme ou des « restitutions » sous formes numériques[15], décidés par les conservateurs entre musées. Cette option arrange les détenteurs actuels des collections[19].
- L'établissement après inventaire de l'origine africaine de l'œuvre[a]. Cette option - non privilégié par les collectionneurs occidentaux[b] - donne des arguments aux pays africains pour la mise en place d'une demande de restitution.
Le droit[Où ?] ne prend en compte des prises de guerre qu'à partir de 1899 avec la première conférence de La Haye. Tout objet pillé avant cette date est considéré comme inaliénable[19].
En France
En France, Emmanuel Macron va à l'encontre des décisions de ses prédécesseurs, quand il met en œuvre un programme de restituions suivant le rapport Sarr et Savoy[23],[24]. Dans les lettres de mission adressée à Felwine Sarr et Bénédicte Savoy[25], Emmanuel Macron évoque des restitutions temporaires pour augmenter la circulation des œuvres, mais il mentionne aussi une modification pérenne des inventaires pour des restitutions définitives[26]. La lettre reprend le mot restitution trois fois. Excluant ainsi les querelles, doutes et interprétations sur les possibilités désormais ouvertes de transfert de propriété[27]
En décembre 2023, le Parlement français s'apprête à adopter une loi fixant un cadre pour restituer à des États des « restes humains » présents dans les collections publiques françaises. Cette initiative vise à « apaiser et réconcilier les mémoires » concernant des vestiges « parfois entrés dans nos collections après avoir été acquis de manière illégitime voire violente », notamment lors de conquêtes coloniales, selon la ministre de la Culture Rima Abdul Malak[28].
Cette proposition de loi, initiée par les sénateurs Catherine Morin-Desailly, Pierre Ouzoulias et Max Brisson, crée une dérogation au principe d'inaliénabilité des collections. Elle permettra par décret en Conseil d'État de faire sortir des collections des restes humains « de personnes mortes après l'an 1500 », afin de les restituer à leur pays d'origine. Cette mesure vise à faciliter les démarches de restitution, alignant la France sur les efforts internationaux en matière de justice historique et culturelle. La loi-cadre permettra la restitution prochaine de restes humains, comme le squelette du fils d'un chef amérindien de la communauté Liempichún, réclamé par l'Argentine et sa communauté Mapuche, ainsi que des crânes Sakalaves de Madagascar, tous conservés au musée de l'Homme à Paris.
Une enquête du New York Times publiée le 28 novembre 2022 a mis en lumière un aspect des collections coloniales du musée de l’Homme à Paris : la détention de 18 000 crânes d’Africains, d’Australiens et d’Indiens d’Amérique, conservés au sous-sol, place du Trocadéro. Cet article a provoqué un silence, illustrant un tabou persistant autour du néo-colonialisme[29].
Restitutions réalisées
- Restitution de la dépouille de Saartjie Baartman, dite Vénus Hottentote, à l'Afrique du Sud en 2002[30].
- L'obélisque d'Aksoum (Éthiopie) en 2008[31].
- En 2015, 26 biens culturels archéologiques restitués par la Suisse à l’ambassade d'Égypte à Berne[23].
- Masque makondé (Tanzanie) restitué / donné[23] par le musée Barbier-Mueller, à Genève le après une plainte de la Tanzanie à l'UNESCO en 2006, plainte désormais retirée[32],[33],[34],[35],[36].
- Les récades du royaume d'Abomey (initiative spontanée de restitution par des collectionneurs privés)[37].
- Le sabre dit d'El Hadj Oumar Tall[18]. En décembre 2020, le Parlement vote une loi autorisant la restitution du sabre et de son fourreau au Sénégal[38], le faisant de fait sortir des collections du musée de l'Armée[39].
- 19 crânes et des ossements des tribus Herero et Nama sont restitués le par l'Allemagne à la Namibie. Ces objets ont été emportés lors du massacre des Héréros et des Namas en 1904, ce que les historiens considèrent comme le premier génocide du XXe siècle. C'est la troisième restitution après celles de 2011 et 2016[40],[41],[42]. Les objets proviennent de la collection anthropologique de la clinique universitaire berlinoise de la Charité[43],[44].
