Óscar Esplá
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(à 89 ans) Madrid |
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Óscar Esplá Triay |
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Óscar Esplá y Triay (Alicante, – Madrid, ) est un compositeur espagnol de la même génération que Turina et Mompou et contemporain de Manuel de Falla.

Óscar Esplá commence sa formation musicale alors qu'il est encore enfant. Sa mère – qu'il perd à l'âge de huit ans – joue du piano. Son père, Trino Esplá, qui travaille à la compagnie du télégraphe[1] et auteur de théâtre, lui enseigne les rudiments du solfège. Il travaille un temps le piano avec Fernando Lloret puis l'harmonie avec Juan Latorre Baeza (es). Ce dernier, bon pianiste et compositeur, remarque que l'enfant compose ses premières mélodies.
Mais son père, malgré sa passion pour la musique, veut qu'il étudie. D'abord le génie industriel (1903) puis la philosophie et la littérature à l'université de Barcelone. Il sortira donc à la fois docteur en philosophie et ingénieur.

Sa formation de compositeur a été d'abord presque entièrement autodidacte, bien qu'il ait étudié la composition avec Francisco Sánchez Gavagnac (1845-1918). En 1911, à 22 ans, il décroche le prix de la Société nationale de musique de Vienne avec Suite en la bémol[2] (dont le jury incluait le compositeur Richard Strauss). Sa famille étant dans une situation matérielle favorable, il décide de se consacrer entièrement à la musique.
Sous l'impulsion de son ami intime, plus âgé, le poète Gabriel Miró (1879-1930) qui lui avait fourni le texte du poème symphonique, il rencontre Ferdinand Löwe, s'installe en Allemagne pour étudier le contrepoint, la composition et la direction d'orchestre avec Max Reger à Meiningen. Un an plus tard, il est à Paris dans le cercle de Camille Saint-Saëns. On pense qu'il a travaillé avec le musicien français, mais aucune preuve n'a été retrouvée[3]. Cependant, le style de ses compositions n'est guère redevable à ses maîtres, elles doivent davantage aux harmonies de Claude Debussy.

Esplá est lié à la vie culturelle et intellectuelle d'Alicante. Ses amis sont l'écrivain Gabriel Miró[4], le sculpteur Vicente Bañuls (es) (1865-1934), le peintre Emilio Varela Isabel (1887-1951), l'économiste Germán Bernácer (es), l'architecte Juan Vidal et le poète Gerardo Diego[5].
Esplá a composé de nombreuses œuvres d'inspiration néoclassique pendant les deux décennies suivantes et atteint une certaine notoriété, éclipsée par son contemporain Manuel de Falla. En 1919, il obtient un poste de professeur de composition à Lisbonne, mais préfère retourner à Madrid en 1921, pour se concentrer sur ses propres compositions. Il obtient un poste de professeur au Conservatoire royal supérieur de musique de Madrid en 1930.

Il épouse María Victoria de Irizar et Góngora, fille d'un célèbre notaire de la ville, le au monastère de la Sainte Face d'Alicante. De cette union naissent trois enfants, deux filles et un garçon.
Il est avec Ernesto et Rodolfo Halffter de la génération des compositeurs de la République. Le , il est officiellement nommé directeur du Conservatoire royal supérieur de musique de Madrid. Républicain, Esplá se sent menacé, ainsi que sa famille. Il fuit en Belgique à la fin de l'année, profitant de l'invitation pour participer au Concours Eugène Ysaÿe. Craignant la répression, il ne put retourner en Espagne que quatorze ans plus tard, en .
La guerre se prolongeant, la situation du compositeur devenait précaire puisqu'il ne pouvait plus disposer de ses biens en Espagne, confisqués ainsi que ses droits d'auteur. Le compositeur Jean Absil le fait entrer au quotidien Le Soir, où il travaille comme critique musical de 1940 à 1943, date où le journal a été saisi par les nazis. Esplá n'hésitait pas à défendre dans les pages des compositeurs juifs et d'autres auteurs « interdits ». Cependant, après la guerre, il a été interdit de journalisme en Belgique.
Il se retrouve dans une situation économique difficile, lorsqu'on lui offre en 1946 la direction du nouveau laboratoire de science musicale, situé à Bruxelles, où sont étudiées la psychologie de la musique et l'acoustique. Le laboratoire disparaît peu de temps après et le compositeur s'installe à Paris. Esplá y travaille avec des compositeurs comme Salabert et reçoit l'aide de l'Unesco pour surmonter ses difficultés économiques (1948).

