BAR 002
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La BAR 002 est la monoplace engagée par l'écurie British American Racing lors de la saison 2000 de Formule 1. Elle est pilotée par le Canadien Jacques Villeneuve et le Brésilien Ricardo Zonta. L'Anglais Darren Manning est le pilote d'essai et le Français Patrick Lemarié le pilote de développement.
| Équipe |
|
|---|---|
| Constructeur | British American Racing |
| Année du modèle | 2000 |
| Concepteurs |
Adrian Reynard Malcolm Oastler |
| Châssis | Monocoque en fibre de carbone en nid d'abeille |
|---|---|
| Suspension avant | Poussoirs, amortisseurs Koni |
| Suspension arrière | Poussoirs, amortisseurs Koni |
| Nom du moteur | Honda RA000E |
| Cylindrée |
2 999 cm3 810 ch à 17 000 tr/min |
| Configuration | 10 cylindres en V à 72° |
| Boîte de vitesses | Longitudinale semi-automatique |
| Nombre de rapports | 6 + marche arrière |
| Système de freinage | Disques Hitco et étriers AP Racing |
| Dimensions et poids |
Empattement : 3100 mm Voie avant : 1800 mm Voie arrière : 1800 mm Poids : 600 kg |
| Carburant | Nisseki |
| Pneumatiques | Bridgestone |
| Partenaires | Lucky Strike, Sonax |
| Pilotes |
22. 23. |
|---|---|
| Début | Grand Prix automobile d'Australie 2000 |
| Courses | Victoires | Pole positions | Meilleurs tours |
|---|---|---|---|
| 17 | 0 | 0 | 0 |
| Championnat constructeurs | 5e avec 20 points |
|---|---|
| Championnat pilotes |
Jacques Villeneuve : 7e Ricardo Zonta : 14e |
Chronologie des modèles (2000)
Contexte et développement
Le projet British American Racing
La genèse de British American Racing remonte au début des années 1990, lorsque l'homme d'affaires et manager Craig Pollock discute avec Jacques Villeneuve de la création d'une équipe de Formule 1. Après une brillante carrière aux États-Unis, Jacques Villeneuve fait ses débuts en Formule 1 chez Williams F1 Team en 1996 et devient champion du monde en 1997. Dans le même temps, Craig Pollock s'assure le soutien du cigarettier British American Tobacco pour financer le projet et s'associe à Adrian Reynard, concepteur de voitures couronné de succès aux États-Unis. À la fin de l'année 1997, British American Tobacco rachète Tyrrell Racing pour trois-cents millions de dollars ; elle devient officiellement British American Racing (BAR) à partir de la saison 1999[1],[2]. British American Tobacco investit dans la construction d'une usine ultra moderne à Brackley au Royaume-Uni tandis que l'organigramme se met en place : Craig Pollock devient le directeur général de l'écurie, Adrian Reynard en est le cofondateur, Rick Gorne est le directeur des opérations tandis que Malcolm Oastler est nommé directeur technique. Des sommes considérables sont également dépensées pour recruter du personnel technique et payer le salaire de Jacques Villeneuve. Le Canadien vit une dernière saison compliquée chez Williams qui a perdu le soutien technique de Renault et dont la FW20 est nettement dépassée par Ferrari, McLaren et doit même lutter pour résister à Jordan et Benetton. Jacques Villeneuve officialise son transfert chez British American Racing le 23 juillet 1998, où il touchera un salaire de vingt millions de dollars par saison, le deuxième plus élevé du plateau derrière celui de Michael Schumacher[3].
Une première saison chaotique
BAR entame la saison 1999 avec de grandes ambitions, Adrian Reynard déclarant devant des journalistes que la future PR01 vise la pole position et la victoire dès la première course de la saison, ce qui sème le trouble au sein de sa propre équipe[4]. L'écurie se fait remarquer lors de la présentation officielle de ses voitures avec des monoplaces qui arborent deux livrées différentes, ce qui est interdit par le règlement de la Fédération internationale de l'automobile. Alors que BAR envisage de déposer plainte auprès de la Commission européenne, les instances dirigeantes de la FIA menacent l'équipe d'exclusion, obligeant Craig Pollock à présenter des excuses. Les PR01 arborent alors une livrée rouge (Lucky Strike) d'un côté et bleue (555) de l'autre. La monoplace effectue quelques essais en janvier à Barcelone et Jerez avant d'être testée sur la piste de Kyalami, en Afrique du Sud. Des problèmes de fiabilité font leur apparition même si la PR01 paraît plutôt rapide. Après un dernier test à Silverstone, les voitures sont expédiées en Australie pour la première course de la saison 1999. Malgré des performances correctes sur certains circuits, comme en Espagne, la PR01 souffre d'une fiabilité catastrophique et accumule les abandons auxquels il faut ajouter quelques accidents qui détruisent complètement la monoplace. Les contreperformances de BAR lui valent les railleries du paddock et de la presse spécialisée, l'équipe étant moins performante que des structures au budget plus modeste comme Sauber ou même désargentées comme Arrows voire Minardi. En interne, la situation se tend ; Adrian Reynard tente d'obtenir le renvoi de Craig Pollock qui parvient à conserver son poste. Pour sa première saison, British American Racing termine dernier sans avoir marqué de point[5],[6].
