Toulouse sous les Mérovingiens et les Carolingiens
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L'histoire de Toulouse sous les Mérovingiens et les Carolingiens est une des périodes les plus mal connues de la ville. À la suite de la conquête de l'Aquitaine et de Toulouse par les Francs de Clovis, Toulouse perd son statut de capitale du royaume wisigoth, et durant la période mérovingienne son rôle se réduit, en même temps que sa population. Au cours du VIIIe siècle, sa position stratégique face aux territoires sous la domination du califat omeyyade, puis abbasside, lui rend une certaine importance : à la bataille de Toulouse, où le duc aquitain Eudes en 721, succèdent les opérations militaires menées par les rois et les empereurs carolingiens en Septimanie, puis au-delà des Pyrénées. Ainsi, la ville devient la tête d'un important comté et, au cours du IXe siècle, s'y implante durablement une puissante dynastie comtale, les Raimondins.
La conquête de l'Aquitaine


En 507, à la bataille de Vouillé, les Wisigoths sont vaincus par les Francs. En 508, après la prise de Bordeaux, une armée de Francs et de Burgondes se dirige sur la capitale wisigothique, Toulouse. La ville est prise et incendiée : c'est à cette occasion que Volusien, ancien évêque de Tours, aurait selon sa Vita rédigée à la fin du XIe siècle, été sorti de la prison où l'aurait jeté le roi Alaric II, mené à Pamiers et exécuté[2],[3]. Toulouse devient malgré tout la pointe avancée de l'influence franque dans le Midi. Dans les années suivantes, les conquêtes franques s'étendent à la Novempopulanie à l'ouest, au Quercy, à l'Albigeois et au Rouergue au nord, et au Lauragais à l'est[4]. Seule la Septimanie reste aux mains des Wisigoths, dont la capitale est déplacée à Barcelone, puis à Tolède[5].
La présence franque dans le Toulousain
Dès le début du VIe siècle, les implantations franques dans la région toulousaine sont plutôt nombreuses : c'est, avec les Charentes, entre Saintes et Angoulême, la région la plus « francisée » de l'ancienne Aquitaine wisigothique[6]. On trouve principalement ces implantations de la moyenne vallée de la Garonne, à la confluence du Tarn, jusqu'au seuil de Naurouze, à la limite de la Septimanie wisigothique[7]. Elles sont particulièrement attestées par la présence de cimetières et de lieux d'inhumation francs : ainsi, plusieurs tombes ont livré du mobilier franc à Lacroix-Falgarde, Venerque et L'Isle-Jourdain, où se trouvait un important poste de contrôle sur la via Aquitania[8],[9]. De même, la toponymie permet de supposer la présence des élites aristocratiques franques dans les campagnes : Ramonville, au sud de Toulouse, serait le domaine (villa en latin) d'un certain Regimund[6].
Il est probable que la présence franque dans le Toulousain se soit manifestée d'abord par l'installation de populations dans les campagnes, à la suite de la confiscation de domaines fonciers à des propriétaires wisigoths ou gallo-romains. Mais, d'un point de vue militaire, c'est bien la ville de Toulouse qui forme le verrou fermant l'accès de l'Aquitaine franque aux forces wisigothiques[8].
Une ville rebelle au pouvoir mérovingien ?
La place des évêques
En 511, à la mort de Clovis, le royaume franc est partagé entre ses fils. La cité de Toulouse échoit à Clotaire Ier (v. 496-561). En 561, elle est dévolue à Caribert (v. 521-567), puis, en 567, à Chilpéric Ier.
Le pouvoir franc s'appuie en particulier sur les évêques, administrateurs de la ville et du diocèse. Au VIIe siècle, les évêques de Toulouse semblent être issus de l'aristocratie franque : ainsi, Magnulfe en 585, Willigisile en 614 et Érembert en 657 portent-ils des noms francs[10]. Ce dernier, par exemple, né à Feuillancourt, près de Saint-Germain-en-Laye, est issu de la noblesse mérovingienne : moine de l'abbaye de Fontenelle, c'est le roi Clotaire III qui le nomme évêque de Toulouse en 657[11]. À la fin du siècle, Germier, en revanche, appartiendrait à la noblesse locale, aquitaine et de culture latine[10].
