Changement climatique aux États-Unis
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Le changement climatique aux États-Unis désigne l’ensemble des évolutions observées et projetées du système climatique sur le territoire des États-Unis d’Amérique, ainsi que leurs causes, leurs impacts et les réponses politiques, économiques et sociales qui y sont associées.
Depuis la fin du XIXe siècle, la température moyenne du pays a augmenté de manière significative, avec une accélération marquée depuis les années 1970. Ces évolutions s’inscrivent dans le contexte du réchauffement climatique mondial, dont l’origine principalement anthropique fait l’objet d’un large consensus scientifique.
Les États-Unis occupent une place centrale dans la problématique climatique mondiale, à la fois en raison de leur vaste territoire aux climats variés, de leur poids économique et de leur rôle historique comme l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Les effets du changement climatique y sont déjà observables sous la forme de vagues de chaleur plus fréquentes, de sécheresses prolongées, d’inondations plus intenses, d’ouragans plus destructeurs, d’incendies de forêt étendus et d’une élévation du niveau de la mer affectant les zones côtières.
Développement de la climatologie aux États-Unis
Le développement de la climatologie aux États-Unis va d’observations météorologiques dispersées au XIXe siècle à une climatologie instrumentée, numérique et fortement institutionnalisée, étroitement liée aux enjeux politiques du changement climatique aujourd'hui.
Le , le Congrès des États-Unis adopte une résolution exigeant que le secrétaire à la Guerre « prenne des dispositions pour effectuer des observations météorologiques dans les stations militaires à l'intérieur du continent et à d'autres endroits dans les États et les territoires... et pour signaler l'approche et la force des tempêtes dans les Grands Lacs du Nord et sur la côte maritime par télégraphe électrique et signaux maritimes ». La résolution est promulguée le par le président Ulysses S. Grant, donnant ainsi naissance au précurseur du Weather Bureau (Bureau météorologique), créé officiellement le , et du National Weather Service (le « Service météorologique national », créé en 1970[1].
Vers 1900, le Weather Bureau commence à expérimenter l'utilisation de cerfs-volants pour mesurer la température, l'humidité relative et les vents dans la haute atmosphère. ceu-ci sont remplacés à partir des années 30 par des stations aériennes embarquées sur avion associées à des ballons-sondes. Avec le développement de la technologie informatique dans les années 1950, la voie est ouverte à la formulation de modèles météorologiques mathématiques complexes destinés à aider les météorologues dans leurs prévisions. Les États-Unis sont parmi les premiers pays à développer des modèles climatiques globaux (GCM), utilisés pour simuler les interactions entre l’atmosphère, les océans, la cryosphère et la biosphère[1]. Au cours du XXe siècle, les universités américaines et les agences fédérales jouent un rôle majeur dans l’émergence de la climatologie moderne.
Premières alertes scientifiques

Dès les années 1950 et 1960, des scientifiques américains alertent sur les effets potentiels de l’augmentation du dioxyde de carbone atmosphérique. Les travaux de Charles David Keeling, qui initie la mesure continue du CO2 atmosphérique au Mauna Loa (courbe de Keeling), constituent une étape décisive dans la compréhension du réchauffement climatique.
Dans les années 1970 et 1980, plusieurs rapports scientifiques fédéraux évoquent explicitement le risque d’un réchauffement d’origine anthropique. En 1988, la création du Intergovernmental Panel on Climate Change (GIEC), à laquelle participent de nombreux chercheurs américains, marque une reconnaissance internationale du problème.
Institutionnalisation de l’expertise climatique
En 1990, le Congrès des États-Unis adopte le Global Change Research Act (en), qui institue le U.S. Global Change Research Program (USGCRP)[2]. Ce programme coordonne les recherches menées par une dizaine d’agences fédérales et publie régulièrement le National Climate Assessment (en), document de référence évaluant les impacts du changement climatique sur le territoire américain.
XXIe siècle : climatologie intégrée, interdisciplinaire et politisée
Depuis le tournant du XXIe siècle, la climatologie américaine devient une science hautement interdisciplinaire, intégrant physique, chimie de l’atmosphère, océanographie, sciences de la Terre, économie et sciences sociales dans des cadres de coopération structurés, notamment autour des évaluations internationales et des grands programmes nationaux de recherche. L’institutionnalisation de processus d’expertise collective, à l’image de ceux portés par le GIEC, renforce le rôle de la climatologie américaine dans la production de diagnostics synthétiques sur le climat et dans l’appui aux décisions publiques[3],[4].
Caractéristiques climatiques du pays
Zonage climatique actuel
Il n’existe pas un unique « zonage climatique officiel » valable pour tous les usages. Selon les besoins (climatologie descriptive, suivi opérationnel des anomalies, agriculture/horticulture), on emploie plusieurs découpages complémentaires.
Classification de Köppen–Geiger

La classification Köppen–Geiger classe les climats d’après des seuils de température et de saisonnalité des précipitations, avec cinq grands groupes (A tropical, B aride, C tempéré, D continental, E polaire) et des sous-types (ex. Csa, BWh, Dfa, etc.). À l’échelle des États-Unis, la mosaïque s’organise surtout selon un gradient est–ouest (plus humide à l’est, plus aride à l’ouest) et selon l’altitude (montagnes Rocheuses, Sierra Nevada), avec des exceptions régionales (Californie méditerranéenne, Alaska polaire/subarctique, Hawaii tropical)[5],[6].
Régions climatiques NOAA
Pour l’analyse opérationnelle (anomalies mensuelles, saisons, événements), la NOAA/NCEI utilise neuf régions climatiquement cohérentes à l’intérieur des États contigus (CONUS), utiles pour comparer les conditions actuelles à l’historique. Elles correspondent à un regroupement régional (ex. Nord-Est, Sud-Est, Sud, Centre, etc.) largement repris dans les bilans climatiques et cartographies de suivi. À la différence de Köppen–Geiger, ce découpage n’est pas une typologie « par climat », mais une maille régionale standardisée pour résumer et communiquer des indicateurs[7].
Zones de rusticité USDA
La USDA Plant Hardiness Zone Map (mise à jour publiée en 2023) découpe le territoire en zones (et demi-zones) selon la moyenne annuelle des minima hivernaux extrêmes (par pas de 10 °F, puis 5 °F pour les demi-zones). C’est un standard horticole : il renseigne surtout la tolérance au froid des plantes pérennes, pas la chaleur estivale ni la pluviométrie[8].
