Abstraction géométrique
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L'abstraction géométrique est une forme d'art abstrait basée sur l'utilisation de formes géométriques, placées dans un espace non illusionniste et détachées de toute volonté de représentation (non figuratives). Le terme "abstraction géométrique", qui permet de donner une définition simple du concept, recouvre un certain nombre de mouvements artistiques différents : suprématisme de Malevitch, néoplasticisme de Mondrian, art concret...
Le terme "abstraction géométrique" ne désigne par un mouvement artistique unique mais est régulièrement utilisé pour désigner tous les courants qui se reconnaissent dans un langage abstrait et géométrique. Cette définition large, qui unifie ces différentes approches, ne rend pas compte, en elle-même, de la diversités des mouvements[1] : suprématisme de Malevitch, néoplasticisme de Mondrian, art concret... Le terme apparait, dans les 1930 lorsque Alfred Barr théorise les débuts de l'abstraction et distingue deux principaux courants abstraits, l'un géométrique et l'autre non géométrique[2].
Ce terme est repris par les artistes eux-mêmes qui, dans les années 1950, opposent deux formes d'abstraction, l'une géométrique et l'autre lyrique. Dans ces années d'après Guerre, le milieu artistique français, avec des artistes comme Herbin, Dewasne, Vasarely... s'unit, au delà des spécificités, dans ce mouvement en opposition avec l'abstraction lyrique. Des galeries, comme la Galerie Denise René ou Colette Allendy, mais aussi des revues comme Art d'Aujourd'hui, tout comme le Salon des Réalités Nouvelles participent au renouveau de ce mouvement[1].
Bien que faisant encore partie de l'abstraction géométrique, de nouveaux courants se développent dans les années 1960-1970, comme l'art optique et l'art cinétique, qui vont davantage intégrer la lumière et le mouvement qu'il soit perçu, à travers des illusions d'optiques, ou réel, à travers un mécanisme[1]. D'autres noms sont parfois utilisés pour désigner ces artistes. "Art concret" désigne plus spécifiquement le mouvement fondé par Theo Van Doesburg dans les années 1930. Chargé historiographiquement, ce terme n'inclut que les artistes qui pensent rationnalement leurs œuvres, préalablement à la concrétisation, ce qui exclut l'usage de l'intuition. Le terme d'"art construit" est souvent utilisé. Inscrit dans la tradition du constructivisme, il n'est pas aussi limitant dans sa définition mais inclut la question de la fonction de l'art dans laquelle ne se reconnaissent pas tous les artistes géométriques. Dans les faits, les artistes ou associations choisissent en fonction des affinités. Ainsi, l'association Repères privilégient le terme d"art construit"[1].
Les codes de l'abstraction géométrique sont repris à partir des années 1980 par des artistes conceptuels, formant le groupe Neo-Geo qui changent le sens des formes et des couleurs pour interroger le monde. Ainsi, les rectangles oranges de Yellow Prison with Orange Background de Peter Halley renvoient aux formes des prisons, ce qui exclut ce mouvement de la définition de l'abstraction géométrique"[1].
Les principaux mouvements de l'abstraction géométrique
Préfigurations de l'abstraction géométrique
L'abstraction géométrique est présente dans de nombreuses cultures à travers l'histoire, à la fois comme motifs décoratifs et comme pièces d'art elles-mêmes. L'art islamique, dans son interdiction de représenter des figures religieuses, est un excellent exemple de cet art à base de motifs géométriques. Alignés et souvent utilisés dans l'architecture des civilisations islamiques entre le VIIe siècle et le XXe siècle, les motifs géométriques ont été utilisés pour relier visuellement la spiritualité à la science et à l'art, deux éléments clés de la pensée islamique de l'époque.
Suprématisme
Le suprématisme est un mouvement abstrait, né en Russie, au début du XXe siècle. Son créateur est Kasimir Malevitch (1878-1935), qui présente en 1915 un premier ensemble de 39 tableaux suprématistes lors de la « Dernière exposition futuriste de tableaux 0.10 (zéro-dix) », tenue à Saint-Pétersbourg du au . En fait partie Quadrangle, surtout connu comme Carré noir sur fond blanc, que Malevitch forgera plus tard en œuvre emblème du suprématisme[3],[4]. Le suprématisme se développe à partir de 1915 avec Malevitch, mais aussi Lazar Lissitzky, Ivan Klioune, Ivan Puni ou Olga Rozanova, toujours en Russie. Ce mouvement est à rapprocher du constructivisme, apparu peu après et toujours en Russie.
Néoplasticisme
Le néoplasticisme est un mouvement artistique né aux Pays-Bas à partir de la revue De Stijl fondée en 1917 par le peintre néerlandais Theo van Doesburg, et théorisé par Piet Mondrian qui le caractérise par la pratique d'un art abstrait, austère et géométrique. Doesburg prône l'usage exclusif de formes élémentaires (carré, rectangle) et « de l'angle droit en position horizontale, verticale et des trois couleurs primaires auxquelles se joignent les non-couleurs : blanc, noir et gris »[5].