Le maintien d'un particularisme aquitain
Il se maintient, dans la ville, une originalité culturelle, avec la survivance de la culture latine. Elle est probablement forte encore dans les milieux aristocratiques. Ainsi, à la fin du VIe siècle, il aurait existé un cercle de grammairiens et de poètes latins, autour d'un certain Virgile[12],[10].
Entre les VIe et VIIIe siècles, l'aristocratie locale manifeste son particularisme d'un point de vue plus politique. En 584, elle apporte son soutien à Gondovald, prince mérovingien qui se soulève et se fait couronner roi d'Aquitaine : ainsi, l'année suivante, alors que l'évêque Magnulfe, d'origine franque, lui ferme les portes de la ville, le duc d'Aquitaine, Didier, lui-même d'origine aquitaine, les fait ouvrir par la force, expulse Magnulfe de la ville et laisse ses troupes piller le monastère de la Daurade où, depuis septembre 584, est réfugiée Rigonthe, une princesse mérovingienne, fille du roi Chilpéric Ier. Mais la reconquête de la ville par les forces franques est l'occasion d'importantes représailles contre les partisans du prétendu roi d'Aquitaine[10].

En revanche, en 629, le roi Dagobert Ier favorise l'expression du particularisme aquitain en concèdant à son demi-frère, Caribert, le titre de roi d'Aquitaine : ce royaume, qui reste dans l'orbite franque, a Toulouse pour capitale et s'étend des Pyrénées à Bordeaux, Cahors, Agen, Périgueux et Saintes. Il permet à Dagobert Ier de créer une zone tampon, face aux menaces vasconnes et wisigothiques, tout en conservant une autorité nominale sur la région. D'ailleurs, lorsque Caribert meurt, trois ans plus tard, le royaume d'Aquitaine disparaît[12]. Les rois francs maintiennent tout de même des représentants de haut rang, ayant autorité sur l'Aquitaine, tels Philippe et Félix, « patrices » de Toulouse vers 660-670[12],[13].
Au cours du VIIIe siècle, les tensions s'accroissent entre l'aristocratie aquitaine et le pouvoir franc. Cet état de conflit peut se voir dans l'aménagement de défenses nouvelles à Toulouse, particulièrement au nord de la cité, autour de l'église Saint-Sernin, entourée d'un large et profond fossé[14]. Mais l'effacement progressif de la ville comme centre intellectuel est aussi la marque des difficultés que connaît l'Aquitaine[14].
La bataille de Toulouse
La reprise en main carolingienne
En 751, le maire du palais franc, Pépin le Bref, s'empare du pouvoir en renvoyant au monastère le dernier roi mérovingien, Childéric III. C'est dans ce contexte de changement dynastique que les ducs d'Aquitaine accroissent leur autonomie. En 767, Pépin le Bref s'empare de Toulouse, mettant fin aux velléités d'indépendance du duc Waïfre[15].
Charlemagne, devenu roi en 768, satisfait au particularisme aquitain en conservant un royaume d'Aquitaine et en y nommant son fils, Louis, comme roi. Cependant, il continue à diriger de très près la politique et les opérations militaires dans la région, ne laissant en fin de compte que peu d'autonomie à son fils.
En 787, Chorson, duc de Toulouse, est capturé par Adalaric, un chef vascon. Il le relâche après lui avoir fait prêter serment, mais semble conserver l'autorité sur la ville de Toulouse. L'année suivante, Louis convoque une assemblée à Mourgoudou où doit comparaître Adalaric : celui-ci s'y rend après avoir garanti sa sécurité par un échanges d'otages, et il en repart libre. En 790, Charlemagne convoque son fils à l'assemblée qui se tient à Worms (de) : il décide de condamner Adalaric à l'exil et de remplacer Chorson par un de ses proches fidèles, Guillaume, dux ab urbe Tolosana (en latin : « duc de la ville de Toulouse »). Ce dernier est chargé de combattre les Vascons : il finit par leur imposer la paix l'année suivante, permettant à Louis de tenir son assemblée à Toulouse, la ville ayant été libérée[16].
