Théâtre de Saint-Pierre
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salle de la Comédie
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| Destination initiale |
Théâtre |
| Destination actuelle |
en ruines |
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| Construction | |
| Démolition | |
| Propriétaire |
Commune |
| Patrimonialité | |
| État de conservation |
démoli ou détruit |
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| Commune | |
| Adresse |
Rue Victor-Hugo |
| Coordonnées |
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Le théâtre de Saint-Pierre, également appelé salle de la Comédie, est une salle de spectacle inaugurée en 1786 à Saint-Pierre en Martinique, à l'angle des rues Victor-Hugo et du Théâtre, dans le quartier du Centre. Centre intellectuel et artistique des Antilles au XIXe siècle, elle a été détruite par l’éruption de la montagne Pelée le . Ses ruines sont aujourd'hui classées « monument historique » et un point d'attrait touristique de la ville.
Le théâtre fait l’objet d’un engouement considérable dans la société française du XVIIIe siècle qui finit par atteindre également les colonies françaises à la fin du siècle. À la Martinique, la nécessité d’un théâtre permanent à Saint-Pierre s’impose progressivement comme un élément incontournable dans une ville digne de ce nom, dont l'enrichissement dans le commerce du sucre permet une politique d'amélioration urbaine. Ainsi, Sainval, un négociant de Saint-Pierre, adresse en 1780 un mémoire aux autorités coloniales pour les convaincre d’établir un théâtre : « Les créoles qui s’abâtardissent sensiblement chaque jour ont puisé dans le spectacle tout à coup l’énergie, le goût et l’ardeur de s’instruire… Les habitants de couleur ont perdu leur barbarie… À l’aide du spectacle, on verra dans peu d’années les habitants de la Martinique ne plus se différencier des Européens que par leur climat. »
Le premier théâtre de Saint-Pierre, né d'une initiative privée de quatre négociants pierrotins (Pierre Fourn, Durana, Joyau et Mignard)[1], est construit le long de la Grand Rue dans le quartier du Fort Saint-Pierre à partir du . Il est dessiné sur le modèle du Grand-Théâtre de Bordeaux suivant la légende urbaine. Toutefois, selon ses proportions et son échelle architecturale, il est de dimensions beaucoup plus réduites que celui de la cité bordelaise. Il en va de même pour sa décoration et dans le traitement de l'ordre monumental qui est mis en œuvre sur sa façade principale.
Inauguré le avec Le Pouvoir du zèle de Joseph Patrat et Le Jugement de Midas d'André Grétry, il offre dès l'origine à son public un répertoire varié joué par des troupes de qualité, affichant notamment les pièces des auteurs célèbres du moment comme Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, celles d'Alexandre Duval, de Jean-Nicolas Bouilly (dont les six pièces sont représentées) et surtout de Michel-Jean Sedaine avec Le Déserteur. Opéras, ballets, acteurs, troupes de renommée internationale s'expriment sur la scène de la salle de la Comédie où l'on donne aussi parfois des danses d'esclaves avec la participation d'éléments mis gracieusement à la disposition du maître de ballet par les habitants de Saint-Pierre. Les spectateurs du théâtre sont essentiellement constitués de citadins et d’habitants proches de Saint-Pierre, de planteurs aisés des campagnes plus éloignées possédant des logements en ville, de certains militaires stationnés sur place, ainsi que d’autres appartenant à des escadres navales. Les esclaves présents dans le public accompagnent leurs maîtres en tant que domestiques. De la confrontation du public au répertoire livré par les troupes qui se succèdent au théâtre de Saint-Pierre, sont issues la musique et la danse créoles qui émergent simultanément. En septembre 1789, un jeune homme ose assister à une représentation au théâtre de Saint-Pierre avec un chapeau portant une cocarde tricolore. De cet incident démarrent les discordes révolutionnaires entre patriotes et royalistes pierrotins qui réduisent très nettement l'activité théâtrale.
