Sobriété énergétique en France
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La sobriété énergétique est la diminution des consommations d'énergie par des changements de modes de vie et des transformations sociales. Ce concept politique se traduit notamment par la limitation, à un niveau suffisant, des biens et services, produits et consommés
Depuis le début de l'ère industrielle l'énergie est disponible à la demande il n'est pas question de limiter l'économie en pleine expansion par des limites liées à la contradiction d'une croissance infinie dans un monde fini. Il faut attendre la fin des années 1960 pour entendre les premiers avertissements par le rapport Meadows (Les Limites à la croissance). Les chocs pétroliers des années 1970 rendent nécessaires les économies d'énergies plus pour des raisons économiques que pour des raisons environnementales mais la conscience écologique s'éveille en parallèle avec l'émergence du mouvement écologique en France. Les rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des les années 1990 et les groupes de reflexions renforcent le message de sobriété énergétique associé à la prise de conscience du changement climatique. La crise du covid et la guerre en ukraine montrant notre forte dépendance entraînent des politiques gouvernementales et locales de sobriété énergétique dues à l'impact sur les prix de l'énergie pour les populations. Des mesures individuelles et collectives se diffusent dans le corps social, des grandes entreprises aussi y souscrivent.
Cet article traite de la sobriété énergétique en France et est issu de l'article général, le contexte est nécessaire et permet de situer le sujet avant de le particulariser à la France.
Étymologie
Caractéristiques
Besoins
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Chocs pétroliers
Depuis le début de l'ère industrielle, la société a vu ses consommations d'énergie croître quasi constamment, l'énergie est disponible à la demande.
Le premier avertissement vient du Club de Rome en avril 1968, et de la conférence de Stockholm de juin 1972, le rapport Meadows (Les Limites à la croissance) posent déjà la contradiction de la croissance infinie dans un monde fini.
En premier lieu, la dépendance aux ressources fossiles, est démontré par les chocs pétroliers de 1973 et de 1979 qui provoquent les premières mesures de sobriété énergétique, connues notamment en France sous le nom de « chasse au gaspi ».
Pour faire face au premier choc pétrolier de 1973, l'Agence des économies d'énergie lance le slogan En France, on n'a pas de pétrole mais on a des idées qui sera popularisé par Valérie Giscard d'Estaing pour accompagner la mise en place de l'heure d'été.
Le mouvement écologique prend son essor et présente un premier candidat l'élection présidentielle française de 1974, René Dumont, qui préconise en particulier les économies d'énergie et l'usage des énergies nouvelles (ou énergies renouvelables). « Les lois du marché ne peuvent plus jouer. Si on continue à répartir les richesses comme on le fait, avec 6 % de la population qui absorbe un tiers de l’énergie mondiale, ça ne peut pas continuer comme ça[1] ! ».
Ces crises d'approvisionnement amènent une prise de conscience, qui entraîne alors une première transition énergétique : lancement du programme nucléaire en France, développement des pompes à chaleur et des énergies renouvelables, mise en place de la réglementation thermique des bâtiments, etc.
Changement climatique
Le Premier rapport d'évaluation du GIEC parrait en 1990 puis viendra l’adoption du protocole de Kyoto en 1997[2].
Dans les années 1990, Pierre Rabhi soutient le principe de décroissance et développe le concept d'oasis, qui repose sur cinq principes fondamentaux : autonomie alimentaire, construction écologique et sobriété énergétique[3], mutualisation d'espaces et de services, gouvernance participative, accueil.
Dès 2003, des scénarios prospectifs se développent, notamment dans le cadre de l'objectif Facteur 4, visant à diviser les émissions de gaz à effet de serre par quatre entre 1990 et 2050. Les scénarios proposent diverses trajectoires d'évolution des productions et des consommations d'énergie à échelle nationale.
Le Grenelle de l'environnement qui implique des représentants de l"État, les collectivités locales, les partenaires sociaux et des ONG investies dans l'environnement, s'est tenu du 6 juillet au 25 octobre 2007. Ses propositions sont reprises dans des lois en 2009 avec les mêmes objectifs qui vise à diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Les secteurs les plus concernés par cet enjeu sont le bâtiment et les transports qui à eux deux représentent 40% du total des émissions[4].