Changement climatique constaté
Températures et précipitations

En 2022, l'ONG Climate Central (en) rapporte que, depuis 1970, les États-Unis ont connu un réchauffement de 2,6 °F (1,4 °C), les 49 États analysés (données d'Hawaï non disponibles) ont connu un réchauffement d'au moins 1,8 °F (1,0 °C) et 244 des 246 villes américaines analysées ont connu un réchauffement[9]. La plupart des endroits qui se réchauffent le plus rapidement se trouvent dans le sud-ouest, une région sujette à la sécheresse, avec Reno, dans le Nevada, qui s'est réchauffé de +7,7 °F (4,3 °C). Les villes ou États qui connaissent le réchauffement le plus rapide sont, après Réno : Alaska (+4,3 °C) - Las Vegas, Nevada (+5,9 °C) - Delaware (+3,5 °C) - El Paso, Texas (+5,1 °C) - Nouveau-Mexique (+3,5 °C) - Érié, Pennsylvanie (+4,7 °C) - New Jersey (+3,4 °F) - Tucson, Arizona (+4,6 °F) - Arizona (+3,3 °F) - Chattanooga, Tennessee (+4,6 °F) - Rhode Island (+3,2 °C) - Burlington, Vermont (+4,5 °C) - Massachusetts (+3,2 °C) - Phoenix, Arizona (+4,3 °C) - Connecticut (+3,2 °C) - McAllen, Texas (+4,1 °C) - Utah (+3,0 °C) - Helena, Montana (+4,1 °C) - Vermont (+3,0 °C)[9].
Élévation du niveau de la mer
L'élévation du niveau de la mer est l'un des nombreux éléments qui corroborent l'hypothèse d'un réchauffement climatique récent. Ce phénomène touche les États-Unis depuis plusieurs décennies, depuis le XIXe siècle. 40 % de la population américaine vit près d'une côte et est donc vulnérable à l'élévation du niveau de la mer. Pour presque toutes les zones côtières des États-Unis, à l'exception de l'Alaska, l'élévation future du niveau de la mer devrait être supérieure à la moyenne mondiale[10].
Le rapport Global and Regional Sea Level Rise Scenarios (Scénarios mondiaux et régionaux d'élévation du niveau de la mer) de la NOAA publié en indique qu'au cours du XXe siècle, l'élévation du niveau de la mer estimée à partir des enregistrements des marégraphes est expliqué par les processus individuels qui y contribuent. L'élévation observée par altimétrie satellitaire entre 2005 et 2020 est expliquée à l'aide des mesures in situ des flotteurs Argo et des observations des changements de masse d'eau des satellites GRACE et GRACE-FO. À plus court terme, la variabilité interannuelle et décennale considérable de cette élévation est principalement liée aux variations du stockage terrestre de l'eau (glaciers) et fortement influencée par le phénomène El Niño – Oscillation australe. Au niveau régional, les taux d'élévation du niveau de la mer peuvent s'écarter considérablement du taux moyen mondial. La perte de masse glaciaire provenant des calottes glaciaires et des glaciers vers l'océan entraîne une baisse du niveau de la mer dans le champ proche, une réduction de l'élévation du niveau de la mer à des distances intermédiaires et une élévation du niveau de la mer supérieure à la moyenne mondiale à des distances plus importantes. Pour les côtes américaines, en particulier dans le nord-est, cela signifie qu'une perte de masse glaciaire similaire en Antarctique aura un impact plus important que la perte de masse glaciaire au Groenland. De même, la perte de masse glaciaire au Groenland entraîne une élévation plus importante du niveau de la mer le long des régions côtières du nord-ouest et du sud-ouest que le long de la région côtière du nord-est[11].
L'élévation moyenne au cours des décennies 2020-2050 devrait être de 0,25 à 0,35 m pour la côte est ; de 0,35 à 0,45 mètre pour la côte du golfe du Mexique ; de 0,1 à 0,2 mètre pour la côte ouest ; 0,2 à 0,25 m pour les Caraïbes ; 0,15 à 0,2 m pour les îles hawaïennes et 0,2 à 0,25 m pour le nord de l'Alaska[12]. De plus, d'ici 2050, on s'attend à ce que les inondations « modérées » (généralement destructrices) soient en moyenne dix fois plus fréquentes qu'aujourd'hui, et à ce que les inondations « majeures » (souvent destructrices) soient cinq fois plus fréquentes qu'aujourd'hui
Événements extrêmes
Quatre-vingt-dix pour cent des comtés américains ont connu une catastrophe climatique fédérale entre 2011 et 2021, certains ayant subi jusqu'à 12 catastrophes au cours de cette période.
Mégasécheresse nord-américaine depuis 2000
La mégasécheresse (megadrought en anglais) désigne une période de sécheresse persistante sur plusieurs décennies, caractérisée par un déficit hydrique extrême et soutenu. Dans le contexte des États-Unis, ce terme s’applique à l’étendue des conditions sèches qui affectent le Sud-Ouest et l’Ouest du pays depuis le début du XXIe siècle, particulièrement marquées entre 2000 et 2021. Les études paléoclimatiques, notamment celles basées sur les cernes de croissance des arbres, montrent que cette mégasécheresse est la plus sévère dans la région depuis au moins 1 200 ans, rivalisant avec les sécheresses historiques des périodes médiévale et de la fin du XVIe siècle[13].
Des variations océaniques à grande échelle, comme l’oscillation décennale du Pacifique (PDO), influencent la quantité de précipitations au Sud-Ouest des États-Unis, contribuant à des épisodes prolongés de sécheresse etnotamment cette mégasécheresse. La PDO est une fluctuation naturelle du Pacifique qui augmente et diminue tous les vingt ans environ. Dans sa phase positive, les eaux de l'océan Pacifique oriental, le long de la côte ouest des États-Unis, ont tendance à être plus chaudes, tandis que les eaux près du Japon sont plus froides. Dans sa phase négative, le phénomène s'inverse, apportant de l'eau froide dans l'est du Pacifique. Depuis les années 1990, la PDO est bloquée dans une phase négative, une période inhabituellement longue[14]. Géographiquement, la mégasécheresse affecte[13] :

- le Sud-Ouest (Californie, Arizona, Nevada, Utah, Nouveau-Mexique),
- le bassin du fleuve Colorado, essentiel pour l’approvisionnement en eau de dizaines de millions d’habitants et l’irrigation agricole,
- certaines portions des Grandes Plaines occidentales et du Texas.