L'union avec Honda

Malgré des performances catastrophiques sur la piste, BAR s'active en coulisses. Déçu par les performances des moteurs Supertec, Craig Pollock approche Honda et fait savoir être prêt à payer pour disposer de moteurs-clients dès l'année suivante. Cherchant à revenir en Formule 1 depuis plusieurs années, la firme japonaise dispose de son propre programme et d'une voiture conçue en interne, la RA099 développée par le bureau d'études d'Harvey Postlethwaite. Mais son décès entraîne une réorganisation du programme et les Japonais décident de revenir uniquement en tant que motoriste dans un premier temps. Ce retour officiel annoncé en avril 1999 doit entraîner à terme le retrait de Mugen qui motorise Jordan depuis 1998, ce qui sera le point de départ d'une rivalité exacerbée entre les deux écuries[7]. Cette alliance permet au motoriste japonais de s'appuyer sur une structure solidement financée, disposant d'installations ultra-modernes et d'un personnel pléthorique tandis que BAR dispose du savoir-faire d'un des motoristes les plus réputés de la Formule 1. Si les moteurs seront toujours développés et fabriqués au Japon, du personnel de Honda sera présent sur le site de BAR à Brackley[8].
Le choix des pilotes
Pour la saison 2000, BAR renouvelle son duo de pilotes. Le Canadien Jacques Villeneuve reste leader de l'écurie tandis que le Brésilien Ricardo Zonta occupe la deuxième monoplace[9]. Le pilote d'essai est le Britannique Darren Manning et le pilote de développement est le Français Patrick Lemarié[10].
Indissociable de l'écurie BAR dont il est l'un des piliers aux côtés de Craig Pollock, Jacques Villeneuve commence à percer aux Etats-Unis dans le championnat CART. Désigné Rookie of the year dès sa première saison, il termine deuxième des 500 miles d'Indianapolis pour sa première participation. En 1995 il remporte le championnat CART et la victoire aux 500 miles malgré une pénalité de deux tours infligée en début de course. Des contacts sont rapidement pris avec Williams en Formule 1 qui débouchent sur un contrat de titulaire pour la saison 1996. Très rapidement dans le rythme de son équipier Damon Hill, il termine deuxième du championnat dès sa première saison avant de remporter le titre la saison suivante. 1998 est plus difficile ; Williams a perdu le soutien de Renault et doit se contenter d'un moteur Supertec moins puissant tandis que la FW20 apparaît rapidement mal née. Démotivé, Jacques Villeneuve se lie à BAR dès la mi-saison 1998. La première saison dans sa nouvelle écurie est toutefois plombée par une voiture à la fiabilité calamiteuse. Néanmoins, le Canadien parvient à plusieurs reprises, comme en Espagne, à montrer qu'il n'a rien perdu de sa pointe de vitesse[11].
Né à Curitiba, Ricardo Zonta commence la course automobile par le karting avant de poursuivre en Formule Chevrolet et en Formule 3 où il remporte le chapionnat d'Amérique du Sud en 1995. Il rejoint ensuite l'Europe et la Formule 3000 au sein de l'écurie Draco et termine sa première saison à la quatrième place avec deux victoires. La saison 1997 est celle du titre avec SuperNova. Sans volant en Formule 1 pour 1998 malgré des essais chez Jordan, il rejoint le championnat FIA GT avec Mercedes et remporte le titre à égalité de points avec Klaus Ludwig. Il découvre également les 24 Heures du Mans, toujours chez Mercedes, mais abandonne rapidement sur un problème technique. Après avoir essayé une McLaren-Mercedes en essais privés, il est engagé par BAR pour 1999. Comme son équipier, il souffre de la fiabilité désastreuse de sa voiture et ne peut inscrire le moindre point[12].
Le poste de pilote d'essai est confié à Darren Manning. Passé par différentes formule de promotion en Grande-Bretagne, il rejoint le championnat de Formule 3000 japonais en 1999 où il s'illustre sur le circuit de Macao en obtenant la pole position, le meilleur tour en course et la victoire. Après quelques essais chez Williams, il est recruté par BAR pour la saison 2000 comme pilote d'essais tout en disputant la saison de Formule 3000 au sein du Arden Team Russia[13].
