Stan Douglas
photographe canadien
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Stan Douglas, né le à Vancouver (Colombie-britannique), est un artiste multimédia canadien. D’abord reconnu pour ses vidéos et installations, il réalise également des séries de photos, souvent complémentaires de ses installations vidéo dans lesquelles il reproduit minutieusement des scènes historiques. Quel que soit le médium utilisé, son œuvre analyse comment faits et fiction, réalité et imagination s’interpénètrent dans leur représentation médiatique et historique, suggérant à l’observateur qu’il existe plus d’une façon d’interpréter la réalité.
Vancouver (Colombie-britannique)
| Naissance | Vancouver (Colombie-britannique) |
|---|---|
| Période d'activité |
ou |
| Nom de naissance |
Stan Douglas |
| Nationalité |
Canadienne |
| Activité |
Photographe, cinéaste, artiste d'installation, producteur de télévision, artiste, artiste vidéo, artiste visuel |
| Formation |
Emily Carr University of Art and Design |
| Représenté par |
Galerie David Zwirner (en), Galerie Victoria Miro |
| Distinction |
Membre de l’Ordre du Canada (2024) |
Représente le Canada à la Biennale de Venise (2022) |
Carrière
Stan Douglas naît le à Vancouver[1]. Issu d’une famille de couleur, il grandit dans un quartier blanc de la classe moyenne. Il étudie les arts de 1979 à 1982 à la Emily Carr College of Art and Design (aujourd’hui Emily Carr University of Art and Design), institution reconnue pour ses recherches interdisciplinaires et ses efforts pour adapter l’art et le design à la complexité du monde moderne[2],[3].
Une fois son diplôme obtenu, artistiquement près de l’École de Vancouver[N 1], il débuta en 1982 et 1983 en produisant des installations présentées sous forme de diapositives dans les cinémas des environs. Très vite cependant, il en vint à détruire ses premières œuvres afin de s’obliger à se renouveler sans cesse[4].
En 1983, il fait partie des artistes choisis par la Vancouver Art Gallery pour la rétrospective Vancouver : Art and Artists 1931-1983. L’installation qu’il y présente, Deux Devises, dans laquelle il utilise diapositives et bandes sonores, donne déjà une idée des thèmes qu’il abordera par la suite et des techniques qu’il utilisera. À partir d’une chanson d’amour de Charles Gounod, il combine littérature, cinéma et musique pour confronter la réalité sociale contemporaine aux rêves utopiques de l’esthétique moderniste[3].
La même année, Douglas se lance dans la lecture complète des œuvres de Samuel Beckett pour la radio et la télévision. Ceci conduira à la production d’une exposition avec catalogue qui sera en tournée de 1988 à 1902[4],[5].
Du milieu à la fin de la décennie 1980, Douglas réalisera concurremment photographies et films, tout en commençant à utiliser la vidéo. Sa photo de grande dimension Panoramic Rotunda sera présentée à l’exposition de ses œuvres à la Or Gallery de Vancouver. En 1986, son installation Onomatopoeia fera partie de l’exposition du Musée des Beaux-Arts du Canada Songs of Experience. Combinant un vieux piano mécanique à des images de machines à tisser et de cartes perforées, la sonate de Beethoven rappelle le ragtime de Scott Joplin et constitue une méditation sur l’histoire et la société, la culture élitiste et la culture populaire[3]. Dans le même esprit, Overture (1986) consiste en un ensemble décousu de séquences de 16mm en noir et blanc prises lors d’un voyage à travers les Rocheuses canadiennes alors qu’une voix hors-champ récite des passages d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Il en résulte une sensation de désorientation évoquant le dormeur qui se réveille dans le noir au milieu de la nuit, laissant entendre comment la technologie peut perturber notre conscience de l’espace et du passé[3].
À la fin de la décennie, Douglas commencera à travailler pour la télévision d’abord avec Twelve Television Spots (1987-1988), courtes vidéos de moins d’une minute présentées sur des réseaux d’Ottawa et de Saskatoon et insérées comme des intermèdes publicitaires au cours d’émissions télévisées; toutefois, leurs sujets aussi banals que dysfonctionnels sidérèrent et déroutèrent les spectateurs qui croyaient avoir affaire à de véritables publicités. La série Monodramas en 1991 aura un effet similaire sur les téléspectateurs de Toronto et Vancouver[4]. Invité comme conférencier par le Centre Pompidou de Paris, il réalise en 1992 avec le concours du Musée national d’art moderne une projection vidéo, Hors-Champs, qui met en valeur le free jazz des Afro-Américains des années 1960 tout en constituant un commentaire sur les styles télévisés incarnés par Jean-Christophe Averty, populaire animateur de la télévision française de l’époque et grand amateur de jazz[4],[6].