L'association négaWatt promeut une approche en trois dimensions de la transition énergétique[5], reposant sur :
- la sobriété énergétique : « prioriser les besoins énergétiques essentiels dans les usages individuels et collectifs de l'énergie » (ex. : mettre un pull au lieu d'augmenter le chauffage, prendre le vélo plutôt que la voiture) ;
- l'efficacité énergétique : « réduire la quantité d'énergie nécessaire à la satisfaction d'un même besoin » (ex. : isoler son logement, améliorer les rendements des appareils et des véhicules) ;
- le développement des énergies renouvelables venant se substituer aux énergies fossiles et nucléaires (ex. : bois-énergie, éolien, solaire photovoltaïque, solaire thermique).
Le terme de « sobriété » est repris dans certains textes de programmation énergétique locale (Plan climat-air-énergie territorial[6]). Il est également repris pour des approches sectorielles ou de familles d'usages, ainsi la sobriété numérique[7] promeut la réduction de la consommation de matériel et de services informatiques.
La France se dote d'une stratégie nationale bas carbone, feuille de route publiée en 2015, et d'une Convention citoyenne pour le climat en 2019, qui formule dans son rapport publié en 149 propositions comprenant en partie des mesures de sobriété énergétique.
Dans son rapport de 2021, RTE évoque trois trajectoires principales de consommation, dont une de « sobriété » (moins de déplacements individuels au profit des mobilités douces et des transports en commun, moindre consommation de biens manufacturés, économie du partage, baisse de la température de consigne de chauffage, recours à davantage de télétravail, sobriété numérique, etc.), à 555 TWh en 2050 correspondant à une réduction de 20 % d'énergie consommée d'ici 2050. Les six scénarios présentés par RTE reposent sur la seule trajectoire médiane, qui sert de « référence » donc ne retient pas la sobriété comme hypothèse de travail[8]. En 2022, RTE complète son étude permettant d’atteindre la neutralité carbone en 2050 en intégrant la trajectoire de « sobriété » (ainsi qu'un autre de « forte réindustrialisation ») nécessitant un changement de mode de vie. Le choix de la sobriété est moins cher d'environ dix milliards d'euros par an par rapport à la référence pour l'ensemble du système (production, flexibilités, réseau)[9].
En 2023, la France s'engage dans une planification écologique sans contraintes censée faire baisser la consommation énergétique en France comprenant peu d'incitation à la sobriété : aide à l’achat de thermostats pour contrôler les températures, réduction de la pollution lumineuse, promotion du vélo...[10].
La consommation de gaz et d’électricité a diminué de 12 % entre le 1er août 2022 et le 31 juillet 2023 par rapport à la même période de 2018-2019, avant la crise du Covid[10]
Le transport y est le secteur qui émet le plus de gaz à effet de serre, qui représente 32,2 % de ses émissions en 2022. Pour faire baisser les émissions du secteur aérien, la réduction du nombre de vols est le levier d’action le plus efficace et immédiat, mais le gouvernement exclut l'outil de la taxation du kérosène et des billets d'avion (au niveau mondial, la réduction de la flotte n'est pas planifiée, la compensation est peu efficace[3],[11]). Pour inciter à la sobriété énergétique dans le transport routier, une taxe sur le poids des véhicules s'applique, à partir de 2024, à l'achat de voitures neuves de plus de 1 600 kilogrammes ; elle ne touche que 5 % à 6 % du marché, mais pourrait concerner 40 % des véhicules neufs si le seuil était baissé à 1 300 kilogrammes. La tendance du marché est pourtant orientée vers des véhicules lourds, les SUV. Un autre paramètre est le déclenchement d'un malus écologique à 118 g/km d'émission de CO2 plafonné à 60 000 € pour les véhicules émettant plus de 193 g/km. Pour privilégier la sobriété, le nombre de voitures individuelles devrait baisser. Un important investissement dans le ferroviaire serait attendu pour inciter à privilégier le train. Selon le Réseau Action Climat, il faut faire payer les entreprises qui émettent le plus de gaz à effet de serre et les ménages les plus aisés, tout en supprimant les nombreuses niches fiscales qui favorisent des activités nuisibles au climat[12],[13],[14].