Élection présidentielle péruvienne de 2026

élection au Pérou From Wikipedia, the free encyclopedia

L’élection présidentielle péruvienne de 2026 a lieu les et afin d'élire pour cinq ans le président de la République et ses vice-présidents. Des élections parlementaires ont lieu en même temps que le premier tour.

Inscrits27 325 432
Votants au 1er tour20 167 145
Votes blancs au 1er tour2 372 896
Votes nuls au 1er tour1 045 425
Faits en bref Corps électoral et résultats, Inscrits ...
Élection présidentielle péruvienne de 2026
(1er tour)
(2d tour)
Corps électoral et résultats
Inscrits 27 325 432
Votants au 1er tour 20 167 145
73,81% en augmentation 3,1
Votes blancs au 1er tour 2 372 896
Votes nuls au 1er tour 1 045 425
Votants au 2d tour 19 295 109
Votes blancs au 2d tour 116 125
Votes nuls au 2d tour 1 144 276
Keiko Fujimori Force populaire
Colistier : Luis Galarreta
Voix 2 877 678
17,18%
en augmentation 3,8
Roberto Sánchez Palomino Ensemble pour le Pérou
Colistier : Analí Márquez
Voix 2 015 114
12,03%
Rafael López Aliaga Rénovation populaire
Colistier : Norma Yarrow
Voix 1 993 905
11,91%
en augmentation 0,2
Jorge Nieto Parti de la bonne gouvernance
Colistier : Susana Matute Charún
Voix 1 837 517
10,97%
Ricardo Belmont Cassinelli Parti civique OBRAS
Colistier : Daniel Barragán
Voix 1 698 903
10,14%
Carlos Álvarez Pays pour tous
Colistier : María Chambizea
Voix 1 326 717
7,92%
Alfonso López Chau Pays maintenant
Colistier : Luis Villanueva
Voix 1 221 272
7,29%
Président de la République
Sortant
José María Balcázar
Pérou libre
Fermer

L'élection intervient dans un contexte politique particulièrement perturbé, le président Pedro Castillo élu en 2021 ayant été destitué à la suite de sa tentative d'auto-coup d’État en 2022, le Pérou ayant ensuite vu trois présidents lui succéder tour à tour jusqu’au terme du mandat présidentiel initial de cinq ans.

L'organisation chaotique du scrutin, qui voit plus de 60 000 électeurs empêchés de voter faute de bulletin de vote, conduit à la prolongation du premier tour au à Lima. Marqué par une multiplication des candidatures avec pas moins de 35 prétendants à la présidence, le premier tour connait une forte dispersion des voix. Arrivée en tête avec 17 %, la candidate de Force populaire, Keiko Fujimori se qualifie pour une quatrième fois consécutive au second tour de l'élection présidentielle péruvienne. Placée en ballottage, elle affronte Roberto Sánchez Palomino, du parti Ensemble pour le Pérou, lors du second tour organisé le suivant.

Le second tour s'avère extrêmement serré, laissant incertaine l'identité du vainqueur pendant plusieurs semaines. Les résultats définitifs sont attendus pour juillet.

Contexte

Corruption au Pérou

Ces élections se tiennent dans un contexte de large discrédit de la classe politique péruvienne : sept ex-présidents sont incarcérés ou visés par des enquêtes pour corruption[1].

La corruption prospère du fait d'un fort degré d’informalité et par la porosité entre le public et le privé. Comme le souligne le sociologue et avocat Ruben Caceres Zapata, auteur de La Kleptostructure d’un État dysfonctionnel (2024), les élites économiques instrumentalisent l’État et son pouvoir décisionnel au service de leurs propres intérêts. Selon lui, la corruption ne se limite pas à quelques secteurs isolés : elle imprègne l’ensemble de l’appareil étatique, au point de constituer un système institutionnel pensé et organisé pour le pillage[2]. Ce système remonte en particulier à la présidence de Alberto Fujimori (1990-2000), lui-même condamné pour corruption, détournement de fonds et violations des droits de l’Homme[3].

Des enquêtes judiciaires et journalistiques ont dévoilé comment le Congrès a été infiltré par le crime organisé. En 2025, la moitié de ses 130 membres sont visés par des enquêtes judiciaires, la plupart dans des dossiers de corruption[2].

