Ruth Wales du Pont
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Hyde Park, New York, Etats-Unis
Wilmington, Delaware, Etats-Unis
| Naissance | Hyde Park, New York, Etats-Unis |
|---|---|
| Décès |
(à 78 ans) Wilmington, Delaware, Etats-Unis |
| Sépulture |
Cimetière de la famille Du Pont de Nemours |
| Nationalité |
Américaine |
| Activités | |
| Père |
Edward Howe Wales (1856-1922) |
| Mère |
Ruth Holmes Hawks Wales (1862-1932) |
| Conjoint |
Henry Francis du Pont (ép 1916) |
| Enfant | Pauline Louise (1918–2007) Ruth Ellen (1922–2014) |
Ruth Wales du Pont (10 juin 1889 – 7 novembre 1967) est une mondaine américaine, philanthrope, compositrice classique amateur et épouse de Henry Francis du Pont, fondateur du musée, jardin et bibliothèque de Winterthur, considéré aujourd'hui comme le musée possédant la plus grande collection d'arts décoratifs américains au monde.
Ruth Wales naît le 10 juin 1889 à Hyde Park, une banlieue huppée de New York. Fille unique d'Edward Howe Wales et de Ruth Holmes Hawks Wales, elle est la petite-fille d'un courtier en bourse, conseiller de Theodore Roosevelt, commodore de la réserve de la marine américaine et coureur de jupons qui préfére résider à Washington. Ruth grandit à Hyde Park avec sa grand-mère et sa mère, avec qui elle entretient une relation très étroite. Son grand-père paternel est Salem Howe Wales, commissaire aux parcs de la ville de New York, tandis que son oncle par alliance est le sénateur républicain de l'État de New York Elihu Root. Franklin Delano Roosevelt est son voisin à Hyde Park, et assiste plus tard à son mariage[1]. À partir de l'âge de 12 ans, elle entre à l'internat de Miss Spence's School, une école préparatoire prestigieuse où elle excelle sur le plan scolaire[1],[2].
Vive et sociable, Ruth Wales grandit dans la haute société, fréquentant les familles fortunées de la côte Est et menant une vie mondaine trépidante entre Southampton, Bar Harbor, Watch Hill, Providence et New York[1]. Chaque été, elle séjourne à Southampton, station balnéaire de luxe sur Long Island, où son grand-père, Salem Howe Wales, possède une demeure, appelée Ox Pasture, située au bord du lac. Selon sa famille, Ruth est une jeune femme très populaire, avec de nombreux prétendants. Au début de sa vingtaine, son père l'emmène en Angleterre et en France, où elle visite les écuries royales en compagnie de Rosa Lewis, ancienne cuisinière et maîtresse du roi Édouard VII, que Ruth qualifie de « l'une des femmes les plus fascinantes que j'aie jamais rencontrées ». Dans la même lettre, elle évoque cependant avec approbation la structure des classes de la société britannique, qui « maintient assurément chacun à sa place… sans aucun mélange des classes »[1],[2].

Ruth rencontre son futur mari, Henry Francis du Pont, surnommé Harry (1880-1969), au cours des mondanités qui, à cette époque, rythment la vie de la bonne société américaine. En 1912, Ruth et Henry prennent part à une croisière sur le récemment achevé Canal de Panama. Ruth dit alors dans une lettre que « personne ne peut être plus aimable qu'Harry » et qu'aucun voyage « n'aurait pu être plus amusant »[2]. Enfin, en 1916, après sept ans de fréquentation, elle épouse Henry Francis du Pont dans l'église épiscopale d'Hyde Park. De neuf ans son aîné, du Pont est introverti et maladroit socialement ; il préfère passer ses journées à élever du bétail, collectionner des antiquités et gérer le domaine familial de Winterthur, près de Wilmington, dans le Delaware. Sa mère, à laquelle il était très attaché, est décédée pendant ses études universitaires, et il entretient des relations difficiles avec son père, l'autoritaire Henry Algernon du Pont (1838-1926), ancien sénateur et colonel américain. Après leur mariage, Henry et Ruth vivent à Winterthur avec le père de Henry, qui exigeait notamment que les divorcées ne viennent pas à Winterthur et que ses petites-filles parlent français en sa présence[1]. L'anxiété et les insomnies de Ruth s'aggravent tant en la présence de son beau-père qu'à partir de 1918, elle prend régulièrement des médicaments pour les nerfs. En 1921, elle quitte en grande partie le domaine de Winterthur, qu'elle apprécie peu et surnomme « Frog Hollow » (le creux aux grenouilles). En 1924, elle suit une cure de repos au centre Austen Riggs, dans le Massachusetts[3],[4],[1].
Malgré leurs personnalités distinctes et les difficultés familiales qu'ils rencontrent, le couple semble très uni[2]. Contrairement à son mari, Ruth s'intéresse peu à l'agriculture et au jardinage, et préfère séjourner dans leur appartement de Park Avenue à Manhattan, où elle peut profiter de la vie mondaine et culturelle new-yorkaise. Souvent accompagnée d'Henry ou de leurs filles, elle séjourne fréquemment également à Chestertown House (leur résidence d'été à Southampton) ou dans la maison d'hiver de la famille sur l'île de Boca Grande Key, en Floride[1],[2]. Ruth laisse à son mari la plupart des responsabilités domestiques de Winterthur, notamment les menus et la décoration, car il apprécie de pouvoir s'occuper lui-même de ces détails, habituellement réservés aux femmes.