Pilote de développement, le Français Patrick Lemarié commence sa carrière en disputant le volant Elf où il affronte Yvan Muller et Olivier Panis en 1987. Il devient champion de France de Formule 3 en 1991 et, après diverses expériences, dispute deux saisons de Formule 3000, en 1996 et 1997, avant de devenir pilote d'essais pour Tyrrell Racing, poste qu'il conserve après le rachat de l'écurie britannique[14].
Conception de la monoplace
La conception de la monoplace commence en juin 1999 et est toujours confiée à Adrian Reynard, épaulé par le directeur technique Malcolm Oastler, l'aérodynamicien Willem Toet et Kazutoshi Nishizawa de Honda. Les efforts se concentrent essentiellement sur la fiabilité mécanique qui avait cruellement fait défaut la saison précédente, le design général de la BAR 002 est relativement proche de la PR01, même si le nez et les pontons sont retouchés. La compacité du moteur Honda par rapport au Supertec permet de dessiner un capot-moteur plus bas et profilé et des échappements remaniés[15],[16].

De son côté, Honda met au point le moteur RA00E dans ses installations de Tochigi au Japon[17]. Développé à partir du moteur Mugen MF-301HE qui équipe les Jordan, le RA00E présente une inclinaison plus prononcée des cylindres (80 degrés contre 72) ce qui lui offre un centre de gravité plus bas. Plus léger d'une dizaine de kilos, il est plus compact[18]. Sa puissance est estimée à 800 chevaux, comparable aux moteurs Mercedes ou Ferrari. Néanmoins, Honda affirme que sa puissance réellement mesurée au banc de test atteindrait 880 chevaux[15]. En comparaison, le Supertec qui équipe les Benetton B200 et Arrows A21 ne dépasse pas 780 chevaux.
La boîte de vitesses semi-automatique, développée en interne, compte six rapports et une marche arrière. Le carburant et les divers lubrifiants proviennent du japonais Nisseki. Comme pour toutes les voitures de la grille, les pneumatiques sont fournis par Bridgestone. Le système de freinage comprend des disques Hitco et des étriers AP Racing ; les jantes sont fournies par OZ Racing et la suspension par Koni.
La BAR 002 arbore une livrée à dominante blanche agrémentée d'une touche de gris métallisé sur le museau et la base du capot-moteur. Les références aux cigarettes 555 disparaissent, les voitures arborant uniquement la marque Lucky Strike[19].
Historique
Une présentation sobre
Après des premiers essais en décembre 1999, la BAR 002 est officiellement présentée en janvier 2000 au Queen Elizabeth II Conference Center de Londres ; les pilotes titulaires accompagnés des essayeurs dévoilent la nouvelle livrée de la voiture et répondent aux questions des journalistes de vingt-et-un pays. Ayant en mémoire l'effroyable saison précédente, les responsables se montrent confiants et prudents. « Notre nouvelle livrée montre que la saison 2000 est un nouveau départ » explique Craig Pollock. La BAR 002 est décrite comme une « évolution et non une révolution » par le directeur technique Malcolm Oastler qui insiste également sur les progrès accomplis dans le domaine de la fiabilité[20],[21]. Le partenariat avec Honda est également célébré, notamment par Adrian Reynard qui déclare que « Honda connaît et comprend parfaitement le sport automobile » tandis que Takefumi Hosaka, chef de projet du motoriste japonais, annonce que Honda continue de recruter de nombreux ingénieurs pour renforcer l'entité BAR-Honda[22].
Les premiers essais
Dans une livrée bleu nuit spécifique, la BAR 002 effectue ses premiers tests de roulage le 8 décembre 1999 à Silverstone en présence de Takefumi Hosaka et de Kazutoshi Nishizawa, directeur technique du développement de Honda Racing. Entre les mains de Jacques Villeneuve, la nouvelle monoplace effectue trente-quatre tours sans souci[23]. Après sa présentation à Londres, la BAR 002 reprend la piste en janvier sur plusieurs circuits espagnols avant de rejoindre l'Afrique du Sud en février pour dix jours d'essais intensifs sur le circuit du Kyalami. Malgré une météo parfois très pluvieuse, la monoplace boucle plus de cinq cents tours. Le circuit sud-africain accueille également les Williams FW22 propulsées par un moteur BMW, qui se montrent plus lentes que les BAR 002 même si les conditions de tests ne sont pas forcément représentatives de celles rencontrées en course. L'équipe de Brackley revient à Jerez du 23 au 25 février suivi d'un dernier test de deux jours à Silverstone avant que l'équipe ne se rende en Australie pour la première course de la saison. Au total, la BAR 002 parcourt plus de cinq mille kilomètres durant ses divers essais[24].
