Villa gallo-romaine de Montcaret
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du Ier siècle au Ve siècle |
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Commune |
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La villa gallo-romaine de Montcaret est une villa gallo-romaine située à Montcaret, en France, classée monument historique[1]. Les vestiges ont été partiellement dégagés entre 1921 et 1939. Ils correspondent à la partie résidentielle de la villa et ont conservé en place d'importants éléments de mosaïques. D'après ces mosaïques qui décoraient de grandes salles de réception et des thermes privés agencés autour d'une vaste cour, l'archéologue Catherine Balmelle rattache la villa de Montcaret aux luxueuses demeures aristocratiques d'Aquitaine des IVe siècle et Ve siècle. Les vestiges et le musée attenant sont visitables toute l'année[2].
Le site archéologique de Montcaret est situé dans le département français de la Dordogne, sur la commune de Montcaret, sur une butte à proximité de la route qui relie Castillon-la-Bataille à Sainte-Foy-la-Grande et à Bergerac, à quelques kilomètres du cours de la Dordogne.
L’emplacement de la villa est à 30 mètres d’altitude sur les premiers contreforts du plateau qui domine la rive droite de la Dordogne, situation qui la met à l’abri des inondations et des vents du nord. La présence de sources résurgentes assure son approvisionnement en eau. Enfin la villa est à proximité du tracé présumé de la voie antique reliant Burdigala (antique Bordeaux) à Vesunna (Périgueux)[3].
Découvertes
Trouvailles au XIXe siècle
Quelques découvertes fortuites au cours du XIXe siècle démontrent l'existence d'une implantation antique romaine à Montcaret, mais elles restent sans lendemain. En 1827, le creusement d’un lavoir met au jour des murs et une mosaïque antiques, qui sont réutilisés comme fond du lavoir. En 1873, lors du nivèlement du terrain de la future gare, le curé de Montcaret, l’abbé Delpeyrat, repère ce qu’il qualifie de « tombeau », une tombe antique construite en tegulae et contenant deux urnes avec des restes d’incinération d’un enfant[4]. Il intéresse à ses découvertes antiques un de ses élèves, Pierre Tauziac (1866-1941), qui va consacrer ses efforts à la recherche archéologique sur Montcaret. Dans le cimetière implanté autour de l’église du village, le creusement de nouvelles tombes atteint souvent des mosaïques ou déterre des monnaies et des fragments de céramiques, qui alimentent la collection de Tauziac[4]. Dans une tranchée ouverte dans le prolongement du cimetière, sont extraites des monnaies de bronze émises sous les Antonins, les Sévères et les Constantiniens[5].
Fouilles de 1921 à 1939
Pendant des années, Tauziac tente d’attirer l’attention des autorités publiques sur le potentiel archéologique de ce cimetière, mais il ne rencontre que du désintérêt, et parfois même de l’hostilité, car à cette époque, les sites préhistoriques du Périgord monopolisent les recherches. Il doit attendre 1919, pour que le marquis de Fayolle, président de la société archéologique du Périgord, signale l’intérêt de Montcaret au ministère des Beaux-Arts. Le ministère envoie en 1920 Jules Formigé, architecte en chef des Beaux-Arts, effectuer des sondages dans le cimetière désaffecté. À partir de 1921 et sous la direction de Formigé, Tauziac et Auguste Conil, directeur de la société archéologique de Bordeaux, décédé le [6], fouillent l’ancien cimetière tout autour de l’église[7].
Dans la partie ouest du cimetière, les fouilleurs découvrent d'abord des tombes, sarcophages monolithes, cercueils de dalles et tombes en maçonneries, superposées jusqu'à trois niveaux en certains points, parfois creusés dans l'épaisseur de murs plus anciens[8]. Ils relèvent quelques objets qu’ils datent de l'époque mérovingienne : une francisque[Notes 1], une croix-reliquaire en bronze[Notes 2]. Au niveau inférieur de la fouille de ce secteur, on découvre une monnaie de bronze de Constantin incluse dans un mur de soutien des mosaïques, ce qui situe leur réalisation au IVe siècle. Enfin, parmi les nombreux fragments de céramique sigillée mêlés aux déblais, des coupelles portent l’estampille Eppiae, marque d’Eppuis, potier à Montans (Tarn) dans les années 90-100 apr. J.-C.[5].
