École française d'échecs
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L'École française d'échecs, ainsi dénommée par Michel Roos[1], est le nom collectif donné aux joueurs français qui ont dominé le monde des échecs durant un siècle à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Cette École s'étale sur une période qui chevauche la « préhistoire des échecs » — ainsi définie par Cary Utterberg[2], qui en fixe la fin à 1821, date à laquelle le Français Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais put battre son professeur Alexandre Deschapelles — et l'ère romantique des échecs qu'Utterberg fait débuter la même année.
L'École française d'échecs est appelée l'École de Philidor par David Vincent Hooper (en) et Ken Whyld (en)[3]. De fait, Philidor (1726-1795), musicien de profession, est généralement considéré comme au point de départ de la théorie échiquéenne moderne. En 1749, il a publié son ouvrage L'Analyze des Échecs[4], un des premiers traités d'échecs en langue française et un classique du genre.
La « révolution Philidorienne »[5] a précédé la Révolution française et a succédé à la Renaissance européenne des échecs. Ces époques aux échecs sont marquées chacune par un changement de vision du monde. Dans l'esprit de la Révolution française, qui a affirmé l'importance des plus humbles, Philidor a déclaré que « les pions sont l'âme des échecs ». C'est un changement de paradigme. De fait, Philidor a mis en évidence l’importance des pions dans la stratégie échiquéenne. Philidor estimait que le maintien de la mobilité des pions constituait le facteur stratégique le plus important aux échecs, et il analysa en détail la structure de pions, en particulier les pions isolés, les pions doublés et les pions arriérés.
Selon lui, la nature statique et le nombre important des pions sur l'échiquier structurent le milieu de partie du fait des cases fortes et faibles qu’ils créent, ainsi que des lignes ouvertes pour les fous et les tours (les pions restreignant le mouvement des pièces). Toutefois, selon Carry Utterberg, Philidor s’appuyait sur la structure de pions pour élaborer son plan de jeu car il n’avait pas de perception directe de la manière dont les pièces peuvent coopérer entre elles de façon non combinatoire. Utterberg situe donc Philidor à la toute fin de la « pré-histoire des échecs », qui s'étale selon lui de vers 600 à 1821.
Géographie
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le cœur de l'activité européenne des échecs s'est déplacé des pays d'Europe du Sud vers la France. À cette époque, les centres de la vie échiquéenne étaient les cafés des grandes villes européennes tels que le Café de la Régence à Paris[6] et Simpson's Divan à Londres[7].
La domination franco-anglaise est concomitante, selon Jérôme Maufras, du grand commerce atlantique (lié notamment aux traites négrières) ayant succédé à un système-monde méditerranéen et précédant, selon lui, une domination anglo-saxonne (liée à la révolution industrielle).
Avant de s'exiler en Angleterre, Philidor était le meilleur joueur du Café de la Régence, où il s'était rendu pour la première fois à 14 ans, après avoir quitté la chorale du roi Louis XV[8]. Le meilleur joueur du café était alors Kermur de Legal — celui du mat de Legal —, « un obstacle de taille »[8] pour Philidor, qui mit cependant seulement deux ans pour le battre régulièrement[9].
Au XVIIIe siècle, l'Italie aussi a été un grand centre échiquéen. Philidor a notamment essuyé les critiques des théoriciens de l'École de Modène, dont le style se rapprochait de celui des joueurs de l'École romantique (postérieure). Ainsi, dans la réédition de 1763, coécrite avec Giambattista Lolli, de son ouvrage, initialement publié en 1750, Sopra il giuoco degli Scacchi : Osservazioni pratiche, Domenico Ercole Del Rio critique vertement les théories de Philidor[10]. Les joueurs de l'École de Modène étaient partisans de l'attaque à outrance[11] et reprochaient à Philidor son dogmatisme[12].
Il faut de fait reconnaître que Philidor s'est montré souvent dogmatique dans ses assertions[13], même si, selon Raymond Keene, c'était par souci de pédagogie dans ses écrits, alors qu'en pratique, dans son jeu réel, il savait quand faire des exceptions[13].