La période de la Tunisie ottomane couvre une ère allant de 1574 jusqu'en 1705, marquée par la présence ottomane, tantôt effective tantôt nominale, ainsi que par une succession de plusieurs systèmes politiques.
Du au , la bataille de Djerba se solde par la conquête de l'île par les Ottomans.
En 1569, les Ottomans parviennent à reconquérir Tunis; ils s'y maintiennent jusqu'en 1573 quand une expédition espagnole commandée par Juan d'Autriche reprend la ville, restaurant le pouvoir hafside – vassal des Espagnols – pour une durée de près d'un an, avant la conquête définitive de la Tunisie par les Ottomans.
De 1574 à 1590 : administration turque directe
En 1574, la Tunisie tombe sous l'emprise ottomane au terme de la bataille de Tunis, qui a lieu du au . Une période d'administration ottomane directe s'ensuit et dure jusqu'en 1590, date à laquelle les janissaires s'insurgent[2], plaçant à la tête de l’État un dey et, sous ses ordres, un bey[3] chargé du contrôle du territoire et de la collecte des impôts. Ce dernier ne tarde pas à devenir le personnage essentiel de la régence[4] aux côtés du pacha, qui reste confiné dans le rôle honorifique de représentant du sultan ottoman.
À partir de 1590, le dey, qui est le commandant militaire du territoire élu par le diwan, devient le véritable maître du pays. Ibrahim Roudesli est élu comme premier dey de Tunis (1590-1592). Il est suivi par Moussa Dey (1592-1593), Othman Dey (1593-1610) et Youssef Dey (1610-1637). Néanmoins, les deys perdent le pouvoir effectif au profit du bey Mourad en 1613.
Le bey, dont la fonction est à l'origine celle d'un simple préfet représentant l'Empire ottoman à Tunis, devient le personnage central de l'administration territoriale ottomane en Tunisie à partir de 1613.
La guerre de succession mouradite, ou «Révolutions de Tunis», voit s'affronter plusieurs belligérants, soit tour à tour Ali Bey El Mouradi et Mohamed Bey El Mouradi, fils de Mourad II Bey, le frère de celui-ci et pacha de Tunis, Mohamed El Hafsi El Mouradi, plusieurs deys de Tunis, la milice turque de Tunis et le dey d'Alger. Elle s’achève par le coup d'État d'Ibrahim Cherif (1702-1705) qui se fait nommer dey, bey et pacha à la fois.
Le , Ibrahim Cherif est battu par le dey d'Alger pendant qu'il combat le bey de Tripoli pour la possession de l'île de Djerba. Capturé, il est emmené à Alger. Cinq jours plus tard, l'agha des spahis, revenu à Tunis avec les débris de l'armée de Cherif, fils du gouverneur du Kef Ali el-Turki, est élu bey par le diwan. Il inaugure ainsi la nouvelle dynastie beylicale des Husseinites sous le nom de Hussein Ier Bey[6].
Les Husseinites, restent fidèles à la Sublime Porte, mais règnent en monarques. La Tunisie est alors dotée de sa propre monnaie et d'une armée indépendante, et elle adopte en 1831 son drapeau[7].
Bien que le beylicat n'appartienne plus à l'Empire ottoman dès 1705, les Ottomans revendiquent les régences d'Afrique du Nord jusqu'au premier quart du XXesiècle et ne reconnaissent le protectorat français de Tunisie qu'en 1923.
Annexes
Notes et références
↑ Abdallah Laroui, The History of the Maghrib: An Interpretive Essay, éd. Princeton University Press, Princeton, 1977, p.249(ISBN0691031096).
↑ Philippe Lemarchand [sous la dir. de], L’Afrique et l’Europe: atlas du XXe siècle, éd. Complexe, Paris, 1994, p.238(ISBN9782870275184).
↑ Yves Lacoste et Camille Lacoste-Dujardin [sous la dir. de], L’état du Maghreb, éd. La Découverte, Paris, 1991, p.46(ISBN2707120146).
↑ Michel Quitout, Parlons l’arabe tunisien: langue et culture, éd. L’Harmattan, Paris, 2002, p.12(ISBN2747528863).
↑ Denise Brahimi, Voyageurs dans la régence de Tunis: XVIe – XIXesiècles, éd. Carthaginoiseries, Carthage, 2008, p.205.
↑ André Raymond, Tunis sous les Mouradites: la ville et ses habitants au XVIIe siècle, éd. Cérès, Tunis, 2006[réf.incomplète].
François Arnoulet, « Les rapports tuniso-ottomans de 1848 à 1881 d'après les documents diplomatiques », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 47, n°1, 1988, pp. 143-152 (lire en ligne).
Robert Mantran, « L'évolution des relations politiques entre le gouvernement ottoman et les odjaks de l'ouest du XVIe au XIXe siècle » (conférence), TAD II, n°2-3, 1964, pp. 51-66 (lire en ligne).