Art concret
La notion d'art concret fut avancée en 1930 par Theo van Doesbourg, fondateur et rédacteur de la revue De Stijl. L'artiste néerlandais expliquait : « Peinture concrète et non abstraite, parce que rien n'est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu'une couleur, qu’une surface »[6]. "L'art concret revendique l’objectivité et l’autonomie de son langage plastique en dehors de toute référence à la réalité du monde extérieur"[7]. Ce mouvement revendique un art pensé avant d'être créé, ce qui implique une démarche avant tout rationnelle[1].
Art construit - abstraction géométrique de la seconde moitié du XXe siècle
A partir des années 1930, mais surtout suite à la publication de Michel Seuphor en 1949 consacrée à l'art abstrait, l'abstraction connait un profond renouveau après la Seconde Guerre mondiale. Ce courant peut prendre le nom d'art construit[8]. Le grand salon de l'art abstrait dans la seconde moitié du XXe siècle est le Salon des réalités nouvelles, ouvert à partir de 1946. Il est dirigé par Auguste Herbin et est le Salon de référence qui donne au courant de l'art construit sa légitimité et permet sa diffusion. Il sera le lieu incontournable pour tous les artistes de ce mouvement. Y sont exposés, par exemple, Hans Steinbrenner ou Günter Fruhtrunk. Le Salon des "Grands et jeunes d'aujourd'hui" complète ce salon et permet à des plus jeunes, comme Cruz Diez ou Guy de Lussigny d'y exposer[9].
Ce courant doit beaucoup à l'engagement de plusieurs galeries, dont la principale est celle de Denise René. Sa galerie est ouverte en 1944 à Paris avant de travailler dans les années 1970 à promouvoir cet art aux Etats-Unis. Elle est l'une des premières galeries à exposer des artistes comme Mondrian ou Albers en France. A partir de ces mêmes années, elles travaille à faire connaître certaines formes spécifiques de l'abstraction géométrique comme l'art cinétique de Cruz Diez. Il est aussi possible de citer les rôles importants des galeries Allendy et Lahumière[9]. Les ateliers-éditions Fanal, consacrés à l'édition d'œuvres abstraites, était un lieu important pour la diffusion de ce mouvement[10].
Ce courant européen s'inscrit dans une opposition entre une approche géométrique de l'abstraction et une vision lyrique défendue par la scène américaine[1], mais aussi dans un contexte de déplacement de la scène artistique à New York[11]. Cette opposition touche des conceptions fondamentales l'art. En 1964, Frank Stella et Donald Judd, deux peintres américains, utilisent des mots durs contre cet art européen qu'ils considèrent stérile. Pour l'historien de l'art Erich Franz, cette vision était déjà dépassée lors de cette interviews, l'art abstrait de cette époque ne pouvant se résumer à un constructivisme[12]. Pour Nicolas Surlapierre, les artistes de ce courant sont "sans doute les meilleurs exemples de l'orthodoxie du discours moderniste sur l'art"[13].
Analyse scientifique

Théoriser l'abstraction
L'abstraction géométrique arrive à un moment de progrès techniques et d'un contexte historique qui la rend possible. Elle peut être comparée au processus théorisé par Bourdieu d'un art qui devient auto-référentiel et ne peut plus être jugé qu'à l'aune de ses propres critères. L'idée abstraite peut trouver son origine dans la pensée exprimée en 1753 par Hogarth qu'une forme peut être naturellement belle. Cette vision va , au long du XIXe siècle être questionné par des reflexions sur les valeurs sonores ou morales des couleurs[14].
Tout au long du discours sur l'histoire de l'art du XXe siècle, les critiques et les artistes travaillant dans le domaine de l'abstraction pure ou réductrice ont souvent suggéré que l'abstraction géométrique représente le summum d'une pratique artistique non objective, qui souligne ou attire nécessairement l'attention sur la plasticité fondamentale et la bidimensionnalité de la peinture en tant que moyen artistique. Ainsi, il a été suggéré que l'abstraction géométrique pourrait fonctionner comme une solution aux problèmes concernant la nécessité pour la peinture moderniste de rejeter les pratiques illusionnistes du passé tout en abordant la nature intrinsèquement bidimensionnelle du plan de l'image ainsi que de la toile qui lui sert de support. Vassily Kandinsky, l'un des précurseurs de la peinture non-objective pure, a été l'un des premiers artistes modernes à explorer cette approche géométrique dans ses œuvres abstraites. D'autres exemples de pionniers de l'abstraction, tels que Kasimir Malevitch et Piet Mondrian, ont également adopté cette approche de la peinture abstraite. Le tableau de Mondrian "Composition n° 10" (1939-1942) définit clairement son approche radicale mais classique de la construction de lignes horizontales et verticales, comme l'a écrit Mondrian, "construites avec conscience, mais pas avec calcul, menées par une haute intuition, et amenées à l'harmonie et au rythme[15].
