A Critical Review of Impacts of Greenhouse Gas Emissions on the U.S. Climate

rapport du département de l'Énergie américain de 2025 From Wikipedia, the free encyclopedia

A Critical Review of Impacts of Greenhouse Gas Emissions on the U.S. Climate (traduisible en français par : « Une analyse critique des impacts des émissions de gaz à effet de serre sur le climat américain ») est un rapport sur le changement climatique publié en par le département de l'Énergie des États-Unis (DOE), rédigé par cinq chercheurs climato-dénialistes à la demande du secrétaire à l'Énergie américain Chris Wright.

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A Critical Review of Impacts of Greenhouse Gas Emissions on the U.S. Climate
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Le rapport, qui conclut que l'ampleur et les conséquences du changement climatique ont été exagérées et sème le doute sur son origine humaine, est vivement dénoncé par la communauté scientifique compétente pour de graves manquements à l'éthique scientifique, dont une sélection arbitraire des données généralisée, de nombreuses erreurs et le travestissement de plusieurs travaux académiques cités. Il est largement analysé comme étant un rapport politique et non scientifique.

Sa publication sert en effet ouvertement d'argument pour soutenir la volonté de l'administration Trump d'abroger l'Endangerment Finding, une décision de l'Agence de protection de l'environnement de 2009 qui sert de fondement juridique aux restrictions d'émissions de gaz à effet de serre (responsables du changement climatique) aux États-Unis. Le rapport s'insère plus largement dans une vaste offensive du président américain, lui-même climato-dénialiste, contre les sciences du climat.

Contexte historique

Depuis le début du second mandat de Donald Trump à la tête des États-Unis, son administration mène une campagne hostile aux sciences du climat et favorable à l'exploitation des énergies fossiles, qui se traduit entre autres par le licenciement massif des fonctionnaires chargés de préparer le sixième National Climate Assessment (en), des restrictions budgétaires dans la recherche, la censure des informations relatives au climat et un affaiblissement des réglementations climatiques[1],[2],[3],[4].

Élaboration et publication

Chris Wright, commanditaire du rapport.

Le secrétaire à l'Énergie des États-Unis Chris Wright, qui a mené carrière dans l'industrie fossile, démarche personnellement en cinq personnalités climato-dénialistes : les climatologues américains Judith Curry, Roy Spencer et John Christy (en), le physicien théoricien Steven E. Koonin et l'économiste canadien Ross McKitrick. Tous sont connus pour leur négation de l'origine humaine du changement climatique ou de son ampleur et de ses impacts présents et futurs ; plusieurs d'entre eux sont liés à des groupes conservateurs (notamment l'Heritage Foundation, l'Institut Heartland et, au Canada, l'institut Fraser) et Steven Koonin est issu de l'industrie pétrolière[2],[5],[6],[7],[8].

Il les recrute en secret  ce qui sera ultérieurement jugé illégal (voir infra)  pour constituer un groupe de travail sur le climat avec pour mission de rédiger le rapport A Critical Review of Impacts of Greenhouse Gas Emissions on the U.S. Climate (traduisible en français par : « Une analyse critique des impacts des émissions de gaz à effet de serre sur le climat américain »), ce qu'ils font de mars à mai, après quoi le document fait l'objet d'une relecture interne au département de l'Énergie (DOE). Daté du , il est rendu public par le DOE, que Chris Wright dirige, le [3],[9],[10].

La publication du rapport intervient, précise un communiqué, « dans le cadre de la proposition de l’EPA [l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis] d’abroger le constat de mise en danger de 2009 », annoncée quelques heures auparavant[3],[7]. Le « constat de mise en danger », en anglais l'Endangerment Finding, est une décision de l'EPA prise en 2009 dans le cadre du Clean Air Act qui classe les gaz à effet de serre (GES), responsables du changement climatique, comme polluants et sert de socle juridique aux réglementations des émissions de GES aux États-Unis[7]. En annonçant sa volonté d'abroger l'Endangerment Finding, l'administration Trump entend abandonner les politiques d'atténuation du changement climatique, alors que les États-Unis sont le second émetteur de gaz à effet de serre au monde, et le premier en émissions cumulées[11] ; le directeur de l'EPA Lee Zeldin vante d'ailleurs « la plus grande mesure de déréglementation de l'histoire des États-Unis »[a],[12]. The New York Times analyse cette volonté comme un basculement, de la part de l'administration Trump, d'une minimisation du changement climatique vers un déni pur et simple de celui-ci[12].