Les données du Drought Monitor national (NOAA/NIDIS) confirment qu’une grande partie de l’Ouest américain reste en situation de sécheresse ou d’extrême sécheresse en 2025, conséquence directe de cette période prolongée de déficits hydriques[15]. La sécheresse prolongée a entraîné la baisse drastique des niveaux d’eau dans les principaux réservoirs, tels que les lacs Mead et Powell sur le fleuve Colorado, qui ont atteint des niveaux historiquement bas au début des années 2020[13]. En outre, des études utilisant des données satellitaires révèlent une perte massive de nappes phréatiques dans le bassin du Colorado, presque équivalente à la capacité du lac Mead, du fait de l’overpompage pour l’agriculture et d’autres usages, aggravant la crise hydrique[16].
Inondations extrêmes
Les inondations comptent parmi les catastrophes naturelles les plus récurrentes aux États-Unis, mais seules les inondations postérieures aux années 2000 peuvent être imputées au changement climatique. Le consensus scientifique est robuste sur l’augmentation de l’intensité des précipitations extrêmes avec le réchauffement (IPCC, high confidence), mais la traduction directe en « plus d’inondations partout » est plus nuancée, car les crues dépendent aussi de l’aménagement, de l’humidité initiale des sols, de la fonte nivale, et de la gestion des réservoirs[17].
L’ouragan Katrina () a causé une inondation catastrophique de la région de La Nouvelle-Orléans, où la combinaison onde de tempête avec défaillances de digues et d'ouvrages de protection a submergé une grande partie de la ville. Le lien avec le réchauffement climatique est surtout discuté via la hausse du niveau marin qui augmente les hauteurs d’eau lors des surcotes et la capacité d’une atmosphère plus chaude à produire des pluies plus intenses. Mais l’attribution quantitative de Katrina elle-même est moins « emblématique » dans la littérature publique que les cas suivants (Harvey, Sandy)[18].
L'ouragan Sandy (2012) a entraîné une submersion et des inondations côtières importantes, notamment dans la région de New York–New Jersey. Le bilan du nombre de décès s'établit à 132 dans 8 États, incluant le capitaine de la réplique du HMS Bounty coulé au large de la Caroline du Nord[19].Une étude publiée dans Nature Communications estime qu’une part notable des dommages économiques (milliards de dollars) est attribuable à la hausse du niveau de la mer liée au changement climatique, qui a augmenté l’emprise et/ou la hauteur des eaux[20].
L’ouragan Harvey (Texas, 2017) est devenu un exemple majeur de pluies extrêmes associées à un cyclone tropical. Des études évaluent que le réchauffement d’origine humaine a augmenté les cumuls de pluie (d'un ordre de grandeur estimé à au moins 19 % dans une étude très citée) et a accru la probabilité d’un événement de ce type[21].
Tornades
Les États-Unis sont le pays où l’on observe le plus de tornades au monde. Le nombre annuel fluctue fortement d’une année à l’autre, sous l’influence de la variabilité météo-climatique (position du jet, humidité du Golfe du Mexique, régimes de circulation, ENSO)[22],. Des synthèses de la NOAA rappellent qu’une année « typique » tourne autour de l’ordre du millier, le nombre souvent cité étant d'environ 1 200 tornades/an selon les périodes et définitions[23]. Le nombre annuel total de tornades sur le long terme apparaît relativement stable dans certaines analyses, mais on observe une évolution du regroupement : moins de jours avec tornades, mais davantage de tornades les jours actifs (tornades plus concentrées en épisodes)[24]. Le lien direct « réchauffement → plus de tornades » n’est toutefois pas établi, faute de séries homogènes et de modèles capables de simuler explicitement les tornades[25].
Émissions de gaz à effet de serre
Émissions historiques
Depuis le début de l’industrialisation, les États-Unis ont été l’un des plus grands émetteurs cumulés de gaz à effet de serre au monde. Cette responsabilité historique est souvent mise en avant dans les négociations internationales sur le climat.
Croissance initiale (1900-1950)

Au début du XXe siècle, les émissions étaient faibles, autour de quelques centaines de millions de tonnes, tirées par le charbon et l'industrialisation post-Révolution industrielle. Elles explosent avec la motorisation et la Seconde Guerre mondiale, atteignant environ 2 à 3 milliards de tonnes annuelles vers 1950, représentant déjà 40 % des émissions cumulées mondiales depuis 1750. Cette période marque les États-Unis comme premier émetteur mondial absolu[26],[27].
Pic et stabilité (1950-2007)
Les émissions dues aux combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz) deviennent majoritaires après la seconde guerre mondiale et croissent à un rythme extrêmement soutenu depuis 1950 pour culminer à plus de 6 milliards de tonnes en 2007, dopées par la consommation d'énergie, le transport et l'industrie lourde. La moyenne annuelle de 1960 à 2022 avoisine 4,9 milliards de tonnes, avec une forte dépendance aux combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz)[28].
Déclin récent (2007-2025)
| Pays | en millions de tonnes |
|---|---|
| 1. USA | 509 111 |
| 2. Chine | 284 476 |
| 3. Russie | 172 432 |
| 4. Brésil | 112 903 |
| 5. Indonésie | 102 559 |
| 6. Allemagne | 88 485 |
| 7. Inde | 85 668 |
Depuis le pic de 2007, les émissions ont diminué d'environ 12% par rapport à 2005, grâce au remplacement du charbon par le gaz naturel et les renouvelables (éolien x3, solaire x5 entre 2010-2020). En 2024, elles s'établissaient à 4,92 milliards de tonnes, avec une hausse légère post-pandémie mais toujours sous les niveaux pré-2007. Les politiques comme l'Inflation Reduction Act accélèrent cette tendance[27].
Une étude publiée en 2021 par l'ONG Carbon Brief examine les responsabilités nationales en matière d'émissions historiques de CO2 entre 1850 et 2021. Il apparaît que les États-Unis ont émis plus de 509 GtCO2 depuis 1850 et sont responsables de la plus grande part des émissions historiques, avec environ 20 % du total mondial. La Chine (284 Gt), la Russie (172 Gt), le Brésil (113 Gt), l'Indonésie (103 Gt), l'Allemagne (88 Gt) et l'Inde (86 Gt) suivent[28],[29].