La saison 2000
Comme les années précédentes, l'Albert Park de Melbourne accueille la première course de la saison. Le rendez-vous australien est marqué par les premières tensions entre British American Racing et Jordan. Eddie Jordan, qui avait déclaré avant la saison préférer le moteur Mugen à celui d'usine change son discours et ne cache pas son amertume : « C'est moi qui aurais dû recevoir le V10 Honda en prolongement du Mugen. Mais l'argent de British American Tobacco a tout déséquilibré. De toute manière, BAR ne tient que par Jacques Villeneuve... » Sur la piste, les Jordan EJ10 devancent les BAR 002 en qualification, même si Villeneuve obtient la huitième place. Victime de problèmes de gestion électronique, Zonta est seizième. En course, les BAR 002 confirment leur potentiel puisque Villeneuve roule constamment dans les points avant de franchir la ligne d'arrivée au pied du podium, inscrivant les premiers points de l'histoire de l'écurie. Zonta termine septième avant que la disqualification de Mika Salo ne le classe sixième, lui permettant d'inscrire ses premiers points en Formule 1. BAR occupe la deuxième place du championnat constructeur avec Williams. De plus, les rivaux de Jordan, dont les EJ10 contraintes à un double abandon, repartent bredouilles de Melbourne[25].
Sur le circuit d'Interlagos au Brésil, Flavio Briatore fait son retour chez Benetton qui deviendra Renault en 2002 et il se chuchote déjà qu'il cherche à engager Jacques Villeneuve. Du côté technique, Honda fournit à BAR un nouveau moteur destiné aux qualifications. Devant son public, Ricardo Zonta se met en évidence en obtenant le huitième temps des qualifications tandis que Villeneuve réalise le dixième après une petite sortie dans l'herbe. La course du Canadien est compliquée puisqu'il occupe la treizième place lorsqu'il abandonne sur un problème de sélection de vitesses, un problème qui touche également la voiture de Zonta, obligé de s'arrêter au stand pendant vingt secondes pour réparations avant de reprendre la piste et de terminer neuvième[26]. Ce score vierge contraste avec les troisième et quatrième place des Jordan qui passe devant BAR au championnat des constructeurs[27].
Lors des qualifications du Grand-Prix de Saint-Marin, gêné par les drapeaux jaunes, Villeneuve réalise le neuvième temps tandis que Zonta rencontre des problèmes de fiabilité et ne fait pas mieux que quatorzième. En course, le Canadien s'empare rapidement de la cinquième place qu'il conserve jusqu'au drapeau à damier. Son équipier connaît une course plus difficile qui le voit se battre dans le ventre mou du peloton avant de terminer douzième[28].
Si le paddock du Grand-Prix de Grande-Bretagne est agité par de nombreuses rumeurs autour de l'avenir de Villeneuve, annoncé chez McLaren-Mercedes, il semblerait que Craig Pollock ait fait courir cette rumeur afin de négocier une augmentation salariale auprès de British American Tobacco pour le pilote canadien dont il est l'agent[29]. Dans le même temps, British American Racing est en litige judiciaire avec son ex-pilote Mika Salo auquel BAR réclame 350 000 dollars de dédommagement pour avoir rompu son contrat l'année précédente afin de rejoindre Ferrari. Mike Greasley, le manager du Finlandais, répond que ce dernier pouvait partir quand il le voulait à condition de rejoindre une équipe de meilleur niveau que BAR, ce qu'était incontestablement Ferrari. Les qualifications se déroulent sous une pluie battante et voient Ricardo Zonta sortir violemment de la piste à la suite d'une rupture d'un triangle de suspension en carbone. Cet accident amène BAR à abandonner ces nouveaux triangles trop fragiles. Toujours sur le plan technique, Honda amène une nouvelle évolution moteur dotée d'une meilleure répartition des composants, ce qui entraîne un allongement de l'empattement de la BAR 002. Encore une fois, la BAR 002 fait parler sa pointe de vitesse puisque Villeneuve détenait la pole position jusqu'à sept minutes de la fin de la séance avant qu'une erreur et des drapeaux jaunes ne ruinent ses chances et ne le relèguent à la dixième place. En revanche, Ricardo Zonta perd pied et se contente du seizième temps. En course, Jacques Villeneuve roule dans les points et lutte avec les Williams-BMW et les McLaren-Mercedes mais, au cinquantième tour, des problèmes de boîte de vitesses apparaissent et le Canadien abandonne six tours plus tard. La course de Ricardo Zonta s'achève au trente-septième avec une sortie dans le bac à graviers du virage Stowe[30]. Ce nouveau score vierge coûte cher à BAR qui stagne à la sixième place du classement derrière Jordan et Benetton[31].