Beaucoup de partis politiques sont dépourvus de base militante, de programme et de ligne idéologique, fonctionnant comme des franchises électorales. « Ils prêtent leur sigle à des candidats sans passé politique – mais possédant parfois des antécédents judiciaires – qui, une fois élus, cherchent à affaiblir la justice pour ne pas avoir à répondre devant elle[2]. »

Présidence de Pedro Castillo

Pedro Castillo en 2021.

Lors de l'élection présidentielle péruvienne de 2021, Pedro Castillo se présente comme candidat de Pérou libre, un parti marxiste-léniniste qu'il rejoint sept mois avant le scrutin. Il affiche des positions de gauche radicale sur l'économie et la politique étrangère, tout en se montrant conservateur sur les sujets sociétaux. Novice en politique, il est d'abord donné très bas dans les sondages, avant de voir sa candidature décoller à quelques semaines du scrutin et de sortir en tête du premier tour. Affrontant au second tour la candidate de droite radicale Keiko Fujimori, il est élu avec 50,13 % des suffrages exprimés.

En butte à l'hostilité du Parlement, d’une majorité des médias et des élites économiques, il se montre incapable de diriger un gouvernement stable et de mettre en place les réformes annoncées pendant sa campagne, telles que le changement de Constitution et la réforme agraire.

L'ouverture d'une procédure de destitution à l'encontre de Pedro Castillo est approuvée par le Congrès le . Il s'agit de la troisième procédure de ce genre depuis le début de son mandat[4]. La procédure est admise avec 73 voix pour, 32 contre et 6 abstentions. Sur les voix pour, toutes viennent de la droite hormis 4 voix surprenantes venant de députés de Pérou libre, le parti au pouvoir, dont un député s'abstient également[5]. Elle est à l'ordre du jour le [6]. La procédure est engagée en réponse aux déclarations de l'ancien conseiller principal du ministère du Logement, Salatiel Marrufo, devant la Commission de contrôle du Congrès. Devant cette dernière, Marrufo affirme que Castillo aurait reçu 50 000 sols par mois pour maintenir Geiner Alvarado au poste de ministre du Logement. Le Congrès de la République ouvre en réponse une motion de destitution à son encontre pour actes de corruption, dans le contexte plus large de scandales autour du président et de son entourage[7].

Le président se voit ainsi reproché la prise de contrôle et le démantèlement de l'appareil d'État. La nomination de fonctionnaires de haut rang est mise en doute en raison de leurs antécédents judiciaires, d'affaires et d'enquêtes en cours. Ces personnes sont suspectés de mettre en œuvre des prises illégales d'intérêts en faveur du président et de son entourage. En particulier, les anciens ministres Juan Silva et Geiner Alvarado sont directement mis en cause, tout comme le président et sa famille, dans des enquêtes publiques sur la corruption, au point que le chef de l'État se retrouve accusé de diriger une organisation criminelle[8].

La constitution péruvienne permet au président de la République « de dissoudre le Congrès s'il a censuré ou refusé sa confiance » par deux fois[9]. Or, au , une seule motion de confiance avait été refusée, le précédent, et la constitutionnalité de sa procédure était remise en cause. La décision de Castillo de dissoudre le Congrès lors de la tentative d'auto-coup d'État qui s'ensuit est par conséquent jugée inconstitutionnelle[10],[11]. La Constitution ne permet pas non plus au président de gouverner par décret-loi ou de convoquer une assemblée constituante.

Tentative d'auto-coup d'État de Pedro Castillo

Manifestation de protestation contre la tentative de coup d’État.

Pedro Castillo annonce le la dissolution du Congrès de la République, qui s'apprêtait à examiner une motion de destitution à son encontre. Le président annonce dans la foulée gouverner par décret, la formation d'un gouvernement d'urgence exceptionnel, la rédaction à venir d'une nouvelle Constitution par un Congrès constituant élu puis la tenue de nouvelles élections anticipées[12],[13]. Le pouvoir judiciaire, le ministère public, le conseil national de la justice et la cour constitutionnelle sont déclarés en « réorganisation », tandis qu'un couvre-feu est instauré de 22 h à 4 h[14].