En 794, Louis est incapable d'apporter au palais d'Aix-la-Chapelle les munera habituels : il semble que l'usurpation des domaines du fisc, ou des donations faites par Louis aux représentants de l'aristocratie aquitaine expliquent qu'il se trouve sans ressource. Charlemagne décide alors de cantonner son fils sur quatre domaines du nord de l'Aquitaine (Doué, Chasseneuil, Angeac et Ebreuil), laissant à Guillaume toute latitude pour reprendre en main les affaires aquitaines[17],[16]. Ainsi, le pouvoir carolingien en Aquitaine passe véritablement entre les mains de Guillaume.
En 800, Louis réunit à nouveau l'assemblée à Toulouse, afin d'y décider de la conduite à tenir face aux raids de pillage menés depuis la marche d'Espagne. Il prend la décision, sur le conseil de Guillaume, d'y porter la guerre. C'est effectivement sous la direction de Guillaume, qui porte le titre de primus signifer (en latin : « premier porte-étendard ») que l'armée carolingienne parvient devant Barcelone. Elle est composée de soldats francs, goths et vascons[16].
Les évolutions du paysage urbain
La conservation de la parure antique
La ville conserve en partie son patrimoine monumental antique. La puissante muraille, percée de trois portes, continue à être entretenue[18].
De même, le pont-aqueduc est toujours en place, mais il n'est pas certain que le réseau d'adduction d'eau soit toujours efficient[18].
En revanche, d'autres monuments romains disparaissent entre les VIe et VIIIe siècles : le théâtre, les thermes, ainsi que, à l'extérieur de la ville, l'amphithéâtre de Purpan et le complexe cultuel d'Ancely[18].
Les constructions religieuses
L'église de la Daurade, probable chapelle palatine des rois wisigoths, subsiste : c'est probablement sur l'impulsion des chefs francs qu'elle reçoit sa dédicace à Sainte-Marie[18].
Au cœur de la ville, sur la place de l'ancien forum, progressivement transformé au cours de la période wisigothique, c'est sur le podium de l'ancien temple capitolin que, vers 560-570, le duc franc Launebode et son épouse Berethrude font construire une église, en commémoration du martyre de Saturnin[18]. À l'est de la ville, le groupe cathédral se développe autour de deux églises : l'église Saint-Jacques et l'église Saint-Étienne. Peut-être existait-il, entre les deux, un troisième sanctuaire, dévolu au baptême[18].
De nouvelles églises sont construites, telles que l'église Saint-Remi (emplacement à l'angle des actuelles rues Saint-Rémésy et Saint-Jean), qui est fondée à la fin du VIIe siècle, peut-être par l'évêque Germier, et l'église Saint-Quentin, près de la Porterie[19]. C'est peut-être également durant cette période qu'est construite la première église Saint-Sauveur, à l'est des remparts et hors de la ville (emplacement de la Halle aux grains, no 1 place Dominique-Martin-Dupuy)[19]. Au nord-ouest de la ville, à l'extérieur des remparts, l'église Saint-Pierre-des-Cuisines est également transformée au VIIe siècle et voit son rôle funéraire s'affirmer : elle abrite alors des sarcophages, qui montrent la présence de nombreuses sépultures aristocratiques[19].
Surtout, au nord de la ville, l'église Saint-Sernin connaît un grand développement. Elle est déjà le but d'un important pèlerinage[19]. La diffusion d'une littérature pieuse, qui fait de Saturnin un disciple de l'apôtre Pierre et un des premiers évangélisateurs de la Gaule, renforce le prestige du sanctuaire. Celui-ci conserve d'ailleurs aussi les reliques de deux autres évêques toulousains, Silve et Exupère[19]. Autour de l'église, les inhumations sont également nombreuses, répondant au désir des fidèles d'être enterrés au plus près des saints – ad sanctos[19].