En Espagne, Villeneuve confirme que la piste de Barcelone lui convient parfaitement en obtenant le sixième temps alors que Ricardo Zonta se perd dans les réglages de sa monoplace et prend la dix-septième place. Le dimanche, le Canadien conserve sa sixième place mais, en ressortant des stands au vingt-et-unième tour, perd l'usage de son accélérateur avant que sa BAR ne s'enflamme à cause d'une fuite hydraulique. Parti du fond de la grille, Ricardo Zonta remonte jusqu'à la huitième place[32].
Pour le Grand Prix d'Europe, sur le Nürburgring, BAR étrenne l'Evolution 4 du moteur Honda et de nouveaux pignons de boîte de vitesses fabriqués par X-Trac. En qualifications, Villeneuve réalise le neuvième temps tandis que Zonta ne parvient toujours pas à trouver les bons réglages et doit se contenter du dix-huitième temps. Dimanche, le Canadien se retrouve cinquième dès le premier virage ; luttant pour les points une bonne partie de la course, il est rappelé aux stands au quarante-septième tour et abandonne à cause d'un problème de soupapes. Zonta mène une course dans l'anonymat du peloton avant qu'un problème de boîte de vitesses ne l'envoie dans le gravier à la courbe Dunlop où il s'enlise[33]. Au championnat des constructeurs, BAR stagne à la sixième place, toujours derrière Jordan, mais surtout Benetton avec dix unités, qui est maintenant solide quatrième grâce aux deux points ramenés par Giancarlo Fisichella. BAR ne devance que Sauber et Arrows (un point chacune) et Minardi et Jaguar dont le bilan est toujours vierge[34].
Sur l'étroit et sinueux circuit de Monaco, les BAR abordent un profil aérodynamique maximisant l'appui. Toutefois, les voitures souffrent d'un manque de motricité qui les pénalise en qualification : Villeneuve se qualifie dix-septième et Zonta vingtième. Le dimanche, Villeneuve remonte jusqu'à la septième place d'une course marquée par de nombreux abandons. Ricardo Zonta, pris dans l'accident du départ, pilote la voiture de réserve ; auteur d'une course solide, il remonte dans le peloton mais, au cinquantième tour, perd le contrôle de sa monoplace au premier virage et s'écrase dans le mur de pneus[35]. BAR voit Benetton s'envoler au classement des constructeurs grâce à la troisième place de Fisichella tandis que, derrière, Jaguar inscrit ses premiers points de la saison[36].

Le paddock du Grand Prix du Canada bruisse de rumeur autour de l'avenir du pilote local. Villeneuve apparaît clairement déçu de la faible progression de son écurie malgré le partenariat avec Honda, alors que le motoriste japonais serait également en pourparlers avec Jordan pour lui fournir le même moteur dès 2001. Eddie Jordan n'hésite pas à faire monter la pression sur l'écurie de Brackley : « Sans Villeneuve, Pollock n'est rien ! Je peux revendiquer quinze ans d'expérience comme team manager. Et lui ? » lâche le manager irlandais. Les BAR 002 font parler leur vitesse de pointe en qualifications : Villeneuve réalise le sixième temps tandis que Zonta prend le huitième. Lors du warm-up du dimanche, Zonta explose son moteur. Au départ de la course, Villeneuve réalise un superbe envol en déboîtant Barrichello par l'extérieur au premier tournant, puis Häkkinen à la sortie de l'épingle ; tirant pleinement parti de la puissance du moteur Honda, il remonte à la deuxième place. Au quarante-quatrième tour, quand la pluie commence à tomber, le Canadien rentre aux stands mais, de manière inexplicable, ses mécaniciens le chaussent de pneus pour piste sèche. Le Canadien doit lutter pour garder le contrôle de sa monoplace sur une piste détrempée mais parvient à remonter sur David Coulthard et Ralf Schumacher. Au soixante-cinquième tour, Villeneuve attaque l'Ecossais au virage de l'épingle du Casino, freine trop tard et glisse avant de percuter la Williams de l'Allemand, les contraignant à l'abandon. Ricardo Zonta termine huitième et hors des points[37].