Le rapport A Critical Review of Impacts of Greenhouse Gas Emissions on the U.S. Climate est cité à seize reprises dans le document de l'EPA proposant l'abrogation de l'Endangerment Finding[8], deux fois plus que le sixième rapport d'évaluation du GIEC n'est cité[13]. Quatre des auteurs du rapport s'étaient d'ailleurs exprimés par le passé pour l'abrogation de l'Endangerment Finding de 2009, relève le site d'information E&E News[14].

Conclusions du rapport

La préface du rapport indique qu'il « inclut des preuves et des points de vue qui remettent en question le consensus dominant »[b],[13]. Dans l'avant-propos, le secrétaire à l'Énergie Chris Wright, explique ainsi sa démarche :

« Ce que j'ai constaté, c'est que la couverture médiatique déforme souvent les données scientifiques. Beaucoup de gens en retirent une vision exagérée ou incomplète du changement climatique. Afin d'apporter clarté et équilibre, j'ai demandé à une équipe diversifiée d'experts indépendants d'examiner de mener une revue critique de l'état actuel de la science climatique, en mettant l'accent sur les États-Unis[c],[5]. »

Il affirme également que « le changement climatique est un défi, pas une catastrophe »[d],[5].

Le rapport, long de 141 pages, conclut dans son résumé que les modèles climatiques surestiment le réchauffement à venir et que les émissions de dioxyde de carbone (CO2), l'un des principaux gaz à effet de serre, ont pour effets bénéfiques d'aider les végétaux à pousser et d'accroître la productivité agricole[12]. Le résumé indique aussi que le réchauffement « pourrait être moins préjudiciable sur le plan économique qu'on ne le croit généralement, et des politiques d'atténuation trop agressives pourraient s'avérer plus néfastes que bénéfiques »[e],[2].

Les auteurs écrivent aussi qu'une partie du changement climatique attribué aux gaz à effet de serre pourrait en réalité être attribuable à la variabilité naturelle du climat et aux cycles solaires[15].

Une autre conclusion du rapport est que les effets attendus des mesures de régulation des émissions de gaz à effet de serre sur le changement climatique à l'échelle mondiale sont faibles[12].

Réception critique

Analyse générale

Le rapport a, dès sa publication, fait l'objet de très nombreuses et très vives critiques au sein de la communauté scientifique américaine (et étrangère) qui en a massivement critiqué les méthodes. De nombreux chercheurs estiment qu'il ne s'agit pas d'un rapport de nature scientifique mais politique[7],[3],[5],[16],[17]. Le climatologue Andrew Dessler (en), qui a coordonné un examen critique du rapport (voir infra), juge ainsi que la démarche des cinq auteurs n'est pas de nature scientifique et s'apparente à un « mémoire juridique d'avocats défendant leur client, le dioxyde de carbone »[f],[15]. Il dresse également un parallèle avec la tentative de l'industrie du tabac de semer le doute sur la dangerosité de la cigarette, documentée dans Les Marchands de doute[18],[19]. L'une de ses autrices, Naomi Oreskes, juge d'ailleurs, comme divers chercheurs et journalistes, que le rapport a pour seul but de justifier la dérégulation des énergies fossiles[3],[5],[15].

Les principaux reproches faits au rapport par les chercheurs sont l'usage généralisé du cherry picking et le travestissement de plusieurs travaux de recherche cités par les cinq auteurs ; le climatologue Michael E. Mann affirme ainsi qu'« à peu près tout dans ce rapport relève du mensonge ou de la distorsion des faits »[7]. Le cherry picking se matérialise dans le rapport par la sélection orientée de travaux scientifiques ou de faits pour soutenir une thèse climato-dénialiste, en lieu et place d'une synthèse fidèle des connaissances scientifiques ; il en découle d'importants manques, le rapport ignorant des pans entiers de la littérature scientifique sur le changement climatique[20],[3],[5],[10],[13],[21],[22]. Sur le second point, les climatologues Zeke Hausfather[3],[13], Michael E. Mann[7] et Benjamin D. Santer[10], les économiste Richard Tol[15] et Francois Bareille[13] ou encore les épidémiologistes Kristie Ebi et Antonio Gasparrini[19] rapportent que leurs propres travaux ont été incorrectement cités, parfois jusqu'à leur faire dire l'inverse de leurs conclusions, y compris sur des points majeurs tels que la capacité des modèles climatiques à simuler le réchauffement observé[3].