Henry et Ruth ont deux filles, Pauline Louise du Pont Harrison (1918-2007) et Ruth Ellen du Pont Lord (1922-2014). Dans ses mémoires, Ruth Ellen décrit sa mère comme une femme aimable mais distante, qui prenait rarement ses enfants sur ses genoux[4]. Pauline épouse l'avocat new-yorkais Alfred C. Harrison. Ruth Ellen épouse quant à elle George deForest Lord, professeur à l'université Yale, originaire de New Haven, dans le Connecticut[5].
Compositions musicales
Issue de la bonne société américaine, Ruth reçoit des leçons de piano dès l'âge de 13 ans et devient compositrice classique amateur. Même un an après son mariage, elle se rend chaque semaine au Conservatoire Peabody de Baltimore, où elle étudie l'harmonie auprès du célèbre chef d'orchestre Gustav Strube. Elle abandonne ses études dans les années 1920, accaparée par les responsabilités familiales, mais continue à composer et à jouer du piano à queue de Winterthur pour divertir ses invités. Elle compose un chœur pour un ragtime, une sonate pour orgue, au moins une valse, une berceuse, quatre danses, des fugues (dont une seule fut perdue dans une gare), ainsi que l'introduction et le premier acte d'un opéra intitulé « A New England Romance », inspiré de la nouvelle « Ethan Frome » d'Edith Wharton. Ruth compose également des chansons originales et des partitions pour certains de ses poèmes préférés, notamment « The Night Rider » et « Home from the Hill » de Robert Louis Stevenson[1].
Le chef d’orchestre Brian Cox la décrit comme une « compositrice importante mais oubliée » et «l’une des rares compositrices du Delaware qui écrivaient pour l’art »[3].
Les compositions de Ruth sont interprétées publiquement dans divers lieux du Delaware. En 1976, le Christ Church Christiana Hundred organise un festival de musique présentant sa « Fugue en sol mineur pour orgue », d'inspiration pseudo-baroque, interprétée par Stefan Kozinski[6]. Cette pièce est ensuite été enregistrée pour un album de 1993 intitulé Music from the Banks of the Brandywine, dirigé par Brian Cox et composé principalement de pièces d'Alfred I. du Pont. En 1995, le concert du New Tankopanicum Orchestra au musée Winterthur marque la première interprétation publique d'une de ses compositions. En 2014, le Wilmington Community Orchestra, dirigé par Brian Cox, donne la première mondiale d'une autre de ses œuvres[7].
Convictions personnelles
Tout comme son mari, Ruth est une républicaine convaincue qui déplore la politique du New Deal de son vieil ami Roosevelt. Lorsque sa fille cadette annonce son intention de voter pour Roosevelt, Ruth se montre scandalisée. Elle considère ce dernier comme un « traître à sa classe » et, en , elle prononce un discours si virulent en faveur d'Alfred Landon, le candidat républicain, qu'un habitant de Winterthur, présent dans l'assistance, déclare qu'il ne manquerait pas de gagner des voix pour Roosevelt[1]. Son animosité envers Roosevelt, née peut-être d'un sentiment de trahison de la part d'un ami, ne s'atténue guère avec le temps. En 1954, Ruth écrit au secrétaire au Trésor pour lui annoncer qu'elle financerait le rappel de toutes les pièces de dix cents à l'effigie de Roosevelt[1],[4].
Ruth et son mari sont épiscopaliens et fréquentent régulièrement l’église de Christ Church Christiana Hundred, le lieu de culte traditionnel de la famille du Pont de Nemours près de Winterthur.
Mort et héritage
Ruth Wales du Pont décède le à au Delaware Division Hospital de Wilmington, où elle est hospitalisée depuis le de la même année. Elle ensuite inhumée au cimetière Du Pont de Nemours à Wilmington. Ruth laisse derrière elle son mari, ses deux filles, huit petits-enfants et deux arrière-petits-enfants[5].
Alexander Ames et Devon Ennis soutiennent dans leur ouvrage de que « Ruth Wales du Pont est une figure sous-représentée dans l’histoire de Winterthur telle qu’elle est présentée aux visiteurs aujourd’hui »[8]. Hormis sa chambre, aujourd'hui la Blue Room du musée, et le piano à queue sur lequel elle jouait pour les invités, « sa présence est rarement évoquée lors des visites guidées ». Cependant, en , une exposition au musée, jardin et bibliothèque de Winterthur retrace la vie de Ruth et présente divers objets lui ayant appartenu, notamment sa collection de partitions et une reconstitution de sa robe de mariée[3],[9].
En , Ruth et son mari font don d’un terrain de 12,5 hectares, situé sur Captains Neck Lane à Southampton, à des fins de préservation de la nature. La réserve porte le nom de sanctuaire Ruth Wales du Pont, en l’honneur de sa donatrice[3],[2].
Ruth est également administratrice de la reconstruction du Tryon Palace (en), ou palais du Gouverneur à New Bern, en Caroline du Nord. Le manoir est conçu par son ancêtre, l’architecte John Hawks (en)[5].