Segontium

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Période d'activité
77-394

Segontium est un fort romain à la périphérie de Caernarfon dans la région de Gwynedd, au nord du pays de Galles et occupé par des troupes auxiliaires belges et germaines.

Fondé en , le fort est en activité continue jusqu'en à la fin de l'occupation romaine en Grande-Bretagne. Cette occupation particulièrement longue est peut-être due à la nécessité de protéger les terres fertiles et riches en minéraux de l'île d'Anglesey. Pendant toute la période romaine, Segontium a été le centre militaire et administratif du nord-ouest du pays de Galles[1],[2].

Le site se trouve à cheval sur Constantine Road (la A4085), à moins de 500 m à l'est de la rivière Afon Seiont, et à peine 900 m du château de Caernarfon qui, lui, se trouve à l'embouchure de cette même rivière se déversant dans le détroit de Menai (séparant l'île d'Angleterre de l'île d'Anglesey)[3].

Toponymie

Le nom de Segontium vient de celui de la rivière : sego-, signifiant “vigoureux”, que l'on retrouve dans sa forme moderne, Seiont[1].

Segontio est marqué dans l'itinéraire d'Antonin (daté d'entre la fin IIIe siècle et le milieu du IVe siècle) : il y est placé à 24 miles romains de Canovium (en) (actuel Caerhun), comme point de départ d'Iter XI, la route de Caernarfon à Deva (Chester, Cheshire, proche du pays de Galles). Il n'est pas mentionné dans la Géographie de Ptolémée. La Cosmographie de Ravenne donne Seguntio, suite à l'entrée inconnue du Mediomanum[4].

Description

Le fort a une surface de 2,27 ha[5].

Histoire

Contexte de la construction originelle

La conquête du pays de Galles, à l'exception de sa partie nord-ouest, est entreprise pendant le gouvernorat de Julius Frontinus (73-77)[n 1]. Julius Agricola devient gouverneur en 77 et est immédiatement confronté à une rébellion des Ordovices. La rébellion est écrasée et Agricola achève la conquête du pays de Galles en investissant Anglesey. Le réseau de forts romains et de leurs routes à travers Gwynedd est sauf exception construit au début de la période des flaviens (donc sous Vespasien, 69 à 79). Segontium date presque certainement du temps d'Agricola en Bretagne romaine ; il est conçu pour former le centre de la consolidation romaine du nord du pays de Galles[2].

L'intérêt de la conquête de l'île d'Anglesey est multiple. Cette île est riche en minéraux, notamment les mines de cuivre de la montagne de Parys dans le nord de l'île à quelque km au sud d'Amlwch[6], exploitées dès l'âge du bronze britannique[7]. Elle est riche aussi en denrées agricoles car son sol est fertile. Enfin – et peut-être surtout, du point de vue d'un envahisseur – elle est le dernier bastion de la résistance des autochtones, y compris leurs druides, à l'envahisseur romain ; car elle est déjà remarquablement riche en histoire à l'époque romaine, avec de très nombreux sites préhistoriques tant habitats que monuments sacrés[8]. En témoignent par exemple l'ensemble de 181 objets datés de l'âge du fer (principalement Ier siècle av. J.-C.) trouvés au bord du lac Llyn Cerrig Bach (en) dans l'ouest d'Anglesey. Ils sont en règle générale de très belle facture, très soignée ; et la plupart ont été fabriqués au-delà du pays de Galles : certains en Irlande, d'autres – nombreux – dans le sud-est de l'actuelle Angleterre, d'autres encore dans le nord-ouest de l'Angleterre. Cette diversité de provenances et la qualité de l'ouvrage tend à indiquer un site de pèlerinage sacré, assez renommé pour que son influence s'étende loin sur l'île d'Angleterre[9].

Ier – IIe siècles

Les fouilles de 1975-1979 révèlent plusieurs unités de caserne en bois datant de la fin du Ier siècle et du début du IIe siècle. Les historiens en déduisent que le fort a été initialement conçu pour accueillir un cohors milliaria (un régiment d'infanterie auxiliaire, jusqu'à 1 000 hommes)[1]. C'est probablement le plus grand fort romain du nord du Pays de Galles[10]. Mais la campagne d'Agricola en Écosse en l'an 78 entame un déclin du nombre de troupes déployées au pays de Galles[2].

Il semble que le premier fort, en bois et terre, a brûlé vers la fin du règne de Trajan (98-117)[4]. La réduction générale des garnisons s'est accélérée sous Trajan et a été le plus extrême dans la période 110-125[2]. La taille de la garnison de Segontium était déjà réduite vers l'an 120 pour certains[1], vers l'an 140 pour d'autres - et, selon ce dernier auteur, il est possible qu'à cette époque Segontium ait été le seul fort auxiliaire actif de tout le Gwynedd[2].

Le fort est soit abandonné soit détruit et des baraques sont détruites[10].

Le fort est remplacé sous le règne d'Hadrien (117-138) par des constructions en pierre[4], parmi lesquelles une grande maison avec cour et thermes bâtie au milieu du IIe siècle ; elle est peut-être la résidence d'un haut fonctionnaire en charge de l'extraction minière régionale[1], car le nord du pays de Galles est riche en métaux[n 2].

Kenney et Parry (2013) indiquent des thermes dans le coin sud de l'enceinte du fort (en sus des thermes côté sud-ouest à l'extérieur du fort)[5], mais nous ne savons pas si ces thermes sont ceux mentionnés plus haut.

De la céramique sigillée datée des Antonins (96-192) et une inscription de reconstruction du temps des Sévères (193-235) suggèrent que le site est resté occupé pendant ces périodes[4].