Tendances récentes
Depuis le milieu des années 2000, les émissions totales de CO2 connaissent une légère baisse, attribuée à plusieurs facteurs : amélioration de l’efficacité énergétique, transition partielle du charbon vers le gaz naturel, développement des énergies renouvelables et changements économiques. Cependant, ces réductions restent insuffisantes pour atteindre les objectifs de limitation du réchauffement fixés par les accords internationaux.
Bilan global en CO2 équivalent hors UTCAF (Edgar)
EDGAR est une base de données communautaire sur les émissions de gaz à effet de serre (GES), qui résulte d'un accord entre le Centre commun de recherche (CCR) de la Commission européenne et l'Agence internationale de l'énergie visant à renforcer leur collaboration afin de collecter et de fournir des données cohérentes et harmonisées sur les émissions de CO2 issues de la combustion de combustibles fossiles. Cet ensemble de données fournit des estimations des émissions des trois principaux gaz à effet de serre (CO2 (fossile uniquement), CH4, N2O) et des gaz fluorés par secteur et par pays. Les émissions sont agrégées à l'aide des valeurs du potentiel de réchauffement global issues du rapport AR5 du GIEC (GWP-100 AR5)[30].
L'évolution des émissions de GES aux États-Unis (à l'exclusion de l'UTCATF) sur la période 1970-2024 est illustrée ci-après. En 2024, Elles sont évaluées à 5912,6 Mt CO2eq, soit 0,4 % de plus qu'en 2023[A 1], quand, au niveau mondial, elles ont atteint 53,2 Gt CO2eq, soit 1,3 % de plus qu'en 2023[A 2]. Le pays est ainsi le 2ème plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète, derrière la Chine[A 3].
Répartition par secteur (Edgar)
Les deux secteurs les plus émetteurs de gaz à effets de serre sont le secteur de la production d'énergie, qui couvre les dentrales électriques et thermiques (publiques et autoproducteurs), avec 25 % et le secteur des transports, qui couvre la combustion mobile (route, rail, navires et aviation), avec 29 %[A 1].
| Secteur | (en Mt CO2eq/an) | Répartition par secteur | Pourcentage d'évolution | |||
|---|---|---|---|---|---|---|
| / 1990 | / 2005 | / 2015 | / 2023 | |||
| Production d'énergie | 1496 | 25 % | -22 % | -41 % | -25 % | 0 % |
| Industrie et procédés | 858,9 | 15 % | -9 % | -3 % | 6 % | 1 % |
| Bâtiments | 571,4 | 10 % | -9 % | -11 % | -1 % | 1 % |
| Transports | 1702,8 | 29 % | 17 % | -8 % | -2 % | 0 % |
| Exploitation des combustibles | 721,9 | 12 % | 7 % | 7 % | 4 % | 1 % |
| Agriculture | 402,1 | 7 % | 11 % | 4 % | 1 % | 0 % |
| Déchets | 159,5 | 3 % | -32 % | -13 % | -3 % | 0 % |
| Tous secteurs | 5912,6 | 100 % | -5 % | -17 % | -7 % | 0 % |
- Production d'énergie
- Industrie et procédés
- Bâtiments
- Transports
- Expl. combustibles
- Agriculture
- Déchets
Impacts du changement climatique
Politiques climatiques
Cadre institutionnel
La politique climatique des États-Unis s’inscrit dans un système fédéral complexe, où les compétences sont partagées entre le gouvernement fédéral, les États fédérés et les collectivités locales. Cette structure explique en partie la diversité et parfois l’incohérence des réponses politiques au changement climatique[31],[32].
Politique fédérale
Au niveau fédéral, les politiques climatiques ont fortement varié selon les administrations. Certaines périodes ont été marquées par un renforcement de la réglementation environnementale et de l’engagement international, tandis que d’autres ont vu un recul des mesures climatiques[33],[34],[35],[36]. Les instruments utilisés incluent la réglementation des émissions via l’Agence de protection de l'environnement des États-Unis, les normes d’efficacité énergétique, les subventions aux énergies renouvelables et la recherche-développement[37],[38].
Administrations présidentielles
Plusieurs administrations ont joué un rôle déterminant dans l’orientation de la politique climatique américaine. Certaines ont soutenu la ratification ou la mise en œuvre d’accords internationaux, tandis que d’autres ont remis en cause la science climatique ou limité l’action réglementaire[39],[40].
États fédérés et gouvernements locaux
Face aux fluctuations de la politique fédérale, de nombreux États ont adopté leurs propres stratégies climatiques. La Californie, New York, l'Illinois et Washington ont ainsi introduit ou élargi les crédits d'impôt pour le captage du carbone, les énergies enouvelables et les pratiques de construction écologiques adaptées aux impacts climatiques[36]. Les villes jouent également un rôle croissant, notamment par des plans de résilience urbaine et des engagements de neutralité carbone. C'est en particulier le cas de New York, Miami, Austin et Washington DC qui participent au C40 Heat Health and Equity Challenge Fund (2025), finançant des projets communautaires contre la chaleur extrême, comme des capteurs thermiques à Miami ou des programmes pour travailleurs extérieurs à New York[41],[42].
Accords internationaux
Engagement initial et Accord de Paris

Membre de l'ONU depuis le [43], les États-Unis ratifient le la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), entrée en vigueur le [44], répertoriée comme un pays visé à l'annexe I[45]. Ils signent le protocole de Kyoto le , mais ne le ratifient pas, invoquant notamment l’absence d’obligations contraignantes pour les pays émergents. Celui-ci est adopté lors de la COP3 en 1997 et entre en vigueur le [46].
En 2015, sous la présidence de Barack Obama, les États-Unis participent activement à la conclusion de l’accord de Paris, s’engageant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 26 à 28 % d’ici 2025 par rapport au niveau de 2005. Cet engagement repose principalement sur des mesures réglementaires internes, telles que le Clean Power Plan (en) de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis, des crédits d'impôt fédéraux pour l'énergie éolienne et solaire et sur des initiatives volontaires[47].
Retrait sous la première administration Trump (2017–2021)


Le , le président Donald Trump annonce le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Il invoque le fait que Barack Obama a utilisé son autorité présidentielle pour adhérer à l'accord de Paris sans vote du Congrès pour retirer les États-Unis de l'accord sans vote. Cette décision marque une rupture avec la politique climatique de l’administration précédente et suscite de vives réactions au niveau international[48],[49]. Durant la période précédant le retrait effectif, le gouvernement fédéral réduit ou abroge près de 100 réglementations environnementales, selon une analyse du New York Times, basée sur des recherches menées par la Harvard Law School, la Columbia Law School et d'autres sources[50].