En outre, la qualité des références citées dans le rapport est critiquée : au moins une référence renvoie à un article académique fictif, ce qui fait suspecter l'usage d'une IA générative, et certains liens renvoient vers d'autres articles que ceux indiqués[7],[23],[18], un certain nombre de références dirigent vers des publications climato-dénialistes promues par l'industrie fossile ou publiées par des organisations conservatrices américaines[5], et environ 10 % des références sont des publications des cinq auteurs du rapport[21],[23].

Plusieurs journalistes et scientifiques soulignent par ailleurs que la qualité d'un rapport rédigé par cinq personnes, choisies arbitrairement pour leurs opinions climato-dénialistes, en quelques mois et sans évaluation par les pairs, ne peut pas être comparée à celle du sixième rapport d'évaluation du GIEC, écrit par des centaines de chercheurs, citant une littérature scientifique bien plus fournie, et dont chaque volet a fait l'objet de dizaines de milliers de commentaires avant publication[1],[3],[9].

Quelques personnalités ont accueilli positivement le rapport, dont sept chercheurs ou experts sur les soixante-quatre qui ont répondu à l'Associated Press, à l'image de l'économiste James Davidson dont une publication allant à l'encontre du consensus sur l'origine anthropique du réchauffement est citée dans le rapport, ou de l'océanographe Tim Gallaudet (en), directeur de la NOAA durant le premier mandat présidentiel de Donald Trump[13].

Réaction des institutions scientifiques

L'American Meteorological Society (AMS) publie fin une déclaration qui dénonce « cinq failles fondamentales » dans le rapport du DOE : le manque de pluridisciplinarité et celui d'expertises approfondies, consubstantiels au faible nombre d'auteurs ; le choix d'un échantillon biaisé d'experts ; le cherry picking ; et les extrapolations à partir de données incomplètes. Elle réaffirme aussi la réalité du changement climatique, son origine humaine et sa nocivité pour l'humanité. L'AMS soumet cette déclaration lors de la phase de commentaires publics du DOE[1],[19],[24].

Les Académies nationales des sciences, d'ingénierie et de médecine publient en un rapport, dont l'objet est d'analyser l'évolution du consensus scientifique depuis l'Endangerment Finding de 2009, qui réaffirme la dangerosité pour les Américains du changement climatique d'origine anthropique et consacre la pertinence de l'Endangerment Finding ; le rapport apparaît ainsi comme une réfutation indirecte de celui du DOE et suscite des critiques de la part de certains parlementaires républicains[5],[25],[26],[27].

Réfutations

De nombreux passages du rapport du DOE ont fait l'objet de réfutations éparses de la part de chercheurs et plusieurs réfutations plus systématiques ont été organisées des chercheurs ou par la presse scientifique[28].

Le média spécialisé britannique Carbon Brief a sollicité de nombreux chercheurs et experts, dont ceux dont les travaux ont été cités en référence dans le rapport, pour vérifier l'exactitude ce dernier, et a publié le résultat de cette revue critique mi-, distinguant les propos trompeurs des affirmations erronées[23].

Le même mois, deux chercheurs, Andrew Dessler (en) et Robert E. Kopp, ont organisé une analyse critique du rapport à laquelle ont contribué 85 chercheurs ; une première version a été publiée début sous la forme d'une réfutation de plus de 450 pages[29],[19],[30].

Trois courbes de températures, la noire et la rouge montrant un réchauffement sur la période, la verte n'indiquant pas de changement de température significatif.
Ce graphique tiré du sixième rapport d'évaluation du GIEC indique que le réchauffement climatique contemporain est dû aux émissions de gaz à effet de serre et non à des facteurs naturels.

Les cinq auteurs du rapport publié par le DOE affirment que le rôle du Soleil dans le réchauffement climatique est « sujet à un débat substantiel », que ne refléteraient pas les rapports d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), et insistent sur les incertitudes scientifiques qui entoureraient les causes du changement climatique. Le rapport omet en réalité d'évoquer de nombreuses preuves du rôle des gaz à effet de serre dans le changement climatique contemporain, s'appuie sur les travaux déjà réfutés du chercheur Willie Soon (qui a été financé par l'industrie fossile) prétendant attribuer au Soleil ledit réchauffement, et surestime artificiellement les incertitudes scientifiques à ce sujet[5],[21],[17].