Cette tentative d'auto-coup d'État, similaire à l'auto-coup d'État de 1992 par le président péruvien Alberto Fujimori, est tenue en échec le jour même par le refus de l'armée, de la Cour constitutionnelle et du gouvernement de le soutenir[15]. La présidente du Conseil des ministres Betssy Chávez ainsi que la majorité des ministres de son gouvernement choisissent en effet de démissionner, tandis que la première vice-présidente Dina Boluarte se déclare publiquement opposée au coup d'État. Le président de la Cour constitutionnelle, Francisco Morales, rejette à la radio la validité des actions du chef de l’État qu'il qualifie de coup d'État, ajoutant que « Personne ne doit obéissance à un gouvernement usurpateur »[16]. La procureure de la Nation, Patricia Benavides[17], et la Junte nationale de justice[18] condamnent et rejettent « toute violation de l'ordre constitutionnel ».

Le vote de la motion de destitution de Castillo peut ainsi se tenir comme prévu, et aboutit à la destitution du président par 101 voix sur 130 membres du Congrès soit plus que le nombre d’élus de l’opposition[19],[20]. En accord avec la Constitution, la vice-présidente Dina Boluarte assume la fonction de présidente de la République pour la durée restante du mandat de Castillo, soit jusqu'en .

Présidence et destitution de Dina Boluarte

Dina Boluarte, présidente et ancienne vice-présidente de la république du Pérou.
Graphique d'approbation de Dina Boluarte.

Le , après la destitution de Pedro Castillo pour « incapacité morale » et la tentative d'auto-coup d'État de ce dernier, Dina Boluarte est investie présidente de la République par le Congrès et devient la première femme à occuper cette fonction[21].

Lors de sa prestation de serment en tant que présidente de la République devant le Congrès, après avoir reçu l'écharpe présidentielle par José Williams, président du Congrès de la République, elle déclare qu'elle « exercera ses fonctions jusqu'au 28 juillet 2026 »[22].

Après son investiture, elle n’exclut pas l'organisation d'élections anticipées et appelle les manifestations pro-Castillo à se disperser[23],[24],[25].

Prostestation anti-Boluarte en 2025.

Le , Dina Boluarte propose d'avancer les prochaines élections à [26], puis, face à l'amplification des manifestations, à [27]. Le , le Congrès refuse cependant d'avancer les élections à la date proposée[28]. D'après un sondage, 83 % des Péruviens souhaitent des élections anticipées[29]. Le lendemain, le , elle exhorte les membres du Congrès à adopter un projet de loi pour des élections anticipées, critiquant les parlementaires qui se « retranchent » derrière l'abstention[30],[31].

Protestation anti-Boluarte en 2022.

La destitution et l'arrestation de Pedro Castillo conduisent des syndicats, des organisations civiles et sociales, des organisations de peuples autochtones, et des partis de gauche et d'extrême gauche à mobiliser un large mouvement de protestation. Les revendications portent en particulier sur la dissolution du Congrès, la démission de la nouvelle présidente Dina Boluarte, l'organisation de nouvelles élections, la libération de Pedro Castillo et la mise en place d'une assemblée constituante.

Les mobilisations touchent particulièrement les zones pauvres du pays, celles qui avaient massivement voté pour Pedro Castillo en 2021 ; les principaux axes routiers de 18 des 24 départements du Pérou et cinq aéroports sont bloqués[32]. Le , l'état d'urgence, permettant notamment le déploiement de l'armée face aux manifestants, est décrété dans tout le pays pour 30 jours[33]. Au lendemain de cette proclamation, la ville d’Ayacucho, dans le Sud, est le théâtre d’une violente répression qui entraîne la mort par balles de huit personnes, s’ajoutant aux sept tuées quelques jours plus tôt dans la région d’Apurimac, également dans le Sud. À partir du , un couvre-feu est décrété dans quinze provinces du pays. Au , au moins vingt personnes ont été tuées, dont une majorité tuées par balle, victimes de la répression policière et militaire, depuis le début des manifestations[32]. Amnesty International demande « l’arrêt immédiat de la violence d’État » tandis que les principaux médias péruviens, pour la plupart aux mains du groupe privé El Comercio qui concentre 80 % des titres, tendent pour leur part à occulter les violences dans les zones rurales, qualifiant les protestataires de « terroristes et de délinquants »[32].