À la suite de l'annonce du retrait, les gouverneurs de plusieurs États américains forment la United States Climate Alliance afin de continuer à faire progresser les objectifs de l'accord de Paris au niveau des États malgré le retrait fédéral[51]. Le mouvement rassemble, à partir de 2017 puis lors de la notification formelle de retrait du , des centaines de villes, États, entreprises, universités et organisations qui affirment « rester dans » l’Accord de Paris et poursuivre ses objectifs malgré la décision fédérale[52].
Réintégration sous l’administration Biden (2021–2025)
Dès son entrée en fonction en , le président Joe Biden signe un décret réengageant les États-Unis dans l’Accord de Paris[53],[54]. Le pays soumet une nouvelle contribution déterminée au niveau national (NDC), visant une réduction des émissions de 50 à 52 % d’ici 2030 par rapport à 2005[55]. Cette période est marquée par l’adoption de politiques climatiques plus ambitieuses, notamment des investissements massifs dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les technologies bas carbone. Toutefois, la mise en œuvre de ces objectifs reste contrainte par des oppositions politiques internes et des décisions judiciaires limitant l’action réglementaire fédérale[56].
Retrait sous la seconde administration Trump (à partir de 2025)
À la suite de l’élection présidentielle de 2024, Donald Trump entame un second mandat et annonce en 2025 un nouveau retrait des États-Unis de l’Accord de Paris en signant un décret exécutif intitulé « Putting America First in International Environmental Agreements », déclarant l’Accord de Paris comme une « escroquerie injuste et unilatérale » qui désavantage les États-Unis au profit de la Chine. Cette décision s’inscrit dans la continuité de sa position antérieure, privilégiant une politique énergétique axée sur l’exploitation des combustibles fossiles et la déréglementation environnementale[57],[58].
Ce second retrait intervient dans un contexte international différent de celui de 2017, marqué par une intensification des impacts climatiques et par des engagements renforcés de nombreux autres États. Il accentue l’incertitude quant à la trajectoire climatique américaine et renforce le rôle des acteurs infranationaux et du secteur privé dans la poursuite des objectifs climatiques. Selon les calculs du site Carbon Brief, cette décision limiterait la baisse des émissions à – 28 % au cours du second mandat et pourrait entraîner 4 milliards de tonnes d’équivalent CO2 supplémentaires d’ici à 2030 par rapport aux politiques de Joe Biden, « soit les émissions annuelles de l’Europe et du Japon »[57],[59].
2026 : retrait des États-Unis d’organisations internationales et notamment de la CCNUCC
Dans la continuité de l'annonce en 2025 d'un nouveau retrait des États-Unis de l’Accord de Paris qui devient effectif le , Donald Trump retrait les États-Unis de très nombreuses organisations internationales liées aux changements climatiques ou à la biodiversité, dont le GIEC et l'IPBES. Les modalités juridiques de ce départ ne sont toutefois pas précises. Sur le plan international, cette décision affaiblit financièrement et symboliquement le système onusien, encourage une fragmentation accrue des politiques climatiques et de développement et renforce l’idée qu’un acteur majeur peut se soustraire sélectivement aux règles communes. Elle fragilise le budget de certaines institutions comme le GIEC qui était financé jusqu'à présent par les États-Unis à hauteur d’un tiers[60].
Atténuation
Les politiques d'atténuation climatique aux États-Unis ont varié fortement selon les administrations présidentielles. Les années 1990 sont marquées par des engagements internationaux initiaux mais peu de mesures fédérales contraignantes, avec un focus sur des objectifs volontaires et des négociations globales. A partir des années 2000, les politiques évoluent entre des approches volontaires sous les républicains et des mesures plus contraignantes sous les démocrates.
George H.W. Bush (1989-1993)
George H.W. Bush signe la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, un document à l’époque largement ratifiée par le Sénat américain. engageant les États-Unis à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre sans objectifs chiffrés immédiats ni mécanismes contraignants. Son administration privilégie une approche multilatérale tout en protégeant les intérêts économiques américains, évitant toute régulation domestique stricte sur les GES. Il signe aussi des amendements au Clean Air Act qui renforcent la règlementation sur la pollution de l’air (bien que le texte n’aborde pas directement la question du réchauffement climatique)[61].
Bill Clinton (1993-2001)
Dès 1993, Bill Clinton s'engage à ramener les émissions de GES aux niveaux de 1990 d'ici 2000, via des mesures volontaires comme l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, sans passer par une taxe carbone malgré des études favorables. En 1997, les États-Unis signent le Protocole de Kyoto sous la direction d'Al Gore, visant une réduction de 7 % des émissions par rapport à 1990 d'ici 2012, mais le Sénat le refuse à une large majorité, bloquant toute ratification et implémentation fédérale. Les efforts limitent à des incitations fiscales et des partenariats public-privé, avec une frustration interne face à l'absence de leadership global contraignant[62].
George W. Bush (2001-2009)
A la fin , George W. Bush annonce rejeter le Protocole de Kyoto, jugé « injuste » car sans contrainte pour les pays en développement, et potentiellement néfaste pour l’économie américaine. La priorité est donnée à la croissance, avec l’idée que le CO2 n’est pas un polluant comme les autres et que la lutte contre le changement climatique doit passer d’abord par la R&D et des solutions technologiques futures plutôt que par des plafonds d’émissions [63],[64],[65]. Cependant, en 2002, Bush lance plusieurs initiatives audacieuses qui intègrent la recherche scientifique, l'innovation technologique et la coopération internationale afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en renforçant l'économie, avec un objectif de réduction de 18 % de l’intensité carbone du PIB entre 2002 et 2012, via des mesures volontaires, incitations fiscales et soutien à la R&D[66]. Des évaluations montrent toutefois qu’en tenant compte de la croissance économique, les émissions totales continuent d’augmenter (de l’ordre de +30 % en 2012 par rapport à 1990), très loin de la baisse de 7 % prévue pour les États‑Unis par le protocole de Kyoto[67].