- Le , Sindika Dokolo restitue à travers sa fondation 6 œuvres volées au peuple tchokwé pendant la guerre civile d'Angola, que sa fondation avait racheté.
- La bible et le fouet d'Hendrik Witbooi ont été restitués par l'Allemagne à la Namibie le [45].
- En 2014 et 2019[46], Mark Walker, un héritier du butin de l'expédition militaire de 1897 à Benin City au Nigéria[47], restitue des biens saisis par son grand père Herbert[48],[49].
- En 2020, La France restitue les crânes de résistants commandés par Ahmed Bouziane, décapités en Algérie en 1849 et exposés à Paris[50]

- Le , l'Allemagne accepte de restituer des bronzes du Bénin pillés en 1897[51]. En décembre 2022, Annalena Baerbock et Claudia Roth, ministres allemandes, respectivement, des Affaires étrangères et de la Culture, se rendent à Abuja, capitale du Nigéria, pour remettre 23 des bronzes, étant entendu qu'ils seraient exposés dans un nouveau musée[52]. L'Allemagne a également officiellement transféré la propriété de plus d'un millier d'autres trésors du Bénin à l'État nigérian, même si certains resteront en prêt et d'autres voyageront dans des expositions.
- Or, au lieu de placer les bronzes dans un musée, le président Muhammadu Buhari les a transmis à Ewuaré II, l'Oba, ou roi du Bénin, qui déterminera désormais leur sort[52]. Ainsi, le groupe de bronzes du Bénin que l'Allemagne a restitués au Nigeria a disparu dans une collection privée au lieu d'être exposé dans un musée comme promis, incitant certains observateurs à qualifier la restitution de « fiasco »[52]. Brigitta Hauser-Schäublin, professeur émérite d'anthropologie à l'université de Göttingen, remarque dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Ce que les politiciens considéraient comme le retour du patrimoine culturel à la "nation nigériane" s'est plutôt transformé en un cadeau à une seule famille royale ». Le British Museum et d'autres institutions de Londres ont jusqu'à présent résisté aux pressions pour renoncer à leurs bronzes béninois sont susceptibles de prendre note de ce précédent[52]. En 2019, la chaîne de télévision allemande Deutsche Welle accompagne une délégation d'officiels allemands en visite africaine, à la suite de quoi elle produit le documentaire The stolen soul - looted art from Africa, qui revient sur certains projets de restitution par l'Allemagne, notamment au Nigéria d'objets appartenant au royaume du Bénin[53].
Restitutions (partiellement) réalisées
- 10 œuvres sont restituées mais 468 autres objets pillés en 1868 en Éthiopie par les forces britanniques sont encore réclamées par l'Afromet.
- Jan Baptist Bedaux, collectionneur néerlandais, (lié à Rogier Michiel Alphons Bedaux) propose de restituer 650 pièces d'objets Tellem et Dogon au musée de Bamako au Mali[55].
Restitution en cours
Restitution des biens culturels et historiques à l'Algérie
Les biens culturels et historiques de l'Algérie sont l'ensemble d'œuvres et objets du patrimoine algérien qui ont été emportés, volés, disparus, illicitement exportés, retrouvés et restitués. Ces biens culturels ont été emportés hors de leurs lieux d'existence et qui ont fait l'objet de déplacements, soit par le résultat d'achats, de dons, de legs, de trocs, mais surtout de spoliations, pillages, vols et butins de guerre, ce qui a abouti à une accumulation de ces biens culturels dans des collections principalement occidentales.
Restitutions au Bénin
par la Finlande
Le , la Finlande restitue au Bénin un kataklè, un siège royal à trois pieds provenant du Dahomey, qui a été retrouvé au Musée national finlandais[56].
par la France
La restitution des biens culturels du Bénin par la France est un processus démarré par la demande officielle effectuée en par le président béninois Patrice Talon au sujet des biens saisis au Bénin lors du sac effectué par les soldats français à Abomey en 1892[c].
Initialement refusée par le gouvernement français sous la présidence de François Hollande[57], la demande est acceptée sous la présidence d'Emmanuel Macron sous la forme d'une loi qui reste limitée à 26 œuvres — ce que conteste le gouvernement béninois. Dans ce contexte, le Bénin aménage un musée pour accueillir ces 26 œuvres, qui lui sont restituées le 10 novembre 2021.
