Apparitions mariales de L'Île-Bouchard
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Voyantes :
Jeanne Aubry
Jacqueline Aubry
Laura Croizon
Nicole Robin
| Date |
8 au Voyantes : Jeanne Aubry Jacqueline Aubry Laura Croizon Nicole Robin |
|---|---|
| Lieu | L'Île-Bouchard (France) |
Les apparitions mariales de L'Île Bouchard se seraient produites du 8 au à L'Île-Bouchard en Indre-et-Loire. La Vierge Marie serait apparue à quatre fillettes dans l'église Saint-Gilles. Ces apparitions n'ont pas reçu de reconnaissance officielle de l’Église catholique, mais le culte est autorisé. Le sanctuaire, géré par la communauté de l'Emmanuel, accueille 50 000 pèlerins chaque année.
Les quatre fillettes témoins de ces apparitions sont Jeanne (7 ans) et Jacqueline Aubry (12 ans) ainsi que leur cousine Nicole Robin (10 ans) et une camarade, Laura Croizon (8 ans). Les parents des sœurs Aubry, catholiques, mais non-pratiquants, tiennent une pâtisserie dans la commune de L'Île-Bouchard[1]. Les deux autres voyantes sont comme elles issues de familles modestes[1]. Jacqueline Aubry souffre des yeux. Sa vue est gênée par un strabisme, un astigmatisme et une légère myopie. Elle est atteinte d'une conjonctivite depuis deux ans[2],[3]. Pieuse, elle se rend chaque jour à l'église pour y prier, seule ou en entraînant ses camarades d'école[4]. Les fillettes sont scolarisées chez les sœurs de la congrégation fondée par Jeanne Delanoue qui tiennent une école primaire à L'île-Bouchard[5].
Déroulement des apparitions
Lundi 8 décembre

Le , les trois fillettes, après avoir déjeuné chez les parents Aubry, reprennent vers 13 heures le chemin de l'école. Jacqueline propose à Jeanne et à Nicole d'entrer dans l'église Saint-Gilles. Elles s'agenouillent pour prier une dizaine de chapelet devant l'autel latéral de la Vierge. Au moment où Jeanne fait tomber l'étui de son chapelet, Nicole se baisse pour le ramasser. C'est alors que Jacqueline voit, entre l'autel et le vitrail, « une lumière vive, mais non éblouissante » dans laquelle elle perçoit « une belle dame et un ange ». Elle interpelle alors les deux autres fillettes qui se tournent pour regarder l'apparition. Au bout de cinq minutes, alors que l'apparition se poursuit, les trois fillettes quittent l'église, « plutôt effrayées » selon le récit de Jacqueline[4]. À leur sortie, elles croisent trois camarades, Monique Clément ainsi que Laura et Sergine Croizon (13 ans). À l'exception de la première, qui refuse de les suivre, les cinq fillettes entrent dans l'église[1].
Jacqueline, Jeanne, Nicole et Laura voient l'apparition, à la différence de Sergine qui se montre sceptique et les invite à sortir : « Allez, venez, c'est peut-être le diable »[1]. Les fillettes rapportent les faits à Mme Aubry puis se présentent à 13 heures 15 à l'école où elles relatent les événements à leurs camarades et à la directrice. Cette dernière en avise le curé-doyen de L'Île-Bouchard, Clovis Ségelle, qui rétorque à Jacqueline Aubry : « Tu as vu trouble à travers tes grandes lunettes (...) Puisqu'elle était si belle, à ta place, je serais restée à l'église »[6]. Désertant la répétition de la chorale, les quatre voyantes reviennent à l'église à 13 heures 50[7] et reçoivent de l'apparition ce message : « Dites aux petits enfants de prier pour la France qui en a grand besoin. » Elle confirme à Jacqueline qu'elle est leur « Maman du Ciel » ; l'ange répond à la jeune voyante qu'il est l'ange Gabriel. L'apparition fait signe aux enfants d'avancer afin qu'elle embrasse leurs doigts. Elles relatent avoir senti la tiédeur de ce baiser et vu sa trace brièvement imprimée sur leurs phalanges[6]. À la fin de la messe de 17 heures, Jacqueline dit à la directrice avoir vu à nouveau la Vierge au cours de la célébration à l'endroit où elle lui était apparue quelques heures auparavant[8].