Son travail photographique revient au premier plan au cours de la décennie 1990 et rejoindra son travail cinématographique. Tout en poursuivant ses recherches pour son film Pursuit, Fear, Canatstrophe : Ruskin, B.C., Douglas réalise une série de photographies s’y rattachant. En 1997-1998, il produit la série Detroit Photos documentant le délabrement de cette ville, laquelle sera complétée par un film l’année suivante dans lequel la relation entre la population et l’espace urbain concrétise les « illusions perdues ». Il continuera son travail de réflexion sur divers évènements historiques avec Abbott & Cordova, 7 August 1971, reconstituant l’émeute de Gastown qui opposa des hippies aux forces policières dans ce secteur ouvrier de Vancouver-Est ainsi qu’avec Powell Street Grounds, January 1912, datant de 2008, dans laquelle une foule assiste impuissante aux agissements de policiers s’acharnant sur des manifestants[3].
En 1998, il commence à utiliser un ordinateur pour composer la séquence de ses vidéos créant de subtiles variations dans des œuvres qui se déroulent en boucle, technique qu’il réutilisera en 2002 dans Suspiria, projet créé pour la Documenta 11[4]. Au cours de cette même décennie, Douglas participera à de prestigieuses expositions internationales comme la Documenta 9 de Kassel (1992), la Biennale de Sydney (1990 et 1996), l’exposition itinérante du Centre Pompidou, Passages de l’image (1990), ainsi que la Biennale de Lyon (1995 et 1997) [3].
Photographie et vidéographie se conjugueront à nouveau en 2004 alors que Douglas se rendra à Cuba photographier les espaces urbains abandonnés; ces séries photographiques seront suivies l’année suivante par le film Inconsolable Memories (2005) qui incorpore étroitement des extraits du film Memorias del Subdesarrollo (Mémoires du sous-développement) de Tomás Guttiérez Alea[4]. De 2004 à 2006, Stan Douglas est professeur invité à l’Universität für Künste (Université des Arts) de Berlin et en 2009, deviendra membre du Art Center de Passadina (Floride)[7].
En 2013 se tint au Carré d’Art-Musée d’Art contemporain de Nïmes une importante rétrospective de son œuvre photographique : Stan Douglas : Photographies 2008-2013, laquelle sous le titre de Stan Douglas : Mise en scène voyagea par la suite à la Haus der Kunst de Münich, à la Nikolaj Kunsthal de Copenhague et au Musée d’art moderne de Dublin[8].
En 2020, déjà lauréat du Prix de la photographie Scotiabank (2013) et du Prix de la fondation Haselblad (2016), il est choisi pour représenter le Canada à la 59e édition de l'Exposition internationale d'art contemporain de la Biennale de Venise[9].
Stan Douglas vit et travaille à Vancouver. Il est représenté par la galerie David Zwirner de New York et Victoria Miro à Londres.
Œuvre
Que ce soit par le film, la photographie, le théâtre ou la musique, Stan Douglas s’interroge sur le médium utilisé, questionnant le rôle de la technologie dans la réalisation d’une image et de son influence subséquente sur notre mémoire collective. Puisant abondamment dans la littérature (Samuel Beckett et Marcel Proust), dans le cinéma (Alfred Hitchcock et Orson Welles), dans la musique (Albert Ayler, le jazz et le blues), il réalise des œuvres qui font appel à la culture de l’observateur tout en demeurant intelligibles à ceux qui ne les saisissent pas.
Néanmoins, même l’observateur aguerri reconnaissant au passage les allusions à Franz Kafka, Herman Melville ou Tomas Gutierrez Alea se sentira quelque peu dérouté par le fait qu’au lieu d’un narratif logiquement ordonné, le propos de Douglas aboutit à la perplexité et au doute. À partir de lieux bien connus comme la ville de Détroit, ou des chansons énormément populaires à leur époque comme « Ma belle, ma rebelle » de Charles Gounod, le spectateur se sent plongé dans des entrelacs aux origines obscures qui, en bout de course, se dissolvent en des fins imprévisibles[10].
