Zhabdrung Rinpoché
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Zhabdrung ou Shabdrung (tibétain : ཞབས་དྲུང་, Wylie : zhabs-drung « Devant les pieds de ceux qui se soumettent ») était un titre utilisé pour désigner ou s'adresser aux grands lamas du Tibet, notamment à ceux qui relevaient d'une lignée héréditaire.
Au Bhoutan, ce titre désigne presque toujours Ngawang Namgyal (1594-1651), fondateur de l'État bhoutanais ainsi que ses différentes réincarnations.
Le royaume du Bhouthan a été fondé par Ngawang Namgyalau, un grand lama tibétain de la lignée Drukpa. C'est le premier à être parvenu à placer sous la même couronne les différents royaumes de la vallée qui, jusqu'alors, se faisaient la guerre. Il est vénéré comme la troisième figure la plus importante du pays, après Padmasambhava et le Bouddha Shakyamuni dans la lignée Drukpa de l'école Kagyu du bouddhisme tibétain.
Ngawang Namgyal instaura un système de gouvernement dual relevant du code juridique appelé « Grand Tsa Yig ». Dans ce système, le pouvoir politique était confié à un administrateur, le Druk Desi, assisté d'un groupe de gouverneurs ou ministres locaux appelés penlops. Un chef religieux, le Je Khenpo, était chargé des affaires monastiques. Les incarnations successives du Zhabdrung devaient ensuite exercer l'autorité ultime sur les deux pôles du pouvoir.
Toutefois, après la mort de Ngawang Namgyal en 1651, le pouvoir passa de fait aux penlops plutôt qu'aux successeurs du Zhabdrung. Pour d'éviter une lutte dynastique et un retour au règne des seigneurs de guerre, ils réussirent à garder secrète la mort du Zhabdrung pendant 54 ans. Durant cette période, ils donnèrent des ordres en son nom, expliquant qu'il effectuait une retraite silencieuse prolongée .
Aujourd'hui, le décès du 1er Zhabdrung est célébré comme la fête nationale bhoutanaise. Elle a lieu le 10e jour du 3e mois du calendrier bhoutanais[1],[2].
Successeurs du Zhabdrungs
La succession de Ngawang Namgyalau se révéla problématique. Pour neutraliser le pouvoir des futures réincarnations, le Druk Desi, le Je Khenpo et les penlops imaginèrent le stratagème suivant : on ne reconnaîtrait non pas une, mais trois réincarnations distinctes. La première serait une incarnation corporelle ( Ku tulku ), la deuxième une incarnation mentale ( Thu tulku ou Thugtrul ) et la dernière une incarnation verbale ( Sung tulku ou Sungtrul ). Malgré ces efforts pour consolider le pouvoir établi par le Zhabdrung originel, le pays sombra dans des conflits de factions qui se prolongèrent pendant deux siècles. La lignée des incarnations corporelles s'éteignit au milieu du XVIIIe siècle, tandis que les incarnations mentales et verbales du Zhabdrung perdurèrent jusqu'au 20e siècle. L'incarnation mentale était généralement celle que l'on reconnaissait comme celle du Zhabdrung [3]:26–28.
En plus des incarnations spirituelles, plusieurs prétendants à l'incarnation verbale se succédèrent. Lors de la fondation de la monarchie en 1907, Choley Yeshe Ngodub (ou Chogley Yeshey Ngodrup) était l'incarnation de la parole et fut également le dernier Druk Desi. Après sa mort en 1917, c'est Chogley Jigme Tenzin (1919-1949) qui lui succéda[4]. Le prétendant suivant n'a pas été reconnu par le gouvernement bhoutanais. Il résidait au monastère de Tawang, en Inde, et fut exfiltré à l'ouest de l'Himalaya pendant la guerre sino-indienne de 1962[3] :28.
Il existait au Tibet une autre lignée prétendant à la qualité d'incarnation de l'esprit de Ngawang Namgyal. Elle est actuellement représentée par Namkhai Norbu, qui réside en Italie.
