Caftan

From Wikipedia, the free encyclopedia

Kurde portant un caftan (1920).

Le caftan est une tunique longue portée dans diverses régions à travers le monde, entre autres au Moyen-Orient, au Maghreb, en Asie centrale, en Perse (qui englobait l'actuel Iran ainsi que d'autres États), dans l'Empire moghol sous la dynastie fondée par Babur, dans certains États indépendants italiens comme la république de Venise, dans l'Empire omeyyade et l'Empire ottoman, et dans certaines régions d'Afrique subsaharienne. Le terme recouvre une grande variété de tuniques longues existant ou ayant existé à différentes époques.

Selon l'Académie française le mot caftan serait apparu en français au XVIe siècle, s'écrivant d’abord cafetan, et serait emprunté au turc qaftan, « robe d’honneur », lui-même du persan khaftan, « sorte de vêtement militaire »[1]. On trouve également les variantes cafetan ou plus anciennement kaftan, khaftan voire qaftan.

En turc moderne le caftan s'écrit kaftan, en persan خفتان ḫäftān ou khaftān, en russe кафтан kaftan, en arabe قفطان qafṭān, en hébreu קַפטָן ḳafṭān[réf. nécessaire], guftan en peul, kàftānī̀ en haoussa, kaftani en mende, elgaftan en songhay, xaftaan en wolof, kàfūtánì en yoruba[2]. Chez les Juifs khazars en Khazarie, en langue khazare le terme kaftan ou kaftn désignait un vêtement long porté par les hommes[3].

Définition et variantes

Les caftans sont définis par un certain nombre de points communs  : ils sont longs et souvent amples, droits ou légèrement croisés, à manches longues ou mi-longues, sans col ou capuche et ouverts en leur milieu, sur toute leur longueur (avec ou sans boutons). Toutefois, chaque nation ou peuple ayant intégré le caftan dans son patrimoine vestimentaire a donné à celui-ci sa touche propre au niveau de la coupe, des tissus, des couleurs, des broderies, des ornementations et des motifs, d'où l'apparition de caftans perses, moghols, vénitiens, turcs, slaves, maghrébins[réf. nécessaire].

Dans certains pays musulmans comme l'Égypte, le quftan désigne un long manteau porté par les imams sur la gibba, notamment par les imams et les étudiants en religion islamique enrolés à Al-Azhar et se préparant à devenir imams[4]. En Afrique de l'Ouest, un caftan est une robe de chambre portée par les hommes et les femmes[5]. Aux Comores, le terme djuba (francisé « djouba ») désigne un genre de caftan brodé[6].

Historique

Origine

Plusieurs études menées sur les tenues des anciens peuples de l’Asie font référence à l'existence du caftan. Un exemple notable de caftan ancien a été découvert sur le site de Mochtchevaïa Balka (Мощевая Балка), dans la Ciscaucasie, et daté entre les VIIIe et Xe siècles. Il s'agit de l’un des rares témoignages archéologiques de caftans médiévaux préservés en raison des conditions climatiques exceptionnelles du site. Les fouilles, menées principalement entre 1969 et 1976 par Anna Aleksandrovna Ierousalimskaïa pour le musée de l'Ermitage, ont révélé de nombreux textiles et vêtements complets, permettant de documenter la diffusion et l’usage du caftan dans cette région carrefour des routes commerciales reliant l’Asie centrale, le Proche-Orient et la mer Noire[7],[8].

Cela vaut non seulement pour les Perses achéménides et sassanides, mais aussi pour les aristocrates parthes, les Scythes, les Turcs ou les Tochariens du Turkestan oriental (Chine). Au fil du temps, les Perses ne cesseront de mettre à jour cette robe longue, apportant de nouveaux tissus de toute l'Asie. Cette robe longue fut plus tard connue sous le nom de kaftan (persan : خفتان) et fut plus tard adoptée par les femmes turques, qui nommèrent la tribu Bisirmiskaftan. Avec l'établissement de l'Empire ottoman et son influence ultérieure, le caftan a évolué en réponse aux goûts et aux modes importés d'Europe et d'Asie, et cette évolution se poursuit sur un autre continent, l'Afrique où les régences ottomanes furent les premières à voir le caftan en Afrique du Nord[réf. nécessaire].

Le caftan était un vêtement d'apparat chez les Asiatiques et plus tard chez les Byzantins et les Turcs[9]. Le géographe Istakhri atteste l'usage du caftan chez certains peuples turciques et slaves d'Eurasie. Selon Istakhri le caftan est porté par les Bulgares de la Volga, les Russes, les Khazars, les Petchénègues. Il avance que le caftan des Russes est un caftan court tandis que celui des Khazars, des Petchénègues et des Bulgares est long[9]. Le skaramangion (en), vêtement d'apparat des empereurs et officiers byzantins, est un caftan fendu sur les côtés[10], et serait dérivé du « caftan cheval des Perses, certains allant jusqu'à le considérer comme ni plus ni moins qu'une réplique de ce dernier[11]. Aussi appelé « caftan de cheval », il aurait été introduit dans la garde-robe impériale byzantine au Xe siècle[10], et serait apparu à l'époque parthe dans les graffitis et sculptures de Doura sur l'Euphrate[12]. Le scaramagion était parfois blanc parfois violet/mauve[13].