Le weekend du Grand Prix de France est marqué par l'annonce de la signature d'un partenariat entre Honda et Jordan Grand Prix pour 2001, ce qui met un terme à l'exclusivité dont jouissait British American Racing. Eddie Jordan ne cache pas sa satisfaction : « C'est le plus beau coup de ma carrière ! » Patron de Honda Racing Development, Soichi Tanaka précise que le contrat entre BAR et Honda était une monofourniture sic et non une exclusivité. En négociations depuis le printemps, les Japonais ont rapidement compris l'intérêt de disposer de deux écuries pour développer plus rapidement ses moteurs. De son côté, Craig Pollock fait contre mauvaise fortune bon cœur : « Notre contrat avec Honda n'est pas remis en cause. D'ailleurs, cette collaboration porte aussi sur le châssis. A tel point que notre voiture peut être considérée aujourd'hui à 75 % comme une Honda ! » Sur le plan purement sportif, la BAR 002 arbore en France une configuration aérodynamique inédite avec un train arrière affiné, un capot moteur abaissé et de nouveaux ailerons avant et arrière. Les résultats sont tangibles en piste puisque Villeneuve réalise le septième temps des qualifications. Ricardo Zonta casse son moteur en début de séance et doit se rabattre sur la voiture de réserve qui ne dispose pas des dernières évolutions ; il ne fait pas mieux que dix-neuvième. Sa course n'est pas plus satisfaisante puisqu'il abandonne dès le dix-septième tour à la suite d'un problème de frein qui l'envoie à faible allure dans un mur de pneus. En revanche, Villeneuve réalise un bon départ et remonte d'emblée à la cinquième place. En lutte contre les frères Schumacher, le Canadien coupe la ligne d'arrivée à la quatrième place[38]. Cette performance permet à BAR de remonter sur Jordan au championnat des constructeurs, avec désormais seulement deux points de retard[39].
L'avenir de Jacques Villeneuve fait toujours l'objet de spéculations alors que la Formule 1 arrive en Autriche. Flavio Briatore ne fait pas mystère de ses intentions : « J'attends Villeneuve de pied ferme ! » Certaines rumeurs affirment que le Canadien a déjà signé son contrat chez Benetton-Renault, alors qu'il songe de plus en plus à rester chez BAR. Les qualifications confirment le regain de forme des BAR-Honda puisque Zonta réalise le sixième temps, juste devant Villeneuve. Lors du départ de la course, les Ferrari et McLaren des premières lignes réussissent leur envol alors que Zonta rate son freinage, emboutit la Ferrari de Michael Schumacher et l'envoie dans le bac à graviers ; un nouveau départ est donné, Zonta écopant d'une pénalité de dix secondes. Le Brésilien abandonne au soixantième tour après l'explosion de son moteur. Jacques Villeuve, parti avec peu d'essence, est plus léger que ses rivaux et remonte à la quatrième place. Son ravitaillement au cinquantième tour,effectué rapidement, lui permet de conserver sa position jusqu'à l'arrivée. Le Canadien permet à BAR de passer devant Jordan au championnat des constructeurs. De plus, la stratégie bien exécutée fait oublier l'erreur du Canada. « Nous avons une parfaite technologie pour contrôler le niveau d'essence et simuler la consommation. » explique Takefumi Osaka de Honda. En revanche, la situation de Ricardo Zonta apparaît de plus en plus menacée[40],[41].
Sur l'Hockenheimring pour le Grand Prix d'Allemagne, la saga Villeneuve arrive à son épilogue : le Canadien rempile pour trois ans. Les récents progrès de sa voiture et un salaire revalorisé l'ont convaincu de rester auprès de Craig Pollock : « Je ne doute pas du potentiel de Renault, mais BAR a fait des gros efforts, mis de gros moyens, recruté beaucoup de monde et cela commence à payer. Je ne voulais pas voir quelqu'un d'autre tirer le bénéfice de tout ce travail ! »
Sur la piste, les qualifications perturbées par la pluie voient Villeneuve et Zonta prendre les neuvième et douzième places. La course se déroule en partie sous la pluie alors que les deux BAR luttent pour les points. Mais, au trente-cinquième tour, Zonta harponne son équipier après une attaque mal exécutée. Villeneuve part en tête-à-queue et perd plusieurs positions. Au trente-huitième tour, le Brésilien, qui a continué sa course, glisse sur une flaque dans la Sachskurve et s'enlise dans le bac à graviers. Villeneuve remonte jusqu'à la huitième place, hors des points. Après la course, il ne cache pas ce qu'il pense réellement de son équipier : « Depuis le début de la saison, je ne voulais pas parler du peu de respect que j'ai pour Zonta qui n'a rien à faire en Formule 1, je le trouvais sympa, alors je me taisais. Il casse une course sur deux car cela est au-dessus de ses moyens, je ne comprends pas son attitude. Il voulait me doubler alors que le stand lui demandait de se calmer. C'est un comportement imbécile, je ne vois pas quoi dire d'autre […] Je sais qu'il cherche un volant ailleurs mais franchement il a creusé sa propre tombe. Déjà que personne ne se battait pour lui[42]... » Le sort du Brésilien apparaît scellé, Craig Pollock étant sur le point d'annoncer la signature d'Olivier Panis pour la saison suivante[43].
