Voyages à travers la France et l'Italie

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PaysDrapeau de l'Écosse Écosse
GenreChronique de voyage sous forme épistolaire
Voyages à travers la France et l'Italie
Image illustrative de l’article Voyages à travers la France et l'Italie
Page de titre d'une édition pirate publiée à Dublin la même année que l'édition originale[N 1].

Auteur Tobias George Smollett
Pays Drapeau de l'Écosse Écosse
Préface Tobias George Smollett
Genre Chronique de voyage sous forme épistolaire
Version originale
Langue Anglais
Titre Travels through France and Italy
Éditeur B. Baldwin, de Paternoster Row
Lieu de parution Londres
Date de parution 8 mai 1766
Version française
Traducteur André Fayot
Éditeur José Corti
Lieu de parution Paris
Date de parution 1994
Nombre de pages 395
ISBN 2-7143-0505-9
Chronologie
Dessin. Visage de 3/4 gauche, épaules tombantes, perruque poudrée
Portrait de Tobias Smollett.

Voyages à travers la France et l'Italie (Travels through France and Italy) est un récit de voyage en anglais de Tobias Smollett publié le 1766.

Après avoir perdu leur unique enfant, Elizabeth, décédée à l'âge de quinze ans le , Tobias Smollett et Anne, son épouse, décident au mois de juin de quitter Londres, où ils résident, pour traverser la France, via Folkestone et Boulogne, en direction de Nice. Ils emmènent avec eux une nièce, Miss Anne Cury, une amie, Miss Frances Lassells, et le valet Alexander Tolloush. Le voyage dure deux ans, le quintette ne revenant qu'en . À l'exception d'une incursion en Italie de deux mois, le séjour se déroule en France, période durant laquelle Smollett entretient une correspondance régulière avec un groupe d'amis anglais, réels ou supposés, auxquels il fait part des péripéties de ses déplacements et des impressions que lui inspirent les contrées traversées.

Une fois de retour, comme il entend tirer le meilleur parti de son matériau et que les récits de voyage sont à la mode, Smollett reprend ses lettres une à une et leur ajoute quelques détails historiques et archéologiques puisés dans des guides de voyage consultés ou achetés au long de son périple, ce dont il ne fait nullement mystère. Ainsi, Voyages à travers la France et l'Italie paraît en deux volumes le . L'œuvre connaît aussitôt un franc succès auquel la notoriété de l'auteur n'est pas étrangère. Celui-ci avait en effet fait la une des journaux avec une condamnation pour diffamation en 1760 et, trois années plus tard, en soutenant seul contre tous dans son hebdomadaire The Briton, son compatriote écossais Lord Bute qui finit par abandonner le pouvoir, d'où un scandale auquel le départ de 1763 permet à Smollett de se soustraire.

Cependant, la célébrité n'expliquant pas tout, le public trouve dans l'ouvrage, grincheux, sardonique, satirique et relativement sombre, ample matière à flatter son amour-propre patriotique : l'Angleterre, victorieuse de la guerre de Sept Ans (1756-1763), traverse en effet une période d'euphorie francophobe, et les lecteurs se délectent des sarcasmes accablant les continentaux, surtout méditerranéens, gens décrits comme frivoles, sales, rapaces, futiles et efféminés, ridiculement préoccupés de leur parure, affligés de la tare du catholicisme romain, croqués comme les ressortissants de pays sous-développés au regard de la civilisation accomplie du peuple britannique.

Le succès, cependant, est de courte durée. En 1768, Laurence Sterne, déjà auréolé de la réussite de Tristram Shandy, fait paraître son Voyage sentimental où il présente la France avec une alacrité et une légèreté souriantes de tous les instants et moque un certain Smelfungus qui n'est autre que l'auteur de Voyages à travers la France et l'Italie. Désormais, Smollett devient le grincheux dont il faut se moquer, et la critique change de ton, dénonçant les excès de son jugement, l'outrance de ses généralisations, ignorant la justesse de la plupart de ses observations, l'acuité de son regard de reporter curieux, avisé et original d'esprit.

Opposer les deux ouvrages systématiquement reste vain aux yeux de la critique moderne qui voit dans l'ouvrage de Smollett une série d'observations livrées sur le vif, au fil de la plume, avec la fraîcheur d'un premier jet. L'auteur s'intéresse à tout, commente et disserte au fil de ses déplacements. De cet ensemble rayonne une personnalité complexe, parfois irritante, d'une mauvaise humeur plutôt touchante, car Smollett vibre à tout ce qui l'entoure, d'enthousiasme ou d'indignation, d'une brusquerie parfois pathétique. Il y a là l'affirmation d'une liberté d'opinion que rien ne peut édulcorer. À son insu et comme par hasard, Voyages à travers la France et l'Italie, se présente aussi comme une sorte de premier roman par lettres, contribuant de ce fait à l'élaboration de Humphry Clinker dont les voix polyphoniques des cinq correspondants se font écho, se superposent ou dissonent.