En 7 jours, 15 000 personnes - plus qu'en un an - visitent la collection d'objets qui quittera la France pour être restituée[58].
Restitution à la Côte d’Ivoire
par la France
Le , les sénateurs français se prononcent sur une proposition de loi devant permettre le retour en Côte d’Ivoire d’un objet saisi en 1916, le Djidji Ayokwe[59]. Le projet de loi est adopté à l'unanimité en première lecture, au Sénat[60]. L'Assemblée nationale se saisit ensuite du projet de loi[61]. Le , l’Assemblée nationale adopte à l'unanimité une loi portant sur la déclassification du tambour parleur « Djidji Ayokwe » des collections publiques françaises, dans le but de le restituer à la Côte d’Ivoire[62].
par le Japon
En , le Japon restitue à la Côte d'Ivoire six biens culturels appartenant au groupe Akan. À l’origine, ces objets culturels avaient été offerts en 1993 par le président Félix Houphouët-Boigny à la cour impériale du Japon. Plus de trente ans plus tard, la princesse Takamado a décidé de les rétrocéder, pour notamment des raisons spirituelles. Selon une source proche du dossier, « dans la tradition japonaise, le masque est considéré comme un esprit : il doit revenir dans ses terres »[63].
Restitution à la Grèce par l'Angleterre

Le gouvernement grec exige la restitution des marbres d'Elgin en invoquant deux arguments :
- l'imprécision du firman ottoman qui n'autorisait pas explicitement Lord Elgin à emporter les marbres ;
- le droit inaliénable du gouvernement grec de récupérer ces marbres, élément essentiel de son patrimoine historique, cédé par une autorité qui ne représentait pas le peuple grec.
Ce à quoi le gouvernement britannique répond que l'acquisition des marbres s'est faite selon les règles de droit en vigueur à l'époque :
- c'est-à-dire un premier firman émis en 1803, même si celles-ci manquaient de précision, comme cela était souvent le cas s'agissant de règles de droit non occidentales ;
- un deuxième firman, émis en 1809, déjà plus précis, demandant à Giovanni Battista Lusieri, peintre italien attaché au service de Lord Elgin, d'emporter les caisses contenant les marbres.
Le gouvernement britannique s'attache à cette position pour éviter d'ouvrir une boîte de Pandore qui provoquerait une cascade de demandes de restitution pour d'autres antiquités, elles aussi acquises dans des conditions contestables, en vertu du principe de non-rétroactivité des lois.
Plusieurs célébrités telles que l'acteur britannique Stephen Fry, se sont déclarées en faveur du retour des marbres à Athènes, ainsi que des intellectuels comme Christopher Hitchens[64] et Catharine Titi[65],[66].
Demande de restitution d'œuvres d'art par le Mozambique
En , le Mozambique entame une demande de restitution de ses œuvres d'art pillées lors de l'époque coloniale. D’après la ministre mozambicaine de la Culture, au moins 800 œuvres d’art ou objets patrimoniaux ont été pillés durant la colonisation. Un certain nombre ont été exposés dans des musées au Portugal, mais aussi dans le reste de l’Europe[67].
Demande de restitution par le Niger à la France
Le , plusieurs journaux révèlent que, d'après une lettre du représentant permanent de la France à l’ONU datée du , la France a fait part aux autorités nigériennes de sa volonté de restituer des objets culturels pillés lors de l'époque coloniale[68],[69]. Dans cette lettre, il déclare également que Paris est « ouvert au dialogue bilatéral avec les autorités nigériennes, ainsi qu’à toute collaboration en matière de recherche de provenance ou de coopération patrimoniale »[68].
Restitution d'oeuvre d'art au Nigeria par le Pays-Bas
En , les Pays-Bas restituent officiellement 119 sculptures de la collection de bronzes du Bénin, pillées dans le royaume éponyme, dans l'actuel État d'Edo, au Nigéria, par les forces coloniales britanniques[70].