Le , 17 manifestants sont abattus et 70 blessés à Juliaca, dans la région de Puno. Les forces gouvernementales ont ouvert le feu à la kalachnikov sur la foule, tandis que des hélicoptères survolaient la ville et larguaient des bombes lacrymogènes[34]. Après le massacre, le Premier ministre, Alberto Otárola, traite les manifestants de « hordes de délinquants » et déclare que des mesures seront prises pour contrer la mobilisation sociale présentée comme une tentative de « coup d’État » qui serait « financée par le narcotrafic » ou par des « intérêts extérieurs ». Il annonce un couvre-feu de trois jours dans la région de Puno[35].

Manifestation le à Lima.

La violente répression des manifestations qui ont suivi sa nomination (au moins 48 morts et 600 blessés) conduit le parquet péruvien à ouvrir le une enquête pour « génocide », un terme utilisé en Amérique latine pour décrire un massacre, contre elle[36]. Néanmoins, selon certaines sources, « dans le contexte actuel, l’accusation de génocide relève plus d’une manœuvre dilatoire de la part de la Procureure générale que d’une réelle volonté de faire la lumière sur les événements »[37]. Amnesty International critique dans un rapport les « attaques généralisées et massives » des forces de l’ordre, des « exécutions extrajudiciaires » et le « racisme systémique » envers la population autochtone[38]. En outre, les cas d’arrestations arbitraires, de détentions abusives de manifestants, de mauvais traitements et d’intimidations sont nombreux. Les manifestants arrêtés présentent des traces de coups et blessures à leur sortie de prison[38].

La présidente Boluarte affirme pour sa part avoir donné l’ordre aux militaires et aux policiers de ne pas utiliser d’armes létales mais apparaît dépassée, y compris au sein de son propre gouvernement[35]. Sur les réseaux sociaux, beaucoup comparent la situation à celle du Brésil voisin, où aucun mort n’a été à déplorer après le saccage des sièges du pouvoir par des milliers de manifestants[35]. La Cour suprême du Pérou déclare pour sa part que les protestations, y compris pacifiques, sont illégales et qu'y prendre part est un délit[39].

En mars, la mobilisation s’est essoufflée, après une soixantaine de morts et des milliers de blessés. La majorité des barrages sur les routes ont été levés et la grève suspendue[40]. Des manifestations reprennent en juin, tandis que Dina Boluarte réaffirme qu'il n'y aura pas d'élections anticipées et appelle les organisations sociales à renoncer à manifester : « Combien de morts veulent-ils encore ? », a lancé la présidente[41].

Dina Boluarte, présidente par intérim en 2023.

Très isolée politiquement, elle ne dispose pas du soutien du banc parlementaire de Pérou libre[42] et, selon un sondage, 70 % des Péruviens sont contre son accession à la présidence[43]. Elle peut toutefois compter sur une alliance tacite avec les partis de droite, pourtant ses anciens rivaux[35]. Son gouvernement est contrôlé par le Congrès, avec une implication croissante des forces armées et de la police[42]. Elle gouverne ainsi avec le soutien de Force populaire, Alliance pour le progrès, Rénovation populaire, En avant pays, ainsi qu'une partie du Bloc enseignant de Concertation nationale[44].

À partir de la mi-, des manifestations ayant lieu tous les weekends, réclament son départ du pouvoir. De même, l'insécurité est en hausse à partir du début de l'année 2025[45]. Dans la nuit du 9 au , le Parlement vote la destitution de la présidente Dina Boluarte pour « incapacité morale permanente ». Le président du Parlement, José Jerí, lui succède. Dina Boluarte perd, de ce fait, son immunité et se retrouve exposée aux poursuites judiciaires[46].

Présidence et destitution de José Jerí

José Jerí.

Le , des manifestations massives (déjà prévues avant son arrivée au pouvoir) dans les grandes villes du pays dénoncent l'explosion de la criminalité et les « élites corrompues », réclamant la démission du président et du Congrès[47]. À Lima, la manifestation s’est terminée dans la violence. Un manifestant est tué par un policier en civil et une centaine de personnes sont blessées, entre manifestants et policiers[28]. Le gouvernement décrète l'état d'urgence, officiellement pour lutter contre la criminalité mais selon ses détracteurs pour empêcher les manifestations de se poursuivre[48]. Les manifestants contestent Jerí du fait de son absence de légitimité électorale ainsi que des accusations de viol dont il fait l'objet[49].