Les six jours suivants

Le lendemain, les quatre voyantes se présentent à l'église à la même heure que la veille et voient à nouveau l'apparition. Elles lui demandent si elles peuvent faire entrer leurs trois amies accompagnées d'une voisine des Aubry, Mme Trinson. Elles s'entendent répondre : « Oui, mais elles ne me verront pas ». La Vierge disparaît à ce moment-là puis réapparaît. Elle se signe lentement, imitée par les quatre voyantes. Elle renouvelle son message de la veille : « Je vais vous dire un secret que vous pourrez redire dans trois jours : priez pour la France qui, ces jours-ci, est en grand danger. Allez dire à monsieur le curé de venir à deux heures, d'amener les enfants et la foule pour prier. » Elle ajoute : « Dites à monsieur le curé de construire une grotte, le plus tôt possible, là où je suis, d'y placer ma statue et celle de l’ange à côté. lorsqu’elle sera faite, je la bénirai. » Clovis Ségelle s'oppose au retour des voyantes à 14 heures, car elles ont classe, mais les voyantes sont autorisées par leur institutrice à revenir à l'église à 17 heures où plusieurs personnes les rejoignent pour prier le chapelet. L'apparition leur demande de se rendre chaque jour à 13 heures à l'église : « je vous dirai quand tout sera fini. ». La même scène se répète les jours suivants en présence d'une assistance de plus en plus nombreuse[5].
Le mercredi , l'apparition confie aux enfants un secret qu'ils s'engagent à ne pas divulguer[5]. À la question de savoir si elle est là pour faire des miracles, l'apparition répond à Jacqueline : « Je ne suis pas venue ici pour faire des miracles, mais pour vous dire de prier pour la France. Mais demain vous y verrez clair et vous ne porterez plus de lunettes. ». Le lendemain, Jacqueline constate qu'elle n'a plus besoin de ses lunettes pour voir. Un examen ophtalmologique ultérieur confirme la disparition de sa myopie, mais établit la persistance de son strabisme et de son astigmatisme[2],[N 1]. Le jeudi, la même demande de miracles est posée à l'apparition : « Voulez-vous bien guérir ceux qui ont des maladies nerveuses, des maux de jambes et des rhumatismes ? » à laquelle elle répond : « Je donnerai du bonheur dans les familles ». Le curé fait lire à Jacqueline une question qu'il a préparée à l'avance : « D’où nous vient cet honneur que vous veniez en l’église Saint-Gilles ? ». L'apparition répond : « C’est parce qu'il y a ici des personnes pieuses et que Jeanne Delanoue y est passée »[9].
Le vendredi , le quotidien Centre-éclair publie un premier article sur les événements. Le samedi, l'apparition annonce qu'elle se manifestera le lendemain pour la dernière fois[10].
Le dimanche , les prêtres présents insistent auprès de Jacqueline pour que l'apparition opère un miracle[10]. Comme annoncé à Jacqueline par l'apparition, un signe est donné sous la forme d'un rayon de soleil, aussi chaud qu'en été, illuminant pendant trois à quatre minutes la portion de la nef devant l'autel où les voyantes sont agenouillées. Visible par l'assistance et ressenti par ceux qui se tiennent sur son trajet, le rayon traverse un vitrail situé sur la partie droite de l'église. Des expériences menées après coup montrent que le soleil ne passe pas à la mi-décembre à 13 heures 30 par ce vitrail et qu'un pilier empêche la lumière d'atteindre l'endroit de l'église occupé par les voyants[7],[11].
