Académie politique
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L’Académie politique est une grande école destinée à la formation des diplomates français, en activité de 1712 à 1720. Il s'agit de la « première école d'administration » française, précurseure de l'École nationale d'administration/Institut national du service public.
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1848-1849 |
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Genèse (1648-1711)
L'Europe du XVIIe siècle voit son activité diplomatique croître à l'époque des traités de Westphalie. Les fonctions diplomatiques commencent à se professionnaliser. L'ambassadeur Louis Rousseau de Chamoy, sous Louis XIV, écrit en 1697 L'idée du parfait ambassadeur, dans lequel il soutient que la complexification des relations internationales exige de l’État qu'il « contribue [...] à former de bons sujets » ; il prévoit ainsi que « [l]es maisons des secrétaires d’État deviendront par là des écoles »[1].
En 1700, Jean-Baptiste Colbert de Torcy est nommé secrétaire d'État des Affaires étrangères par Louis XIV. Il souhaite professionnaliser la formation des diplomates français, à l'époque même où les archives du ministère sont créées afin de faciliter le suivi des négociations diplomatiques[2],[3]. Le projet de création d'une école de formation des serviteurs de la diplomatie française est lancé aux alentours de l'année 1712[3].
En février 1712, avant même la publication des statuts de l'école, le Spectator, journal britannique récemment créé, rapporte que « [d]epuis quelque tems nos Gazettes ne sont remplies que du nouveau projet qu’on vient de former à la Cour de France, pour l’établissement d’une Académie de Politique. On confirme que le Roi a résolu d’établir une nouvelle Académie de Politique, dont le Marquis de Torci, ministre et secrétaire d’État, sera le protecteur ». Selon le journal, cette école sera réunie deux fois par semaine au palais du Louvre, et que « [o]n tirera de cette Académie les Secrétaires d’ambassade, qui pourront s’élever peu-à-peu à de grands emplois »[3].
Création (1712)
En mars 1712, Eusèbe Renaudot rédige les statuts de l'Académie politique à l'initiative de Colbert de Torcy[3],[4]. Les statuts précisent que « le secrétaire d’État choisira par ordre de sa majesté six jeunes hommes » ; il n'y a ainsi pas de concours d'entrée mais une sélection[3]. L'Académie est destinée à accueillir six jeunes gens âgés de 18 à 25 ans et « ayant un bien suffisant pour s'entretenir avec décence ». Rémunérés pendant leur scolarité, les élèves perçoivent un traitement annuel de mille livres. Ils étudient les langues étrangères (espagnol, italien, voire anglais), mais aussi les archives de la diplomatie française et les négociations en cours[5]. Les statuts de l'école favorisent l'apprentissage en petits groupes, sur le modèle de ce qui deviendra les conférences de méthode[6].
L'Académie ne semble jamais avoir été désignée comme « royale », et aucune trace de lettre patente du roi n'a été retrouvée. Toutefois, le chef des archives du ministère des Affaires étrangères, Le Dran, écrit en 1737 que Colbert de Torcy avait bien « fait agréer les statuts par le roi » (Juliette Deloye)[3].
Début des activités (1712-1715)
Yves de Saint-Prest est nommé comme directeur de l'école. Agent du ministère depuis 1682, il a été conseiller au Grand Conseil et a été jurisconsulte du ministre[4]. L'Académie enseigne la pensée et les écrits d'Hugo Grotius comme de Samuel von Pufendorf ; sont également enseignés l'histoire des traités, l'histoire diplomatique et le droit public. Le programme d'histoire diplomatique commence au règne de Louis XII, sous lequel le réseau diplomatique français à l'étranger est mis en place. Les élèves réalisent des exposés[1].
Les premières années sont marquées par l'importance de l'enseignement des langues étrangères, au détriment des conférences. Toutefois, un cours de droit public fondé sur le De jure belli ac pacis de Grotius est créé en 1713. Dès lors, « [d]es conférences ont lieu chaque semaine, alternativement sur l'histoire des négociations et sur le droit public ». Le secrétaire d’État Torcy vient parfois en personne[4].
En 1714, le nombre d'élèves admis annuellement passe de 6 à 12, quoique le nombre de pensionnaires demeure de 6[4].
Difficultés et fin des activités (1715-1720)
La mort de Louis XIV en 1715 entraîne la disgrâce de Torcy, qui ne survit pas à la fin du règne du monarque absolu. Le contenu des programmes de l'Académie, considéré comme trop exigeant, fait fuir des élèves qui la désertent. Le marquis d'Uxelles remplace Torcy. Yves de Saint-Prest obtient l'adhésion d'Uxelles au projet pédagogique de l'école, ce qui lui permet de continuer ses activités[4]. Les programmes sont toutefois modifiés ; les conférences de droit perdent en importance. Des élèves décident de ne plus venir aux cours[4]. En juin 1717, Saint-Prest rédige un mémoire pour le ministre intitulé « Les vices de l'établissement et les remèdes qu'il fallait y porter »[4]. Le marquis décide donne des instructions au directeur en vue d'une reprise en main de l'école ; l'assiduité est dès lors plus contrôlée[4].
Les problèmes d'assiduité semblent se résoudre, malgré un manque d'enthousiasme de certains élèves à l'étude des traités. L'abbé Guillaume Dubois remplace le marquis d'Uxelles en septembre 1718. Les proches de Dubois semblent être hostiles à l'entourage de Torcy qui avait soutenu l'école[4]. Elle continue de fonctionner, mais Saint-Prest meurt en 1719. En 1720[7] ou 1721, l'abbé Guillaume Dubois ferme l'Académie[1]. Guy Thuillier relève que cette école, si elle ne donnait droit à aucun poste dans la fonction publique, était devenue assez importante pour « constituer un barrage pour les ambitions de certaines grandes familles » qui voulaient que leurs enfants deviennent diplomates sans toutefois qu'ils aient été sélectionnés pour étudier à l'Académie[4].
Anciens élèves
Si l'Académie politique a existé durant une courte période, elle a formé plusieurs diplomates de carrière. Elle a compté parmi ses élèves le marquis d'Argenson, secrétaire d'État aux Affaires étrangères de 1744 à 1747, ainsi que Louis-Augustin Blondel, ambassadeur qui a fait l'objet d'une étude approfondie au début du XXe siècle[8].