Il est accusé de trafic d'influence après la révélation fin de réunions clandestines avec des hommes d'affaires chinois en dehors de tout cadre officiel[50]. En outre, les visites récurrentes d'un groupe d'au moins cinq jeunes femmes au siège de la présidence  ayant ensuite obtenu des avantages comme des augmentations de salaire, des contrats d'embauche, ou encore des contrats , ont aussi été révélées. Le parquet péruvien ouvre une enquête pour trafic d'influence, favoritisme et « nominations illégales ». Enfin, des médias révèlent des liens entre José Jerí et plusieurs femmes appartenant à un réseau présumé de prostitution actif au sein du Congrès de la République pendant son mandat de député[50]. Par conséquent, son taux de popularité s'effondre à 37 %, reculant de 21 %[51].

Les accusations de trafic d'influence et de financement illégal le visant conduisent à l'ouverture d'une procédure de destitution le . Elle est soumise au vote du Congrès le . Une majorité simple est requise pour le destituer de son poste de président du Congrès et donc de son poste de président de la République[52],[53]. Seul le camp fujimoriste le soutient publiquement[50]. Il est finalement destitué par 75 voix favorables et 24 contre et trois abstentions. Le premier vice-président du Congrès de la République, Fernando Rospigliosi, refuse de lui succéder[54].

Présidence de José María Balcázar

José María Balcázar.

Le député du parti Pérou libre de l'ancien président Pedro Castillo, José María Balcázar, est élu à la présidence du parlement au second tour face à Maricarmen Alva. Il devient ainsi automatiquement président de la République. Peu après son accession au pouvoir, sa cote de popularité est de 23 %[55].

Il promet peu avant son élection de gracier l'ancien président Castillo[56]. Mais lorsque Castillo dépose une demande en ce sens arguant qu'il ne reste pas « beaucoup de temps » avant la présidentielle, il affirme qu'aucune grâce n'est prévue[57].

Le , il désigne l'économiste Hernando de Soto président du Conseil des ministres, mais des désaccords de dernière minute font échouer la formation du gouvernement[58]. C'est finalement Denisse Miralles, ministre sortante de l'Économie et des Finances, qui prête serment le lendemain[59]. 3 semaines plus tard, le , celle-ci démissionne et est remplacée par son ministre de la défense Luis Arroyo Sánchez.

Système électoral

Le président de la République est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans non renouvelable de manière consécutive. Est élu le candidat qui recueille la majorité absolue des votes valides au premier tour. À défaut, les deux candidats arrivés en tête au premier tour s'affrontent lors d'un second, et celui recueillant le plus de voix est déclaré élu.

Chaque candidat à la présidence se présente avec deux colistiers qui deviennent premiers et second vice présidents en cas de victoire, le premier ayant pour seule réelle fonction de mener le mandat du président élu à son terme si celui-ci en est empêché, et le second à remplacer le premier en cas d'incapacité. La passation de pouvoir a lieu le , jour de l'indépendance du Pérou de l'Espagne, devenu depuis fête nationale[60].

La Constitution péruvienne tend vers l'organisation simultanée des élections législatives et présidentielle. De même qu'un président ne pouvant terminer son mandat est remplacé par son vice-président jusqu'au terme de son mandat, un congrès dissout de manière anticipée voit celui suivant assurer la durée restante du mandat de la législature initiale. Des élections générales réunissant présidentielle et législatives sont ainsi organisées comme prévu en 2026, cinq ans après les précédentes[61].

Candidats

Trente-cinq candidats, pour beaucoup peu connus de la population, sont en lice. À deux mois du scrutin, près de la moitié des électeurs se déclarent indécis ou pensent voter blanc et aucune candidature ne se détache réellement dans les sondages. Deux figures conservatrices émergent légèrement grâce à leur notoriété — l'ancien maire de Lima Rafael López Aliaga et Keiko Fujimori, fille de l'ancien président controversé Alberto Fujimori — mais elles ne fédèrent pas l’électorat, en partie du fait de leurs bilans et de leurs controverses[1].

La sécurité occupe une place centrale dans la campagne, face à une montée spectaculaire de la violence et de l’extorsion. D’autres problèmes pressent également : l’emploi et la pauvreté. Le travail précaire et informel concerne plus de 75 % des travailleurs, tandis que les bas salaires conduit les jeunes à émigrer en masse à l’étranger[1].

Précandidatures officielles

Candidatures rejetées

Candidatures retirées

Candidatures déclinées

Candidatures caduques

Sondages

Résultats des sondages par candidats.