Contexte socio-politique des apparitions
La demande de prier « pour la France qui, ces jours-ci, est en grand danger », répétée à quatre reprises (les 8, 9, 10 et ), est le message central des apparitions de L'Île-Bouchard[12]. Elle coïncide avec les grèves de 1947 en France qui se développent en novembre, en partie à l'appel de la CGT après l'exclusion des ministres communistes du gouvernement en mai. Dans un climat pré-insurrectionnel qui culmine en décembre, des émeutes éclatent à Paris et en province et des sabotages sont commis comme le déraillement du train postal Paris-Tourcoing, dans la nuit du 2 au , qui fait 16 morts et 30 blessés. Le à Valence, ce sont trois manifestants qui sont tués lors d'une confrontation avec la police[12],[13]. Sur fond de guerre froide, la crainte est vive dans l'opinion d'une révolution communiste[12]. Cependant le , comme le note l'historienne de la IVe République Georgette Elgey, « à la stupéfaction générale, le comité national de grève donne l’ordre de reprendre le travail »[14] qui est rapidement suivi à partir du [13]. Yves Chiron précise qu'« il resterait à éclaircir ce que savaient et comprenaient les quatre fillettes de la situation de la France en décembre 1947 »[12]. Les religieuses de l'école avaient demandé à leurs élèves de prier la Vierge pour la France en cette fête de l'Immaculée Conception, premier jour des apparitions[15],[16].
Reconnaissance par l’Église catholique
Enquête
Au cours des apparitions, un premier rapport est rédigé par une religieuse familière des voyantes[17] qui sont interrogées individuellement le [10]. Le un questionnaire est soumis à chacune d'elles comprenant 72 questions, puis un second en mai qui débouchent sur un autre rapport détaillé écrit par un prêtre étranger à la paroisse, Henri Souillet[10],[17],[N 2],[N 3]. Le secret reçu par les voyantes lors des apparitions est communiqué en 1968 à l'archevêque de Tours[18].
Reconnaissance du culte public
Accédant à la demande de l'apparition, Louis-Joseph Gaillard, archevêque de Tours, donne son accord le au placement dans l'église d'une grotte en papier. En 1966, son successeur, Louis Ferrand, autorise l'invocation à la Vierge de L'Île-Bouchard sous le vocable de « Notre-Dame de la Prière ». Après une enquête diocésaine[19], le nouvel archevêque de Tours, André Vingt-Trois, permet en 2001 le culte public[20]. Ces apparitions ne sont cependant pas officiellement reconnues par l’Église catholique[21].
Sanctuaire de L'Île-Bouchard
La communauté de l'Emmanuel s'installe en 1997 à L'Île-Bouchard dont elle dessert la paroisse et gère le sanctuaire qui dispose de deux maisons d'accueil. Elle organise l'été des sessions qui attirent jusqu'à 200 personnes par semaine[22]. Selon les chiffres de l'Emmanuel, le sanctuaire attire 50 000 pèlerins chaque année. 30 à 50 membres de la communauté résident à L'Île-Bouchard, dont son ancien modérateur, jusqu'en 2025, Michel-Bernard de Vregille. Xavier Malle, membre de l'Emmanuel, a été le curé de la paroisse avant d'être nommé évêque dans le diocèse de Gap-Embrun[23].
En 2021, un projet immobilier contesté à l'initiative de l'entreprise Monasphère, chapeauté par Pierre-Édouard Stérin, prévoit la construction à L'Île-Bouchard d'un lotissement, le Clos Saint-Gabriel, pouvant accueillir 17 familles souhaitant « vivre fraternellement dans les valeurs de la foi ». Il rencontre une opposition locale qui dénonce « une mainmise de plus en plus importante de la communauté de l’Emmanuel sur le village de L’Île-Bouchard »[24] et une « démarche communautariste », ce que contestent les promoteurs du projet[22],[25]. Le permis de construire est finalement refusé par la mairie, une desserte pour les pompiers n'ayant pas été prévue dans le dossier déposé[26]. Le terrain est revendu à l'entreprise Maisons d’alliance qui prévoit en de construire un béguinage à « dimension spirituelle » à destination de personnes âgées[27].