Restitutions par la Belgique
Le , le conseil de direction de l'AfricaMuseum à Bruxelles communique sur le fait qu'il adopte une approche ouverte et constructive sur la restitution du patrimoine culturel africain[15]. Il affirme qu'« il n'est pas normal qu'une partie aussi importante du patrimoine culturel africain se trouve en Occident, alors que les pays d'origine en sont en fait les propriétaires moraux » et reconnaît que ces « collections ont été en partie acquises au cours de la période coloniale dans le contexte d’une politique d’inégalité légale : les gens étaient forcés ou mis sous pression pour abandonner des objets, ils étaient trop faibles pour négocier le prix quand ils voulaient vendre des objets »[15].
Restitution des œuvres d'art spoliées sous le Troisième Reich

La restitution des œuvres d'art spoliées sous le Troisième Reich est la tentative de retrouver les œuvres d'art pillées par les nazis dans toute l'Europe, depuis l'instauration de leur régime en 1933 (spoliation des Juifs dans l'Allemagne nazie) jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale (spoliation dans les pays occupés), et de les restituer à leurs propriétaires. Elle s'inscrit dans le cadre de la politique allemande de réparation des crimes du régime national-socialiste.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les forces alliées en Allemagne découvrent un grand nombre d'œuvres d'art pillées, les mettent en sécurité et les restituent à leur pays d'origine. Si certaines œuvres sont vite restituées (les 21 903 objets d'art du château de Neuschwanstein sont retrouvés avec leurs archives formant un véritable catalogue de spoliation[71]), beaucoup d'objets d'origine indéterminée sont parvenus sur le marché international de l'art et dans des collections publiques. Le nombre des œuvres d'art non restituées à leur propriétaire légal, pouvant être identifiées, et dispersées dans le monde dans des collections publiques ou privées, est estimé à 10 000[72].
En , le United States House Committee on Financial Services (en) de la Chambre des représentants des États-Unis évalue qu'entre 1933 et 1945, 600 000 œuvres ont été volées, expropriées, saisies ou pillées : 200 000 en Allemagne et en Autriche, 100 000 en Europe de l'Ouest et 300 000 en Europe de l'Est[73].
Représentations culturelles
Le film Les statues meurent aussi, réalisé en 1953 et censuré pendant onze ans par les autorités françaises, explore le colonialisme à travers les collections africaines en France[12]. Dans les années 1970, les gouvernements du Ghana et du Nigeria encouragent la production du cinéma africain[12]. En 1971, Nii Kwate Owoo réalise Tu me caches, le premier film africain sur les restitutions[12]. Des représentants du British Museum sont présents à la première et quittent la salle avant la fin du film[12]. En 1979, Eddie Ugbomah réalise The Mask, lui aussi sur les collections du British Museum[12].
L'une des premières scènes de Black Panther, film sorti en 2018, représente Erik Killmonger volant une arme du Wakanda dans les collections d'un musée britannique et justifiant son geste comme une forme de restitution[74]. Pour Mathilde Serrell, Hollywood enferme ainsi le débat entre deux « méchants », la conservatrice voulant conserver les œuvres et l'anti-héros, qui prétexte la justice pour en réalité servir ses intérêts personnels[74].
En 2026 sort Relooted, un jeu vidéo sud-africain où le joueur doit récupérer des œuvres africaines conservées dans des musées occidentaux, avec dans la bande annonce la question « Est-ce du vol de récupérer des objets volés ? »[75].
Critique
Les très mauvaises conditions de conservation dans certains musées africains sont enfin pointées du doigt, tout comme le précédent du musée royal de l'Afrique centrale de Tervuren en Belgique, qui avait restitué 114 œuvres au Congo dans les années 1970-1980[76], dont il ne reste que 21 exemplaires en 2018, la plupart ayant été depuis volées ou revendues dans l'illégalité[77].
Notes
- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Objets et biens culturels emportés d'Afrique » (voir la liste des auteurs).
- Le MRAC a mis en place des programmes et des équipes comprenant des scientifiques africains pour établir provenance de ses collections.
- Le MRAC circonscrit fortement les possibilités de restitution :
- aux objets ayant une grande valeur symbolique pour les pays concernés.
- aux demandes de restitutions pertinentes et formelles, venant d'autorités reconnues
- à une étude approfondie sur le processus d'acquisition des œuvres
- au un groupe de travail composé d'experts
- au rapport et conseils de ce groupe de travail au ministre compétent et sur la demande spécifique
- Ce processus de restitution ne doit pas être confondu avec le retour au Bénin d'objets faisant partie de collections privées en France.