Mandat Obama (2009-2017)
Barack Obama met en place un Plan d'action climatique en 2013, utilisant les prérogatives de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA), qui s'appuie sur une décision de , l’Endangerment Finding, établissant que les émissions de dioxyde de carbone et de méthane mettent en danger la santé publique, puisqu’elles sont responsables du réchauffement de la planète[68], pour imposer à chaque État américain un objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre dans ce secteur de la production électrique, avec un objectif de réduction de 32 % des émissions des centrales à l'horizon 2030 par rapport à 2005. Ce plan encourageait les énergies renouvelables à atteindre 28 % de la production électrique d'ici 2030, via des fermetures de centrales polluantes et des améliorations d'efficacité énergétique, tout en soulignant les bénéfices économiques comme la baisse des factures des ménages américains[69],[70].
Mandat Trump I (2017-2021)
L'administration Trump I adopte une posture de dérégulation, en gelant des fonds pour les énergies propres et en favorisant les combustibles fossiles, critiquant les politiques d'Obama comme nuisibles à l'emploi. La mesure phare de la mandature Obama, le « Clean Power Act », qui prévoyait la fermeture des centrales à charbon les plus vétustes et les plus polluantes, est bloqué en par la Cour suprême, saisie par une trentaine d’Etats américains, et définitivement abandonné le , Trump affirmant explicitement que ces politiques « pénalisent la création d'emplois »[71]. Elle assouplit les normes sur les émissions des véhicules et des centrales, inversant les progrès en matière de réduction des GES au profit d'une « domination énergétique » américaine[72],[73].
Mandat Biden (2021-2025)
Joe Biden fixe un objectif de réduction des émissions de GES de 50 % à 52 % d’ici à 2030 par rapport à 2005, soit le double de l’ancien engagement de 26 % à 28 % à l’horizon 2025[74], renforcé par l'Inflation Reduction Act (IRA) de 2022 allouant 369 milliards de dollars sur dix ans pour les énergies propres, la décarbonation de l'industrie et la justice environnementale[75]. Avant la fin de son mandat, il relève l'ambition de réduction de baisse de ses émissions de 61 à 66 % en 2035 par rapport à 2005, via des investissements dans les renouvelables et une réduction de 35 % des émissions de méthane. Selon le centre de recherche Rhodium Group, les gaz à effet de serre émis par le pays avaient diminué de 18 % en 2023 par rapport à 2005. Et à l'été 2024, le centre évaluait qu'« à l'horizon 2035, ces émissions devraient baisser de 38 à 56 % par rapport à ce référentiel »[76].
Mandat Trump II (depuis 2025)
Depuis , Donald Trump démantèle l'IRA et le « Green New Deal », annule les objectifs de véhicules électriques et supprime les aides aux technologies propres comme l'hydrogène vert ou l'éolien offshore. Un décret du vise à « libérer l'énergie américaine » en priorisant les fossiles, avec une attaque contre l'Endangerment Finding de 2009 pour assouplir les régulations fédérales sur les GES[77].
Déréglementation
Le , l’EPA revient sur 31 mesures environnementales, fondatrices de la politique climatique du pays, dont notamment l'abandon des normes pour réduire les émissions des voitures et la fin de l’obligation pour les centrales à charbon d’éliminer la quasi-totalité de leurs émissions de CO2 d’ici à 2032. Lee Zeldin, administrateur de l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis, affichant un positionnement climatosceptique, déclare « Il ne s'agit pas d'abandonner la protection de l'environnement, mais de la réaliser par l'innovation et non par l'étranglement », « en reconsidérant les règles qui ont freiné la production de pétrole et de gaz et qui ont injustement ciblé les centrales électriques au charbon, nous garantissons que l'énergie américaine reste propre, abordable et fiable. » Aucune de ces modifications n'entre en vigueur immédiatement, et presque toutes nécessiteront un long processus réglementaire. Les groupes environnementaux ont promis de s'opposer à ces mesures, qui, selon l'un d'entre eux, entraîneraient « la plus forte augmentation de la pollution depuis des décennies » aux États-Unis[78].
Libération de la production d'énergies fossiles
Lors de son discours sur le retrait de l'accord de Paris et la fin des financements américains associés, Donald Trump réaffirme son appui à une extraction massive d'hydrocarbures avec le slogan « drill, baby, drill » illustrant cette dynamique et signe un décret déclarant l’« urgence énergétique nationale ». Il justifie ce positionnement en invoquant explicitement l’intelligence artificielle, puisque le décret précise que « la capacité des États-Unis à rester à la pointe de l’innovation technologique dépend d’un approvisionnement fiable en énergie et de l’intégrité du réseau électrique de notre pays »[79],[80].
Le moratoire sur la construction de terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), instauré par Joe Biden en 2024, est levé. Ces infrastructures permettent d’extraire davantage de gaz du sol pour le liquéfier et l’exporter, un processus très polluant. Dans les six premiers mois de 2025 six projets de terminaux reçoivent une « décision finale d’investissement» – et de nombreux autres sont encore en projet, selon une enquête menée par un groupe d'ONG révèlant les mégaprojets de l'industrie fossile à travers le monde[81],[82]. Ils pourront être reliés à des champs gaziers, comme au Texas, où le plus gros mégaprojet d’extraction fossile au monde est en cours de construction, le terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) appelé Rio Grande LNG (en), porté par la société américaine NextDecade Corporation, avec la participation de partenaires internationaux comme TotalEnergies[83],[84].
Donald Trump approuve également le un plan qui propose aux enchères l'octroi de 34 concessions pétrolières entre 2026 et 2031 sur 500 millions d'hectares dans les eaux du Golfe du Mexique, au large de la Californie et le long de la côte nord de l'Alaska. Certains projets rencontrent toutefois une opposition, notamment en provenance le camp républicain en Floride, qui ont été confrontés en 2010 à une marée noire qui a noyé les côtes touristiques après l'explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon[85].
Arrêt de l'éolien

Donald Trump ordonne également de cesser de délivrer des permis pour des parcs éoliens. En , l’administration américaine (via le Bureau of Ocean Energy Management (en) [BOEM], une agence fédérale) ordonne également l’arrêt des travaux de construction du parc Revolution Wind (en), alors même qu'il est construit à hauteur de 80 %, toutes les fondations offshore sont posées et 45 des 65 turbines installées.Il s'agit d'une installation offshore située au large des côtes de Rhode Island et du Connecticut (nord-est des États-Unis) développé par le groupe danois Ørsted avec le partenaire Skyborn Renewables (en) et qui vise à fournir environ 704 MW d’énergie électrique, suffisamment pour alimenter des centaines de milliers de foyers[84],[86].
