Adelphe Peltre

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Adelphe Peltre
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Biographie
Naissance
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 29 ans)
RamonchampVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
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Grade militaire
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Service historique de la défense - site de Caen (d) (AC 21 P 129146)
Service historique de la Défense - site de Vincennes (d) (GR 16 P 464649)Voir et modifier les données sur Wikidata

Adelphe, Joseph, Xavier Peltre, né le à Albestroff et mort au combat le à Ramonchamp, est un instituteur, résistant et officier de réserve des Forces françaises de l'intérieur (FFI) et membre de la Brigade indépendante Alsace-Lorraine pendant la Seconde Guerre mondiale.

Carrière d'enseignant et service militaire

Adelphe Peltre grandit dans un environnement rural modeste de la Moselle. Il est l'enfant de Théodore Christophe Peltre, qui exploite une petite propriété agricole, et d'Augusta Marie Honorine Lucienne. Cette origine paysanne marque ses premières années dans le village d'Albestroff[1],[2].

Sa scolarité le mène d'abord vers l'établissement d'enseignement primaire supérieur de Phalsbourg. Cette étape lui ouvre les portes de l'école normale de Montigny-lès-Metz, où il accomplit son cursus pédagogique entre 1931 et 1934. Durant ces années d'étude, il développe une relation d'amitié solide avec Antoine Diener, qui deviendra plus tard son compagnon de lutte sous le pseudonyme « Ancel »[1],[2].

Une fois diplômé, il est affecté au cours complémentaire de Sarralbe qu'il occupe de à . Sa situation familiale lui permet de bénéficier d'un report d'incorporation militaire en tant que soutien de famille. Son incorporation dans l'armée se déroule selon un parcours atypique. Un passage préalable par le centre de formation météorologique de Saint-Cyr durant l'automne 1938 précède son affectation à la base navale de Toulon-La Mître, où il accomplit son service comme marin spécialisé dans les observations météorologiques[1],[2].

L'exode et l'administration de Vichy

La Seconde Guerre mondiale survient pendant son service militaire. Le , il est démobilisé et affecté à l'administration de l'inspection académique d'Alsace-Lorraine, structure administrative repliée dans les locaux de l'école Jules-Ferry, à Périgueux[1],[2].

Les bouleversements de la guerre touchent directement sa famille quand les autorités d'occupation expulsent ses parents d'Albestroff, localité considérée comme francophone par l'occupant nazi. Adelphe assume alors la responsabilité de leur hébergement et de leur prise en charge[1].

Éveil à la conscience résistante

L'été 1941 constitue une période charnière dans l'évolution intellectuelle d'Adelphe Peltre. Il rejoint d'autres enseignants formés à l'école normale de Montigny-lès-Metz pour participer aux rencontres appelées « Carrefours des Tilleuls ». Ces rassemblements, animés par Émile Baas, philosophe alsacien en exil à Rodez, attirent les anciens élèves normaliens dispersés à Solignac et Bergerac[1].

Ces rencontres de réflexion deviennent un centre de discussions où les participants examinent les mécanismes de germanisation et de nazification imposés à la jeunesse d'Alsace-Moselle. Les débats portent sur les modalités futures de reconstruction régionale selon les principes de la démocratie chrétienne. Adelphe et Antoine Diener prennent une part active à l'animation de ces groupes de travail et élaborent ensemble un document de synthèse de huit pages[3]. Ce texte exprime dès 1941 une position dissidente claire : l'impératif d'un retour de l'Alsace-Moselle dans le giron français[1].

Vie personnelle et installation à Vichy

Ses responsabilités comptables au sein de l'Inspection de Périgueux l'amènent à côtoyer régulièrement des collègues originaires des régions annexées. C'est dans ce contexte professionnel qu'il rencontre Marie-Thérèse Schmitt, enseignante strasbourgeoise contrainte à l'exil. Leur relation aboutit à des fiançailles célébrées pendant l'été 1941[1].

Les contraintes géographiques influencent leurs décisions matrimoniales : Marie-Thérèse refuse de regagner l'Alsace annexée de fait et, privée d'emploi à Périgueux, elle décroche un poste de secrétaire dactylographe auprès du ministère de l'Instruction publique à Vichy. Adelphe réussit à obtenir sa propre mutation dans la même ville. Leur union est officialisée à Périgueux le , et le couple s'établit dans l'hôtel Barcelone à Vichy[1],[2].

L'arrivée d'une fille en agrandit leur foyer, mais la santé défaillante de Marie-Thérèse complique leur situation familiale. Elle doit regagner Périgueux pour se soigner, trouvant refuge chez sa tante Juliette Schmitt, elle aussi réfugiée. La mère d'Adelphe prend en charge la garde du nourrisson jusqu'en juillet, créant ainsi une période de séparation familiale de plusieurs mois avant le retour d'Adelphe en Dordogne[1].

Entrée dans la Résistance

Entre et , Adelphe Peltre franchit le seuil de l'engagement clandestin en adhérant à l'Armée secrète (AS) de Dordogne. La période suivante, de février à , le voit s'impliquer dans la structuration du service de renseignements départemental du réseau Martial, placé sous l'autorité de Gustave Houver, alias « Christophe ». L'arrestation de ce responsable en l'oblige à assurer la continuité des opérations seul, avant de devenir en le second du lieutenant Bennetz, alias « Guéry »[1],[2].