L'ouragan de endommage considérablement le bâtiment qui est restauré et voit sa salle refaite à l'italienne, au même emplacement que la précédente, pour accueillir plus de 800 personnes, ce qui est très important pour l’époque. Il rouvre ses portes comme théâtre de la ville le pour son inauguration. Le théâtre est alors considéré par un voyageur en transit de France vers la Guadeloupe comme le seul édifice remarquable de la ville[2]. Lieu par excellence de l'exhibition sociale, la salle de théâtre à l’italienne permet une compartimentation du public en des espaces distincts et distants en fonction de la race et de la catégorie sociale (loges superposées pour les blancs créoles, parterre pour les mulâtres, paradis pour les esclaves qui accompagnent leurs maîtres en tant que domestiques) et donne une représentation de la hiérarchie sociale de Saint-Pierre.
Le théâtre est fermé en 1830 par les autorités en raison de troubles lors d’une représentation théâtrale. De jeunes blancs créoles avaient accusé un magistrat de rendre justice aux mulâtres contre leurs propres intérêts en l’invectivant à plusieurs reprises et en créant le trouble aux abords du théâtre. Les dégâts occasionnés par l'ouragan du entraînent à nouveau de profondes modifications sur le bâtiment en 1831-1832 qui est remanié. Il rouvre ses portes en 1836 et s'ouvre en même temps aux gens de couleur. En effet, son nouveau directeur, Charvet, souhaite que les places soient désormais attribuées en fonction du prix payé et non du préjugé de couleur ou de la position sociale. Réticentes, les autorités finissent par lui donner leur accord en menaçant de fermer le théâtre au premier incident, ce qui ne se produisit jamais.
Des spectacles et des concerts sont donnés au théâtre par des troupes locales ou de métropole venues de France pour la saison. Les pièces des auteurs locaux sont également représentées, comme Le Prince de Modène ou la Martinique en 1748 jouée le 22 et le . De nombreux comédiens célèbres s'y produisent. C'est là que se déroule également le grand bal de clôture du carnaval. Il est aussi un lieu de débats et d'échanges et de rassemblements politiques. Ainsi, de nombreux orateurs viennent y haranguer le public pendant la période politiquement agitée qui suit l'abolition de l'esclavage en 1848.
Le terrible ouragan du qui dévaste Saint-Pierre rend le théâtre inutilisable. Il ferme ses portes et durant sa restauration, les représentations théâtrales se tiennent dans le grand salon de l'Hôtel de ville de Saint-Pierre, mis à disposition par le maire. Soigneusement réparé, le théâtre rouvre ses portes au mois de décembre 1900, après d'importants travaux et apparaît comme le plus bel édifice du genre de toutes les Antilles. Malgré une brillante saison et un répertoire de première qualité où se succèdent La traviata, Faust, Le Trouvère, Robert le Diable, La Belle Hélène, Mamz’ elle Nitouche, Roger-la-Honte, Les deux gosses et Latude ou la prise de la Bastille, le théâtre de Saint-Pierre est en butte à des difficultés financières dues aux importants emprunts que le directeur avait contractés pour réaliser dignement sa rénovation et sa réouverture. Même les subventions de la ville et de la colonie s'avèrent insuffisantes. L'affaire n'est plus rentable et de graves différends éclatent entre le directeur et plusieurs éléments de la troupe. La troupe se disloque, le directeur est déclaré en faillite et le théâtre ferme définitivement ses portes en mai 1901. Alors que les amateurs de spectacle attendent confiants qu'un homme d'affaires avisé, soutenu par les pouvoirs publics, prenne en main la direction du théâtre, l’éruption de la montagne Pelée du le détruit presque complètement.
Le théâtre de Saint-Pierre en 1900. Le théâtre en ruines le . Les vestiges du théâtre en .
Le théâtre de Saint-Pierre est le premier édifice de l'ancienne cité créole dégagé en 1935 dans un but patrimonial, c’est dire l’importance qu’il revêtait dans la mémoire collective. Ses ruines ne laissent subsister de son époque de gloire que ses deux escaliers avec une fontaine centrale, l'emmarchement, les piliers de la façade, la fosse d'orchestre, le passage pour les fauteuils d'orchestre et une petite rue extérieure. Il est classé au titre des monuments historiques par arrêté du [3].
Direction
- Louis-François Ribié : 1816 - 1830
- Charvet : 1836 - 1850
- Eugène Peronne : 1850 -