Campagne

Avec un record de 35 candidatures, le scrutin s'avère indécis, sept candidats sont estimés entre 5 et 10 % par les sondages. Cette situation empêche les électeurs de procéder à un vote utile[78].

Eduardo Dargent, professeur de sciences politiques à l'Université pontificale catholique du Pérou, estime que « 90 % de ces candidats n'ont absolument aucune chance. […] Certains se présentent juste pour pouvoir mettre sur leur CV qu'ils ont été candidats à la présidentielle. Mais il y a aussi des motivations plus obscures de type mafieux, comme se faire connaître ou gagner de l'argent en tirant profit de la publicité électorale ou en gardant pour soi une partie des fonds de campagne ». Celui-ci ajoute que ceci a provoqué la confusion des électeurs, en « génér[ant] énormément d'informations et ont empêché qu'on se concentre sur les propositions les plus intéressantes », quand les candidats ont fait preuve d'incompétence[79].

Keiko Fujimori

Fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), Keiko Fujimori est devenue Première dame du Pérou dès ses 19 ans, après le divorce de ses parents. Elle a été candidate aux élections présidentielles péruviennes de 2011, 2016 et 2021, étant chaque fois battue, de justesse, au second tour. Elle a été incarcérée un an dans le cadre d'une affaire de corruption[80].

Elle est à la tête du parti Fuerza Popular (FP), la formation politique la plus puissante et la plus structurée du pays, dont elle est la dirigeante incontestée depuis le retrait politique de son frère, Kenji Fujimori, et la mort de son père en 2024. Fuerza Popular gouverne le Pérou à partir du Parlement, où il est en position de force. Le parti est parvenu à consolider son emprise politique en nommant des personnes favorables à ses intérêts à la tête de plusieurs institutions clés, telles que le Tribunal constitutionnel ou le Ministère public. Il est à l'origine de la destitution de trois présidents en dix ans[80].

Elle bénéficie d'un soutien élevé auprès des classes moyennes urbaines et à Lima[81], ainsi que dans les milieux d’affaires, qui voient en elle la continuité du modèle économique néolibéral inscrit dans la Constitution de 1993, adoptée sous le régime de son père, très favorable au secteur privé[80]. Le fujimorisme constitue également un mouvement populaire et clientéliste, implanté dans les régions et les quartiers populaires, bien au-delà de Lima[81].

Face à la crise sécuritaire, Keiko Fujimori propose d'expulser les migrants en situation irrégulière et de faire usage de l'armée pour lutter contre la criminalité avec « la même détermination » que son père face aux guérillas lors de la guerre civile péruvienne[82]. Elle n’a jamais exprimé de regret pour les victimes du régime de son père, condamné en 2009 pour crime contre l'humanité[80]. Elle défend un rapprochement avec Washington[83].

Roberto Sánchez Palomino

Le candidat de gauche Roberto Sánchez Palomino, psychologue de profession, se veut l'héritier de l'ancien président Pedro Castillo, destitué en 2022. Il promet de l'amnistier et lui a rendu visite en prison[84]. Par ailleurs, en marge de la présidentielle, plusieurs membres de la famille de celui-ci, se présentent aux élections parlementaires sous la bannière d'Ensemble pour le Pérou. Il s'agit de son frère, José Mercedes Castillo Terrones, qui brigue un mandat de sénateur, sa sœur Irma Castillo Terrones, sa belle-sœur Yenifer Paredes, ainsi que son neveu Cledin Vásquez Castillo, qui briguent tous les trois un mandat de député[85].

Parmi ses principales promesses figurent la convocation d'une Assemblée constituante et l'établissement d'un État plurinational pour gouverner avec les peuples autochtones, sur le modèle de l'ancien président bolivien Evo Morales[84].

Sur le plan économique, Roberto Sánchez défend la révision des contrats miniers, l'imposition des superprofits et l'introduction d'un impôt sur la fortune, pour favoriser une répartition des richesses moins inégalitaire. Son principal conseiller économique, Pedro Francke, réputé plus favorable aux marchés, a précisé qu'il n'y aurait pas de nationalisations et a insisté sur le maintien d'une politique macroéconomique de stabilité[86].