À une époque où la mer suscite plus de peur que d'attrait, le sud de la France, à l'exception de la Provence et du Languedoc, reste quasi inconnu du public anglais. Nice est sardo-piémontaise et, à l'écart des voies de circulation, n'est qu'une bourgade sans intérêt ; Voyages à travers la France et l'Italie, pendant ses deux années de franc succès, en devient le meilleur propagandiste, et c'est à ce titre que Smollett a été qualifié, pour l'avoir découverte et fait connaître au monde, d'« inventeur de ce qui est devenu la Côte d'Azur ».

Ouvrage lié à la vie de l'auteur

Selon Viviès qui s'interroge en 1999 sur la portée du genre choisi par Smollett, « Le XVIIIe siècle, époque-charnière de la littérature anglaise qui voit naître et s'épanouir le roman, est aussi l'âge d'or du récit de voyage. Les grands auteurs que sont James Boswell, Samuel Johnson, Laurence Sterne et Tobias Smollett n'ont cessé de feuilleter les pages du livre du monde tout en élaborant leur discours dans le monde des livres. Au point de rencontre entre le voir et le savoir, entre l'inventaire et l'invention, ces romans et récits de voyage dessinent un espace où tous les genres littéraires échangent et réinventent des formes dont la théorie critique contemporaine permet de saisir toute la plasticité et la modernité[2]. »

Smollett a voyagé sur le continent six fois mais, à la différence de nombreux écrivains du XVIIe siècle tels Addison, Gray, Walpole, Sterne, Gibbon et Hume, qui tous ont rendu compte de leurs observations en détail, Smollett n'a laissé que très peu de traces de sa vie sur ces terres, alors lointaines, dans sa correspondance privée. Sur les cent huit lettres que compte la plus récente édition, seules sept complètes et un fragment y sont consacrés[3]. En revanche, le périple et le séjour de 1763-1765 n'a pas connu le même sort ; sans doute est-ce dû au fait que l'ouvrage est intimement lié à la vie personnelle de son auteur. À quarante-deux ans, malade, épuisé par ses combats littéraires et politiques, ayant dû en février 1763 cesser dans l'agitation et les insultes la publication de l'hebdomadaire The Briton, où il soutenait la politique impopulaire de Lord Bute[4], Smollett devient, comme son épouse, inconsolable à la perte d'Elizabeth, leur unique enfant, jeune fille de quinze ans affectueusement surnommée Little Boss petite patronne »)[5].

Partir, non pas s'exiler mais se dépayser, semble nécessaire pour raviver les corps, éloigner les tracas et atténuer le deuil qui les accable. Asthmatique, tuberculeux et hypocondriaque, Smollett espère que le soleil méditerranéen et la sécheresse de l'air lui rendront la respiration devenue difficile et que les bains, pourtant attaqués, du moins ceux de Bath, dans An Essay on the External Use of Water[6], redonneront du tonus à son organisme affaibli, deux objectifs réussis puisqu'il s'en reviendra en bien meilleure forme[7]. La découverte de Nice, alors écartée du Grand Tour[N 2] conduisant en France et en Italie les jeunes aristocrates frais émoulus de leurs humanités, petite ville d'environ 12 000 habitants selon les calculs du voyageur, est due à la recommandation d'un médecin rencontré par hasard qui en avait vanté les vertus climatiques pour leur devoir sa propre guérison de graves problèmes bronchiques[7].

D'autre part, la disparition d'Elizabeth ayant plongé Mrs Anne Smollett dans le plus profond désespoir, cette dernière « n'eut de cesse de prier son mari avec insistance pour qu'il l'éloignât d'un pays où chaque chose nourrissait son chagrin. »[8],[C 1].

Un homme à bout

Gravure couleur. Bâtiment gris massif, en L, trois niveaux. Quelques passants discutant.
L'entrée de la Prison de King's Bench c. 1828, par Thomas H. Shepherd.

Thomas Seccombe fait remarquer que Smollett, qui n'avait ni mentor, ni pension, ni héritage ou propriété d'aucune sorte, a été l'un des premiers écrivains anglais à gagner sa vie à l'âge adulte entièrement par sa plume et que, dix années après son arrivée à Londres, il s'enorgueillissait de dépenser avec prodigalité et de « protéger » une foule d'auteurs dits de Grub Street, c'est-à-dire peu chanceux ou de moindre talent[N 3], sans grand respect pour ses propres comptes, ce qui le contraignait à contracter des emprunts répétés, les six ou sept cents livres sterling que ses écrits lui rapportaient annuellement ne suffisant pas à assurer ce somptueux quotidien. Poussé par le besoin de produire à nuits forcées, à diriger une revue littéraire, The Critical, un magazine généraliste, The British et un hebdomadaire politique, The Briton, ses opinions dénonciatrices, par exemple de la fainéantise d'un amiral, lui valurent des ennuis, en particulier trois mois, de à , derrière les barreaux de la King's Bench Prison, assortis d'une amende de 100 £, somme considérable à l'époque. Puis vint la querelle avec un vieil ami, John Wilkes[9], c'est-à-dire toute une série de charges et de contrariétés qui finirent par avoir raison de son équilibre aussi bien physique que mental, dépression nerveuse tenace, catarrhes continuels, auxquels s'ajoutèrent la maladie de son épouse qu'il adorait et, coup final, la mort de l'enfant chérie du couple[5].