De même qu'il existe des géométries bidimensionnelles et tridimensionnelles, la sculpture abstraite du XXe siècle n'a bien sûr pas été moins touchée que la peinture par les tendances géométrisantes. Georges Vantongerloo[16] et Max Bill[17], par exemple, sont peut-être plus connus pour leurs sculptures géométriques, bien que tous deux aient également été peintres ; et en effet, les idéaux de l'abstraction géométrique trouvent une expression presque parfaite dans leurs titres (par exemple, "Construction dans la sphère" de Vantongerloo) et leurs déclarations (par exemple, la déclaration de Bill selon laquelle "je suis d'avis qu'il est possible de développer un art largement fondé sur la pensée mathématique"). La peinture abstraite expressionniste, telle que pratiquée par des artistes tels que Jackson Pollock, Franz Kline, Clyfford Still et Wols, représente l'opposé de l'abstraction géométrique.
Théoriser la couleur
Dans sa série Hommage au carré, Joseph Albers est l'un des grands théoriciens de la couleur. En 1963, il écrit L'interaction des couleurs à destination des étudiants pour dévelloper une pédagogie de al couleur[18].
Relation avec la musique
L'art abstrait a aussi été historiquement comparé à la musique dans sa capacité à transmettre des sentiments et des idées émotionnels ou expressifs sans se fier ou se référer à des formes objectives reconnaissables existant déjà dans la réalité. Vassily Kandinsky a longuement discuté de ce lien entre la musique et la peinture, ainsi que de la façon dont la pratique de la composition classique avait influencé son travail, dans son essai fondamental intitulé Du spirituel dans l'art (1911).
Artistes représentatifs
Des artistes qui ont beaucoup travaillé dans l'abstraction géométrique sont:
- Nadir Afonso
- Josef Albers
- Richard Anuszkiewicz
- Mino Argento[19]
- Hans Arp
- Rudolf Bauer
- Willi Baumeister
- Karl Benjamin
- Max Bill
- Ilya Bolotowsky
- Patrick Henry Bruce
- Kenneth Wayne Bushnell
- Norman Carlberg
- Ilya Chashnik
- Joseph Csaky
- Nassos Daphnis
- Ronald Davis
- Robert Delaunay
- Sonia Delaunay
- Tony DeLap
- Jean Dewasne
- Burgoyne Diller
- David Diao
- Ding Yi
- Theo van Doesburg
- Thomas Downing
- Lorser Feitelson
- María Freire
- Günter Fruhtrunk
- Albert Gleizes
- Hildegard Joos
- Frederick Hammersley
- Erwin Hauer
- Mary Henry
- Gottfried Honegger
- Bryce Hudson
- Al Held
- Auguste Herbin
- Carmen Herrera
- Hans Hofmann
- Budd Hopkins
- Wassily Kandinsky
- Ellsworth Kelly
- Hilma af Klint
- Ivan Kliun
- František Kupka
- Pat Lipsky
- El Lissitzky
- Michael Loew
- Peter Lowe
- Kazimir Malevitch
- Agnès Martin
- Kenneth Martin
- John McLaughlin
- Peter Hugo McClure
- Yves Millecamps
- László Moholy-Nagy
- Vera Molnár
- Piet Mondrian
- François Morellet
- Aurélie Nemours
- Barnett Newman
- Kenneth Noland
- Alejandro Otero
- Rinaldo Paluzzi
- I. Rice Pereira
- Francis Picabia
- Edgard Pillet
- Ad Reinhardt
- Jack Reilly
- Bridget Riley
- Ivo Ringe
- Alexandre Rodtchenko
- Morgan Russell
- Sean Scully
- Victor Servranckx
- Leon Polk Smith
- Henryk Stażewski
- Jeffrey Steele
- Frank Stella
- Adam Szentpétery
- Sophie Taeuber-Arp
- Leo Valledor
- Georges Vantongerloo
- Victor Vasarely
- Friedrich Vordemberge-Gildewart
- Charmion von Wiegand
- Zanis Waldheims
- Gordon Walters
- Neil Williams
- Stanton Macdonald-Wright
- Larry Zox
Collections importantes d'abstraction géométrique
- Espace de l'art concret, Mouans-Sartoux, France
- Musée de Cambrai, France
- Musée Haus Konstruktiv d'art constructif et concret, Zurich, Suisse
- Musée d'art concret, Ingolstadt, Allemagne
- La Maison Mondriaan - Musée d'art constructif et concret, Amersfoort, Pays-Bas