IIIe – IVe siècles

Vers l'an 200, l'aqueduc du fort est réparé. Il porte une inscription indiquant le nom de l'unité militaire occupant le fort : la première cohorte de Sunici, un régiment d'infanterie de 500 hommes recruté à l'origine en Allemagne[1]. Vers l'an 235 sont effectuées des réparations au sol de la chambre forte ; vers 350-360 ce sont des réparations du bâtiment, de nouvelles surfaces pour les voies de circulation et un dégagement du puits[4].

Les garnisons des IIIe et IVe siècles sont beaucoup plus petites. À cette époque, le rôle principal de Segontium est la défense de la côte nord du Pays de Galles contre les pillards et les pirates irlandais[1],[2]. C'est peut-être en réponse à cette menace qu'à partir de la moitié du IVe siècle le fort voit un regain notable d'activité[2].

Dépendant de Segontium, le fort de Caer Gybi (nom gallois de Holyhead sur l'île Holy Island, à l'ouest de l'île d'Anglesey), une base navale[2], date de la deuxième partie du IVe siècle et est construit dans ce même but. Le deuxième fort de Caernarvon, dit "fort bas" (lower fort), et Caer Gybi, ont pu être bâtis à cette époque pour renforcer cette ligne de défense[13] ; leur hauteur et l'usage relativement abondant de mortier indiquent un travail du IIIe ou IVe siècle ; les murs de ces deux forts portent deux rangs de trous de boulins[14].

Ce deuxième fort ou fort bas est, selon Kenney et Parry, une enceinte fortifiée également connue sous le nom de Hen Waliau[5] ou Henwalia (anciens murs)[10]. Kenney et Parry en font un probable dépôt de stockage construit au IVe siècle sur la rive de l'Afon Seiont, surplombant le site d'un « immense pont de bois » dont les vestiges, trouvés en 1817, ont été alors interprétés comme ceux d'un pont romain[5]. Cette structure est à environ 150 m à l'ouest du fort et est plus petite que ce dernier. Son mur occidental, qui a survécu, est proche de la rivière, et il pourrait avoir été associé au port romain à proximité[10].

Les pièces de monnaie trouvées à Segontium indiquent une présence continue de troupes dans ce fort clé jusqu'en l'an 394 - selon certains[1],[2] ; pour d'autres, la pièce de monnaie romaine la plus récente fournie par le site date de Gratien (367-383)[4]. Segondium et Caer Gybi ont peut-être été abandonnés en réponse à la révolte d'Eugenius et du général romain Arbogast en Gaule[2] (voir « bataille du Frigidus », septembre 394).

Développement des environs

Parmi les forts romains du pays de Galles, Segontium a été occupé sur la plus longue durée[10]. Une colonie[10], puis un vicus[15], s'installe à proximité du fort. Les vestiges d'un temple dédié à Mithra ont été mis au jour à quelque 150 m à l'est du fort. Dans la même zone se trouve l'église Saint-Peblig, nommée d'après Publicius[n 3] ; les objets trouvés dans le cimetière indiquent qu'il occupe le site d'un cimetière romain[10]. La proximité du fort facilitait l'accès aux poteries romaines (dont la sigillée) pour le vicus[15], qui s'agrandit notablement pour être lui aussi, en retour, un fournisseur des militaires occupant le fort ; les fouilles du vicus ont fourni des débris industriels[2]. Le vicus se trouvait sur les côtés nord-ouest, ouest et sud du fort. Mais il y a peu de traces indiquant qu'il ait subsisté au-delà de la fin du IIe siècle. Il y avait des thermes hors du fort sur le côté sud-ouest[5].

À 150 m à l'ouest du fort, se trouvait un fort plus petit, souvent appelé Henwalia ("vieux murs"). Son mur occidental, qui a survécu, est proche de la rivière, et il pourrait avoir été associé au port romain à proximité[10].

Après les romains, Segontium devient Caernarfon mais son importance militaire demeure. Au Moyen Âge, une motte castrale normande (un fort érigé sur un monticule ou une colline) est établie à l'embouchure du Seiont. Elle est suivie à la fin du XIIIe siècle par le château édouardien avec sa ville fortifiée qui s'y joignait ; et, enfin, par un petit fort planté à l'embouchure du détroit en 1775[1].

Des pierres de Ségontium ont été utilisées pour construire le château médiéval de Caernarfon, mais d'importantes fondations subsistent[10].

Fouilles

Mortimer Wheeler et Tessa Wheeler conduisent les premières fouilles à Segontium en 1921-1922[1],[16].

D'autres fouilles ont lieu en 1975-1979[1].

En 2019 ou début 2020 le Gwynedd Archaeological Trust a mené un programme d'évaluation archéologique communautaire sur le site de Ysgol Pendalar, une école de Caernarfon construite à la fin des années 1960 dans des champs bordés par le fort et par la route qui mène à son entrée. Les bâtiments ont été démolis dans les années précédant 2019, laissant des dalles en béton armé sur un site en terrasses. Les travaux de fouille ont enlevé une dalle et une zone de route/parking. En-dessous, les dépôts archéologiques romains étaient généralement bien préservés. Plusieurs éléments ont été identifiés : deux puits, quatre fours à argile, plusieurs fosses et un groupe de trous de poteau. Le site a fourni un large échantillonnage de tessons de poterie et quelques autres trouvailles variées. Les éléments d'époque romaine se trouvent dans une zone qui est présumée être à l'arrière d'un vicus (village), le long de la route menant au fort[17].

Galerie

Notes et références

Voir aussi

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