Parallèlement à ses activités clandestines, il assume ses fonctions officielles au service social de l'Enseignement public à Périgueux jusqu'à son départ définitif vers les maquis[1].

Le maquis et la « Légion Alsace-Lorraine »

Début marque l'entrée d'Adelphe Peltre dans la phase active de la lutte armée. Il rallie le maquis dirigé par son ancien camarade Antoine Diener, désormais connu sous le nom « Ancel », dont il devient l'adjoint. Sa nomination au grade de sous-lieutenant des Forces françaises de l'intérieur (FFI) l'associe étroitement aux difficultés organisationnelles importantes que pose l'afflux massif de volontaires : près d'un millier de recrues en quelques jours seulement. La logistique défaillante oblige à renvoyer temporairement une grande partie de ces hommes dans leurs foyers, en attendant de pouvoir assurer leur subsistance et leur armement, tandis que ceux qui demeurent sont répartis en unités de taille réduite[1],[2].

Durant le mois de , il assume l'intérim du commandement pendant qu'Ancel se déplace jusqu'au plateau de Moustalat en Dordogne, situé à 150 kilomètres, pour organiser la réception d'un parachutage d'armes. Cette responsabilité temporaire ne l'empêche pas de maintenir des liens familiaux. Il parvient à rendre visite discrètement à sa femme et son enfant pendant la nuit, accédant au domicile par la fenêtre donnant sur l'arrière-cour[1].

Les combats de la Libération

Le mois d' voit l'unité, que son chef Ancel baptise « Légion Alsace-Lorraine » pour souligner ses racines régionales et son objectif de reconquête armée, prendre part aux opérations de libération en Dordogne. Le maquis combat à Atur, Saint-Astier, Périgueux et soutient les opérations menées pour prendre Angoulême[1],[2].

Après que Périgueux soit libérée le , Adelphe s'implique activement dans la structuration du bataillon Strasbourg, composante de la future Brigade Indépendante Alsace-Lorraine (BIAL). Il compte parmi ceux qui, aux côtés d'Ancel et de Bernard Metz, soutiennent la nomination d'André Malraux au commandement de la Brigade[1],[2].

La marche vers l'Alsace-Lorraine

Le , les 600 hommes environ du bataillon Strasbourg entreprennent leur déplacement vers l'Est. Le convoi, composé de véhicules hétéroclites (camions fonctionnant au gazogène et automobiles disparates), progresse avec difficulté par étapes courtes, ponctuées d'arrêts prolongés nécessités par les pannes mécaniques[1],[2].

La maladie d'Ancel, atteint d'une pleurésie, transfère de facto à Adelphe la responsabilité opérationnelle de faire progresser le bataillon. L'objectif de Fretigney-et-Velloreille (aux environs de Vesoul) est atteint le . La fin de ce mois de septembre voit prendre corps la Brigade Indépendante Alsace-Lorraine grâce à l'arrivée du bataillon Metz (formé à partir des maquis du Gers) et du bataillon Mulhouse (constitué des maquis savoyards et de la région belfortaine). Le bataillon Strasbourg établit ses quartiers à Froideconche, dans les environs de Luxeuil[1],[2].

L'engagement au combat et la mort

Le voit l'engagement opérationnel de la compagnie Verdun (une des trois unités constitutives du bataillon Strasbourg) pour appuyer les blindés de la 1ère division blindée du général de Lattre de Tassigny dans le secteur « au Nord-Est de Vesoul », avec pour objectif la progression vers le Thillot et la vallée mosellane. Les affrontements se révèlent difficiles pour des hommes insuffisamment équipés[1],[2].

Le , Ancel, Adelphe et leurs conducteurs, Paul Diener (surnommé « Popaul ») et Michel Valdan (dit « Gaston »), se rendent à Bois-le-Prince (commune de Ramonchamp) sur la route des crêtes où la compagnie Verdun est déployée. Leur mission consiste à distribuer les casques de protection enfin parvenus aux soldats terrés dans leurs abris de fortune. Dans un secteur apparemment calme, des tirs d'artillerie éclatent subitement. Adelphe succombe aux éclats d'un projectile de mortier. Il venait juste d'être nommé capitaine. Ces quelques journées d'engagement coûtent à la Brigade trente morts et soixante blessés[1],[2].

Testament moral

Quatre jours avant sa disparition, le , Adelphe adresse à son épouse une correspondance qui lui parviendra le , soit deux jours après sa mort[1] :

« C'est la guerre et elle s'annonce suffisamment rude pour que nous la regardions en face. De quoi demain sera-t-il fait ? À la grâce de Dieu. Je n'ignore pas que j'ai femme et enfant, enfants peut-être ? Et pour vous, et pour moi, je tiens à la vie pour faire tout mon devoir : celui d'homme, au plein sens du mot, qui essaye de donner à tous ce qu'il doit de lui-même, et qui est sans témérité... »

Reconnaissance

Le nom d'Adelphe Peltre est inscrit sur trois monuments commémoratifs : le Mémorial de la brigade Alsace-Lorraine à Froideconche, la plaque commémorative de l'école normale de Montigny-lès-Metz et le monument aux morts d'Albestroff[2].

Distinctions

Notes et références

Voir aussi

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