Au Grand Prix de Hongrie le Français Olivier Panis est officialisé pour 2001 en remplacement de Ricardo Zonta qui n'a jamais confirmé le talent entrevu dans les formules de promotion. Après avoir songé à recruter Jenson Button ou Pedro de la Rosa, Craig Pollock a jeté son dévolu sur le pilote-essayeur de McLaren, réputé pour sa pointe de vitesse, ses talents de metteur au point et qui a l'expérience du travail avec Honda lorsqu'il était chez Ligier en 1996 et 1997. Il déclare : « Cette équipe m'a proposé un potentiel d’avenir solide. Lors des essais privés, je l’ai vue évoluer régulièrement[44]. » En revanche, British American Racing perd le soutien important de Teleglobe Inc ; l'opérateur canadien criblé de dettes se retire malgré la présence de Jacques Villeneuve dans l'écurie[45].
Les qualifications se déroulent sous une chaleur accablante et les BAR 002 souffrent d'un manque d'adhérence ; Villeneuve se classe seizième et Zonta dix-huitième. Au départ de la course, Villeneuve touche l'Arrows de Pedro de la Rosa au premier virage et doit repasser aux stands pour changer de nez avant de mener une course sans relief et de terminer douzième ; son équipier termine quatorzième[46]. Au championnat, le point de la sixième place de Heinz-Harald Frentzen permet à Jordan de revenir à égalité points[47].

À Spa-Francorchamps, la BAR 002 de Jacques Villeneuve est dotée d'une direction assistée électrohydraulique[48]. Sur un tracé très rapide qui aurait dû leur convenir, les monoplaces de Brackley déçoivent : Villeneuve, septième, se plaint d'un survirage tandis que Zonta pointe au treizième rang. La course n'apporte aucune amélioration : Villeneuve termine septième, à la porte des points, Zonta ne faisant pas mieux que douzième[49]. Le Brésilien se fait surtout remarquer pour être le protagoniste involontaire d'une manœuvre de dépassement particulièrement audacieuse : Schumacher et Hakkinen qui font la course en tête le rejoignent en quittant le raidillon de l'Eau Rouge et, dans dans la pleine charge de Kemmel, Schumacher contourne la BAR par la gauche, mais Häkkinen, très audacieux, choisit la droite et déborde les deux voitures[50].
À Monza, la BAR 002 de Zonta est également dotée de la direction assistée électrohydraulique étrennée par son équipier en Belgique. Les longues lignes droites du circuit italien sont idéales pour la puissance du moteur Honda et Villeneuve s'empare de la quatrième place des qualifications. Zonta n'est pas loin de son rythme lorsqu'une panne de boîte de vitesses le contraigne au dix-septième temps. Le départ de la course est marqué par un carambolage qui entraîne le décès d'un pompier volontaire, percuté par une roue arrachée. L'accident élimine Barrichello et Coulthard ; après le deuxième départ, Villeneuve est troisième derrière Schumacher et Hakkinen jusqu'au quinzième tour où son moteur coupe. Parti en fond de grille, Zonta entame une remontée, doublant Gastón Mazzacane et Pedro Diniz au douzième tour, Nick Heidfeld au tour suivant, Giancarlo Fisichella au seizième et, au dix-septième passage, Ralf Schumacher pour s'emparer de la quatrième place. Au vingt-et-unième tour, le Brésilien prend l'aspiration de Jos Verstappen dans la ligne droite principale et s'impose au premier freinage. Mais le Néerlandais décroise la BAR dans l'enchaînement ; les deux bolides réaccélèrent côte à côte et, grâce à sa meilleure motricité, Zonta s'impose. Mais son équipe a opté pour une stratégie à deux arrêts qui lui fait perdre un temps précieux ; il ravitaille une première fois au vingt-quatrième tour et une seconde au trente-septième. Le Brésilien tire parti de la puissance du moteur Honda pour terminer sixième et ramener un précieux point[51].
Fin septembre, la Formule 1 fait son retour aux États-Unis sur un circuit hybride empruntant une partie de l'ovale d'Indianapolis. Jacques Villeneuve termine huitième des qualifications et Zonta douzième. En course, le Canadien remonte jusqu'à la quatrième place et met la pression sur Frentzen dont la Jordan EJ10, moins chargée en appui aérodynamique, lui permet de résister jusqu'au bout. Zonta remonte jusqu'à la sixième place[52]. Malgré ces bons résultats, la troisième place de Frentzen permet à Jordan de totaliser le même nombre de points que BAR au championnat[53].