C’est ainsi par exemple que dans une de ses premières œuvres en 1983, Deux Devises, il combine les paroles de cette chanson de Gounod qu’il prononce lui-même sur l’air de jazz Preaching Blues de façon non synchronisée. Il vise ainsi à remettre en question chez le spectateur l’impression prise pour acquis que la musique européenne est noble et apaisante alors que celle du jazz est populaire et angoissante[11],[3].
Il reviendra sur ce thème près d’une décennie plus tard en présentant à la Documenta 9 de 1992 Hors-Champs, une installation-vidéo qui s’interroge sur le contexte politique entourant le free-jazz des années 1960 en tant qu’expression de la culture afro-américaine. C’est du reste l’un des rares exemples dans lequel Douglas aborde la question raciale[12], question que, artiste noir ayant grandi dans un quartier blanc de la classe moyenne, il aborde plutôt sous l’angle de la classe sociale plutôt que de la race[13].
Ce questionnement sur les influences techniques et sociales des média de masse dans la culture occidentale se retrouve également face au courant moderniste et ses conséquences sur l’urbanisme en Amérique depuis la Deuxième Guerre mondiale[14]. Dans les années 1997-1998, Douglas réalisa une série de photos intitulée Detroit Photos dans la ville de Détroit, dont il découvrit la dévastation. Celle-ci fut complétée par une vidéo-installation, Le Détroit, en 1999 dans laquelle il s’interroge sur la relation entre la population et l’environnement urbain en Amérique en fonction du concept des « utopies perdues » (« failed utopia »)[4]. Près de vingt ans plus tard, il reviendra sur ce thème avec une série de photographies intitulée Penn Station’s Half Centuries, bâtiment légendaire construit en 1914 qui fera place un demi-siècle plus tard, au Madison Square Garden. Avec l’aide d’un collaborateur ayant systématiquement passé en revue des milliers d’articles de journaux et périodiques, Douglas retient neuf évènements à haute teneur symbolique reliés à cet édifice. Comme dans Détroit, Douglas démontre qu’il y a toujours plus d’une façon d’interpréter l’histoire[15].
Expositions individuelles
- 2002 : Serpentine Gallery, Londres [16].
- 2004 : Kestner Gesellschaft, Hanover[17].
- 2005 : Studio Museum in Harlem, New York [18].
- 2007 : Staatsgalerie Stuttgart and Württembergischer Kunstverein, Stuttgart[19].
- 2011 : The Power Plant, Toronto[20].
- 2012 : Minneapolis Institute of Arts, Minnesota [21].
- 2014-2015 : Fruitmarket Gallery, Edinburgh[22].
- 2015 : Irish Museum of Modern Art, Dublin[23].
- 2025 : Hessel Museum of Art, Annandale-on-Hudson, N.Y. [24].
Récompenses et distinctions
- 1996 : Mies van der Rohe Stipendium, Kaiser Wilhelm Museum, Krefeld, Allemagne
- 1998 : Coutts Contemporary Art Foundation Award, Coutts Bank, Zurich
- 1999 : Gershon Iskowitz Prize, The Gershon Iskowitz Foundation et le Musée des beaux-arts de l'Ontario, Toronto, Canada
- 2001 : Arnold Bode Prize, Documenta, Kassel
- 2007 : Hnatyshyn Foundation Award, The Hnatyshyn Foundation, Ottawa, Canada
- 2008 : Bell Award in Video, Conseil des arts du Canada, Ottawa, Canada
- 2011 : Mayor's Arts Awards, Vancouver, Canada
- 2012 : Infinity Award, Centre international de la photographie, New York, États-Unis
- 2013 : Scotiabank Photography Award, Toronto, Canada
- 2016 : Prix de la Fondation Hasselblad
- 2019 : Prix Audain, Audain Art Museum, Whistler, Canada[25]
Dans les collections publiques
- Art Gallery of Ontario, Toronto
- Centre Georges Pompidou, Paris
- Israel Museum, Jérusalem
- Museum of Contemporary Art, Chicago
- Museum of Modern Art, New York
- Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
- Solomon R. Guggenheim Museum, New York
- Tate Gallery, Londres
- Walker Art Center, Minneapolis, Minnesota[8].