Tradition sidérurgique dans le Châtillonnais
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La tradition sidérurgique dans le Châtillonnais remonte au haut Moyen Âge. Dès le XVIIe siècle à l'instigation de Colbert des hauts fourneaux améliorent l'exploitation du minerai local à partir du bois de la forêt. Après une période de croissance intense qui assure un développement considérable de la région, l'apparition de la houille et l'épuisement du minerai local entraînent le déclin progressif de l'activité à la fin du XIXe siècle en dépit des tentatives de modernisation. De nombreux témoins architecturaux subsistent dont deux inscrits à l'inventaire des monuments historiques.
Du fer et du bois
L’exploitation du minerai local, identifiée dès le premier âge du fer, s'amplifie à l'époque gallo-romaine. Les premières formes de mécanisation du soufflage des foyers et du martelage apparaissent au Moyen Âge[1] et dès le XVe siècle le haut-fourneau permet la réduction du minerai de fer en fonte. Celle-ci est ensuite convertie en fer doux dans des forges utilisant la force hydraulique ; les sites de production s’installent alors le long des cours d’eau et à proximité des forêts pour se procurer la force motrice et le charbon de bois, principal combustible.
À la Révolution les maîtres de forges qui exploitent les usines en location profitent de la vente des biens nationaux pour en devenir propriétaires. Favorisée par les besoins des guerres de la Révolution et de l’Empire, l’industrie sidérurgique crée de nombreux emplois dans le Châtillonnais[2] qui connaît un développement spectaculaire comme en témoigne l'édification d'imposants monuments publics et/ou religieux dans de nombreuses agglomérations au XIXe siècle.
Jean-Philippe Passaqui, dans une communication Mines et minières de Côte-d'Or au XIXe siècle[3] résumant un mémoire de maîtrise soutenu en 1993, présente ainsi l'extraction du fer dans le Châtillonnais :
« Au début du XIXe siècle [...] Cependant et paradoxalement, comme le minerai était abondant et ne suscitait aucune rivalité entre maîtres de forges, les archives restent muettes sur ces minières. Celles-ci étaient établies le long de la Côte châtillonnaise. Le minerai exploité, de type oolithique, se présentait sous forme de grains extrêmement fins qui correspondaient, d'un point de vue géologique, à l'étage oxfordien. Minerai de qualité très inégale, il comportait souvent, notamment dans les parties les plus fossilifères, des traces de phosphore affectant l'élaboration de la fonte.
Les principaux gîtes se situaient en retrait de la Côte, au sud par rapport au plateau. L'extraction se concentrait sur certains villages. Ainsi, les minières d'Étrochey alimentaient une dizaine de hauts-fourneaux différents. L'activité minière était aussi très soutenue à Louesme et Courban et, à la limite avec la Haute-Marne, près de Boudreville et Montigny-sur-Aube. »
Opulence puis déclin
Sous la Restauration et le Second Empire, les maîtres de forge ont les moyens de financer la construction ou la restauration de nombreux châteaux (Rochefort-sur-Brevon et Ampilly-le-Sec sont de belles illustrations qui vaudraient le détour) et d'églises (deux architectes châtillonnais dont Tridon vont y faire fortune). Survivance d'un passé révolu, ces réalisations paraissent aujourd'hui somptueuses et surdimensionnées.
L'arrivée des forges "à l'anglaise" fonctionnant à la houille dont le routage augmente les coûts de revient entraîne le déclin du secteur à partir du milieu du XIXe siècle ; la création de trois lignes de chemin de fer convergeant vers Châtillon ne suffira pas à l'endiguer. Les vestiges d'établissements industriels et des logements ouvriers qui s'y rattachaient subsistent à Ampilly-le-Sec, Marcenay[4], Rochefort-sur-Brévon, Sainte-Colombe-sur-Seine et Vanvey. A Sainte-Colombe ainsi qu'à Chênecières perdure une certaine activité industrielle.
Les maîtres de forge
Entre 1780 et 1820, on dénombre quatorze hauts-fourneaux auxquels sont liés une vingtaine d'ateliers d’exploitation[5]. Sous l’ancien Régime, ceux-ci appartiennent aux abbayes ou à la noblesse locale qui les confient à des métayers afin d’assurer les besoins locaux : armement, outillage agricole, forestier et carrier, ferronnerie d’art … A la Révolution ces derniers disposent des moyens nécessaires au rachat de leurs outils de production qui bénéficient alors des commandes liées aux guerres révolutionnaires et napoléoniennes avant que la construction métallique et le développement du rail n’assure leur fortune dont témoignent les nombreux châteaux, lavoirs, cités ouvrières et églises construits ou rénovés par les « maîtres de forges » au XIXe siècle. L’épuisement du minerai local et la difficulté en approvisionnement auprès des charbonniers de la forêt de Châtillon à la fin du siècle entraîne une telle augmentation des coûts que leur activité entre en déclin. Parmi les maîtres des forges les plus notoires on relève :
La famille Godin, présente à Châtillon dès le XVIIe, qui y entre dans l’histoire du chauffage domestique avant d'émigrer dans l'Aisne[6] et au Canada.
Le maréchal Marmont (1774-1852) qui transforme en 1822 le haut fourneau de Sainte-Colombe-sur-Seine édifié en 1776 en fonderie « à l'anglaise » fonctionnant à la houille[7].
Pierre-Nicolas Rolle (1770-1855), avocat, écrivain, bibliothécaire de la ville de Paris et copropriétaire des forges de Voulaines-les-Templiers.
Joseph Pétot (1788-1861), maître des forges de Veuxhaulles-sur-Aube, bâtisseur du château de Voulaines-les-Templiers et député de Côte-d'Or
Édouard Bougueret (1809-1888), maître de Forges à Voulaines-les-Templiers et directeur de la Société des forges de Châtillon-Commentry. Artisan de la participation des employés s aux bénéfices et à l'accession à la propriété.
Louis-Paul Cailletet (1832-1913) qui s'assure une réputation scientifique mondiale à partir des forges de Chênecières[8].