Adaptation
Niveau fédéral
Au niveau du gouvernement fédéral, plusieurs agences jouent un rôle central dans la définition et la mise en œuvre des politiques d’adaptation au changement climatique.
L’Environmental Protection Agency (EPA) produit des plans d’adaptation au climat qui intègrent l’analyse des risques climatiques dans ses programmes de santé publique et de protection de l’environnement. Le Climate Adaptation Plan 2024–2027 de l’EPA, par exemple, vise à favoriser une main-d’œuvre adaptée au climat, à renforcer la résilience climatique des infrastructures, développer des chaînes d’approvisionnement résilientes au climat, intégrer la résilience climatique dans les opportunités de financement externe, appliquer les données et les outils climatiques à la prise de décision, intégrer l’adaptation climatique dans les processus d’élaboration de règles[87]. L’EPA met également à disposition des ressources pour aider les gouvernements locaux et les communautés à élaborer leurs propres stratégies d’adaptation, telles que le Adaptation Resource Center (ARC-X) et des outils de financement[88].
Outre l’EPA, d’autres agences fédérales, telles que la Federal Emergency Management Agency (FEMA), le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), le Department of Agriculture (USDA) et le Department of Health and Human Services (HHS), intègrent des volets d’adaptation dans leurs missions sectorielles (gestion des risques de catastrophe, financement d’infrastructures résilientes, prévisions climatiques, santé publique, ressources en eau, etc.). Ces approches reflètent une coordination inter-agences visant à répondre aux multiples dimensions des impacts climatiques[89],[90]. Un exemple emblématique est la National Heat Strategy 2024–2030, une initiative fédérale visant à renforcer la préparation et la résilience face aux vagues de chaleur extrêmes, un phénomène accru par le changement climatique[91].
Niveau des États
De nombreux États ont élaboré leurs propres plans d’adaptation et stratégies de résilience face aux risques locaux spécifiques, tels que les ouragans en Floride[92], aux vagues de chaleur en Californie [93], ou l’élévation du niveau de la mer dans les États côtiers[94],[95].
Niveau local : villes et comtés
Au niveau local, les villes et les comtés mettent en œuvre des stratégies concrètes d'adaptation au changement climatique, souvent plus avancées que les initiatives fédérales en raison de leur proximité avec les impacts locaux immédiats. Ces actions incluent des mesures contre les vagues de chaleur, la gestion des inondations, l'adaptation des infrastructures et la mobilisation de financements.
Plans et stratégies multi-risques
Parmi les exemples les plus connus figure AdaptNYC, le plan d’adaptation climatique de New York City, dont le premier a été publié en 2007, qui évalue les dangers climatiques et met en œuvre des projets de résilience urbains, incluant la protection des quartiers vulnérables, l’adaptation des infrastructures critiques et la planification à long terme des espaces urbains[96].
Le Climate Ready Boston, élaboré par la ville de Boston (Massachusetts), publié en 2016, a pour objet d'adapter la ville aux trois principaux risques auxquels elle est exposée : chaleur extrême, inondations dues aux eaux pluviales et inondations côtières et fluviales. Il s'appuie sur les recommandations du plan d'action climatique de la ville de 2007 et ses mises à jour de 2011 et 2014, en envisageant trois scénarios à l'horizon 2050[97],[98].
Le Los Angeles Countywide Sustainability Plan (Plan de développement durable du comté de Los Angeles), publié en 2019 et mise à jour 2025 est un plan de résilience à l'échelle du comté de Los Angeles (Californie). Il décrit ce que les gouvernements locaux et les parties prenantes peuvent faire pour améliorer le bien-être de chaque communauté du comté tout en réduisant les dommages causés à l'environnement naturel et en s'adaptant au changement climatique, en se concentrant particulièrement sur les communautés qui ont été touchées de manière disproportionnée par la pollution environnementale. Il est multi-thématique (qualité de l’air, eau, sols, mobilité, infrastructures, etc.) et inclut des actions touchant la mobilité et des services publics [99],[100].
Stratégies contre les vagues de chaleur
Les villes américaines déploient des centres de rafraîchissement et des zones d'ombre pour protéger les populations vulnérables lors des canicules. Par exemple, San Antonio installe des structures d'ombre, des fontaines et des pavements frais pour réduire les îlots de chaleur urbains[101]. L'EPA recommande également des centres de refroidissement communautaires et des toitures végétalisées ou fraîches dans les plans urbains[102].
Gestion des risques d'inondation
Des projets locaux intègrent des zones tampons naturelles et des digues hybrides pour atténuer les inondations côtières. Dans la baie de San Francisco, des « digues horizontales » qui intègrent une pente progressive et végétalisée du côté exposé à l'eau, contrairement aux digues conventionnelles qui reposent souvent uniquement sur leur hauteur et leur volume pour retenir l'eau. Cette zone tampon naturelle aide à absorber l'énergie des vagues, réduisant ainsi la pression sur la digue elle-même[103]. Dans le comté de King (Washington), le district de contrôle des inondations du comté de King (KCFCD), en collaboration avec le comté en tant que prestataire de services, a mené entre 2007 et 2025 plus de 370 projets d'investissement visant à réduire les risques de rupture des digues et des revêtements. Ces projets, ainsi que l'exploitation et l'entretien de plus de 500 installations de protection contre les inondations, couvrent 118 miles linéaires et environ 800 acres de terres essentielles à la prévention des inondations. Le projet Countyline Levee Setback est notable puisqu'il a consisté à supprimer environ 1 370 mètres de digues obsolètes et reconnecter ainsi la rivière White à 49 hectares de sa plaine inondable historique en créant ainsi un espace supplémentaire pour stocker les eaux de crue et les sédiments, tout en fournissant un habitat aquatique hors du lit de la rivière, avec une nouvelle digue périmétrique protégeant 200 habitations[104].