L'avant-dernière course de la saison, à Suzuka, est une manche à domicile pour Honda, en partie propriétaire du circuit. La firme japonaise est promeut le jeune Takuma Satō, qui doit rouler prochainement en essais pour BAR avant une éventuelle titularisation. En interne, la situation apparaît toujours tendue chez British American Racing entre Craig Pollock et Adrian Reynard ; ce dernier, qui refuse de croiser Pollock, brille par son absence lors de la réception organisée par Honda en l'honneur de ses partenaires. Reynard aurait pris ombrage des propos d'Hiroyuki Hoshino, président de Honda, qui font de Craig Pollock l'unique architecte de l'alliance entre BAR et le constructeur japonais alors que l'ingénieur britannique estime que c'est son propre partenariat avec le constructeur japonais, en championnat CART, qui a encouragé Honda à revenir en Formule 1. Toujours est-il que Hiroyuki Hoshino affirme que Honda ne se limiterait plus à fournir les moteurs mais interviendra également dans la conception des futurs châssis. L'avenir de Ricardo Zonta se précise également : le Brésilien, qui aurait dû devenir pilote-essayeur chez McLaren-Mercedes, préfère rejoindre Jordan. Sur le plan technique, la BAR 002 dispose d'une version plus puissante du moteur Honda. Cela ne leur permet toutefois pas de briller : Villeneuve, neuvième, rencontre du sous-virage alors que Zonta, dix-huitième, souffre d'une voiture trop chargée en appui aérodynamique et victime de soucis de moteur[54].
En course, Villeneuve ravit la huitième place à Johnny Herbert au septième tour et profite des arrêts aux stands pour remonter jusqu'à la sixième position et ramener un point. Zonta, malgrè sa remontée, échoue hors des points, à la neuvième place[55]. BAR passe devant Jordan au championnat du monde tandis que Benetton ne compte plus que deux points d'avance[56].
Le moderne circuit de Sepang accueille l'ultime Grand Prix de la saison où Benetton, BAR et Jordan vont lutter pour prendre la quatrième place du championnat. Quatrième avec vingt points, Benetton connaît une deuxième moitié de saison calamiteuse avec aucun point marqué depuis juin ; BAR dispose d'une monoplace très puissante mais irrégulière tandis que la Jordan EJ10 est rapide mais souffre d'une fiabilité aléatoire. En qualifications, Villeneuve et Zonta se classent sixième et onzième puis, lors du warm-up du dimanche, le Brésilien réalise le meilleur temps. En course, Villeneuve profite des pénalités infligées à Hakkinen et Coulthard pour remonter temporairement dans le hiérarchie ; il termine cinquième. Zonta doit faire face à des problèmes de surchauffe du moteur, qui prend feu au quarantième-huitième tour[57].
BAR termine cinquième du championnat du monde des constructeurs avec le même nombre de points - vingt- que Benetton, mais l'écurie italienne conserve sa quatrième place grâce à ses trois podiums[58].
Bilan
La BAR 002 est bien plus aboutie que sa devancière, avec une fiabilité en progression. L'apport du moteur Honda en fait l'une des monoplaces les plus puissantes du plateau, capable de suivre le rythme des Ferrari et McLaren sur les circuits les plus rapides. Néanmoins, la fiabilité lui fait parfois défaut, ce qui coûte de précieux points comme en Espagne. La BAR 002 se montre également délicate à régler et mettre au point, notamment en qualifications, obligeant les pilotes à partir de trop loin pour espérer un bon résultat en course.
La saison 2000 marque le début de la rivalité entre BAR et Jordan pour obtenir le soutien de Honda. Le constructeur japonais soutiendra les deux écuries jusqu'à la fin de la saison 2002 pour se consacrer entièrement à BAR à partir de 2003. Cette décision aboutit au rachat de BAR et à la naissance de Honda Racing F1 Team en 2006[59].
Résultats en championnat du monde de Formule 1
| Saison | Écurie | Moteur | Pneus | Pilotes | Courses | Points inscrits |
Classement | ||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | |||||||
| 2000 | Lucky Strike Reynard BAR Honda |
Honda V10 RA000E |
Bridgestone | AUS | BRÉ | SMR | GBR | ESP | EUR | MON | CAN | FRA | AUT | ALL | HON | BEL | ITA | USA | JAP | MAL | 20 | 5e | |
| Jacques Villeneuve | 4e | Abd | 5e | 16e | Abd | Abd | 7e | 15e | 4e | 4e | 8e | 12e | 7e | Abd | 4e | 6e | 5e | ||||||
| Ricardo Zonta | 6e | 9e | 12e | Abd | 8e | Abd | Abd | 8e | Abd | Abd | Abd | 14e | 12e | 6e | 6e | 9e | Abd | ||||||
Légende : ici