Capacité d'attention

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Un enfant se concentrant sur son jeu vidéo.

La capacité d'attention est la capacité du cerveau à sélectionner, orienter et maintenir sa concentration sur un sujet. Ressource cognitive limitée, elle se mesure par la durée pendant laquelle un individu peut rester concentré sur une tâche avant d'être distrait[1].

Elle se décline en deux formes principales. L'attention involontaire (ou exogène) est un phénomène réflexe, déclenché par des stimuli exogène tels qu'un bruit (un mot, ou notre prénom parfois), une odeur, un mouvement, une sensation lumineuse ou tactile…) ; l'attention dirigée (ou endogène) permet de se concentrer volontairement sur une tâche précise (critère central des études sur la concentration). Cette dernière capacité varie beaucoup selon les contextes : elle peut être perturbée ou intensifiée par certains types de stress, la fatigue, la surcharge cognitive, la prise de drogue ou de certains médicaments (psychotropes…), ou certains troubles neurodéveloppementaux comme le TDAH ou le trouble du spectre de l'autisme. Elle peut aussi être exceptionnellement amplifiée, par exemple chez certaines personnes autistes à propos de leurs centres d'intérêts spécifique, ou dans des situations d'engagement intense comme la passion, la création artistique, l'état amoureux, le danger. Certaines activités exigent un niveau d'attention élevé (ex. : jeux complexes comme les échecs, performances musicales ou de sports extrêmes).

Dans les sociétés occidentales contemporaines, la capacité d'attention est fortement mise à contribution par le flux des images (publicitaires notamment) et des informations, et par les environnements numériques : la notion de « Temps de cerveau humain disponible », popularisée dans les années 2000 dans un contexte publicitaire et médiatique commercial, renvoie à la concurrence entre médias, plateformes et applications pour capter et retenir l'attention du public. Cette dynamique est renforcée par les algorithmes de recommandation, conçus pour optimiser la captation attentionnelle grâce à la personnalisation des contenus et à la prédiction des comportements, ce qui peut affecter la stabilité attentionnelle individuelle. La distraction survient lorsque l'attention est détournée  de manière incontrôlable  vers une autre activité ou sensation[2], au point que l'on parle parfois de « crise de l'attention »[3].

Le marché de l'attention cherche à capter, de plus en plus via des algorithmes), le « temps de cerveau disponible ». Depuis la généralisation des NTIC, en particulier des smartphones, ordinateurs et autres objets connectés, les enfants et les humains en général tendent à perdre leur capacité d'attention. Au début des années 2000, ils passaient 2 minutes et 30 secondes en moyenne sur une tâche avant de diriger leur attention vers une autre, selon Gloria Mark (docteure en informatique, et professeure chancelière d'informatique à l'Université de Californie), tandis qu'en 2025 cette durée n'est plus que de 40 secondes, une baisse qui n'est toutefois pas irréversible[4].

La capacité d'attention est limitée dans le temps (sujette à l'épuisement) et quantitativement (les objets d'attention exogène sont de plus en plus nombreux et sont en concurrence les uns avec les autres et avec l'attention endogène). Former et entretenir sa capacité d'attention fait partie de l'éducation et permet le développement des compétences d'écoute, d'analyse et la réalisation de tâches complexes ou délicates[5].

En philosophie

La capacité d'attention, c'est-à-dire la quantité et qualité de ressources mentales qu'un individu ou un groupe peut mobiliser pour sélectionner, maintenir et orienter son activité cognitive et attentionnelle, peut se déployer de manière différente et vers différents objets :

  • de manière centripète, c'est-à-dire vers soi-même (introspection, régulation émotionnelle de son corps et de ses pensées…) ;
  • de manière centrifuge, c'est-à-dire dirigée vers l'environnement proche :
    • environnement physique, par exemple quand il s'agit de se déplacer sur une autoroute, une piste de ski ou dans un espace encombré ou dangereux où il est vital de bien percevoir, analyser ou anticiper des éléments du monde physique),
    • environnement social (socialisation), quand l'attention, avec plus ou moins d'empathie, est portée vers les autres (enfant, famille, pairs, groupes, réseaux sociaux, société), ou plus largement vers le vivant (avec empathie ou peur) envers d'autres espèces ou la biodiversité). Elle prend alors la forme d'une attention relationnelle ou écologique, souvent décrite dans les études sur le care comme intérêt ou disponibilité aux besoins des autres et aux enjeux environnementaux[6].

Pour le philosophe, la capacité d'attention est à la fois un mécanisme cognitif, une compétence relationnelle et un enjeu culturel, influençant la manière dont les individus perçoivent, agissent et interagissent dans le monde ; elle est un élément structurant de la vie mentale. William James, en , la décrivait comme une faculté qui rend possible la sélection consciente parmi la multitude de stimuli disponibles ; dans le dernier chapitre de The Principles of Psychology, consacré à la volonté, il se demande si le libre arbitre existe ou non, selon lui, « le plus essentiel accomplissement de la volonté, […] lorsqu'elle est la plus “volontaire”, consiste à diriger son attention vers un objet difficile et à le maintenir fermement devant l'esprit… L'effort d'attention est ainsi le phénomène essentiel de la volonté »[7],[8]. Simone Weil, en , dans un chapitre de son livre consacré à l'« attention et la volonté », en fait une disposition éthique essentielle, condition de la véritable compréhension et de la rencontre avec autrui[9].

Des approches plus contemporaines, notamment dans l'« écologie de l'attention », soulignent que cette capacité n'est pas seulement individuelle mais dépend aussi des environnements sociaux et technologiques, qui sollicitent, orientent ou fragmentent les ressources attentionnelles[10],[11].

Capacité d'attention en fonction de l'âge

Cette capacité dépend notamment de l’âge (ex. : les enfants plus âgés tiennent mieux que les plus jeunes), du type d’activité (plus longue si elle est motivante ou maîtrisée) et de facteurs comme la fatigue, la faim ou le stress.

Les enfants plus âgés sont capables de périodes d'attention plus longues[12]. Les études courantes quant à la capacité d'attention des adolescents et des adultes en bonne santé l'estiment à cinq heures, un nombre en partie rendu possible par le fait que les individus peuvent choisir à plusieurs reprises de se recentrer sur la même chose[13] . Cette capacité à renouveler son attention permet aux gens de « prêter attention » à des choses qui durent plus de quelques minutes, comme les longs films. Des études tendraient à montrer que, chez les humains, la capacité d'attention atteint son niveau le plus élevé au début de la quarantaine, puis diminue progressivement avec la vieillesse, avec de fortes différences individuelles[14].

Une « attention soutenue sélective » peut perdurer sur une même tâche jusqu’à plusieurs heures chez les adolescents et adultes en bonne santé, voire plus chez des personnes avec TDAH ou TSA, grâce à la possibilité de se reconcentrer volontairement.

Les études expérimentales à ce sujet doivent être interprétées avec prudence, car le type d'activité utilisé dans les tests de capacité d'attention affecte les résultats, les individus étant généralement capables d'une durée d'attention plus longue lorsqu'ils font quelque chose d'agréable ou intrinsèquement motivant pour eux[13]. L'attention est également accrue si la personne dispose d'une habileté (naturelle ou acquise par l’entraînement) à effectuer la tâche, par rapport à une personne ayant des difficultés à l'accomplir (ou qui viendrait tout juste d'apprendre cette tâche). La fatigue, la faim, le bruit, le dérangement et le stress émotionnel réduisent aussi l'attention consacrée à la tâche.

Divers résultats expérimentaux

Références

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