Indices climatiques et environnementaux
Index CCPI (performance face au changement climatique)
Publié chaque année depuis 2005 par l’organisme indépendant Germanwatch, avec le soutien du Climate Action Network, le Climate change performance index (CCPI) est un outil de suivi indépendant qui évalue les performances de 63 pays et de l'UE en matière de protection du climat. Il utilise 14 critères relatifs au changement climatique, répartis en quatre catégories : émissions de gaz à effet de serre (GES), énergies renouvelables, consommation d’énergie, politique climatique. Il vise à améliorer la transparence dans la politique climatique internationale et permet de comparer les efforts et les progrès réalisés par chaque pays en matière de protection du climat. Les performances de ces pays, qui représentent ensemble plus de 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES)[105]. Les États-Unis reculent de huit places en 2026 par rapport à 2025 pour se classer en 65e position et restent un pays très peu performant, se situant désormais près du bas du classement. Ils obtiennent des notes très faibles dans tous les domaines, qu'il s'agisse des émissions de GES, des énergies renouvelables, de la politique climatique ou de la consommation d'énergie. Avec le second mandat de Donald Trump, on assiste à un recul massif des politiques climatiques aux niveaux national et international, Donald Trump niant le changement climatique d'origine humaine. Les seuls aspects positifs soulignés par les experts nationaux du CCPI sont la croissance continue des énergies renouvelables, largement stimulée par les forces du marché et les politiques au niveau des États, et ce alors même que les principales politiques soutenant le développement des énergies renouvelables et la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ont été abrogées[106],[107].
Indice ND-GAIN (adaptation)
L'indicateur ND-GAIN (Notre Dame Global Adaptation Initiative) est un indice mondial créé par l'Université de Notre Dame aux États-Unis (Indiana) pour mesurer la vulnérabilité des pays au changement climatique ainsi que leur capacité d'adaptation. Il évalue deux dimensions principales : la vulnérabilité (exposition, sensibilité et capacité d’adaptation aux impacts climatiques dans six secteurs vitaux : alimentation, eau, santé, habitat, écosystèmes et infrastructures) et l’état de préparation (aspects économique, gouvernance et social)[108]. Dans le classement de 2023, les États-Unis sont le 20e pays le plus préparé sur les 187 pays évalués et le 16e pays le plus vulnérable. En synthèse, l'index ND-GAIN est 66,5, ce qui positionne le pays en 18e position[109].
Justice et contentieux climatiques
Les développements de la justice climatique aux États‑Unis se jouent à la fois dans les politiques publiques (fédérales et des États), dans le contentieux climatique et dans les débats sur le démantèlement ou la défense de ces avancées depuis 2025. La justice environnementale classique (pollution, racisme environnemental) est de plus en plus intégrée au langage et aux instruments de politique climatique, mais reste très contestée politiquement.
Politiques fédérales de justice climatique
Aux États-Unis, la justice climatique désigne l’idée que les causes et les effets du changement climatique (pollution, risques sanitaires, catastrophes, coûts de la transition) ne sont ni produits ni subis de façon égale, et qu’ils s’articulent à des inégalités sociales et raciales héritées (zoning, ségrégation, infrastructures, accès au soin, pouvoir politique). Elle se situe à l’intersection de la justice environnementale, historiquement centrée sur l’exposition disproportionnée des communautés pauvres et racisées aux pollutions, et des politiques climatiques (réduction d’émissions, adaptation, résilience).
Justice40
Peu après son entrée en fonction, le président Joe Biden fixe un objectif climatique visant à atteindre une économie 100 % propre et zéro émission nette aux États-Unis d'ici 2050 au plus tard. Ce faisant, il entend consacrer 40 % des bénéfices globaux de certains investissements fédéraux dans le domaine climatique aux communautés défavorisées sur‑exposées à la pollution, un programme dénommé initiative Justice40. En 2023, 16 agences ont identifié plus de 400 programmes qui permettent d'investir dans la lutte contre le changement climatique au profit des communautés les plus exposées, en s’appuyant sur un outil de cartographie (Climate and Economic Justice Screening Tool) qui identifie ces communautés prioritaires[110],[111].
Institutionnalisation de la justice environnementale
Parallèlement à l'initiative Justice40, des executive orders (14008 en 2021[112] puis 14096 en 2023[113]) inscrivent la justice environnementale au cœur de l’action de l’État fédéral, en imposant aux agences de consulter les communautés affectées et de tenir compte des inégalités raciales et économiques dans les décisions climat‑énergie[114]. Mais en , le président Trump publie des décrets présidentiels qui abrogent les décrets précédents. Un autre décret de l'administration Trump ordonne aux agences fédérales de fermer les bureaux chargés de la justice environnementale et de mettre fin aux programmes qui y sont liés. Ces trois décrets pourraient avoir une incidence sur les programmes et les activités liés à la justice environnementale gérés par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA)[115].
Procès emblématiques et actions en justice
Les États‑Unis restent l’épicentre du contentieux climatique : environ 1 850 affaires (sur 2 796 dans le monde au ) y ont été recensées, incluant de plus en plus de recours centrés sur les droits fondamentaux, les discriminations et la responsabilité des entreprises fossiles[116].
Procès contre l'État fédéral : Affaire « Juliana c. États-Unis »
L’affaire « Juliana c. États-Unis » est un exemple marquant. 21 jeunes Américains, majoritairement résidents dans l'Oregon, dans le nord-ouest des États-Unis, poursuivent le gouvernement fédéral en 2015 pour inaction climatique, accusant les autorités de violer leurs droits constitutionnels en ne protégeant pas le climat. En 2018, la Cour suprême autorise la tenue de ce procès, qui pourrait aboutir à une injonction de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 25 % d’ici 2025 par rapport à 1990. Ce cas illustre l’émergence de recours fondés sur les droits fondamentaux et la responsabilité de l’État face au changement[117]. Mais, après de multiples rebondissements, la procédure est définitivement stoppée le lorsque la Cour suprême refuse d’examiner le recours, après des décisions défavorables sur des questions procédurales et de recevabilité[118].
Procès menés par des États des États-Unis
Les États de New York, du Massachusetts et de Californie lancent entre 2019 et 2023 des poursuites contre les grands groupes pétroliers, notamment ExxonMobil, pour ne pas avoir pris en compte le risque climatique, tout en ayant connaissance d'études prévenant du risque, ou pour s'être engagés dans des actes ou des pratiques injustes ou trompeuses dans ses efforts pour jeter le doute sur la science du climat[119],[120],[121],[122],[123].
Procès menés par des villes
En , au moins 21 villes ont saisi la justice[124]. Baltimore poursuit un groupe de compagnies pétrolières, incluant BP, Chevron, ExxonMobil et Royal Dutch Shell[125]. Charleston, fortement exposée à l'élévation du niveau de la mer, devient en la première ville d'un État américain du Sud à porter plainte pour des dommages causés par le changement climatique[124],[126].
