Suicide de François de Grossouvre
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Le suicide de François de Grossouvre est un événement politique majeur du second septennat de François Mitterrand, qui voit François de Grossouvre, ami de longue date du président de la République et écarté du pouvoir depuis quelques années, se donner la mort le dans son bureau du palais de l'Élysée.
Un proche de longue date
François de Grossouvre est un compagnon de route de longue date du Président Mitterrand[1]. Dès son élection en 1981, il est installé dans un bureau du palais de l'Élysée, où il occupe diverses fonctions, notamment en rapport avec la protection de Mazarine Pingeot, fille cachée du président, ou avec la Françafrique[1].
Une détérioration des relations avec le président
À partir du milieu des années 1980, sa relation avec François Mitterrand se détériore, et il se marginalise progressivement du pouvoir[2]. Il quitte ses fonctions de chargé de mission de l'Élysée en 1985 pour devenir conseiller international des avions Marcel Dassault (1985-1986), mais il conserve son bureau à l'Élysée, en sa qualité de président du Comité des chasses présidentielles. Il conserve également ses secrétaires et gardes du corps du GIGN, avec le budget correspondant[1]. Édouard Balladur rapporte que François Mitterrand reconnaît que ses relations avec Grossouvre s'étaient distendues avec le temps[3].
Sa mise à l'écart du pouvoir et son désespoir qui s'ensuit créent une tension croissante entre Grossouvre et François Mitterrand[1]. Dans Dernières volontés, derniers combats, dernières souffrances, Pierre Péan indique que le responsable des chasses faisait tout pour diffamer le président Mitterrand. François de Grossouvre était dégoûté par l'affairisme de certains proches du président comme Patrice Pelat et certains socialistes arrivés au pouvoir. Il serait allé, indique l'enquêteur, jusqu'à proposer ses services à Jacques Chirac en 1988 via Omar Bongo. Ce dernier, outré d'une pareille trahison, n'aurait pas donné suite. Durant les derniers mois de sa vie, François de Grossouvre invitait régulièrement des journalistes, comme Edwy Plenel, pour leur faire des confidences sur les dérives du pouvoir mitterrandien[1].
Mort
Circonstances
Dans les jours qui précèdent son suicide, François de Grossouvre fait montre de plaintes incessantes, de sautes d’humeur, et de paranoïa. Raphaëlle Bacqué note qu'« il suffit que l’une de ses innombrables armes de chasse s’enraye pour qu’il s’imagine qu’on veut l’abattre », et qu'il enchaîne les pompes et séances d'exercices physiques pour se prouver que la vieillesse ne peut pas encore le terrasser[4].
Le , comme d’ordinaire, quatre fois par semaine vers 19 h 30, entre un quart d’heure et une demi-heure, Grossouvre voit le président François Mitterrand[1]. Vers midi le lendemain, déjeunant avec son fils Patrick, Grossouvre lui parle de ses rapports avec la présidence française : « Non seulement il m’écoutait, mais maintenant il me fait suivre »[5]. Grossouvre rejoint sa maîtresse Nicole à son appartement au palais de l'Alma, au 11 quai Branly, où résident juste au-dessous Anne Pingeot et sa fille Mazarine.
Peu avant 16 h, il regagne son bureau à l'Élysée. Il a prévu de dîner avec sa maîtresse Nicole, chez Georges Rawiri, ancien vice-Premier ministre gabonais. II fait envoyer à 18 h un bouquet de fleurs à la maîtresse de maison avec un petit mot : « Chers amis, je me réjouis d'être avec vous ce soir »[6].
Vers 17 h, il demande à celui qui occupe le bureau en face du sien, Christian Nique, conseiller à l'Éducation au Palais, s'il accepterait de recevoir son plus jeune fils, Henri, qui cherche encore sa voie. Nique accepte et repart du bureau après que Grossouvre a achevé une diatribe contre Mitterrand[4].
Entre 17 h 20 et 18 h 20, il reçoit son ami le docteur Jean Soubielle qui le trouve déprimé, « dans un état épouvantable », et évoque le suicide[7]. Il lui parle du suicide de Pierre Bérégovoy, et dit à Soubielle : « Si on veut se suicider, comment s'y prendre ? Je veux savoir, tu comprends Jean ? ». Il fait avec la main le geste du suicide avec un pistolet, lui demandant quelle position est la plus efficace. Avant de quitter son vieux compagnon, Grossouvre le serre dans ses bras en lui donnant un petit insigne de chasse[4].
Inquiet des sous-entendus mortifères de Grossouvre, Soubielle demande à Anne Lauvergeon de lui ménager un entretien avec le Président. Elle accepte. Soubielle dit au Président qu'il trouve Grossouvre mal en point et parlant de suicide. Mitterrand fait rappeler le médecin de l'Élysée pour qu'il parle avec Grossouvre[1].
À l'Alma, Nicole constate que le revolver de Grossouvre a disparu du tiroir où il le rangeait. Selon Jean Montaldo, elle l’appelle sur sa ligne directe à l’Élysée entre 18 h 15 et 18 h 30. Il décroche. Elle le supplie de ne pas commettre l’irréparable. Elle contacte Patrice Jaran, le chauffeur de François de Grossouvre, grâce au téléphone installé dans la voiture et le presse de monter au bureau mais Grossouvre lui assure qu'il va bientôt descendre. À 18 h 35, Mme Trevelin, secrétaire de Grossouvre, quitte son bureau.
Découverte du corps
Vers 19 h 30[8],[9], Patrice Jaran et Daniel Cerdan, son garde du corps, l'attendent pour l'emmener à son dîner, auquel il est déjà en retard. Cerdan décide de remonter dans son bureau pour l'avertir de son retard. Il entre et le découvre mort, assis dans son fauteuil, tenant dans sa main droite un Manurhin MR 73 de calibre .357 Magnum offert par son ami et subordonné Christian Prouteau dix ans auparavant. L'arme a été modifiée et redessinée selon les plans de Prouteau[4]. Le haut de son crâne est emporté, il y a « du sang partout, des éclats de cerveau, sur le bureau, sur les murs et jusqu'au plafond »[4].
Le directeur de cabinet du Président, Pierre Chassigneux, arrive à son tour en courant, accompagné de deux gendarmes du Groupe de sécurité de la présidence de la République. Le médecin militaire du président, Claude Kalfon, est appelé en urgence. Michel Charasse prend le contrôle de la situation en faisant appeler le préfet de police, et ordonne à tous de laisser la pièce en état pour qu'une enquête puisse être menée en bonne et due forme, procédure habituelle en cas de décès par arme à feu[1].
Un gendarme du GSPR, ou une secrétaire du président[10] , alerte François Mitterrand en se précipitant dans son bureau à 20 h 15, alors qu'il se prépare à dîner avec Françoise Héritier, Didier Sicard et Jack Lang. Vers 21 h, la police commence l'enquête, trouve la balle fichée profondément dans le plafond, relève les empreintes et procède au prélèvement de poudre sur les mains du cadavre. Le corps est transporté à l’Institut médico-légal, le bureau est scellé[4].
Peu après 23 h, un communiqué de la présidence de la République annonce la mort de François de Grossouvre. C'est la première fois dans l'histoire de la République qu'un collaborateur du chef de l'État se donne la mort dans le palais présidentiel[11].
Avant minuit, Cerdan et les hommes du GSPR, chargés de sécuriser l’appartement à l’Alma, y trouvent Nicole en pleurs. Ils déménagent Nicole et ses affaires à son appartement[12].