Une corvée nécessaire

Ce n'est pas par plaisir que Smollett partit pour l'étranger, mais par seule nécessité. Outre les circonstances extraordinairement pesantes, la prescription des médecins avait été formelle : il fallait rejoindre le sud, un climat sec et ensoleillé ; mais le romancier s'en est aussi allé avec la ferme intention de tirer profit financier de ses pérégrinations, d'où les longues lettres descriptives écrites à chaque étape et adressées à ses amis docteurs ou autres familiers, pratiquement sans recul, avec des scènes et des conversations prises sur le vif. La destination prévue était Montpellier, considérée comme la meilleure villégiature de l'Europe du Sud, route que la paix de 1763 venait de rouvrir. Smollett avait déjà plusieurs fois voyagé à bord des vaisseaux de la Royal Navy comme chirurgien de marine. Ses expériences, en partie reprises dans Les Aventures de Roderick Random, avaient été rudes : tempêtes, punitions, spectacles de guerre, surtout le carnage de la désastreuse expédition de Carthagène. Il n'était donc guère prédisposé à regarder le monde d'un œil neutre ou à le décrire à l'eau de rose ; son état-d'esprit n'était pas celui d'un vacancier de passage, prêt à apprécier d'emblée la nouveauté des sons, des senteurs et des goûts. Gai et bonhomme en sa jeunesse, il avait peu à peu changé, au point que, lors de son retour en Écosse en 1755, sa mère avait peiné à le reconnaître[10], son « franc sourire rayonnant » remplacé par un « air sombre »[10],[CCom 1] ; même tempérament de feu, mais désormais porté à l'exaspération, plutôt grincheux, sardonique et critique. Tel Mr Jacob Brattle dans The Vicar of Bulhampton d'Anthony Trollope, Smollett avait tendance à ressasser les maux dont la fortune l'avait accablé, se trouvant dans un état que la médecine décrivait comme splénétique[11]. Pour lui, le Grand Tour ne se présentait donc pas comme un privilège, mais une corvée nécessaire et, l'espérait-il, peut-être lucrative, mais dont les inconforts l'importunaient, ce qui en faisait d'emblée, comme l'écrit Thomas Seccombe, un advocatus diaboli tout disposé à ne rien apprécier[11].

Néanmoins, la magie du voyage n'est pas totalement absente du livre, c'est avec enthousiasme que sont décrits la Maison Carrée de Nîmes ou le pont du Gard ; le passage relatant l'entrée dans la cité éternelle, ou encore le détail des mets al fresco discutés dans la diligence ne sont pas loin du panégyrique[12]. Les correspondants de Smollett appartenaient, pour la plupart, à la profession médicale et ils étaient surtout écossais ; parmi eux, John Armstrong, William Hunter, George Macaulay et John Moore, une autorité sur les voyages en Europe, auteur du roman Zeluco. Cela crée chez Smollett une propension à s'étendre sur les problèmes de santé, symptômes et humeurs, comme le faisait Fielding à propos de son hydropisie dans Le Journal d'un voyage de Londres à Lisbonne[13]. Ainsi, et de bien d'autres façons, Voyages à travers la France et l'Italie donne de nombreuses clefs pour saisir la personnalité de son auteur : c'est l'œuvre d'un érudit, d'un observateur de l'histoire et de la géographie, d'un amoureux des étymologies qui aura permis de lexicaliser de nombreux termes étrangers dans la langue anglaise[14].

Le texte

La première édition de Voyages à travers la France et l'Italie a été publiée le par R. Baldwin de Paternoster Row à Londres ; elle se composait de deux volumes reliés en cuir, format in-octavo, vendus au prix de dix shillings. Les éditions modernes reprennent en général le texte de l'édition Clarendon publié en , incorporant toutes les corrections effectuées par Smollett après son retour, telles qu'elles figurent dans son manuscrit déposé à la British Library sous le numéro C. 45. D. 20. 21. Les variantes induites par ces corrections sont explicitées en notes dans l'édition Clarendon[15].

Itinéraire et commentaires

L'originalité de Voyages à travers la France et l'Italie

Annexes

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