Parmi les affirmations réfutées figure aussi celle, mise en avant par le rapport, selon laquelle les émissions de dioxyde de carbone (CO2), favorables à la croissance des végétaux, permettraient une hausse de la productivité agricole : si un accroissement de la concentration en CO2 de l'atmosphère améliore bien la croissance des végétaux (notamment par le biais d'une photosynthèse accrue), les effets néfastes de la hausse des températures sur l'agriculture, dont la hausse de la fréquence et de l'intensité des événements météorologiques extrêmes (sécheresses, etc.), font plus que contrebalancer cet effet[3],[1],[17],[31].

De même, le rapport du DOE est jugé trompeur sur la question de l'élévation du niveau de la mer, qu'il minimise par un cherry picking : « [Les auteurs] s'appuient sur les données de quelques stations côtières, oubliant de dire qu'avec l'observation spatiale par satellite, on sait depuis une trentaine d'années de manière sûre qu'il y a une augmentation en cours du niveau des mers et que le phénomène s'accélère », explique le climatologue français François-Marie Bréon, tandis que l'ingénieur et géographe Gonéri Le Cozannet souligne que le rapport se focalise fallacieusement sur la seule subsidence et ignore les projections d'élévation du niveau des océans au-delà de 2050[7],[22],[17].

Le rapport conclut qu'aucune intensification ou hausse de la fréquence des événements météorologiques extrêmes n'est détectable à long terme. Les conclusions du sixième rapport d'évaluation du GIEC sont à l'inverse qu'une telle hausse est déjà observable pour certains types d'événements et qu'elle va se poursuivre avec le réchauffement. Le rapport du DOE se limite en effet aux observations passées quand les chercheurs spécialistes du sujet s'appuient également sur les connaissances théoriques et sur les modélisations informatiques, il avance des arguments non étayés et procède à une citation sélective du dernier rapport du GIEC[11],[17],[23],[32].

Au rang des éléments réfutés du rapport figure aussi la minimisation des conséquences négatives de l'acidification des océans (qui découle de la hausse des émissions de CO2) sur les écosystèmes marins (dont les récifs corraliens), acidification qui se produit à un rythme inédit depuis cinquante-cinq millions d'années, ce qu'omet d'indiquer le rapport[7],[3],[17].

De nombreuses autres affirmations sont réfutées, y compris des erreurs parfois grossières, comme l'affirmation selon laquelle la superficie de la glace de mer en Arctique a diminué de 5 % depuis 1980, alors que cette diminution est de l'ordre de 35 % en été, affirmation en outre étayée par une référence qui évoque la glace de mer en Antarctique ; les chercheurs spécialistes du sujet dénoncent également l'omission de l'essentiel de la littérature scientifique sur le sujet[13],[23],[33].

Suites

Procédure judiciaire

En , l'Environmental Defense Fund et l'Union of Concerned Scientists, deux ONG américaines, ouvrent une procédure judiciaire dans laquelle ils soutiennent que le département de l'Énergie (DOE) n'a pas respecté plusieurs dispositions du Federal Advisory Committee Act (en), une loi fédérale, en gardant secrète jusqu'à la nomination du groupe de travail sur le climat auteur du rapport et en sélectionnant les membres du groupe de manière biaisée. Le Federal Advisory Committee Act exige en effet la transparence sur les comités chargés de conseiller l'action gouvernementale[34].

Début , en raison de cette procédure, le secrétaire à l'Énergie américain Chris Wright dissout le groupe de travail composé de John Christy (en), Judith Curry, Steven E. Koonin, Ross McKitrick et Roy Spencer, qu'il avait-lui même composé en mars de la même année, mais annonce ne pas dépublier le rapport[5],[35],[36]. Les membres du groupe font quant à eux part de leur intention de poursuivre leur travail en-dehors du cadre gouvernemental[37].

Un juge fédéral, William Young (en), conclut en que la constitution du groupe par le DOE, sans transparence et avec des membres ne représentant pas un éventail diversifié de points de vue, contrevenait effectivement au Federal Advisory Committee Act[38].

Abrogation de l'Endangerment Finding

Le , Donald Trump annonce l'abrogation officielle de l'Endangerment Finding par l'EPA[39] ; le principal motif avancé est que l'Endangerment Finding viserait uniquement les pollutions locales et régionales et n'aurait jamais eu vocation à couvrir le changement climatique, qui est un phénomène mondial[40],[41].

Notes et références

Voir aussi

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