Sécurité climatique
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La sécurité climatique, de l’anglais « climate security », est un concept faisant référence aux impacts du changement climatique sur la sécurité au sens large (incluant la sécurité nationale, la sécurité humaine, la sécurité alimentaire, etc.). Il n’existe pas de consensus concernant la définition du concept de sécurité climatique. Celui-ci renvoie généralement à la nécessité, pour les armées nationales, d’anticiper les menaces sécuritaires liées au changement climatique, de s’adapter à ces changements et, par extension, de réformer leur fonctionnement pour atténuer leur propre empreinte carbone et environnementale.
Apparu au début des années 2000 dans le prolongement du concept de sécurité environnementale, le concept de sécurité climatique a donné naissance à un sous-champ académique au sein des études de sécurité, et fait l’objet de critiques diverses. Il a également influencé la pensée militaire et diplomatique, tant sur le plan national qu’international. En particulier, il a intégré la terminologie de l’OTAN et de l’ONU. Ces organisations ont en effet créé des programmes spécifiques visant à prendre en compte les enjeux liés à la sécurité climatique.
Le concept de sécurité climatique est né dans le contexte plus large des discours sur la sécurité environnementale datant des années 1970 et 1980, émanant tant de travaux académiques que des cercles de décisionnaires des politiques publiques. À l’époque, ces discours examinaient les interactions entre conflit et environnement, et promouvaient l’intégration des considérations environnementales dans les politiques de sécurité[1]. La sécurité environnementale était alors conçue comme l’interaction entre sécurité et dégradation environnementale. Dans les années 1990, la sécurité environnementale est devenue un sujet central dans les agendas de sécurité nationale. Ce développement faisait notamment suite à la publication du rapport de la Commission Mondiale des Nations unies sur l’Environnement et le Développement, ou Rapport Brundtland, en 1987[2]. Cette émergence était également associée au contexte de fermeture et de nettoyage des complexes d’armes nucléaires de la Guerre Froide par les États-Unis[3].
Dans les années 2000, le concept de sécurité climatique a fait son apparition dans les agendas de sécurité aux États-Unis. En 2003, une étude commanditée par le Pentagone[4] avertissait que le changement climatique pourrait mener à de « nouvelles périodes sombres », incluant des déstabilisations et des conflits. En 2006, le Center for Naval Analyses (CNA) Military Advisory Board on Climate Change and National Security a été créé aux États-Unis. Cette commission rassemblait le premier groupe de haut-responsables militaires à s’intéresser officiellement aux implications du changement climatique sur la sécurité nationale. En avril 2007, le premier rapport du CNA Military Advisory Board indiquait que : « le changement climatique peut agir comme un multiplicateur de menaces et d’instabilité dans certaines des régions les plus volatiles du monde, et présente des enjeux de sécurité nationale significatives pour les États-Unis »[5].
Par la suite, la sécurité climatique a été intégrée de manière croissante dans les planifications de défense de pays tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, et par des entités telles que l’OTAN et l’Union européenne[6]. Elle a également influencé les activités des Nations Unies.
Définitions existantes
Malgré sa portée et son influence croissantes, il n’existe pas de consensus sur la définition du concept de sécurité climatique.
Le Center for Climate and Security, think tank américain fondé en 2010 dans le but d’informer le débat national sur le sujet aux États-Unis[7], conçoit la sécurité climatique comme l’ensemble des risques nationaux et internationaux induits, de manière directe ou indirecte, par le changement climatique. La notion de changement climatique comme « multiplicateur de menaces », qui était mise en avant par le rapport du Military Advisory Board (en) en 2007[5], est reprise dans cette définition. La notion de « multiplicateur de menaces » met en avant le fait que les risques sécuritaires ne viennent pas du changement climatique en lui-même, mais de la manière dont celui-ci interagit avec les menaces et conditions d’instabilité préexistantes au niveau local (e.g. mauvaise gouvernance, instabilité politique, inégalités économiques et sociales, etc…) et amplifie leurs impacts sur la sécurité humaine, nationale et internationale[8].
Une définition alternative a également émergé afin de nuancer l’accent mis sur la sécurité nationale dans la définition traditionnelle de la sécurité climatique. Cette définition alternative, davantage centrée sur la sécurité humaine, vise à mettre le bien-être et la sécurité des populations au centre de la réflexion. Ainsi, pour le Programme des Nations Unies pour le Développement, la sécurité climatique « fait référence aux effets de la crise climatique sur la paix et la sécurité, en particulier dans les zones fragiles et touchées par des conflits ». Le PNUD souligne ainsi les impacts du changement climatique sur « l’insécurité alimentaire, hydrique, et les moyens d’existence », et les effets en cascade comme les perturbations sociales et les déplacements de population[9]. Dans son dictionnaire climatique publié en , le PNUD élargit le concept de sécurité climatique et y inclut également « l’évaluation, la gestion et la réduction des risques à la paix et à la stabilité amenés par la crise climatique »[10].