Le site est classé au titre des monuments historiques en 1926 et 1935 et est décrit dans la base Mérimée comme un ensemble thermal[1], interprétation qui est rectifiée par les études archéologiques ultérieures.
En 1936, à 300 mètres à l’est du bourg, les restes de deux bassins sont fortuitement mis au jour[9]. De forme carrée (1,54 mètre de côté), profonds d’un mètre avec un sol dallé muni d’une cuvette de vidange centrale, ils sont interprétés dans un premier temps comme une installation de meunerie en raison de la découverte à proximité d'une meule à grains[10]. La découverte en Gironde autour des années 1957 de bassins à cuvettes similaires à ceux de Montcaret autorise Jacques Coupry à les identifier comme des cuves viticoles servant au foulage du moût de raisin[11]. Cette installation pourrait faire partie des dépendances agricoles de la villa. Parmi les remblais qui comblaient les cuves, une assiette à marli de type DSP[Notes 3] et une épaule d'amphore originaire de Gaza en Palestine, qui est datée du Ve siècle ou plus probablement du VIe siècle, ce qui atteste l'occupation tardive du site et d'un commerce avec l'Orient[12].
Formigé publie en 1939 une synthèse des travaux de fouilles avec un plan d’ensemble des vestiges[13],[14]. Il identifie deux grandes périodes d’activité du site. La première à partir du Ier siècle est celle d’un édifice qui selon lui est un complexe thermal, avec une grande salle à abside à l’ouest et un espace dégagé central servant de palestre[15]. Formigé suppose que ce complexe fut détruit lors des incursions barbares en Gaule au cours de la seconde moitié du IIIe siècle[8]. Il situe la seconde phase de reconstruction et d’aménagements au IVe siècle, avec les décors de mosaïques, le remaniement des sous-sols de la salle à abside, l’ajout d’une salle cruciforme à l’ouest et d’une piscine à l’est. Enfin, Formigé interprète la présence de nombreuses tombes dans la salle à abside comme le signe de sa transformation en église, tandis que la salle cruciforme devenait selon lui un baptistère[16]. Les conclusions de Formigé sont reprises en 1944 par Raymond Lantier, qui préfère toutefois considérer l’installation thermale comme la dépendance privée d’une villa, et non un établissement public[8],[17].
Sondages complémentaires
Les sondages réalisés en 1947 et 1951 sur la partie ouest par Pierre Grimal, directeur de la circonscription archéologique de Bordeaux, ont permis d’affiner la chronologie de construction des salles à abside et de la salle cruciforme. Grimal identifie trois états successifs de construction. Les vestiges de l'état I, les plus profonds et donc les plus anciens, comportent des pans de murs perpendiculaires correspondant à plusieurs salles et le mur en demi-cercle d’une petite abside. Au stade suivant (état II), la petite abside est comblée ou transformée en cave, et les murs anciens arasés servent de fondations pour la création d’une vaste salle avec une grande abside. Un chauffage par hypocauste dessert cette salle et une pièce annexe cruciforme par l’intermédiaire de conduits verticaux enchâssés dans les murs. Au dernier stade (état III), qui est celui des mosaïques exposées, l’étendue chauffée par hypocauste est réduite, et disparait de la salle cruciforme, car le mortier de pose des mosaïques de cette pièce empiète sur les conduits muraux et les rend inopérants[18].
En 1966, à l’occasion de la réfection de la clôture du site, l’archéologue Marc Gauthier dégage l’angle nord-ouest de la pièce précédant la grande salle à abside. Il y trouve un sol de mosaïque en motif d’octogone, en partie défoncé par deux tombes[19].
D’autres travaux ponctuels d’assainissement à la périphérie du site ou d’agrandissement du musée réalisés entre les années 1957 et 1995 permettent d’apporter des précisions de détail au plan des vestiges[20],[4].
La collection Tauziac
Les héritiers de Pierre Tauziac ont fait don à l'État de sa collection. Elle regroupe ses trouvailles faites avant et pendant la fouille du site autour de l'église, mais aussi des objets de provenances diverses, ailleurs sur la commune ou sur le département. Cette hétérogénéité, des discordances avec les notes prises par Auguste Conil et les imprécisions d'inventaire induisent des incertitudes sur la localisation d'origine des pièces archéologiques et leur rattachement certain à la villa gallo-romaine de Montcaret[21].