En matière de sécurité publique, il propose une réforme de la police, l'abrogation des lois qu'il juge favorables au crime organisé et un recours exceptionnel aux forces armées. Il estime également que la lutte contre l'insécurité passe par un renforcement du système judiciaire[82].

Il défend par ailleurs des mesures anti-corruption plus strictes[86].

En tant que catholique, il indique ne soutenir le droit à l'avortement qu'en cas de viol ou lorsque la vie de la mère est en danger, et qu'il s'opposait à toute forme de discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, la race ou la religion[86].

Sa base électorale est principalement constituée des populations rurales et modestes du sud andin[84].

Rafael López Aliaga

Ancien maire de Lima, Rafael López Aliaga se revendique d'extreme droite et s'est focalisé sur la question de l'insécurité, proposant la construction d'une méga-prison entourée de serpents dans la forêt amazonienne[87].

Il s'est par ailleurs signalé par des déclarations racistes et discriminatoires des peuples autochtones « ne sachant pas remplir un bulletin de vote »[87].

Résultats

Davantage d’informations Candidats Titulaire et 1er colistier, Partis ...
Résultats nationaux (dépouillé à 99,07 %)[88],[89]
Candidats
Titulaire et 1er colistier
Partis Premier tour Second tour
Voix % Voix %
Keiko Fujimori
Luis Galarreta
Force populaire 2 877 678 17,18 50,10
Roberto Sánchez Palomino
Analí Márquez
Ensemble pour le Pérou 2 015 114 12,03 49,90
Rafael López Aliaga
Norma Yarrow
Rénovation populaire 1 993 905 11,91
Jorge Nieto
Susana Matute Charún
Parti de la bonne gouvernance 1 837 517 10,97
Ricardo Belmont Cassinelli
Daniel Barragán
Parti civique OBRAS 1 698 903 10,14
Carlos Álvarez
María Chambizea
Pays pour tous 1 326 717 7,92
Alfonso López Chau
Luis Villanueva
Pays maintenant 1 221 272 7,29
Marisol Pérez Tello
Raúl Molina
Les gens d'abord 571 170 3,41
Carlos Espá
Alejandro Santa María
Oui, je crois 560 792 3,35
Fernando Olivera
Elizabeth León
Front de l'espoir 307 880 1,84
José Luna Gálvez
Cecilia García
Podemos Perú 266 768 1,59
Yonhy Lescano
Carmela Salazar Jáuregui
Coopération populaire 214 779 1,28
César Acuña Peralta
Alejandro Soto
Alliance pour le progrès 192 516 1,15
Enrique Valderrama
María Inés Valdivia
Alliance populaire révolutionnaire américaine 161 248 0,96
George Forsyth
Johanna Lozada Baldwin
Nous sommes le Pérou 153 073 0,91
Herbert Caller
Rossana Montes Tello
Parti patriotique 144 183 0,86
Mario Vizcarra
Carlos Illanes Calderón
Pérou d'abord 143 908 0,86
Ronald Atencio
Elena Rivera
Venceremos 140 174 0,84
Rosario Fernández
Arturo Fernández
Un chemin différent 128 009 0,76
Charlie Carrasco
María Paredes Verci
Parti démocratique Uni 119 026 0,71
Vladimir Cerrón
Flavio Cruz
Pérou libre 100 073 0,60
Autres candidats[a] 574 720 3,43
Votes valides 16 749 424 83,05 18 034 708 93,47
Votes blancs 2 372 896 11,77 116 125 0,60
Votes nuls 1 045 425 5,18 1 144 276 5,93
Total 20 167 145 100 19 295 109 100
Abstention 7 158 287 26,19 8 030 323 29,39
Inscrits / participation 27 325 432 73,81 27 325 432 70,61
Fermer

Analyse et conséquences

Premier tour

Résultats du premier tour par district

Le premier tour est un échec pour l'autorité électorale (ONPE) organisatrice du scrutin. Outre des accusations de fraudes non-étayées, le scrutin connaît en effet de graves perturbations d'un point de vue logistique, les bulletins de votes n'ayant pas été acheminés à temps dans plusieurs bureaux de vote de la capitale, Lima. Les files d'attentes dans la quinzaine de bureaux de votes concernés s'avèrent ainsi inutiles pour environ 63 000 électeurs, qui ne peuvent pas voter de la journée. Le candidat en lice et ancien maire de la capitale, Rafael López Aliaga, dénonce une « fraude électorale gravissime » et appelle à la mobilisation de la population. Cette situation, qui provoque une enquête de police aux locaux de l'ONPE, conduit le Jury national électoral (JNE) à prolonger la tenue du premier tour au lendemain dans les lieux concernés[90],[91].