Principales lignées de réincarnation
| Période | Nom | Lieu de naissance | Règne |
|---|---|---|---|
| 1594—1651 | Ngawang Namgyal [5] | Ralung, Tsang, Tibet | 1616–1651 |
Zhabdrung Thuktrul
Réincarnations « mentales » du Zhabdrung.
| Période | Nom | Lieu de naissance | Règne | |
|---|---|---|---|---|
| Réincarnation non identifiée | Göyul, Tibet Sud | |||
| 0. | 1689—1713 | Kunga Gyaltshen | Merak Sakteng, Bhoutan oriental | |
| 1. | 1724—1761 | Jigme Drakpa I [6] | Dranang, Tibet | |
| 2. | 1762—1788 | Chökyi Gyaltsen [7] | Yarlung, Tibet | |
| 3. | 1791—1830 | Jigme Drakpa II [8] | Bumdeling, Bhoutan oriental (aujourd’hui sanctuaire faunique de Bumdeling) | |
| 4. | 1831—1861 | Jigme Norbu [9] | Drametse | |
| 5. | 1862—1904 | Jigme Chögyel[10] | Drametse, Bhoutan oriental | |
| 6. | 1905—1931 | Jigme Dorji[11] | Dakpo Domkar, Bhoutan oriental | |
| 7. | ??? | n/a | ||
| 8. | 1939—1953 | Jigme Tendzin Chogay | n/a | |
| 9. | 1955—2003 | Jigme Ngawang Namgyal | n/a | |
| 10. | b.2003 | Jigme Jigdrel Namgyal | n/a |
Zhabdrung Sungtrul
Réincarnations « verbales » du Zhabdrung.
| Période | Nom | Lieu de naissance | Règne | |
|---|---|---|---|---|
| 1. | 1706—1734 | Chokle Namgyel [12] | Dagana, sud du Bhoutan | |
| 2. | 1735—1775 | Shakya Tendzin [13] | Kabe, ouest du Bhoutan | |
| 3. | 1781—1830 | Yéshé Gyeltsen [14] | Thimphou, ouest du Bhoutan | 1807—1811 |
| 4. | 1831—1850 | Jigme Dorje [15] | Bumthang, centre du Bhoutan | |
| 5. | 1851—1917 | Yéshé Ngödrup [16] | Bumthang, centre du Bhoutan | |
| 6. | 1919—1949 | Jigmé Tendzin [17] |
Zhabdrung démis et exilés
En 1907, les penlops ont pris l'initiative d'instaurer une monarchie au Bhoutan afin de mettre fin au système dysfonctionnel toujours en place. Il désignèrent Ugyen Wangchuck, le penlop de Trongsa, comme roi héréditaire. Cette installation se fit avec l'appui de la Grande-Bretagne et contre la volonté du Tibet.
La famille royale nouvellement installée souffrit d'abord d'un sentiment d'illégitimité. Les réincarnations des différents Zhabdrungs contestaient son pouvoir. Une source Drukpa indique qu'en 1926, Chorki Gyeltshen, le frère du Zhabdrung, contesta l'accession au trône du roi Jigme Wangchuck. Une rumeur racontait qu'il avait rencontré le Mahatma Gandhi lors d'un voyage en Inde afin d'obtenir son soutien pour destituer le roi. Menacé d'assassinat, Jigme Dorji, fut alors « envoyé en retraite » au monastère de Talo. Il y mourut en 1931, c’était le 7e et dernier Zhabdrung du Bhoutan. Les prétendants ultérieurs à la réincarnation n'ont jamais été reconnus par le gouvernement[3] :27[18].
En 1962, Jigmé Ngawang Namgyal (aussi appelé Zhabdrung Rinpoché par ses disciples), s'est enfui en Inde, où il passa le reste de sa vie. Les pèlerins bhoutanais pouvaient se rendre à Kalimpong, lieu situé au sud du Bhoutan, pour le rencontrer. Le Zhabdrung s'est éteint 5 avril 2003. Certains de ses disciples ont prétendu qu'il avait été empoisonné [19]. Le journal national bhoutanais Kuensel quant à lui, a indiqué qu'il était décédé à la suite d'un long combat contre le cancer.
Son successeur, Jigme Jigdrel Namgyel, est né en 2003.