Empire ottoman

Les caftans portés par les sultans ottomans constituent l'une des collections principales du palais de Topkapı à Istanbul. Certains d'entre eux, extrêmement précieux, étaient employés comme récompenses pour les services rendus par les plus importants notables et par les généraux victorieux à l'occasion de festivals religieux.

Les caftans ottomans sont fréquemment brodés sur l'avant et sur les manches. Une codification stricte, par certains aspects semblable à l'héraldique, existe concernant les décorations, motifs, rubans et couleurs qui correspondent au rang du porteur. Au XIVe siècle, les motifs sont étendus et les couleurs sobres, mais ces caractéristiques évoluent pour devenir respectivement plus fines et plus brillantes. L'art des caftans culmine vers la seconde moitié du XVIIe siècle avec les tissus de type Selimiye aux larges bandes verticales et aux minutieuses broderies.

Les tissus sont principalement produits à Istanbul et Bursa quand ils ne sont pas importés de Venise, Gênes, de la Perse, l'Inde ou la Chine. Chaque tissu possède des propriétés particulières et un nom différent : velours, taffetas, mais aussi bürümcük, aba, canfes, gatma, gezi, diba, kutnu, kemha, seraser, serenk, zerbaft et bien d'autres. Certaines couleurs sont plus utilisées que d'autres, comme le bleu de Chine, le rouge de Turquie, le violet, le pişmis aya, le coing cuit ou le jaune safran.

Lorsqu'en 1922, Mustafa Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne, renverse le sultan ottoman, il souhaite rompre de façon radicale avec un pouvoir jugé archaïque et décadent. Sa volonté de rupture et de modernisation se traduit aussi par l'interdiction des attributs vestimentaires ottomans, tels que le caftan ou le fez, au profit de tenues occidentales.

Régences ottomanes

Presque tous les pays arabes, à l'exception du Maroc et d'une partie de la péninsule Arabique (Oman notamment), ont fait partie de l'Empire ottoman durant plusieurs siècles. Par conséquent, on peut penser à juste titre que c'était dans ces pays que le caftan a été introduit par les ottomans, notamment en Afrique du Nord. Ceci est corroboré par le témoignage de l'historien espagnol Diego de Haedo qui a noté qu'à Alger où il était détenu vers la fin du XVIe siècle, "les habitants portent d'ordinaire un vêtement de couleur, qu'ils appellent kaftan". Une autre école de pensée soutient qu'avec le départ progressif des Andalous vers le Maghreb, dont les actuelles Algérie et Tunisie, ceux-ci ramènent avec eux des caftans mauresques qui ne connaîtront cependant pas les mêmes évolutions et influences qu'au Maroc.

Au départ, seuls les dignitaires turcs et quelques notables algériens ou tunisiens participant à l'administration de la ville, portaient le caftan. Cependant le port du caftan finit par se populariser notamment à Alger où traditionnellement, avant l'introduction du caftan, la tenue masculine se composait d'une chemise, d'un gilet, d'un fez, d'un pantalon bouffant (seroual) entouré à la taille par une pièce d'étoffe servant de poche appelée foutah, ou d'une soutane entourée à la taille par une foutah. De nos jours, des stylistes algériens et tunisiens se sont lancés dans la modernisation et la transformation de leurs habits traditionnels. Cette modernisation apporte à nombre de tenues de nouveaux attributs initialement non présents dans les formes traditionnelles.

Monde juif

Le caftan noir fait partie des tenues traditionnelles des Juifs religieux ou pieux issus des communautés ashkénazes d'Europe centrale[14]. Les Juifs de Galicie polonisés portaient le caftan, considéré comme un vêtement de l'aristocratie polonaise qu'ils avaient adopté au Moyen-Âge lorsque les Juifs ashkénazes arrivèrent d'Allemagne[15].

Le caftan hassidique est porté par les hommes membres de la secte du hassidisme, à savoir d'obédience hassidique[16],[17]. Certaines autorités religieuses juives ashkénazes hassidim portent le caftan lors de célébrations[18].

Dans la côte des Barbaresques (actuel Maghreb), des Juifs se considérant comme les Israélites de l'Ancien Testament descendants directs d'une race élue (ou peuple élu), aux airs d'hommes fiers et nobles, vêtus tels des apôtres de Jésus, portaient comme signe de distinction un caftan et une calotte noire ou un turban noir[19].

En Tunisie sur l'île de Djerba, les Juifs étaient autrefois dans l'obligation de porter un caftan bleu et un turban noir[20].

Mode occidentale

Dans les années 1950, Christian Dior propose un caftan en satin de soie noir. Dans les années 1960, c'est Yves Saint Laurent qui le dessine, avec une ceinture. L'actrice américaine Liz Taylor en porte un, blanc et vert, lors de son second mariage avec Richard Burton[réf. nécessaire].

De nos jours, des designers orientaux (Zuhair Murad ou Naeem Khan) utilisent ce vêtement dans leur collection, mais aussi certaines maisons occidentales (Etro, Pucci ou Marchesa), faisant là un rappel aux années 1970 ou voulant toucher le marché du monde arabe[21].

Diffusion géographique

Notes et références

Annexes

Related Articles

Wikiwand AI