La multiplication record des candidatures, qui conduit à un premier tour entre 35 candidats à la présidence, s'ajoute à un désenchantement généralisé de la population. La destitution à répétition des présidents  neuf en dix ans dont quatre emprisonnés  et la corruption généralisée conduisent à un fort rejet de la classe politique. L'élection intervient également sur fond de flambée de la criminalité, qui pousse l'électorat vers la droite radicale[92],[93].

Arrivée en tête avec 17 % selon les résultats préliminaires, la candidate de Force populaire, Keiko Fujimori, se qualifie pour une quatrième fois consécutive au second tour d'une élection présidentielle péruvienne. La lenteur du dépouillement des voix à travers le pays  qui doit être achevé d'ici le 15 mai du fait des contestations systématiques des différents candidats, et peut conduire à des recomptages, mais aussi au nombre record de candidats et la tenue de scrutins simultanés[94]  laisse cependant incertaine l'identité de son adversaire pendant plusieurs jours[95]. Initialement, les résultats préliminaires donnent en effet Rafael López Aliaga, du parti Rénovation populaire, comme qualifié pour le ballottage qui aurait ainsi vu s'affronter deux candidats positionnés de la droite à l'extrême droite de l'échiquier politique péruvien[93]. Cette situation est saluée par Keiko Fujimori, qui se fait remarquer en déclarant au soir du scrutin : « L'ennemi, c'est la gauche »[96],[97]. Au fur et à mesure du dépouillement, le candidat Roberto Sánchez Palomino, d'Ensemble pour le Pérou monte cependant de la quatrième à la seconde place, qualifiant ainsi pour le second tour ce candidat de gauche, allié et ancien ministre de Pedro Castillo. López Aliaga réclame par la suite « l'annulation des élections » et menace le président de l'ONPE et celui du JNE, Roberto Burneo, proférant attaques et insultes homophobes[87]. Les observateurs internationaux dont ceux de l'Union européenne affirment cependant n'avoir trouvé aucune preuve concrète d'une fraude[98].

Le , le parquet requiert cinq ans de prison à l'égard de Roberto Sánchez pour des accusations de fausses déclarations de son parti dans le cadre de sa participation à des élections locales  affaire pour laquelle une audience est prévue pour le 27 mai . Le jour même, ne pouvant plus être rejoint du fait du nombre de bulletins à dépouiller, la qualification de Sánchez au second tour est confirmée[99]. Le 5 juin, Sánchez est renvoyé en procès[100].

Si Keiko Fujimori représente, aux yeux de beaucoup, les élites traditionnelles du Pérou, son concurrent Roberto Sánchez incarne lui « l'autre Pérou, celui des damnés de la terre, qui n'ont pas bénéficié des retombées économiques » dont a pu profiter la capitale. Le clivage entre la capitale et la province a eu tendance à s'accentuer. Ainsi, le candidat de gauche bénéficie de davantage d'intentions de vote en régions, tandis que la candidate de droite est plus populaire à Lima et son agglomération[101].

Second tour

Keiko Fujimori et Roberto Sánchez se retrouvent au coude-à-coude au second tour, l'issue de leur duel étant particulièrement incertaine pendant plusieurs jours. Initialement distancé, Roberto Sánchez rattrape progressivement son retard au fil du dépouillement des zones rurales, qui lui sont plus favorables, et passe en tête alors qu'environ 94 % des votes sont comptabilisés[102],[103],[104]. La majorité des bulletins restants alors à dépouiller sont cependant ceux des électeurs de la diaspora et de la métropole de Lima, deux électorats plus favorables à Fujimori. La comptabilisation des seuls bulletins de vote de la diaspora permet ainsi à cette dernière de repasser en tête à un peu plus de 98 % du dépouillement[105],[106].

Les bulletins restant à comptabiliser  issus pour la plupart de la métropole de Lima  font l'objet d'examens pour contestation[107]. Cette situation, combinée au très faible écart de voix entre les candidats, amène la Commission électorale à annoncer un recompte total des voix en juillet avant l'annonce des résultats définitifs[108].

Notes et références

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