En 1951, Óscar Esplá retourne en Espagne grâce à la médiation de son ami Germán Bernácer et une forte amende (10 000 pesetas). Le régime de Franco souhaitait redorer son image en récupérant les intellectuels « rouges » acceptant le retour d'exil. Cette situation lui permet de jouir de quelques années de paix et de succès. Il retrouve sa place d'enseignant au conservatoire jusqu'à son décès. En 1964 il refuse d'assister à la célébration des XXV années de la paix.
Esplá est mort à Madrid en 1976 à l'âge de 89 ans. Il est enterré le 8 janvier au monastère de la Sainte Face de sa ville natale, Alicante, où il s'était marié ; et, comme il l'avait souhaité repose, à la gauche de l'autel, où se trouve la relique de la Sainte Face d'Alicante[6].
Esplá était un ami et une référence pour beaucoup de ses contemporains, notamment pour Rodrigo, Montsalvatge et Mompou. Au cours de sa vie il a rencontré et discuté de nombreuses fois avec beaucoup de compositeurs majeurs, tels Alban Berg, Villa-Lobos ou Bohuslav Martinů.
Prix et distinctions
Le , il est élu à l'Académie des beaux-arts de Paris. En 1959, il reçoit la grand-croix de l'ordre d'Alphonse X le Sage. En 1962, il est nommé délégué local du Conseil international de la musique à l'Unesco.
En 1919, la France lui avait décerné la Légion d'honneur, en 1960 elle lui offre la médaille de l'Ordre des Arts et des Lettres. En 1971, il reçoit la Médaille d'or du mérite des beaux-arts par le Ministère de l'Éducation, de la Culture et des Sports espagnol.
Postérité
Le musicologue Adolfo Salazar (en) le considère comme l'un des musiciens espagnols contemporains des plus puissants, polyvalents et profonds. Montsalvatge lui rend hommage dans une pièce pour piano intitulée Berceuse a la memoria de Óscar Esplá (1987). Conçue pour un concert qui n'eut pas lieu, elle est destinée à la main gauche et se trouve incluse dans le recueil des Tres piezas para la mano izquierda (« Trois pièces pour la main gauche »). L'œuvre est développée sur plus de cinq minutes et utilise une berceuse provenant des Cantos de antaño, la suite pour piano d'Esplá. L'auteur selon ses mots lui fait subir comme un « détournement mélodique ».
Un prix international de composition Óscar Esplá, qu'il a créé en 1955, est décerné par la ville d'Alicante. Le Conservatoire de musique de la ville d'Alicante porte son nom ; ainsi que, près de la gare, l'une des avenues les plus importantes du centre-ville.
Œuvre
Esplá est un compositeur prolifique et son catalogue est vaste, reflet de sa carrière internationale. Il a touché à tous les genres : opéra, ballet, musique d'orchestre, musique vocale, musique de chambre et piano.
La musique traditionnelle de son Alicante natal, les courants musicaux européens de son temps et la recherche d'un langage personnel sont les trois éléments les plus importants qui caractérisent son œuvre et sa carrière. Ses compositions suggèrent l'influence de Debussy et Stravinsky.
Cependant, il ne faut pas oublier qu'Esplá, tout au long de sa vie, fut aussi journaliste et écrivain. Il a écrit une série d'articles sur l'art et la musicalité, la fonction musicale et la musique contemporaine où il développe ses idées sur l'esthétique musicale, la pensée musicale.
Esplá a également participé à l'édition d'œuvres du XIVe au XVIe siècle du patrimoine musical national, notamment le Misteri d'Elx (1924).